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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

Entretien : Olivier Paquet

Entretien avec  Olivier Paquet,

 prix Julia Verlanger 2014

 

Olivier Paquet, vous venez d’obtenir le prix Julia Verlanger, lors des dernières Utopiales pour votre trilogie « Le Melkine » prix pour lequel vous aviez été déjà nominé l’an dernier, alors que seuls les deux premiers volets étaient publiés. Pouvez-vous nous dire ce que représente pour vous cette nouvelle récompense ?

                La dernière récompense ayant été le prix Imaginales en 2005, presque une autre époque, je suis très heureux de voir la trilogie primée. C’est un travail qui m’a pris plus de six ans, entre la documentation et l’écriture. Je vois le Julia Verlanger comme une borne d’étape. Ma façon d’écrire a évolué entre mes premiers textes et aujourd’hui (et je compte bien qu’elle se modifie encore), c’est agréable de voir cela remarqué.

                L’autre point important à mes yeux, c’est que grâce à ce prix, j’ai pu remercier les gens qui m’ont soutenu et ont travaillé avec moi durant ces années. C’est une chose de leur dire merci en privé, une autre de le faire publiquement. Je tenais à souligner l’aspect collectif du travail avec l’Atalante, mon éditeur, y compris dans des aspects rarement mis en avant comme la typographie. J’ai eu la chance de pouvoir travailler sur ces points techniques pour aboutir à un résultat précis. Il n’est pas certain que toutes les maisons d’éditions permettent cela.

 

Olivier Paquet, comment devient-on un des plus connus écrivain français  de SF, et amateur de mangas et d’animation japonaise quand on est Docteur ès sciences politiques ?

                Tout est un peu lié. La trilogie Melkine repose sur des réflexions de sciences politiques, entre la sociologie d’un Norbert Elias, les travaux d’Eugen Weber sur la construction de la France au début XXe et ceux de Benedict Anderson sur les pays créoles. Après, un roman n’est pas un essai, toutes ces références fonctionnent en sourdine. Je crois aux phénomènes d’agrégation, à l’arrière-plan des dynamiques sociales, plutôt qu’aux hommes providentiels et aux révolutionnaires. C’est pour ça que mes héros agissent davantage comme des impulsions, laissant à la société le soin de s’adapter et de se modifier. La science-fiction est pour moi comme une sorte de laboratoire de sciences politiques, je teste des hypothèses, quitte à ce que l’histoire remette en cause mes principes. Par exemple, le vaisseau-école repose sur une conception très française de l’université et de la culture face au monde dans le premier tome. Les tomes suivants remettent en cause cette conception jusqu’à une forme de synthèse. J’aime bien quand le texte me bouscule et m’oblige à jouer les funambules. Je ne pars pas avec une idée à démontrer, je ne fais pas de propagande, je joue avec des concepts et je découvre le résultat à la fin, comme le lecteur.

                Pour les mangas, c’est un hasard lié à mes études à Grenoble, lorsque la librairie Glénat a importé ses premiers mangas en VO. Je ne suis pas un grand amateur de BD (je connais mes classiques, c’est tout) et j’ai découvert là un média tout à fait inédit, avec une grammaire graphique très particulière. Je peux dire que j’ai appris à construire une narration grâce aux mangas, en utilisant leur gestion du rythme. Ils sont capables de susciter l’émotion à travers un détail évocateur. Cela oblige à éliminer tout ce qui est inutile pour ce concentrer sur l’épure.

 

Olivier Paquet,     Dans le passé vous avez publié dans des revues des articles sur les mangas et l’animation japonaise, pensez-vous écrire de nouveaux articles, des dossiers…      

                Tout dépend de la demande. Pour l’essentiel, j’interviens en médiathèque pour faire de la pédagogie. J’ai aussi donné un cours du soir aux dernières Utopiales, sur le robot dans les mangas. Le domaine est tellement vaste que j’ai de quoi faire. Ce que je veux surtout qu’on retienne, c’est qu’il y a toujours un manga adapté à son âge et à ses centres d’intérêts. Ce n’est pas une bande dessinée réservée aux ados. On trouve même au Japon des mangas pour le troisième âge.  C’est pour ça que j’insiste pour dire que le manga est un media, un support pour exprimer tout, depuis la bluette romantique jusqu’aux dénonciations politiques (une série sur le système de santé a provoqué la démission du ministre japonais, par exemple). Je ne suis pas un connaisseur hyper pointu, mais j’aime bien « évangéliser »

            

Olivier Paquet, vous avez sorti dans le même univers que votre trilogie  « Le Melkine » : Bleu argent (2014), comment doit ton lire cet ouvrage ? S’agit-il d’un prequel, d’une suite, d’un ouvrage totalement indépendant de la trilogie ?

                Bleu Argent est né du constat que j’avais des tas de personnages adolescents dans Le Melkine et que si je n’utilisais pas ce potentiel pour écrire un roman Young Adult, je serais vraiment un idiot. En soi, ce roman peut se lire indépendamment de la trilogie, il développe certains principes de l’univers de l’Expansion, mais rien d’aussi massif que dans le premier tome du Melkine. Par exemple, tout ce qui concerne les Fréquences est absent.

                En revanche, un lecteur de la trilogie va trouver des échos nouveaux par rapport à ce qu’il connaît, il va pouvoir réinterpréter certaines décisions du tome 1, mieux comprendre certains personnages. Même chose pour quelqu’un qui passerait de Bleu Argent à la trilogie. Tout est indépendant, mais rien n’est inutile. Je comble certains trous (volontaires), j’offre de nouveaux éclairages. C’est tout le plaisir d’avoir créé un univers aussi vaste que de l’explorer en compagnie des lecteurs. 

