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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

LA FEMME QUI VENAIT D’AILLEURS

 

L'idée du miroir lui vint un jour qu'il avait donné à Alice une orange et lui avait demandé de quelle main elle la tenait.

- Dans ma main droite, répondit Alice.

- Regardez maintenant cette petite fille dans la glace et dites-moi dans quelle main elle tient l’orange ?

- Dans sa main gauche.

- Et comment expliquez-vous cela ?

- Elle réfléchit un instant, puis répondit

- Si je pouvais passer de l'autre côté du miroir est-ce que je n'aurais pas toujours l'orange dans ma main droite ?

 

Préface d' «  Alice aux pays des merveilles »  Editions Marabout.

 

LA FEMME QUI VENAIT D’AILLEURS

Chapitre 1er

 

C'était un petit temps comme je les aime. Nous étions en Mai et l'air était doux. Des nuages gris-blancs, en formation cotonneuse défilaient poussés par un vent vif. Je me sentis baigner par une vie pleine d'attraits et aller au devant de plaisirs, charmants. Ma peau vibrait de tous ses éléments et dans toute sa profondeur.

 

J'avais vingt-trois ans et je venais de terminer mes études d'ingénieur. J'étais sorti de l'école avec un très bon rang. Aujourd'hui je venais prendre un emploi, mon premier emploi au Centre de recherches nucléaires de Pavel. J'avais encore en poche la lettre très aimable du directeur scientifique me déclarant que l'équipe travaillant sur les corpuscules atomiques serait très heureuse d'accueillir un nouveau collaborateur, l'ensemble de la communauté des chercheurs également. Je connaissais par coeur les termes mêmes de cette lettre, tant je l'avais relue de fois.

 

Le destin me souriait... Ma mère devait être fière de moi, là-bas dans son petit appartement, propre et sentant bon la cire, d'un quartier populaire de la banlieue parisienne. Elle avait peiné: durement après le décès de mon père, mort encore jeune, pour m'élever et me permettre de poursuivre mes études. Elle s'était privée elle-même du nécessaire pour que je ne fasse pas trop piètre figure auprès de mes camarades mieux nantis.

 

Enfin,-je m'en étais sorti et allais commencer â exister...

 

De plus j'avais fait la rencontre de Carole, une jeune chimiste, au bal de la promo et mon coeur battait à la pensée qu'elle devait me téléphoner dès que je serais arrivé.. Je revoyais son très joli. Profil mutin, rehaussé par son blond chignon un tantinet austère.

 

J'appréciais beaucoup son sens de l'humour un peu particulier légèrement désabusé. Et l'air soigné qu'elle donnait à sa mise et son apparence physique, et la distance légèrement ennuyée qu'elle mettait entre elle et les autres gens. Cette distance avec moi était plus petite et ne demandait qu'à fondre. Ça se lisait dans les lueurs chaudes de ses yeux marron.

 

Les massifs de la petite gare frissonnaient longuement.

Quelques proches attendaient â la descente du train des voyageurs. Ils se congratulaient mutuellement avec force sourire. Personne ne devait être 1à pour moi, car on ignorait l'heure exacte de mon arrivée.

 

Je l'avais fait un peu exprès, car je détestais plus que toutes les mondanités, les accueils, les retrouvailles et les départs.

 

A l'écart de tout ce mouvement, étrangement calme, une femme blonde qui semblait chercher quelqu'un avec quelque hésitation. Elle n'était sans doute pas du pays.

Sa toilette stricte d'une élégance un peu désuète détonnait sur celle de ces gens simples.

 

Elle me remarqua, parut soudain me reconnaître et se précipita vers moi avec un sourire radieux que je trouvai truqué. A ma profonde surprise, elle se jeta dans mes bras comme si-nous ne nous étions pas vus depuis bien longtemps et que nos relations eussent été bien intimes. Avec une effusion un peu forcée elle se serra contre moi et m'embrassa.

 

Je ressentis une sensation inhabituelle au contact de sa peau. De plus celle-ci exhalait un parfum-singulier, pareil à celui des fougères des sous-bois. Très naturellement l'inconnue me prit le bras, me demandant de mes nouvelles, tout en riant à gorge déployée, d'une façon un peu nerveuse.

 

J'aurais dû arrêter net ses tentatives. Je ne le fis pas, ne 1'osant pas et voulant voir jusqu'où elle irait. Au fond cette aventure soudaine m'intriguait et me plaisait assez. Moi qui aimait le mystère et à qui il n'était jamais rien arrivé que de très normal...

