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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

Articles avec #demons

Sardonica (23 et Fin)

 

Elle m'attendait bien à la place habituelle, sous les feuilles où dansaient des paillettes dorées. Mais elle ne courut pas au devant de moi, se contentant de me contempler gravement. Mais je crus lire cependant mus son air sévère le vif désir de me revoir et la satisfaction de me savoir encore vivant après tant d'aventures périlleuses.

 

Je décidai de la faire un peu souffrir et me dominant je m'avançai tout naturellement.

 

« Te voilà, cruel ! » me dit-elle abandonnant d'un coup toute sa feinte assurance. Je me précipitai vers elle, et nous fondîmes alors tout deux. Et nous nous bisâmes et nous nous touchâmes,

 

Et  nous pleurâmes dans les- bras l'un de l'autre, faibles comme deus enfants et cela nous était doux...

 

Elle me fit raconter les pérípétíes dont j'avais fierté et dégoût tout à 1a fois. Mais elle ne se lassait pas de m'interroger et encore et encore et après que c'est-í1 passé ?....

EST-ce celà tout ?... , Tu me caches quelque chose...

 

Elle ne me fit grâce d'aucun détail. Au sujet de la Comtesse je dus tout lui avouer. Elle n'en voulut moins que je l'aurais pu croire. « Cela devait arriver » me dit-elle, « Nul homme n'aurait pu y échapper. »

 

Sa robuste sagesse paysanne me fit du bien, peuttre aussi était-ce 1a longue séparation qui l'empêchait de me gronder. Mais elle était prête à tout me pardonner des chosés que je lui pouvais révéler.... Aussi voulant me libérer auprès d'elle, et de moí-même je lui parlai des atrocités dont j'avais été témoin, et que j'avais laissé faire.

 

Elle me regarda avec une compassion intense. « C'est métier de soldat depuis tous temps »  me dit-elle.  « Et c'est faute de la guerre, faute des hommes aussi bien sûr qui dès qu'ils vinrent sur terre ne pensèrent qu'à en découdre pour sols, richesses, femmes, pour tout ce dont on peut être jaloux et rêver possession. Mais toi tu es gentil et tu te repend.... »  ajouta-t-elle en se jetant à nouveau dans mes bras avec un abandon volontaire.

 

Et elle se mít à me regarder d'ur drôle d'air. Je compris ce qu'elle voulait et ce que j'avais à faire ; et je compris que le moment en était venu. Sous 1a lumière dorée comme fruit de mirabelle, j'ouvrís son corsage et touchai 1a fleur de son sein.

 

Nous noue regardâmes gravement, comme si nous devions franchír la porte interdite. Je suçai son téton comme enfant suce celui de sa mère, avec dévotion et appétit, comptant s'y nourrir du suc de la vie. Elle ne résistait pas à mes caresses, mais ne s’y complaisait point trop cepenndant me laissant faire tout au plus avec un tachement serein.

 

« J'avais apporté du vin » me dit-elle en m'arrêtant soudain.

Et elle tira de dessous des cailloux une gourde de peau.

« Je n'avais pas besoin de vin pour étre ívre. »  Répliquais-je. Je lui en offrit une gorgée qu’elle tata avidemnent comme un jeune agnelet. Je bus une autre gorgée. Et nous mélangions dans nos bouches nos vins, nos haleines et nos langues avec éblouissement et appétit. Ses yeux brillaient avec éclat de bonheur et de sensualité.

 

J'arrosai ses seins du liquide de 1a gourde qui s'écoulait par saccades et je 1e léchai goulument. Je 1a mís bientôt complètement nue. Je revois encore sa peau jouant dans 1a lumière tandis qu'elle allait au devant de moí avec une détermination émue. Nos coeurs battaient et 1a fièvre montait de nos corps. Je 1a pris contre moí, tremblante, et 1a couchai doucement sur 1a mousse et les herbes. Le parfum qui montait d'elle était comme odeur rare d'épices d'isles sous 1e vent. Elle laissa voir au creux de ses cuisses amples son charmant petit jardinet qui y reposait doucettement. Et je 1a pénétrai alors qu'elle poussait de petits cris effrayés comme en poussent parfois les oiseaux surpris.

 

***************************************

 

Nous nous re1evâmes contents et émus. « Voilà quí est fait ! » m » dit-elle en me regardant tranquillement; 1e visage un peu rosí par 1e trouble et l'effort. « Nous devrions partir » ajouta-t-elle.

 

« Plus nous restons, plus celà devient difficile ! »

Oui nous aurions du fuir alors, et je 1e savais. Mais je n'arrivais point à me décider. En avais je 1a force et 1e courage d'ailleurs ?

Partir pour faire quoi ? Je ne pouvais guère retourner dans 1'Eglise et quel métier d'autre pouvais-je exercer ? On ne m'avaít appris qu'à: ecríre et à prier dans les couvents.

 

 

******************************************

 

 

Mes fonctions au Palais n'avaient pas cessé de croitre en importance depuis cette guerre et par mon rapprochement avec Sardonica que chacun pressentait et par 1e développement des possessions de 1a Comtesse. En effet les territoires conquis avaient vu 1e meurtre de leurs détenteurs (lorsqu’ils n'étaient point morts à 1a guerre) et leur remplacement par des hommes surs de Sardonica. Et ce n'était qu'échanges de messages entre 1a Comtesse et ses envoyés. Comme une araignée elle tissait peu à peu sa toile et au centre en surveillait tous les fils. De ce fait je devenais un des principaux personnages du royaume. Même mes amis officiers du temps d'avant me fuyaient lorsqu'ils me rencontraient tout en étant fort aimable avec moi, comme mus par une sorte de déférence respectueuse et craintive.