 

 Olivier Paquet, ces ouvrages clôturent-ils les romans de cet univers ?

                Pour l’instant, au niveau des romans, je n’imagine pas en écrire de nouveau dans cet univers. Je ne m’interdis rien, mais ce n’est pas prévu. Par contre, j’ai écrit des nouvelles qui se déroulent avant, pendant et après la trilogie et je compte bien les publier un jour quand j’aurai un bon volume. On y retrouvera certaines nouvelles parues en anthologies, mais aussi des textes totalement inédits. Cela me permet d’expliquer certaines choses qui sont passées sous silence dans la trilogie, sans avoir à répéter les principes de cet univers. J’ai de quoi m’amuser pendant longtemps. Je ne me vois pas abandonner l’Expansion parce que le principe de planètes culturellement marquées me convient parfaitement. J’ai trouvé mon univers familier et je compte bien continuer de l’explorer.

 

Olivier Paquet, avez-vous de nouveaux projets en dehors de l’univers Melkine, dans la littérature de genre ?

                En premier lieu, j’ai un vieux projet à faire revivre, c’est Structura Maxima, mon premier roman paru en 2003 chez Flammarion. Avec les Loups de Prague et le Melkine, on est dans la même ligne temporelle, et je trouvais dommage que le premier roman ne soit plus disponible pour ceux qui voudraient compléter. Même si seule la trilogie fait référence aux deux précédents, ils tournent autour de thèmes proches. Dans Structura, l’ambiance culturelle est italienne, mais la question de l’évolution des sociétés est autant abordée que dans l’univers du Melkine.

                Le deuxième projet est un nouveau roman qui se situe en Europe à plusieurs dizaines d’années dans le futur, avec un conflit entre la technologie et l’écologie. Je n’en suis qu’à la moitié du manuscrit, il est donc trop tôt pour en parler, mais l’idée est que les seules choses dans lesquelles on peut avoir confiance, ce sont les machines, les humains mentant, cachent leur passé, fuient, etc.  On y voyage entre la Poméranie, l’Islande et Paris, avec un détour par Kiev. On est surtout dans de l’aventure, mais certains concepts me donnent du fil à retordre et c’est assez excitant si j’arrive au bout comme je l’imagine.

 

Biographie :

Olivier Paquet, né le 21 avril 1973 à Compiègne, est un écrivain français de science-fiction. Docteur ès sciences politiques, il écrit de nombreuses nouvelles de science-fiction dont plusieurs sont publiées dans les revues françaises Galaxies et Asphodale. Olivier Paquet est également l'auteur du roman Structura Maxima, paru en 2003. C'est également un grand amateur de mangas et d'animation japonaise.

 

Diplômé de l'Institut d'études politiques de Grenoble en 1994, il soutient avec succès sa thèse en 2002 dans le même établissement et devient docteur en science politique. Sa thèse avait pour titre La démocratie tchécoslovaque et ses problèmes nationaux 1918-19381. Il a également publié quelques articles sur la démocratie tchèque des débuts du XXe siècle.

 

Passionné par la science-fiction et l'animation japonaise ainsi que par les mangas, Olivier Paquet a publié plusieurs articles de fond sur ces sujets, notamment dans la revue Bang ! de l'éditeur Casterman. Il est également chroniqueur de l'émission radiophonique Mauvais genres sur France Culture depuis la rentrée 2006, ou il signe régulièrement des chroniques sur ses thèmes de prédilection.

 

Bibliographie

Romans

Série Le Melkine

1.Le Melkine, L'Atalante, coll. La Dentelle du cygne, 2012 (ISBN 978-2841726127)

2.La Mort du Melkine, L'Atalante, coll. La Dentelle du cygne, 2013 (ISBN 978-2841726400)

3.L'Esprit du Melkine, L'Atalante, coll. La Dentelle du cygne, 2013 (ISBN 978-2841726547)

 

Bleu argent  :  L’Atalante, Collection : La Dentelle du cygne, 2014, (ISBN13 : 9782841726820)

 

Autres romans

Structura Maxima, Flammarion, coll. Imagine, 2003 (ISBN 2-08-068314-4)

Les Loups de Prague, L'Atalante, coll. La Dentelle du cygne, 2011 (ISBN 978-2-84172-533-5)

Bleu argent, L'Atalante, coll. Young Adult, 2014 (ISBN 978-2841726820)

 

Nouvelles

La Première Œuvre, 1999

Synesthésie, parue dans la revue Galaxies no 18, automne 2000

Rudyard Kipling 2210, paru dans la revue Galaxies no 27, hiver 2002-2003

Chevaux de lune, paru dans la revue Asphodale no 2, février 2003

Us, paru dans la revue Galaxies no 28, printemps 2003

Cauchemar d'enfants, paru dans la revue Galaxies no 30, automne 2003

Animas, paru dans la revue Galaxies no 38, septembre 2005

Le Khan Mergen, in Anthologie Destination Univers dirigé par Jean-Claude Dunyach & Jeanne-A Debats,éditions Griffe d'Encre, 2012

Trou noir contre vampire, 2013 in anthologie des dix ans du festival de Sèvres, dirigée par Jeanne-A Debats

La Reine d’Ambre, 2014 in Rêver 2074, une utopie du luxe français, Comité Colbert

 

Prix et distinction(s)

Grand prix de l'Imaginaire 2002 pour sa nouvelle Synesthésie

Prix Imaginales des lycéens 2005 pour son roman Structura Maxima

Prix Julia-Verlanger 2014 pour le roman L'Esprit du Melkine

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