 

 

Je déclarai que je devais aller chercher les clefs de l'habitation au Centre de Recherches. Elle me répondit tranquillement qu'elle les avait déjà en sa possession. Je protestais.

« -Mais enfin, je suis ta femme !" poursuiva t’elle vivement.

J'étais suffoqué. Jamais, au grand jamais, je n'avais été marié.

« - En es-tu sûre au moins ?".

« - Parfaitement sûre ! Ce sont des choses qui ne s'oublient pas si facilement !

 

Elle se mit presque en colère. " N'as-tu pas rencontré quelqu'un d'autre ? Ne cherches-tu pas à te débarrasser de moi ? De toute façon tu n'as pas intérêt à raconter cela à Pavel ; on ne te croirait pas. J'ai été me présenter comme ton épouse au Directeur du Centre. "

 

Effectivement je me trouvais coincé. Si j'allais dire que je ne connaissais pas ma femme, je n'impressionnerais guère en ma faveur mon nouveau patron ! Et j'avais besoin de réussir en ce poste. C'était la concrétisation de l'espoir de tant d'années pour moi et ma mère !

 

Toute cette affaire sentait le coup monté. S'agissait-il d'une sorte de bizutage particulier de mes compagnons de laboratoire se livrant à des travaux austères et désireux de temps en temps de s'en délivrer ? Alors le dernier arrivant en faisait les frais...

 

 

Jouons le jeu... Elle était extrêmement jolie. Nous verrions bien au moment où elle aurait à remplir ses"devoirs conjugaux » si elle se considérait encore comme mon épouse. Elle devait être un bien joli livre de voyages à parcourir.

 

Elle me fit visiter toutes les pièces de cette maison avec une grande assurance. Elle les connaissait parfaitement dans leurs moindres détails.

'' - Depuis quand te trouves-tu ici ?" demandais-je.

"- Depuis lundi. " répondit-elle en feignant la surprise,

" Comme nous en avions convenu. Tu as déjà, oublié. Décidément tu oublies beaucoup de choses ! Ne te serais-tu pas surmené un petit peu ces temps-ci ?" ajouta-t-elle affectueusement.

 

Je ne savais plus que penser. Il est vrai que j'avais beaucoup travaillé pour obtenir ces examens depuis des années. Il n'était pas impossible que cela eut influé sur mon comportement mental.

 

 

Après minuscule chambre d'étudiant sous les combles, la petite villa me sembla presque le château du Marquis de Carabas. " C'est gentil ici " me dit-elle. C'était en effet très gentil, meublé avec goût par le Centre de Recherches pour ses ingénieurs, pour qu'ils ne manquassent de rien.

 

Je pourrais enfin me consacrer à mes travaux dans d'excellentes conditions. Essayer de traquer la matière dans ses derniers retranchements c'est à` dire peut-être parvenir à comprendre les mystères de la création. Le but de ma destinée... comprendre le pourquoi et la cause du Grand Tout. Trouver la serrure sacrée.

 

Mais elle, J'y songeais soudain, elle n'était pas prévue dans le déroulement si bien organisé de mon existence. Je n'étais plus très sûr du canular. Comment m'en débarrasserais-je plus tard si je voulais m'en débarrasser ?

 

Je m’enquis de son nom. Elle me déclara avec ironie s'appeler Sylvana, ce qui me rappelait quelque chose, je ne savais trop quoi et me sembla bien convenir à sa personnalité, je ne sus pourquoi.

 

Je nous revois encore buvant un verre pour inaugurer ma nouvelle vie, notre nouvelle vie devrais-je dire plus exactement. Elle m'avait servi mon cocktail favori en tirant du réfrigérateur déjà, garni les liquides que j'aimais en les mêlant dans des proportions adéquates comme un barman de grand hôtel. Mais elle ne m'avait pas demandé ce que je désirais prendre... Elle le savait.

 

Comme je m'étonnais elle me rétorqua :" On ne cohabite pas avec quelqu'un plusieurs années sans connaître ses goûts... et même ses vices... " ajouta-t-elle avec un petit sourire.

 

J'étais assis dans le fauteuil de cuir, la soumettant  une sorte d'interrogatoire souriant, sous un faux air de conversation banale.