 

Moí et 1a Comtesse faisions souvent l'amour et y prenions toujours autant de plaisir. Celà aurait pu continuer ainsi bien longtemps si un évenement n'avait changé 1e cours de ma destinée. Sans penser à sa sécurité, un soir Sonia s'engouffra dans ma chambre et me déclara à brule-pourpoint avec un air mystérieux qu'elle avait quelque chose d'important pour nous à me déclarer.

 

Je crus deviner...

 

 « Tu m'as fait un enfant ! »  lacha-t-el1e à 1a fois radieuse et repentante. « En es-tu súre au moins ? » répliquais-je. Elle m'assura que oui, me déclara qu'elle avait consulté une matrone renommée au Palais pour ses talents de metteuse au monde d'enfants et m'indiqua les symptomes qu'elle présentait. Celà ne me semblait pas douteux.

 

« En veut-tu aux moins ? » pousuívít-elle.

« Si tu n'en veux pas, 1a matrone pourra me donner des herbes sauvages pour essayer de faire passer ma  faute d'amour. »

 

Je lui répondis que je voulais garder cet enfant de moí et d'elle. Et que si « faute » il y avait, nous avions été deux pour la faire et y avions mis chacun un beaucoup d'ardeur ; et que pour moí je n'avais nulle remord. Ce petit être pas encore né me donna du courage pour envisager enfin ce dont nous parlions depuis si longtemps.

 

« Nous fuirons tous deux ce soi r » dis-je. Et je lui demandais de m'attendre au-delà des fortifications au coucher du soleil. J'ajoutai que je viendrais seulement avec mon cheval.

 

Je ne pouvais amener une autre monture pour Sonia car alors je ne manquerais pas d'attirer 1'attention des soldats de garde en passant sous leur barbe avec un coursier sellé et bridé sans cavalier. Ils pourraient avertir la Comtesse qui comprendrait tout de suite de quoi il s'agissaot.

 

«Je fairais ce que tu voudras »" me répondit Sonia soumise.

 

Tandis que le soir tombait, sans bruit, je harnachai mon cheval blanc que m'avaít donné Sardonica. Il me sembla à son air qu'il comprenait ce que j'attendais de lui et l'importance que celà avait pour moí. Je remplis deux sacoches de plus de provisons que je pus pour pouvoir tenir quelques temps apres notre fuite et je sortis le plus naturellement du monde par 1a porte Ouest au petit trot. Les sentinelles ne semblaient se douter de ríen et se contentèrent de me présenter les armes pensant sans doute que je faisais une tournée d'inspection.

 

Je retrouvai Sonia à l'endroit convenu, dans un petit bosquet d'arbres, sous son fichu un peu apeurée, mais cependant très courageuse. Nous nous embrassames très tendrement, sachant bien qu' i1 ne faudrait point trop nous attarder. La nuit graduellement montaít comme une mer. Je venais de me détacher de Sonia...Ces secondes semblaient et me semblent encore aujourd'hui avoir une durée particulière. Le soleil rougeoyait à l'horizon, mourant en pleine beauté. Tout était calme, plus loin sur son sommet devenu sombre 1e château dd Sardonica ne paraissait presque plus être qu'un mauvais souvenir sortí d'un cauchemard.

 

Puís i1 y eut l'explosion et l'éclair. Un ECLAIR formidable qui me traversa la Vue et me déchira le cerveau. Et un instant le château explosa et fut projeté en l'air par une force interne formidable. Le sol gronda et trembla. Un souffle brulant me traveresa de part en part. Je fus plaqué par terre par une main puissante et sombrai dans l'inconscience. Je crus cependant me souvenir par 1a suite que je me jetai sur Sonia pour tenter de 1a protéger.

 

Je ne me rappelle ríen d'autre. Tout ce que je peux raconter maintenant sur ces évènements n'est que ce que m'ont dit des paysans qui nous trouvèrent ensuite et les moines et les soeurs à qui nous furent confiés ; moí aux moines, elle aux soeurs.

 

Les paysans auraient entendu aussitôt après  l'explosion le formidable cri d'un animal -blessé et vu presqu'en méme temps 1a gigantesque ombre d'une panthère apparaissant au milieu du sinistre. Ils auraient même entendu 1a galopade de cet animal fantôme fuyant pour on ne sait où.

 

Les religíeuses soignèrent Sonia avec dévouement. Son visage et son corps avaient été pourris intérieurement par les terribles émanations de l'explosion de ce que je pense être du "minerais rayonnant" à 1a suite d'une expérience ayant mal tourné. Il parait qu'elle était réellement horrible à voir. Elle mít au monde un petit monstre noir comme du charbon, couvert de poils,avec déjà une geule pleine de dents, qui fut abattu aussitôt à coupe de bâtons par les femmes qui participèrent à l'accouchement.

 

Je ne revis pas Sonia avant qu'elle ne meurre. Ce fut peut-être mieux ainsi pour elle et pour moi. Ainsi je garde en mon coeur le souvenir de ce qu'elle était la première fois que je 1a vis fraiche et belle au détour du corridor. Et je mourrais avec cette image.

