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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

 

 

Je reconnaissais ce métal au fur et à mesure qu'il refroidissait.

 

« De L'Or, c'est de l'Or ! »  Je crus que je devenais fou !

 

Sardonica m'observait du coin de l'oeil, s'Amusant de ma juvénile passion.

« C'est de l'Or en effet » me répliqua Primus.

- « Le vieux rêve fou des alchimistes était donc réalisable ? »

 

- « I1 l'était, mais point si aisé à trouver. Encore que la règle pour passer du plomb à l'or est telle qu'un enfant de cinq ans pourrait la retenir. Une simple sentence latine, que l'on peut trouver dans de vieux grimoires d'ailleurs, la résume assez bien. Mais sa signification connue des anciens teinturiers de la lune fut perdue. »

 

Sardonica possédait donc le secret de la transmutation du plomb en or !

 

Ceci lui donnait un pouvoir immense. Je m'expliquais ses possibilités de corruption et aussi sa très grande générosité à mon égard.

 

Le chef des savants me traîna presque par le bras tant j'étais tombé sous le charme.

« Nous allons nous diriger maintenant vers les salles de Mars, Dieu de la Guerre comme chacun sait. »

 

Un Mars en Or, fier et superbe, à demi-nu, en commandait l'entrée, une gigantesque épée dans les mains. Je m'enquis et du modèle et du sculpteur. Et j'appris qu'on avait tout simplement coulé l'or sur le corps d'un esclave magnifique encore vivant, pour que le métal en gardât tous les traits.

 

A l'intérieur des salles se trouvaient toutes sortes d'armes qui avaient existé à différentes époques, originaires de toutes les armées du monde. Et elles étaient ici, pour être étudiées, perfectionnées ou même servir à en créer d'autres plus meurtrières encore. Des savants dévoyés s'affairaient ça et la autour de ce matériel de mort avec des airs de gourmets devant quelques plats délectables.

 

« Nous vous montrerons » me dit Primus, décidemment de plus, en plus affectueux  « notre dernière trouvaille. ». Et il me soumit un peu comme une vieille voulant jouer à la donzelle, avec des mimiques expressives et quelque chose de mouillé dans le regard.

 

Dieu que ces vieilles courtisanes sont laides ! Qu’il doit être horrible de se faire toucher par pareil vieillard lubrique !

 

Sur une table se trouvait une sorte de petit cylindre de métal brillant avec des ailes sur le côté reposant, parfaitement ajusté, sur un autre morceau de métal.

 

Le chef des savants farfouillait dans sa barbe avec un air de satisfaction non dissimulé.

 

Ayant attendu qu'il y eut un cercle d'auditeurs assez fourni et assez attentif autour de lui, il demanda non sans quelque solennité à un aide de lui apporter un flambeau. Il approcha celui-ci de la queue de la petite machine. En même temps il fit emphatiquement un grand geste pour que l'on s'écartât.

 

On entendit un léger bruit. On vit la partie supérieure de 1'appareil s'élever en hauteur mieux qu'un oiseau, en émettant un sifflement strident sous les regards médusés de l'assistance. Puis l'engin retomba avec une explosion un peu plus loin sur un champ de bataille en réduction qu'on avait placé là. Le souffle balaya presque instantanément les soldats de terre cuite et les transforma en poussière.

 

« Quel prodige ! » s'exclama quelqu'un.

 

-« Qui connaîtra le secret de cette machine de guerre et sera capable de 1’amener à une taille suffisante gagnera toutes les batailles et dominera le monde ! » dit Sardonica sentencieusement.

 

- « C'est toute la difficulté, Madame la Comtesse que de 1’amener à une taille suffisante ! ».

- « Demandez ce dont vous aurez besoin et vous l'aurez : des hommes et de l'argent ! »

- « Oh l'argent... » Fit le vieux savant en joignant ses mains, un peu comme le potier modelant amoureusement les formes de la cruche, « Ce n'est pas tout ».

 

Et il regardait Sardonica par en dessous avec des yeux qui vibraient de passion, comme un feu qui couvait. Son ton était si anodin qu'on pouvait à peine le taxer d'incorrection. Bien qu'il fût clair que cette vermine malpropre aurait voulu se mettre dans le lit de Sardonica.

 

Sardonica eut pu faire mine d'ignorer l'allusion, mais elle répliqua sèchement : « Sais-tu très honorable savant que je n'aime pas tellement les hommes et que ceux qui m’ont eu ont tous été tuée, soit de mes propres mains, soit de celle de mes guerriers et que la situation d'être mon amant n'est point si avantageuse qu'il pourrait y apparaître au premier abord ?

 

- « Je le sais Madame la Comtesse, et je ne voulais point vous offensés. »

Il balbutiait. « A mon âge, on radote parfois et on dit de vilaines sottises. ».

 

« Je te pardonne » et Sardonica lui toucha l'épaule. « Je sais que tu me sers bien et je ne serais point une ingrate ».

 

Il m'était point question pour elle de s'aliéner ce séide qui lui était dévoué corps et âme, et prêt à tout pour lui complaire. Elle lui laissait toute possibilité d'espérer ce qu'il voudrait.

 

Nous passâmes dans une autre salle, « les miracles n'étant point terminés ».

 

Je me mis à réfléchir à  ce que Sardonica venait de narrer au sujet de ses amours humaines à savoir le fait qu’aussitôt après avoir consommé elle tuait ses amants d’un jour. Cela aussi se racontait d’ailleurs au château, à mots couverts. Il se disait  aussi que parfois, elle-même, au cours d'une revue militaire ou d'un combat de lutteurs, choisissait un très bel homme et le faisait amener au Palais après qu'il eut été apprêté. On ne le revoyait jamais. Ses relations soupçonnaient bien un peu la cause de sa disparition, mais se taisaient par crainte. Et on oubliait le malheureux.

 

Sardonica dut lire an mes sombres pensées car, avec un air moqueur, elle me pinça assez rudement l'oreille, en m'y chuchotant quelque chose d'une voix musicale. Son attouchement raffiné me fit frémir par tout le corps et de bien-être et de terreur.

 

Soudain l'un des esclaves, à uelques pas de nous, sans doute troublé par la venue de Sardonica se laissa tomber sur les pieds une lourde pierre...Il fit une incroyable grimace de douleur, mais aucun son ne sortit de sa bouche , quoiqu'on se rendait bien compte qu'un formidable cri aurait voulu jaillir de ses entrailles. Un officier des gardes noirs de Sardonica répondit à ma muette interrogation :

 

« Pour qu'il ne révèle point de secrets, comme aux autres, on lui a coupé la langue. »  Cela ne me choqua qu'à demi. Je m'habituais de plus en plus à vivre dans cette horreur.

 

« En route pour les volières des hommes oiseaux » dit un savant d'une voix de Stentor.

« Les hommes-oiseaux , qu'est-ce cela encore ? „ pensais-je.

 

Nous remontâmes dans le chariot et partîmes au travers des couloirs souterrains, éclairés de place en place par des flambeaux qui jetaient des clartés inquiétantes et dansantes.

 

Je compris vite de quoi il s'agissait.

 

(A suivre)

 

Published by Michel Dubat - femme panthère, Enfer, Fantastique, Fantasy, Dark, homme-oiseaux

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