Je lui demandai à quelle occasion je l'avais rencontré pour la première fois. Elle me répondit que c'était sur le vol Paris-­Lisbonne d'une compagnie charter, il y avait deux ans de cela.

Elle y était hôtesse de l'air. " Ce fut le coup de foudre réciproque, mon chéri  poursuivit-elle, Il et nous décidâmes de nous marier peu après bien que tu n'avais pas terminé tes études et que cela risquait de poser des problèmes. Et je continuais mon métier d'hôtesse pour subvenir aux besoins du ménage, car ta mère ne pouvait, comme tu le sais, beaucoup t'aider. "

 

« Aussi il ne serait pas chic de me larguer aujourd'hui, alors que j'ai quitté mon métier pour te suivre dans ce trou. »

 

Et elle appuyait sur le mot trou avec une nuance de dégoût aristocratique.

Je notai que si elle employait des expressions populaires, voir argotiques, c'était toujours avec une petite pointe d'accent précieux. Et que dans l’ensemble son vocabulaire et sa syntaxe étaient un peu surannés ; comme le français que parlent le p1us souvent les étrangers, appris dans les écoles, même lorsque la fréquentation des bars et des étudiants a mêlé  à l’or pur de leur langage quelques scories.

 

Elle était incollable sur tout ce que je pouvais lui demander ­sur les événements concernant ma vie, même à la limite les plus anodins, et ne présentant que de l'intérêt pour moi. Elle y répondait de bonne grâce et avec un air un peu amusé, se doutant bien que j'essayais de la prendre en défaut.

 

Elle savait par exemple qu'enfant j'étais tombé en jouant au football et qu'il m'en restait une marque au genou. Au travers du pantalon elle me posa exactement la main à l'endroit de l'ancienne blessure. Cela 1e fit un peu mal lorsqu'elle appuya. C'était extraordinaire réellement, si elle n'était pas ma femme, cette connaissance intime de ma personne.

 

C'est sans réticence aucune qu'elle se rendit dans la chambre, se déshabilla par petits gestes précis devant moi, et se laissa faire l'amour. " Se laissa faire l’amour"est une expression juste, car elle n'y prit de sa part que fort peu d'activité, se contentant de se pelotonner contre moi et de pousser de petits cris de comédienne. En réalité elle semblait penser à autre chose ou à rien. Quoique de je me fus soigneusement lavé avant de me mettre au lit, elle trouvait mon odeur particulièrement forte et faisait effort pour ne point détourner son nez offusqué de moi.

 

Je remarquai sous ma langue et mes dents que sa chair n'avait pas exactement la consistance d’une- chair, mais était plus lisse et plus craquante, si je puis dire. Je notai aussi de nouveau cet étrange parfum de sous-bois qu'elle dégageait. Je n'avais jamais respiré de senteur de cette nature jusqu'alors. Il me sembla qu’il_ venait de la peau elle-même et non point d'un quelconque produit vendu en flacon. Le respirer vous faisait pénétrer dans un monde étrange et vous donnait d'autres idées que celles que vous aviez ordinairement.

 

Après ces exercices je me demandai quel être inconnu reposait, si placidement â mes côtés... Jamais je ne vis femme plus belle, ni mieux faite, comme si elle était sortie d'un moule aux formes et aux proportions parfaites...

 

Apparemment nous menions la vie d'un couple uni. Souvent elle venait m'attendre à la sortie du laboratoire. Mes compagnons de travail crevaient de jalousie, et cela ne me déplaisait pas, de voir si ravissante femme me sauter au cou, avec un sourire éblouissant un peu comme celui que l'on voit sur les affiches vantant les mérites d'un dentifrice. C'était moins pour sourire que pour montrer ses dents qu'elle avait fort belles et régulières. Celles-ci semblaient dures comme le diamant, comme neuves poussées de la veille. Mais il s'agissait de vraies dents, je le précise, et non d'une quelconque prothèse même merveilleusement réussie.

 

Sans trop en avoir l'air, je la surveillais attendant qu'elle se trahisse; ce n'était point si aisé.

 

Une fois même Je fouillai dans son sac à main. Il me répugnait assez de devoir utiliser semblable méthode. Multiples objets que l'on trouve ordinairement dans le sac à main d'une femme. Je découvris ses papiers dans un petit porte-carte. La carte d'identité précisait son nom évidement, qui s'avérait être le mien,-son prénom Sylvana, son nom de jeune fille et sa date de naissance. La photographie était bien la sienne, et selon toute probabilité avait été mise lors de la confection de la pièce. Le tampon sec de la Préfecture recouvrait parfaitement et le carton et la photographie. Seule une suspicion débordante pouvait faire douter qu'il ne s'agissait pas là d'un document sincère.