 

Moi-même, vieux moine, j'ai été complètement défiguré par l'explosion et je reste ici caché, à l'abri des hommes, auprès des frères du couvent. Je ne souhaite pas être plait, mais désire supporter courageusement mon destin. Certes j'ai eu plusieurs fois aux moments de désespoir l'envie d'attenter à ma vie ; mais qui ne le comprendrait ?

 

Chaque jour, dans ce manuscrit de Ste Véronica, je peins mes mémoires dissimulées dans 1e texte où peut-être un jour un observateur sagace ou chanceux les découvrira. Je lui laisse 1e soin d'en décider l'utilisation. Qu'i1 soit prudent cependant dans ses révélations. Ce récit pourrait répandre des conséquences funestes qu' i1 ne soupçonne peut-être pas !

 

Souvent moi-même j'ai peur lorsque j'écris. Je me demande si on me laissera impunément continuer, si ceux qui savent ne vont pas stopper mon ouvrage et empêcher que ce que j'ai connu n’accède aux générations futures.... J'ai peur. Parfois í1 me semble entendre des pas souples et nerveux tout à 1a fois comme ceux que je connaissais si bien des panthères, derrière 1a porte. Peut-être est-ce que je deviens fou et que ma tête éclate après tant et tant d'épreuves, plus que je ne pouvais en supporter ? Non, cette fois, ces pas dans le corridor, on vient : 1a bête immonde, avec sa gueule, son souffle chaud et ses griffes, et ce regard terr.........................

 

 

*********************************************

Ici s'arrête 1e récit du moine Maroff. La dernière page du manuscrit était à demi lacérée par ce que l'on pouvait prendre pour des coups de griffes énormes et comportait même l'empreinte d'une patte de panthère géante dans du sang noirci et séché par les ans.

 

Ce sont mes dernières notes....

 

Je referme donc mon calepin noir de voyage.

Octobre de 1'A mil neuf cent soixante-dix-huit....

 

John BRISTOL. 

 J. B

Sardonica (z 23 et Fin)

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SARDONICA (22)

 

Je me rendis à la parade militaire qui devait avoir lieu, meurtri, douloureux de partout. Ce fut mon laquais qui m'aida à monter sur mon cheval. Livré à mes propres forces, je n'y fus sans doute jamais parvenu. Mes amis officiers me regardaient d'un oeil goguenard qui me rendit furieux. Aussi je fis grand effort pour me tenir à cheval correctement quoiqu'il m'en coûtât.

 

Sardonica, elle, était à la place d'honneur et rien dans son comportement ne trahissait ce qui venait de se passer entre nous. Elle avait revêtu sa tenue de grand apparat et seule la satisfaction de la victoire apparaissait sur son visage et dans son air.

 

On avait rassemblé sur ce forum: fameux de la ville les survivants de la bataille. I1 fallait voir leur air pitoyable, et la grande misère qui se dégageait d'eux...

 

Je compris ce que l’on allait faire, après un moment. En effet un cheminement avait été ménagé entre les troupes pour monter jusqu'à une sorte de tour d'angle. Et auprès de cette tour d'angle se tenait quelques guerriers vigoureux que je connaissais bien pour faire les plus sales besognes de la Comtesse.

 

Après le discours d'usage qui s'imposait pour féliciter les artisans de la victoire, on entendit un affreux bruit de tambour, et l'on fit défiler tous les hommes valides de la ville ; ceux qui avaient pris les armes contre nous, je pense, en direction du fortin. Et le premier y étant parvenu, 1e bourraux de la Comtesse le poussèrent dans le vide. On n' ouit rien que le temps qui passait et un petit bruit fade en fin de chute.

 

Les autres condamnés ne voulurent plus bouger, et i1 fallut les pousser à coup de piques dans les reins pour qu'ils avancent.

 

Et un à un ils furent basculés dans le vide devant le reste de la population qui comprenait et leur femme et leurs enfants, si ils étaient encore en vie.

 

Après quoi Sardonica fit connaître ses décisions : les femmes et les enfants valides seraient emmenés en esclavage, les vieillards et les infirmes seraient abandonnés sur place. Cette perle de l’Orient avec ses bibliothèques et ses palais que les plus grands artistes avaient  crés et décorés, devait disparaître complètement.

 

Je compris qu'il était inutile d'a11er discuter avec Sardonica elle serait inflexible. Du moins c'est ce que je prétends, car je n'essayai même pas.

 

L'armée se retira de la ville, et des foyers d'incendie furent allumés en différents endroits. Attisé par un vent sec soufflant du désert, 1e feu prit bientôt une très grande vigueur et se mit à tout dévorer, avec un appétit croissant. Plus i1 mangeait plus i1 grandissait, et plus il grandissait plus il avait faim. Des nuées de cendres s'abattaient sur nous. Puís seigneur Feu diminua, eut des spasmes et mourrut.

 

La chaleur infernale de 1a combustion fit surgir de tous les trous des bandee innombrables de rats qui se réunirent en une longue colonne, comme l'eau sourdrant des mille cavités de la montagne forme bientôt un torrent.

 

Abominables créatures souterraines  se  nourrissant de tous les déchets et se reproduisant dans 1a fange avec rapidité !

