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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

SARDONICA (22)

 

Je me rendis à la parade militaire qui devait avoir lieu, meurtri, douloureux de partout. Ce fut mon laquais qui m'aida à monter sur mon cheval. Livré à mes propres forces, je n'y fus sans doute jamais parvenu. Mes amis officiers me regardaient d'un oeil goguenard qui me rendit furieux. Aussi je fis grand effort pour me tenir à cheval correctement quoiqu'il m'en coûtât.

 

Sardonica, elle, était à la place d'honneur et rien dans son comportement ne trahissait ce qui venait de se passer entre nous. Elle avait revêtu sa tenue de grand apparat et seule la satisfaction de la victoire apparaissait sur son visage et dans son air.

 

On avait rassemblé sur ce forum: fameux de la ville les survivants de la bataille. I1 fallait voir leur air pitoyable, et la grande misère qui se dégageait d'eux...

 

Je compris ce que l’on allait faire, après un moment. En effet un cheminement avait été ménagé entre les troupes pour monter jusqu'à une sorte de tour d'angle. Et auprès de cette tour d'angle se tenait quelques guerriers vigoureux que je connaissais bien pour faire les plus sales besognes de la Comtesse.

 

Après le discours d'usage qui s'imposait pour féliciter les artisans de la victoire, on entendit un affreux bruit de tambour, et l'on fit défiler tous les hommes valides de la ville ; ceux qui avaient pris les armes contre nous, je pense, en direction du fortin. Et le premier y étant parvenu, 1e bourraux de la Comtesse le poussèrent dans le vide. On n' ouit rien que le temps qui passait et un petit bruit fade en fin de chute.

 

Les autres condamnés ne voulurent plus bouger, et i1 fallut les pousser à coup de piques dans les reins pour qu'ils avancent.

 

Et un à un ils furent basculés dans le vide devant le reste de la population qui comprenait et leur femme et leurs enfants, si ils étaient encore en vie.

 

Après quoi Sardonica fit connaître ses décisions : les femmes et les enfants valides seraient emmenés en esclavage, les vieillards et les infirmes seraient abandonnés sur place. Cette perle de l’Orient avec ses bibliothèques et ses palais que les plus grands artistes avaient  crés et décorés, devait disparaître complètement.

 

Je compris qu'il était inutile d'a11er discuter avec Sardonica elle serait inflexible. Du moins c'est ce que je prétends, car je n'essayai même pas.

 

L'armée se retira de la ville, et des foyers d'incendie furent allumés en différents endroits. Attisé par un vent sec soufflant du désert, 1e feu prit bientôt une très grande vigueur et se mit à tout dévorer, avec un appétit croissant. Plus i1 mangeait plus i1 grandissait, et plus il grandissait plus il avait faim. Des nuées de cendres s'abattaient sur nous. Puís seigneur Feu diminua, eut des spasmes et mourrut.

 

La chaleur infernale de 1a combustion fit surgir de tous les trous des bandee innombrables de rats qui se réunirent en une longue colonne, comme l'eau sourdrant des mille cavités de la montagne forme bientôt un torrent.

 

Abominables créatures souterraines  se  nourrissant de tous les déchets et se reproduisant dans 1a fange avec rapidité !

 

Les soldats les moins peureux, aguerrís par les campagnes frissonaient devant ce flot et s'écartaient craintivement. L'un d'entre eux fut surpris par cette arrivée soudaine et glacé d'épouvante ne trouva pas la force de fuir. Il fût, sans que 1e fleuve vivant s'arreta un seul instant d'avancer, dépeçé, dissous, et il disparut sans laisser de trace, corps et vêtements...

 

Lorsque 1e brasier fut refroidi, on commenca 1e démantellement de 1a ville avec un acharnement incroyable. Quoiqu'il y eut des précédents historiques, dont parlent les vieux auteurs, je ne croyais pas qu'il fut possible d'arraser une ville. Pourtant ce fut fait.

 

Les éléphants bien dirigés par leurs cornacs firent merveille. I1 faillait voir ces énormes bêtes travailler avec un díscernement dont on 1es aurait pas cru capable. Et leur trompe était comme un bras sensible et doué d'intelligence, qui aidait à démolir des cités humaines bien loin de leurs aires natales.

 

Enfin on donna l'ordre à 1a troupe de levrer 1e camp, laissant les rescapés en piteux état méditer sur leurs morts et sur leur ville.

 

Sardoníca pensait que leur symbole orgeuilleux étant détruit l'ennemi n'était pas loin de l’être. Frappée au coeur 1a bête ne pourrait plus avoir que des soubresauts avant de mourrír, affreusement.

 

Elle avait raison. I1 n'y eut plus que de petits combats, de petites escarmouches à livrer, et de petites villes à vaincre facilement.

 

Mais c'était fort bonne aubaine, pour la soldatesque qui, sans risque, pouvait continuer à violer, à piller, à torturer avant que de rentrer au pays pour se ranger peut-être et y prendre femme.

 

Noua ne laissions que ruines, villages incendiés, douleurs derrière notre passage, comme épidémie de peste s’étendant sur 1e paysage en nappes. . . Je revois encore dans les soirs blafards les corps cloués aux portes des granges, et martyrisés.

 

Et je continuais à filer 1e parfait amour avec Sardonica !

Moí, hypochríte vermine, pourceau dea écuries du monde !

 

I1 existait plus encore qu'auparavant une muette connivence entre nous, je trouvais tout bien de ses actes, et étais engloiti par son destin.

 

Dans 1a journée je ne pensais qu'à 1a nuit où elle se livrerait à ses jeux délicieux mais barbares. Le matin me verrait défait mais heureux.

 

J'étais, le seul que jusqu'à présent elle n'avait point tué de ses propres mains ou fait tuer après le premier acte d'amour.

 

J'y puisais quelque fatuité, ne me rendant pas compte que si elle ne me supprimait pas, c'est que j'était sans doute 1e premier dont elle avait à ce point englouti l'âme et avec lequel elle eut trouvé des liens si ténus.

Elle était en moí, et j'étais Elle.

 

Me tuer moi, c'était peut-être se tuer elle !

 

Enfin nous retournâmes à Sardonikan qui me parut encore plus sobre et terrible que jamais. La population avait été rassemblée pour faire à Sardonica et à ses guerriers un triomphe. Mais j'avais l'impression que 1e coeur n'y était pas et que les gens préféraient nous voir au loin.

 

Parmi les jeunes filles qui nous jetaient des fleurs, sans grande conviction, avec des sourires las, à mon grand trouble et à son émoi qu'elle ne put contenir, Sonia, que j'avais bien oubliée. Elle ne me dit que :" bienvenue. .. " et sa petite voix se brisa comme une corde fragile ou 1e filet d'un oiseau. Et son œil me jeta un regard de muet reproche qui me toucha profondément.

 

Je me décidais d'aller 1a voir 1e lendemain à notre lieu de rendez-vous coutumier pour tenter de lui expliquer…

           

(A suivre)

 

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