 

Il y avait aussi une carte d'hôtesse de l'air un peu défraîchie, sur laquelle elle apparaissait avec un charmant couvre-chef et un sourire commandé. . Le nom était bien le même que celui de jeune fille de la carte d'identité. On trouvait encore un vieux ticket de métro, un billet d'un cinéma du quartier latin où j'allais parfois... et la photographie d'un très beau jeune homme que je ne connaissais pas... lui. Cela pouvait très bien s'expliquer qu'elle n’ait pas jugé utile de me le présenter.

 

Bien sûr alors, j'aurais pu abandonner mes recherches, estimer que j'avais été amnésique, et tenter de reconstituer mon passé sous la version qu'elle me présentait et qui offrait toutes les apparences de la cohérence. Mais cela m'intriguait trop, et je ne pouvais accepter de douter de mon intégrité mentale. Puis il y avait quand même quelque chose qui ne me semblait pas coller tout â fait, un léger défaut dans le coup de pinceau du paysage par l'artiste, un bruit de fêlé dans le cristal lorsqu'il tinte.

 

Je constatai qu'elle avait des habitudes alimentaires très bizarres. Elle n'avait jamais faim à l'heure des repas, prétextant qu'elle avait déjà mangé précédemment. Les végétaux ne figuraient jamais à son ordinaire. Elle ne m'en cuisait pas et ne voulait pas que je m'en cuise devant elle. La vue même de légumes reposant sur un plat, à plus forte raison coupés, la rendait quasiment folle.

 

Par contre je la surpris une fois en train de croquer avec délices des mouches qu'elle avait attrapées. Ce1à me parut très répugnant, mais elle le faisait avec la grâce d'une petite fille.

 

Un de mes collègues de travail avec lequel je m'étais lié d'amitié, me signala que l'on jasait beaucoup autour de lui sur le fait qu'elle avait l'habitude de se promener nue dans le jardin­et qu'on la voyait du dehors, par-dessus les haies. Pour sa part il ne s'en plaignait pas. Il est vrai qu'il lui semblait naturel d'être nue, et qu'elle n'enfilait qu'avec difficulté ses vêtements qui d'ailleurs étaient la plupart du temps très légers. Mais il n'y avait là-dedans aucune effronterie, ni provocation.

 

Souvent lorsque le soleil était assez fort, elle adorait s'exposer longuement à ses rayons avec ravissement. Son corps semblait se nourrir de sa lumière bénéfique et s'en régénérer. Sa magnifique masse de cheveux blonds, drus comme des crins soyeux, paraissait luire plus encore, comme éclairée par une lueur interne.

 

Je pensai qu'elle était d'un pays nordique où le soleil est rare et la communion avec la nature très grande.

 

Un jour que je rentrai volontairement à l'improviste, je la trouvai plongée voluptueusement dans un bain bourbeux. Elle me déclara sans trouble, qu'il s'agissait d'un traitement de beauté qui lui avait été conseil1é par une de ses amies. Et que cela lui réussissait fort bien. Je ne pus qu'en convenir. Mais j'avais l'impression qu'il s'agissait en réalité de terres, et d’engrais destinés aux plantes qu'elle avait dissous dans l'eau. D'ailleurs e1le avait une grande attirance pour les contacts physiques avec la terre, même boueuse. Elle aimait à, s'y vautrer, ou s'y plonger les pieds. Elle me proposait même de faire comme elle.

 

Dans le fil de mon discours j'ai omis de parler du bijou qu'elle portait, autour du cou. Pourtant c'est l'une des premières choses d'elle qui m'avait frappé. Elle ne s'en départait sous aucun prétexte n'aimait guère que je le touche.

 

Je n'avais jamais vu de pareil bijou, même à la vitrine des grands bijoutiers parisiens. Sa forme était curieuse et rare. Une sorte de T dont la branche supérieure était légèrement arrondie. A chacune des trois extrémités un diamant d'une brillance extraordinaire taillé en facettes faisait jouer la lumière. L'objet paraissant creux, constitué d'un métal qui ressemblait au platine, et ne devait être d'aucun métal terrestre de ma connaissance. J'avais quand même étudié assez sérieusement la géologie à l'école. Et c'était peut-être la matière dans laquelle j'étais le plus doué. A mes nombreuses questions elle répondait qu'il s'agissait d'un objet magique, d'une sorte d'outil et pas du tout d'une parure, quoiqu'il reposait joliment au creux de ses seins, illuminant de leurs éclats ses chairs légèrement ambrées où j'aimais à poser ma main.