 

Les soldats les moins peureux, aguerrís par les campagnes frissonaient devant ce flot et s'écartaient craintivement. L'un d'entre eux fut surpris par cette arrivée soudaine et glacé d'épouvante ne trouva pas la force de fuir. Il fût, sans que 1e fleuve vivant s'arreta un seul instant d'avancer, dépeçé, dissous, et il disparut sans laisser de trace, corps et vêtements...

 

Lorsque 1e brasier fut refroidi, on commenca 1e démantellement de 1a ville avec un acharnement incroyable. Quoiqu'il y eut des précédents historiques, dont parlent les vieux auteurs, je ne croyais pas qu'il fut possible d'arraser une ville. Pourtant ce fut fait.

 

Les éléphants bien dirigés par leurs cornacs firent merveille. I1 faillait voir ces énormes bêtes travailler avec un díscernement dont on 1es aurait pas cru capable. Et leur trompe était comme un bras sensible et doué d'intelligence, qui aidait à démolir des cités humaines bien loin de leurs aires natales.

 

Enfin on donna l'ordre à 1a troupe de levrer 1e camp, laissant les rescapés en piteux état méditer sur leurs morts et sur leur ville.

 

Sardoníca pensait que leur symbole orgeuilleux étant détruit l'ennemi n'était pas loin de l’être. Frappée au coeur 1a bête ne pourrait plus avoir que des soubresauts avant de mourrír, affreusement.

 

Elle avait raison. I1 n'y eut plus que de petits combats, de petites escarmouches à livrer, et de petites villes à vaincre facilement.

 

Mais c'était fort bonne aubaine, pour la soldatesque qui, sans risque, pouvait continuer à violer, à piller, à torturer avant que de rentrer au pays pour se ranger peut-être et y prendre femme.

 

Noua ne laissions que ruines, villages incendiés, douleurs derrière notre passage, comme épidémie de peste s’étendant sur 1e paysage en nappes. . . Je revois encore dans les soirs blafards les corps cloués aux portes des granges, et martyrisés.

 

Et je continuais à filer 1e parfait amour avec Sardonica !

Moí, hypochríte vermine, pourceau dea écuries du monde !

 

I1 existait plus encore qu'auparavant une muette connivence entre nous, je trouvais tout bien de ses actes, et étais engloiti par son destin.

 

Dans 1a journée je ne pensais qu'à 1a nuit où elle se livrerait à ses jeux délicieux mais barbares. Le matin me verrait défait mais heureux.

 

J'étais, le seul que jusqu'à présent elle n'avait point tué de ses propres mains ou fait tuer après le premier acte d'amour.

 

J'y puisais quelque fatuité, ne me rendant pas compte que si elle ne me supprimait pas, c'est que j'était sans doute 1e premier dont elle avait à ce point englouti l'âme et avec lequel elle eut trouvé des liens si ténus.

Elle était en moí, et j'étais Elle.

 

Me tuer moi, c'était peut-être se tuer elle !

 

Enfin nous retournâmes à Sardonikan qui me parut encore plus sobre et terrible que jamais. La population avait été rassemblée pour faire à Sardonica et à ses guerriers un triomphe. Mais j'avais l'impression que 1e coeur n'y était pas et que les gens préféraient nous voir au loin.

 

Parmi les jeunes filles qui nous jetaient des fleurs, sans grande conviction, avec des sourires las, à mon grand trouble et à son émoi qu'elle ne put contenir, Sonia, que j'avais bien oubliée. Elle ne me dit que :" bienvenue. .. " et sa petite voix se brisa comme une corde fragile ou 1e filet d'un oiseau. Et son œil me jeta un regard de muet reproche qui me toucha profondément.

 

Je me décidais d'aller 1a voir 1e lendemain à notre lieu de rendez-vous coutumier pour tenter de lui expliquer…

           

(A suivre)

 

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Sardonica (21)

 

Ensuite sans trop savoir pourquoi, je me mis à parcourir au hasard les rues de cette ville qui autrefois avait été une des lumières de la civilisation, un exemple des beautés de ce monde. Aujourd'hui elle était dévastée et peuplée seulement d'une petite partie de ses habitants qui tentaient de fuir les soudards ivres.

 

Je ne rendais peut-être pas bien compte du danger, car j'aurais pu nourrir cent fois, victime des coups qu'échangeaient les guerriers aux portes des tavernes, ou de ceux d'un ennemi encore embusqué et voulant tuer de ses conquérants haïs le plus qu'il pourrait. .. .

J'aurais pu nourrir sous la dent des chiens. En effet des bandes de molosses livrés à eux-mêmes hantaient les ruines, comme des loups affamés à la recherche de cadavres qu'ils dépeçaient férocement en se disputant les meilleurs morceaux avec hargne. Il arrivait que leur victime n'était point encore entièrement morte, tandis qu'ils déchiquetaient ses chairs avec des bruits de mâchoires.

 

L'un de ces détrousseurs vint même jusqu'à moi, en me regardant dans les yeux. Il me suivit quelques instants, comme si i1 voulait ne narguer, me donna un coup de museau sur la cuisse, peut-être amical, peut-être agressif, je ne sais. Puis voyant que je restais calmes, i1 disparut soudain, rejoignant sa meute.

 

Mais je n'avais pas peur, pensant peut-être inconsciemment que j'étais protégé par le halo de la Comtesse ou bien ne craignant plus rien de la mort, baignant dans une espèce d'atonie bizarre et d'ivresse particulière.

