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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

L' ANGE  GARDIEN.

 

Il lui semblait avoir presque toujours vécu avec l'image de la Dame blonde dans son esprit. Et il ne savait plus très bien quand il l'avait réellement vue, confondue avec une femme blonde + quelconque qui apparaissait  à la vitre d'un autobus, ou simplement rêvée.

 

Mais par contre il se rape1ait avec précision la première intrusion de la Dame blonde dans son existence. Il n'était alors qu'un tout petit garçon qui se trouvait bien malheureux dans cette colonie de vacances. Il avait l'impression d'être une boule au revêtement tendre sur une table de billard que les autres boules extraordinairement dures frappaient férocement. Et chaque coup le meurtrissait  et le rendait plus fragile encore.

 

Quel terrible âge était pour lui l'enfance !

 

Cet après-midi là il avait joué à quelque jeu guerrier. Les jeunes combattants et leurs moniteurs étaient divisés en deux camps. L'un des deux assiégeait l'autre. Ce dernier était retranché derrière des palissades de branches entassées. On se bombardait à coup de pives de sapins, sorte de grenades naturelles, dures et acérées.

 

En évoquant ceci si longtemps après, l'odeur particulière des forêts de sapins lui remontait encore dans les narines, et leur humidité s'abattait sur ses épaules, baignait la peau de son visage.

 

Lors du retour, il avait été distancé par le gros de la troupe sans bien s'en rendre compte. Il finit par se trouver seul dans ces bois qu'il ne connaissait pas. Ion torrent coulait à ses côtés avec un bruit liquide. Il pensa qu'il devait le suivre et qu'il le mènerait quelque part.

 

Le soir chargé de mystères troubles commençait à tomber, et les arbres de se faire plus sombre....

 

Il se demanda si il n'était pas perdu. Il eut l’impression d’être abandonné de tous et se mit à pleurer sans retenue. Cela ne lui faisait pas de bien comme d'habitude, où les larmes mettaient un rideau entre lui et le monde derrière lequel il pouvait se cacher.

 

Pourtant il continuait d'avancer, tantôt marchant, tantôt courant, trébuchant presque à chaque pas sur le sol inégal. Soudain il tomba dans un trou qu'il n'avait bas vu. Il sentit une douleur terrible monter en lui de sa cheville. Il se vit mourir ici...

 

La Dame blonde lui apparut. Il n'avait jamais vu de femme aussi belle. Mais sa beauté était tranquille, faite d'harmonie et de proportions, Ses cheveux drus, taillés mi-courts, lui faisaient comme un casque bouffant d'Or pâle. De taille moyenne, elle était vêtue d'une robe de lin blanche à la fois sobre et richement élégante. Ses pieds fins étaient recouverts de chaussons de danseuse.

 

Elle paraissait âgée d'environ vingt-cinq ans. Et au fil des années, chaque fois qu'il la vit, son âge : semblait toujours le même. Cependant son visage devenait de plus en plus grave et réfléchi; comme si le temps n'altérait, pas son physique -mais son expression.

 

Le plus simplement du monde, elle le tira du trou, en lui tendant deux mains extrêmement énergiques. Ensuite il s'appuya contre elle, et réussit à se déplacer doucement. Parfois quand le passage était trop dur ou qu'il geignait trop fort, elle le portait dans ses bras sans apparemment souffrir de sa charge.

 

Elle l'avait déposé devant le réfectoire de la colonie de vacances, en frappant un coup sec au volet. Elle savait d'ou il venait alors qu'elle ne lui avait rien demandé. D'ailleurs de toute sa vie elle ne lui parlerait jamais et il ignorerait toujours le timbre de sa voix,.

 

Un peu plus tard, s'interrogeant, il avait feint de croire que la femme blonde était une femme"normale" qui passait par hasard par là. Encore eue sa tenue n'était point celle d'une promeneuse des bois et qu'elle        devait être venue d'ailleurs. Il aurait bien aimé la remercier; mais il ne put savoir ce qu'était devenue la  mystérieuse personne, fée dorée, ni où elle habitait. Et Personne ne   déclara la  connaître.

 

Pendant bien longtemps il n'eut plus affaire à elle. Cependant il crut - parfois l'entrevoir  tandis qu'il tirait une adolescence interminable dans sa ville sombre et pluvieuse. Alors il aurait voulu tenter de l'approcher, lui demander qui elle était. Mais jamais il ne put la rejoindre...

