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Le Téméraire (5)

LE TEMERAIRE 5

 

Il fallait convoquer, la réunion des Capitaines. Le rassemblement des Capitaines de vaisseaux était en fait le gouvernement de l'île. Il avait une triple fonction : d'entraide, politique et militaire.

 

Du point de vue de l'entraide les Capitaines étaient souvent amenés à aider l'un d'entre-deux, qui à la suite des aléas de la piraterie n'avait plus assez d'argent pour monter de nouvelles expéditions. Du point de vue politique il était le gouvernement de l'île, du point de vue militaire il servait  à monter des opérations d'une importance telle qu'elles n'étaient pas à la portée d'un seul bâtiment. On pourrait même ajouter une quatrième fonction : une sorte de fonction judiciaire, car le Conseil des Capitaines jouait un rôle; souverain d'arbitre en cas de  litiges entre pirates.

 

Un système de messagers permettait à l’un des Capitaines, seul, s’il l’estimait utile, dehors des séances régulières convoquées par le Président dit " Premier des Capitaines" d'appeler à la réunion tous les capitaines. Il s'agissait là d'une procé­dure extrêmement  rare et qui ne devait être employé qu’en cas d’évènement importants. Julien pensa que la missive de la fille du Gouverneur " Isabella'' était un évènement suffisamment important pour justifier pareille procédure.

 

C’est avec son bicorne et son bel uniforme le bleu à boutons dorés que Julien pénétra dans la grande Salle des Capitaines. En effet le Conseil des Capitaines possédait une salle spéciale dans un immeuble cossu du centre de la cité, où chacun avait sa chaise réservée à haut dossier. Et les réunions ne se déroulaient pas sans une certaine élégance et un certain cérémonial.

 

" Que tu es beau " lui avait dit Rosita en l'aidant à se vêtir, et en passant langoureusement ses mains sur le drap.

 

L'entrée de Julien fit sensation et chacun se demandait les motifs de cette convocation assez extraordinaire.

 

Au centre de l'immense table ovale le Premier des Capitaines présidait. C'était un bel homme à cheveux blancs lissés et au teint soigné. Devant lui, un crâne et un tibia minutieusement, nettoyés et blanchis reposaient. Le tibia lui servait de marteau pour frapper le crâne lorsqu'il s'agissait d'ouvrir ou de fermer la séance, ou de rappeler à l'ordre l'un des capitaines pour obtenir le silence.

 

Julien se vit inviter à expliquer ce qu'il comptait obtenir: de ses pairs. Un silence absolu s'installa.

 

Dans une attitude un peu théâtrale, les gants blancs à la main, négligemment appuyé à la table, Julien se mit à développer son plan. C'était de l'enlèvement de la fille du Gouverneur qu'il s'agissait, et       ce faire, il préconisait  une double attaque.

 

D'abord un certain    de vaisseaux devaient attaquer le port espagnol, tandis que le « Téméraire » et deux ou trois autres bateaux débarquant dans un autre point de l'île avec un certain nombre d'hommes devait prendre la forteresse espagnole à revers.

 

Il était bien entendu qu'il ne s'agissait pour les hommes intervenant pédestrement que de faire un coup dé main alors que 1_' effort principal était porté par la flotte au large, qui tirant à coup de boulet sur la ville espagnole créait ainsi un mouvement de diversion.

 

La stupeur      saisit tous les capitaines. Quoi c'était pour pareille folie qu'on les avait fait venir !

 

Un des capitaines résuma assez bien la pensée générale.

 

« Quel profit peut-il bien avoir pour nous dans cette affaire? Il n'y a pas d'or à amasser! Il y a bien assez de filles dans les tavernes! Mais veut-on dresser contre nous l’Espagne qui pourrait monter   une expédition punitive! »

 

Julien qui n'avait pas pensé, tout à son rêve fous. Qu’il était, à la difficulté qu’il aurait à faire agir les capitaines sans motifs convaincants, eut soudain une idée.

 

« Certains de nos amis sont détenus dans les prisons des caves du palais du gouverneur. Nous pourrions du même coup les libérer. »

Julien savait qu'il tapait juste, car le frère de ce capitaine avait justement été capturé après que son navire eût été  envoyé par le fond.

 

«  Aussi avec les hommes ainsi libérés nous pourrons constituer les équipages de plusieurs autres vaisseaux et accroître notre puissance. De plus je pense que si nous réussissons à être bien renseignés, nous pourrons piller la banque Espagnole qui est chargée d’or en transit.

 

Au fur et à mesure qu'il parlait Julien vit les visages des autres capitaines se détendrent et redevenir compréhensifs.

 

De toutes façons les capitaines auraient bien été embarrassés de refuser ce service à Julien, alors que celui-ci avait toujours mis sans discuter, et son épée et son vaisseau, au service de la confrérie des pirates  lorsque les membres de cette confrérie avaient eu besoin de lui.

 

De plus, il faut signaler qu'il existait une réelle solidarité entre les pirates, parfois appelés d'ailleurs frères de la côte, née d'une vie commune où les aléas étaient nombreux et l'entraide nécessaire, d'une vie en vase clos comme celle des moines ou des militaires, et aussi du fait que la plupart avaient quitté leurs pays parce qu'ils étaient des marginaux ou des opposants politiques lassés de leur vie misérable ou des persécutions.

 

Tout ceci créait un     esprit de corps très puissant joint d'ailleurs à un très grand attachement à l'indépendance.

 

C'est à l'unanimité, moins une abstention : celle de Julien, conformément à l'usage, que lorsque le président résident fit voter les pirates, le plan du Commandant du "Téméraire" fut adopté. Tout le monde partit dans un joyeux brouhaha, exceptés quelques-uns, qui, avec Julien mirent au point les détails de l'opération : nom des bateaux choisis, lieu exact du débarquement, renseignements sur la place, vivres, appuis dans l'île...

 

 

 

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