 

Amère réflexion que je fis sur le Destin dans cette nuit claire de pleine lune, martelant de mes pas sonores le sol luisant du pavé. Le Pouvoir était aux mains des barbares destructeurs et tous les penseurs du monde n'y pouvaient rien.

 

Belle cependant était la nuit et ses mystères, et douce à mon coeur. Elle avait toujours été ma compagne des mauvais jours, adoucissant mes plaies. Et i1 me plut à rêver ce que serait pareille nuit avec Sonia en d'autres temps, nous promenant main dans la main sous les clartés laiteuses du ciel, son visage contre le mien, sa bouche contre ma joue et sa voix tantôt tendre tantôt doucement ironique à mon oreille. Je me demandais aussi ce qu'elle était en train de faire et ce ã quoi elle pensait en cet instant, ma douce fiancée.

 

Je traversais ce paysage baroque, comme en un rêve éveillé, au milieu des décombres et des morts entassés.

 

L'arrivée du petit matin me désola, je ne saís pourquoi.

Alors je rentrai aux anciens appartements des seigneurs du lieu. Nous nous les étions appropriés en vertu du vieux droit de 1a guerre, le droit du plus fort, qui est en fait 1e Droit fondamental. J'interrogeai l'un des gardes au sujet de l'emplacement de ma chambre.

 

I1 avait un de je ne saís quoi de narquois dans l'expression en me désignant celui-ci, qui ne me plut guère. Pour un peu j'auraís sorti mon poignard de sa gaine et j'aurais frappé.

 

Aussítôt introduit dans une vaste chambre qui de par ses dimensions et son apparat devait etre celle de Sardonica, je compris bientôt de quelles allusions il s'agissait et je ne pus qu'en reconnaitre la légitimité. Seule une couchette d'étoffe luxueuse avait été míse 1à pour me servir de lit ou plutôt pour 1e faire croire.

 

Je me jetai sur се coussin sans nul doute peu fait pour y dormir. Et je fis semblant de m'assoupir alors qu'une secrète terreur mêlée d'un curieux bonheur faisait battre 1e sang à mes tempes.  

 

O j'allais enfin connaìtre l'amour avec Celle que je désirais le plus...

 

Sardonica arriva quelques instants après apparemment fort excitée et recrue de fatigues. La journée avait été rude et celle de demain le serait sans doute encore. ...

 

Elle ne parut pas jeter un regard au corps du jeune homme effondré, tout a à ses préoccupations et se jeta elle aussi sur son lit, entièrement vêtue. Sans en avoir l'air j’observais tous ses gestes et écoutais tous les craquements que ses déplacements communiquaient à 1a couche.

 

Mais quelque chose semblait lui manquer, car elle se retournait en tous sens sans pouvoir trouver 1e sommeil.

 

« Dora-tu ? » me demanda-t-elle soudain.

J'ouvris grand les yeux. 

« Non, je faisais semblant. »

- « Tu n'as sans doute jamais été avec femelle dans ton couvent ? »

 - « Non jamais. Et de plus avec vous.... »

Je ne terminai pas ma phrase, ne voulant pas lui  avouer que par certains aspect, elle m’effrayait.

 

-«  N'ai pas peur,  viens auprès de moi » me dit-elle d'une voix langoureuse. J'avais envíe d'y bondir, mais mes muscles refusaient d'obéir.

 

Ce fut plus 1a soumission à mon Seigneur qui me donna la force de me rendre jusqu'à son lit que mon désir pourtant très fort de copuler avec elle.

 

 « Laisses voir que je te touches» me dit-elle sans plus de préambule tout en me triturant et en me lèchant à petits coups de langue comme pour me goûter.

 

J'étais dans le ravissenemt et 1e comble de l'horreur et je n’osais trop rien faire, pas plus que je n'avais envíe de lui résister. Elle ota ses lourdes peaux pour apparaître revêtue d'une mince soie.

 

Puis pris par l'enchantement  je me mis moi aussi à devenir actif aux jeux de l'amour, et à y prendre grand plaisir, en oubliant le reste. J'aimais à caresser ses formes fermes et douces tout à 1a fois. E11e résistait avec science à mes entreprises tímide pour découvrir ses seins magnífiques que j'avais souvent imaginés, ou parfois aux hasards de ses gestes entrevus.

 

Elle fit glisser lentement sa soie qui crissait sous ses oncles.

« Ne sois point si impatient, i1 ne suffit pas d'arriver à 1a ville, i1 y a tout 1e voyage. »

 

Et elle menaít 1a lutte de ses mains expertes, tendre et cruelle à 1a fois, griffant ou donnant un coup de dent, puis carressanit et suçant pour atténuer 1a blessure. Et, ses grands yeux pleins de lumières chatoyantes, baignés d'une certaine tendresse, se remplissaient de moí, et me remplissaient d'eux.

 

Son âcre parfum exacerbé par 1a chaleur de son corps montait en mois par vagues entêtantes et me remplissait comme une mer.

 

« Viens maintenant ! » me dit-elle haletante, sa bouche contre la mienne. Et elle écarta ses cuisses où je pénétrais avec une ardeur maladroite et d'où sortait un parfum encore plus sauvage que celui qui flottait sur sa peau.

 

Je me rappelle de notre allètement à l'unissson, et pour finir des petits cris de jouissance qu'elle poussa; puis celà se transforma en une sorte de rite sauvage et animal tandis que sa queue redevenue vívante tentait de se contorsionner de bonheur.