 

Je pardonnais de plus en plus à ses fantaisies, car j'étais de plus en plus amoureux d'elle, envoûté progressivement par l'atmosphère qui l’environnait, comme par celle que l’on respire dans l’ombre d'une plante vénéneuse.

Parfois nous voyons de ces êtres hideux se cogner aux verres et nous observer. Nous ne sommes pas surs que nous parviendrions toujours à les contenir.

 

" Que dire de nous ? Que nous menons une vie paisible » en harmonie avec les éléments. Pour venir ici j'ai du suivre une formation particulière. Nous n'usons point d'un langage parlé, échangeant directement nos idées et surtout ressentant des vibrations que vous ne sauriez capter. Nous ne nous reproduisons point par accouplement comme vous. Nous croissons d'abord dans des liquides jusqu'à ce que nous soyons suffisamment vigoureux. Alors la jeune pousse est confiée à un couple qui la prend en charge jusqu'à sa croissance complète.

 

Rien n'est plus touchant, et ça te toucherait toi-même que de voir deux plantes adultes serrées l'une contre l'autre, et pressant contre elles affectueusement une jeune plante qui se meut dans leur ombre.

 

Si on éprouve réellement beaucoup d'affection pour quelqu'un on peut toujours demander au Grand Ordinateur de confectionner un composé de vos deux codes génétiques. S’il accepte on obtient un croisement qui ressemble aux deux plantes parentes. Il y a même des filles qui se font faire une plante commune avec des personnages célèbres d'autrefois. C'est particulièrement fréquent chez certaines étudiantes en lettres qui évitant tout à fait la fréquentation des autres vivent dans leurs rêves de la littérature ancienne avec leur rejeton issu d'elle-même et de leur auteur favori »

 

Elle changea soudain de ton :" Si j’évoque des images de maternité, c'est parce que j'attends un enfant de toi. Il faut bien appeler cela ainsi. »

 

J'étais stupéfait. Elle poursuivit :" Nous disposons certes de tous les organes nécessaires. Mais l’acte sexuel nous est interdit. Si il arrive cependant que deux plantes décident de copuler entre elles ,mues par une trop grande attirance et curiosité, et qu'un fruit en résulté, le Grand Ordinateur les fait détruire avant l’accouchement, parents et enfants. Aussi nous n’avons pas l’expérience de ce qui pourrait arriver, à plus forte raison avec un être d'une autre espèce. "

 

Je décidai d'avoir un petit d'elle malgré que ce fût folie.

Si jamais elle me quittait, j'aurais un souvenir vivant d'e11e-même.

Elle aussi n'évoqua pas une fois la possibilité de mettre fin à sa grossesse. Et nous nous préparâmes à la venue de cet héritier de deux civilisations.

 

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La gestation semblait se passer très bien. Sa taille allait très naturellement en s'arrondissant, Et Sylvana n'en éprouvait aucune gêne particulière. Elle n'exprimait pas non plus quelque crainte. Mais je l'ai assez dit les problèmes psychologiques n'existaient guère pour elle. Encore que l'épisode douloureux de sa confession, et ce bébé à venir avaient changé quelque chose dans nos rapports les rendant plus proches.

 

Je décidai qu'elle accoucherait à la maison, même si cela pût paraître singulier à notre entourage, et, par la suite alimenter des soupçons. Elle pensait également que ce serait une sage solution.

 

Un de mes anciens amis exerçait la médecine dans la région parisienne. Je l'invitai sous prétexte de vacances, ce qui pouvait sembler plausible. Je ne lui dis pas ce qu'il en était de la nature de Sylvana. Mais il comprit rapidement dès qu'il la vit, et à plus forte raison lorsqu'il l'examina.

 

" Tu sais ce qu'elle est ?" me demanda-t-il. Tu aurais peut ­être dû t'adresser à un jardinier plutôt qu'à un médecin. " " Je n'ai jamais vu de chose plus extraordinaire " poursuivit-il, mais la mère jouit d'une vitalité de chêne, si je puis dire. Cela, se présente dans d'excellentes conditions "

 

I1 croyait que ma femme était une anomalie de la création, une sorte d'avatar de l'évolution. Je ne lui révélai point qu'elle venait d' " ailleurs ". C'était trop compliqué.