 

X
X         X

 

Le décor avait changé. Palmerai d'un petit oasis au milieu du désert torride. Ils sont là, une cinquantaine de militaires français, plus ou moins crasseux ou défaits. Demain ils repartiront, couverts de sueur poisseuse, pour d'interminables patrouilles dans l'hamada et les rochers, à la recherche des fellaguas introuvables. Introuvable car ils savent se faufiler,,tels des renards des sables, dans ce paysage lunaire.

 

A la vérité ces"jeunes du contingent", comme on dit, n'ont pas tellement envie de rencontrer leurs ennemis de circonstance et d'en découdre avec eux, même si ils ne l'avouent pas toujours. Ils comprennent mal ce qu'ils sont venus faire en ces lieux. Ils ont le fatalisme des gens issus des milieux populaires qu'on envoie à chaque génération, quelque part, verser leur impôt du sang pour des raisons souvent obscures.

 

Le Pouvoir en a décidé ainsi. Et ils sont partis, barda sur dos. " Vingt ans, c'est le bel âge ! " Ceux qui reviendront ce retrouveront vieux dans un monde qui les a complètement oublié e qui s'amuse très bien sans eux. Ils s'en rendront compte lors de leur permission.

 

Ils livrent en plein XX° Siècle une guerre coloniale qui n’ose pas avouer son nom.

 

Après avoir cuit quelque misérable tambouille sur un feu de fortune, ils ont discutés de choses et d'autres, un peu  du pays. 0 qu'il est beau ce pays mythique reconstitué à distance !

Ils ont rêvé à leur promise. " La reverraient-ils d'ailleurs ? »

 

Allongés dans la relative fraîcheur de la nuit, enfilés dans leurs duvets, c'était le seul moment supportable de cet enfer. L'air était doux, l'on pouvait se reposer, laisser vagabonder sa pensée ou ne penser à rien. Le but idéal, oublier, oh oublier  !

 

Seule la sentinelle veillait. Tout à l'heure on la remplacer, tout à l'heure... En attendant il fallait savourer l'instant présent comme une mauvaise cigarette.

 

Soudain un coup de feu. " Encore un bourricot !" feignit-il de croire. Fréquemment une sentinelle fébrile, le regard abusé abattait un brave Aliboron musardant dans la nuit. Peut-être qu'il ne s'agissait pas d'une méprise, et que le soldat pensait qu'en tirant au hasard sur une ombre, on pouvait dissuader d'autres ombres.

 

Ce coup de feu est suivi d'autres. Ce ne saurait plus être une opérette sous un ciel plus que méditerranéen. Une balle soulève avec un floc, un petit nuage de poussière tout à côté de lui. Cela devient très réel. A ce petit jeu on peut mourir.

 

Le lieutenant et les sous-officiers rassemblent leurs hommes tant bien que mal, avec tout leur armement. Ils font mettre en batterie les fusils-mitrailleurs.

 

On finit par détecter dans la nuit presque complète, grâce à l'éclair de leurs armes, les emplacements des ennemis.

 

" Ils se sont planqués les enfants de putes derrière les rochers !" hurla quelqu'un. En effet, ça et là, des roches éparses, auxquelles ils n'avaient pas pris garde en s'installant, effleuraient la terre, comme des récifs sur une mer tranquille.

 

On entendit un cri. " Vénusi est touché " fit écho une voix. « Qu'il attende ! » répliqua le lieutenant', « i1 sera évacué ! »

 

Le Radio, apparemment sans grand succès, essayait de contacter la base arrière avec ses bip-bip sonores qui dans ces circonstances et dans ce lieu        une sorte de concert martien„

 

La haute silhouette du lieutenant se dressa soudain, puis se déplaça. Patrick eut l'impression qu'en un effort extrême, à sa droite Vénusi levait son bras pour ajuster 1 ' officier.Il avait souvent déclaré, à mi-voix, que si i l se sentait prêt à -partir de l'autre côté, il ne serait pas seul du voyage. Il en emmènerait un deuxième. Il ne précisait pas à qui il pensait, mais on le comprenait très bien.

 

'' Ils l'ont eu ! " hurla le sergent-chef Martin, tandis que le lieutenant s'effondrait. On ne savait trop, si il mentait sciemment ou si il se trompait dans l'affolement. Personne ne souffla mot. Mais il était évident que le coup ne pouvait provenir que de l'un des leurs.

 

Vénusi dans son coin ne bougeait plus, figé à jamais.

 

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