 

O l'avoir sous moi ainsi !  Moment d'indicible bonheur !

 

Il  était grand jour, le soleil brûlait déjà la terre, lorsque nous rompîmes notre étreinte.

 

(A suivre)

 

 

 

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Sardonica (18)

Lorsque je me levai à l'aube, jamais je ne vis chose plus extraordinaire que cette troupe déjà en ordre dé formation, s' agitant et bruissant sous le soleil naissant.

 

Formidable et terrible armé, plus importante peut-être que celle d'Hannibal, avec, comme la sienne ses régiments d'éléphants encarapaçonnés de métaux luisants, armés d'éperons terribles, portant des guerriers dans une sorte de petite fortification sur leur dos. Ces éléphants devaient produire un effet de terreur sur les ennemis qui les rencontraient. Ceci pour deux raisons et par leur masse énorme, et par le fait que ces ennemis n'avaient n’avais vu pareils animaux qui vivait habituellement sous d'autres climats.

 

Lorsque vieux moine, je me muets à écrire ceci, ma mémoire semble se déployer en ondes, comme une eau, et les choses par vagues me redeviennent sensibles. Je revois les moindres détails de ce départ pour la guerre avec les chevaux harnachés hennissants, les âcres odeurs, les visages des guerriers farouches sachant qu'ils ne reviendraient peut-être pas de ce voyage belliqueux. Je revois même de tout jeunes gens blancs de peur sous les harnais, pour qui sans doute c'était la première expédition, trembler dans le pâle matin....

 

Et Sardonica fière, terrible, et les yeux luisants comme des brasiers, contemplant sans tressaillir, les traits figés, cette nuée d'hommes en campagne et ce paysage.

 

Puis le soleil commença à éclairer les collines ocre qui semblaient comme provenir d'un autre monde que le notre, sauvage où toute vie était brûlée.

 

« En avant ! »  Cria Sardonica. Et l'ordre fut répercuté par les officiers, courant en un frémissement le long de l'amenée á l'arrêt, comme une onde sur une colonne vertébrale.

 

Le gigantesque monstre articulé s'ébranla. Lâché dans les pays í1 ne connaitrait ni sentiment ni morale, mû seulement par son ordre et sa logique intrinsèque. Gâre à ceux qui se trouveraient sur son passage !

 

Nous parcourumes, durant des jours et des jours les bois et les campagnes, les plateaux dénudés. Nous ne rencontrâmes plus âme qui vive dès que nous fûmes en terrain adverse ; alors que nous pouvions quelquefois trouver encore la table míse et la fumée sortant du toit. Même les animaux semblaíent fuir à l'approche de cette sauvage armée comme mus par une secrète prescience.

 

Cependant, parfois, dans 1e lointain, sous croyions voir des gens qui nous observaient, saus doute pour renseígner l'ennemi et des chevaux. Ils disparaissaient aussitôt que nous faisions mine de nous diriger dans leur direction.

 

Mais ils ne pouvaient qu'aller rendre compte à ceux qui les avaient envoyés de l'immensité de l'armée qui  était en face d'eux et de 1a difficulté de 1a vaíncre.

 

Parfois aussi une eieílle femme était eacore 1à, assise sur une pierre dans ses vieux vêtements rapés. On l'avait laissé parcé qu'elle était une bouche inutile à nourrir et qu'elle ne pouvait plus se trainer, en pensant que sa mort ne serait que de peu avançée. Elle aussi n'était peut-être pas désespérée d'en finir avec cette víe qui ne lui avait jamais rien apporté et qui lui apportait encore moins aujourdh’ui.

 

Mais les cavallers passaient tranquilles en lui jetant un regard impavide. Ils n'avaient nulle intention de 1a tuer. Elle était condamné à nourrir lentement abandonnée de tous et même d'elle-même. Elle avait trop vécu 1a vieille !

 

Et moí, et moí? Je chevauchais au côté de Sardonica très fier d'être son clerc et ne craignant ríen qui puisse m'arriver. Nous étions entourés de ses panthères qui allaient et venaient autour de nous, montrant les dents dès qu'un inconnu d'elles essayait de s'approcher.

 

Je pouvais voir sur son visage sa perplexité face à cet enaemi insaissisable. Ils ne pourraient reculer indéfiniment. I1 faudrait bien qu'ils livrent bataille un jour !

 

Nous arrivames en vue de la première des cités fortifiée de l'ennemi, brillante sous le soleil, aggrípée avec une incroyable audace à un éperon rocheux de la montagne, au-dessus du vide. Elle avait été construite par un ancêtre pillard du Baron de Stabilian sans doute pour mieux détrousser les voyageurs et les pèlerins.

 

Je fis part à la Comtesse -non sans quelque naïveté peut-être- de la grande difficulté d'enlever ce nid d'aigle, ce qui cependant s'avérait indispensable, car il contrôlait une des rares routes d'accès aux terres de nos adversaires.

 

« Nous avons déjà fait le nécessaire » me dit-elle un peu narquoise. Et la colonie continua d'avancer sans qu'apparemment celà entraîna quelque réaction visible des habitants de la forteresse.