Il y avait une pointe d'humour dans la voix de mon ami lorsqu'il me préconisa pour elle un régime adapté à son cas: soleil, terre et vie au grand air. De plus il me recommanda d'éviter les contrariétés qui n'étaient pas sans influence sur les plantes d'après les travaux biologiques récents. Au fond il avait très bien pris ce1à...

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Lorsque j'entendis le premier vagissement je me précipitai dans la chambre. Un splendide bébé parfaitement constitué commençait sa vie et se demandait ce qui lui arrivait. Sa mère le tenait dans ses bras avec tendresse. Ce n'est qu'avec hésitation qu'elle me le confia quelques instants, semblant craindre de moi, pour lui. Elle nous regarda tout deux avec une sympathie inquiète et contradictoire. Les grands yeux curieux du nouveau citoyen s'ouvraient pour la première fois. Il était fripé comme un vieux parchemin des bibliothèques du monde, sur lequel étaient dessinées des multitudes

de caractères. Je ne sus dire si j'étais heureux. Je me mis à craindre alors pour l'avenir.

 

C'est peu après la naissance que je remarquai le changement complet d'attitude de Sylvana. Elle devenait souvent absente, s'isolait seule avec le bébé de longues heures.

 

Un jour elle me murmura avec peine :" Ils me rappellent, ils veulent que je revienne... Ils ont peur que je tienne trop à toi, que je devienne comme vous, que je passe de votre côté... "

 

" Avec le bébé ?- Avec le bébé ! »

 

Alors je me mis à la surveiller presque nuit et jour, encore que je savais bien que je ne pourrais pas les empêcher de me l'enlever. Ils la contrôlaient toujours à distance, même si ils craignaient que ce ne soit pas suffisamment bien.

 

Malgré tout j'avais cet espoir fol de la garder, de la garder toujours. Je ne voulais pas qu'un beau jour elle disparaisse de ma vie aussi brusquement qu'elle y était entrée, par une déchirure de l'espace.

 

J'avais l'impression que les sollicitations qui l'appelaient ailleurs étaient de plus en plus fortes et qu'elles lui faisaient violence.

Je ne savais pas où cela allait se passer. Je n'avais aucune idée même de la façon dont ils procéderaient; ce qui accroissait la difficulté de ma tâche de gardien.

 

Je m’attendais à, une sorte de véhicule étrange dont la forme n'aurait rien â voir avec celle des véhicules connus. Elle avait toujours refusé de me renseigner à. ce sujet, arguant qu'il s’agissait d'un très grave secret dont la connaissance mettrait en péril leur communauté. Car si le chemin de cette planète à la nôtre était connu, il serait facile alors pour des chercheurs terriens de trouver le chemin inverse. Jamais non plus elle n'avait voulu me dire combien d'envoyés, comme elle, se trouvaient sur terre et quels étaient les travaux auxquels ils se consacraient. Une fois révélé ceci, ils seraient très vulnérables. On pourrait les débusquer avant que de les exterminer.

 

Elle ne me dévoila pas non plus les arcanes de leurs mathématiques bizarres, dont les dimensions, les courbes, et les formes n'avaient rien de commun avec les nôtres. Je crois qu'ils possédaient là l'intégration d'une bonne partie des données du monde. Cette clé nous manquait, et j'aurais bien aimé la donner aux hommes. Au fond je ne sais. Il est douteux qu'ils en auraient fait alors bon usage. Ils auraient cherché à perfectionner leurs armes de guerre pour mieux se détruire et détruire l'univers.

 

Sylvana a peut-être eu raison de disparaître sans me rien raconter de cela.

 

 

XXX

Je vais essayer de narrer aussi simplement que possible comment ils sont partis tous les deux avec des airs désolés, attirés par une force gigantesque. C’était par un après-midi ensoleillé comme on en voit en Provence dans les débuts de l'été.

 

J'étais allongé sous un arbre vénérable et odoriférant. Je suivais au travers de l'entrelacs des ramures dansantes les jeux amoureux de l'ombre et de la lumière.

 

L'existence m'apparaissait à la fois comme vaporeuse et signifiante. J’étais un esprit fugace, moins que ce léger souffle de vent, mais lié au Cosmos.