 

Chose curieuse, les lourdes portes étaient grandes ouvertes et les deus sentinelles censées les garder semblaient etre écroulées dans un coin. Tandis que nous approchions au petit trot, mon cheval frissonnait d'inquiétude. La tenue de ces deux guerriers paraissait à peu près intacte, mais leurs visages sous les casques semblaient dévastés et les mouches et la vermine se disputaient leurs yeux, seule chose qui apparaissait encore quasiment vivante.

 

« Ne les touches pas ! » me cria Sardonica. Je n'en éprouvais aucune envie. Ils étaient pétrifiés là, les armes à leurs cités, vaincus sans combattre par un ennemi qu'ils n'avaient pas vu venir.

 

Nous pénétrâmes craintivement dans la Cité. Tout n'était que silence morne et dévastation. Ça et là des corps surpris dans les positions les plus diverses, en putréfaction, rongés. On en trouvait même dans les échoppes, au milieu des marchandises qui pourrissaient.

 

On pouvait se rendre compte à leurs attitudes qu'ils avaient tenté d'échapper à la mort, et qu'au-delà de la vie ils criaient encore leurs dégoûts de la mort. Une puanteur effroyable, à faire fuir un porc emplissait ces lieux.

 

Par vagues les soldats entraient à l'intérieur de l'enceinte et la stupéfaction et l'incrédulité se lisaient aussitôt sur leurs visages...

Soudain, sorti d'on ne sait où, apparut 1a seule personne encore vivante du Fort, aussítôt entourée par un cercle de spectateurs surpris et curieux d'en savoir plus. C'était un bon gros marchand que j'avais déjà rencontré au Palais de Sardonica. Il y venait parfois vendre des étoffes chatoyantes, venues par caravanes de 1'Oríent lointain, aux Dames nobles et aux riches bourgeoises. --- Gonflé comme une outre de vin, i1 était curieusement emballé dans une tenue bouffante décorée de riches motifs.

 

I1 salua Sardonica avec une dévotion un peu outrée. Elle 1e regardait de ses yeux verts où jouaient légèrement et le mépris et l'ironie. Je coimnençais à comprendre 1e rôle de cet immonde personnage. ...

 

« J'aí fait ce qu'il avait été convenu. » dít-í1, «J'aí empoisonné les puits la nuít lorsque tout 1e monde dormait»

 

« Tu seras payée »  rétorqua-t--elle,  « ne crains rien »

Elle lui fit remettre par l'un de ses commis un énorme sac d'or. I1 se perdít en remerciements tandis que ses yeux brililaient de convoitise. Elle donna un ordre sec à quelques soldats et l'on vít 1a physionomie et 1'attítude du marchand changer à vue d'oeí1. « Accrochez le à un poteau ! » et se tournant vers 1e marchand qui se cramponnait rídículeusement au sac comme un nauffragé à un morceau de bois elle ajouta: « Tu pourrras ainsi admirer ton or plus à loisir » et sans un autre regard elle le laissa là.

 

Nous ne trouvâmes aucun autre vivant dans 1a forteresse.

Et ayant pris bíen garde de ne rien toucher, nous repartimes au pas de nos chevaux...

 

(A suivre)

 

 

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SARDONICA (17)

 

Bien sûr, la guerre que nous fîmes reste presqu’intacte elle aussi enfouie dans ma mémoire. Ce fut une guerre affreuse, totale et sans pitiés pleines d'horreurs à vous faire lever la nuit en gémissant au milieu des cauchemars.

 

Je me dotais que cela finirait par arriver, puisque je connaissais les buts auxquels Sardonica se préparait depuis toujours. Mais je m'étais habitué à oublier cette éventualité et m'étais installé dans un relatif confort et une certaine quiétude.

 

C'est par un jour des plus ordinaire que Sardonica me convoqua à ce sujet. Elle avait le front soucieux et semblait réfléchir quelque chose de lointain.

 

« Tous les états qui nous entourent sont en train de se coaliser ; ils finiront bien par nous attaquer. Nous devons réagir avant que nous n'ayons leur tenaille autour de la gorge, sinon nous sommes perdus. »

 

-« Comment en sont-ils venus à s'allier, eux si ennemis les uns des autres ? »

 

Je savais en effet que par ses agents Sardonica faisait tout pour entretenir la zizanie entre eux et qu'elle y parvenait fort convenablement. Elle plongea son regard vert où brillaient mille colères dans le mien « Je pense que quelqu'un au Palais les renseignent.... Je découvrirai bien qui il est. Alors i1 ne vivra pas bien longtemps. »

  

« Mais maintenant nous sommes prêts » ajouta-t-elle en changeant de ton. « Et ils verront ce qu'il va leur en coûter de s'attaquer à la Comtesse Sardonica. Ils vont de quelle qualité est le sang qui brûle dans mes veines !! »  

 

« Tiens, regarde, je vais te prouver que ce ne sont pas de simples idées que je me mets en tête ».

 

Et élevant ses mains au-dessus d'une vasque d'eau claire qui se trouvait dans la pièce et la fixant intensément elle fit prgressivement apparaître une image un peu vacillante et de plus en plus nette.

 

Et je vis rassemblés autour du Duc de Prochilian, général renommé et maintes fois victorieux, les seigneurs de tous les pays ennemis. Et je les entendis discuter aprement de la meilleure façon de nous vaincre. Sardonica souriait étrangement à leurs propos qui semblaient incroyablement vains.

 
« Tu ne m'as pas encore battu, petit Baron » répliqua-t-elle à l'un qui avec beaucoup d'outrecuidance exposait  comment réduire cette putain” en deux           jours. ».
« 
Je t'étranglerai de mes propres mains, pauvre vantard ! »
.