 

J'entendis un bruit strident comme celui d'une pale d'hélicoptère qui tourne à une vitesse folle, accompagné d'une intense vibration de l'air. Je me précipitai vers la maison. Je constatai que plus je me rapprochai plus l'air opposait de résistance, plus la lumière devenait intense et affolée.

 

Lorsque j'entrai dans la maison l'air devint comme une eau qui coulait autour de moi. Arrivé au bord de la salle à manger je ne pus plus progresser. Une sorte de mur de verre s'opposait complètement au passage.

 

Sylvana au milieu de la pièce tenait notre enfant, qui lui passait les bras autour du cou, tandis que de l'autre elle soulevait d'une certaine façon le bijou qu'elle portait autour du cou, en le tournant d'un angle particulier.

 

Je compris alors. La lumière s’engouffrait par les trois extrémités du bijou et en ressortait en un tourbillon décomposé d'une grande violence. C'est ce tourbillon qui faisait pareil bruit. Le mouvement s'accélérait, devenant de plus en plus formidable.

Bientôt ma femme et mon enfant furent au milieu d'une espèce de bulle d'air dans une mer déchaînée. Cette mer déchaînée était parcourue de lueurs ondulantes, de palpitations étincelantes, dans lesquelles vibraient des couleurs inconnues. J'emploie ces périphrases pour que l'on me comprenne. Mais ce n'est que l’expression imparfaite de la réalité. La terreur que j’éprouvais et la beauté du spectacle passent l'imagination.

 

Sylvana semblait possédée par un esprit supérieur et agir inconsciemment. Le bébé vivait déjà ailleurs.

 

Des parcelles d'Or volatiles se mirent à voler autour du sarcophage creux. Dans un dernier mouvement ils regardèrent en ma direction, elle esquissa un vague signe de la main.

 

L'Or sembla se liquéfier, puis se solidifier pour constituer une paroi. Le sarcophage se mit à pivoter sur lui-même avec une grande vitesse. Je vis au travers d’une ouverture l'autre partie de l'espace où vivaient les hommes-plantes dans leurs cités étranges.

 

Elle disparut soudain au delà des portes d'Or en poussant un cri, que je ne pus entendre.

 

...................

Le Procureur de la République essuya ses lunettes avec un air pensif :

" Votre femme et votre enfant, que la rumeur publique vous accusait de séquestrer, disparaissent... Et vous inventez cette histoires d’enlèvement extraterrestre avec une foule de détails qui atteste j'en conviens d'une certaine richesse d'imagination, ou d'une bonne dose de folie.

 

Un seul témoin pourrait arguer de la justesse d'une partie de vos dires: le Docteur Lebreton. Il est mort il y a quelques jours, écrasé par une automobile. La police a tout lieu de croire qu'il ne s'agit pas d'un accident mais d'un homicide volontaire pour se débarrasser de lui.

 

Cependant nous ne nous expliquons pas certaines choses. Il a bien existé une Sylvana Grumbach ayant exactement le même physique, le même âge que ceux de votre épouse disparue, et correspondant trait pour trait aux photos d'identité que vous avez en votre

possession. Sylvana Grumbach est bien hôtesse de l'air; mais elle est morte dans un accident d'avion en Amérique du Sud il y a deux ans. Le Boeing 747 s'est écrasé pour des raisons restées inexpliquées sur la Cordillère des Andes. Les restes de la jeune fille ont été formellement identifiés. Le jeune homme blond qui ne vous connaît pas mais existe bien, c'est son frère ! Pour lui il ne fait aucun doute qu'elle soit réellement morte.

 

Cependant la Sylvana " ressuscitée " ne semble pas exactement être Sylvana. C'est en quelque sorte une copie trop parfaite, de la " fausse-monnaie " . .

 

Vous pouvez rentrer chez vous. Mais vous ne devrez point vous éloigner de la localité sans accord de la Police. Il y a une certaine Mlle Carole qui téléphone plusieurs fois par jour pour demander de vos nouvelles... Vous devriez l'appeler. "

 

Le Procureur de la République me fit une grimace qui pouvait paraître un témoignage de sympathie dans sa fonction.

 

Méfiez-vous, vous hommes incrédules qui lirez ma confession, des femmes séduisantes qui n'aiment pas la salade !

Elles risquent de vous entraîner dans des aventures bien embarrassantes !

 

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