Elle retira ses paumes d'au dessus 1a vasque, diminua l'intensité et la concentration de son regard : l'image s'enfuit peu à peu, et bientôt on ne vít plus ríen sur l'eau....

 

« -Quand partirons-nous ? » demandais-je la voix un peu blanche.

« Nous ne pouvons plus attendre. Nous partirons demain aux premières lueurs du jour. Nous allons prévenir  les chefs militaires dès cette nuit pour qu'ils mobilisent  l'armée et nous marcherons sur nos ennemis que nous défairons».

  

Sardonica avait un air sombre et semblait plus se parler à elle-même qu'à moi-même. Je pris rapidement congé d'elle et je décidai d'aller trouver Sonia pour lui expliquer la sítuatíon. Je ne pris point garde de savoir si, je serais vu des habitués du château tant mon émotion était profonde de quitter ma Belle.

 

Je frappai à la porte de sa chambrette le signal que nous avions convenues, quand  nous aurions besoin, l'un de   l’autre et que nous ne  devions utiliser qu'en cas d'extrêne urgence.

 

Elle m'ouvrit blanche d'émotion et de frayeur se demandant, ce qu'il pouvait bien se passer. Elle comprit víte . « C'est la guerre ! » J’opinai, sans rien dire: nos esprits comuniquaient merveilleusement et se comprenaient silencieusement.

 

Elle baissa la tête sérieuse:  « Je savais bien que tu partirais un jour, et que tu mourrais peut-être, c'est ta destinée. C'est la mienne de ne pouvoir bien longtemps être heureuse. ».

 

Je revois encore ses puvres lèvres crispées qui ne souriaient pas, tandis que ses yeux illuminés continuaient à sourire eux malgré tout avec une lueur brillante là-bas quelque part dans le fond, ouverture lumineuse sur son âme.

 

« Je ne t’oublierais pas, je t’assure, même si tu devait mourir ».

- Mais je ne suis point encore mort et je reviendrai !

« -Je l'espère  bien que tu reviendras » me répondit-elle en m'écrasant la main et en m'étreignant.
« 
Je l'espères bien »

«- Et alors nous partirons ensemble. »

«  - 0n dit toujours que l'on veut partir et l’on reste ! » 

« -Nous partirons ensemble et nous vivrons ensemble, ailleurs ! »

 

J'avais l'impression qu'elle avait le coeur brisé et je n'insistai pas.

« Te battras-tu toujours à ses côtés ? »

« - Probablement. Je suís toujours à ses côtés dans la Paix. Il en sera ainsi sans doute dans la Guerre. »

« - Et tu courras et le risque de ta vie et celui d'etre damné pour 1a Comtesse ínflernale. ».

 

Je baissai la tête sans répondre: Sonia avait décoché une flèche juste à l'endroit sensible.

J'aimerais encore assez mourrír aux pieds de ma reine pour son service, lui ayant donné jusqu'à ma vie pour preuve de mon amour insensé et dévorant comme un feu.

 

«Je saís bien qu'elle t'a envouté  » me dit Sonia en me passant son doigt sur son front qui s'était mis  à se plisser.

 

« Je ne t'en veux pas trop. Mais si seulement c'était une autre femme !  Je ne serais que jalouse... ».

 

Il me gênait  avec elle d’aborder ce sujet et de connaitre le vraí fond de mon âme où se débattaient des sentiments contradictoires comme des poissons noirs dans un bosal dansant une danse infernale et tentant de s'entredévorer furieusement.

(A suivre)

 

 

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Sardonica (14)

 

Un silence des plus rares se fit... Cette statue de chair s'anima lentement.

 

Tantôt elle reposait gracieusement sur la patte de l'éléphant apparemment charmé, tantôt elle était sous lui. Il appuyait alors son pied énorme sur son frêle buste. On craignait très fort qu'il ne L'écrasât comme un mince fétu. Mais bonâsse il soulevait son pied et la laissait se relever prestement tandis qu'elle avait un sourire vague et lointain aux lèvres, comme si elle n'était pas de ce monde et s'y trouvait seulement de passage pour nous enchanter. Et la prenant délicatement dans sa trompe comme une fleur  extraordinaire l'éléphant la reposa précautionneusement sur sons dos.

 

Et au son de la musique étrange, elle repartit, belle sereine et impassible. Sa disparition fit retentir des applaudissements frénétiques qui brisèrent le mirage comme un verre de cristal.

 

" Ah ! »  Me dit le Général de la Cavalerie, celui qui peut avoir pareille beauté dans son lit, est plus heureux que celui qui a conquis la moitié du monde ! »

 

Je ne sus que lui dire que je pensais comme lui, mais que beauté bien vite s'évanouit et disparaît et qu'alors nous n'avons plus que cendres dans la main, comme souvenir dé ce qui, a été...

 

« C'est ma foi bien vrai, Dimitri et vous me faites penser quelque chose.

 

Je passais pour le service de la Comtesse, un jour dans une de mes anciennes garnisons du temps où j'étais un jeune et pétulant lieutenant adulé des femmes, courant de rendez-vous en rendez-vous., Je vins à ne trouver dans une rue remplie de boutiques et encombrée de marchands et de chalands, ce qui m'obligea à mettre mon cheval au pas.

 

Soudain j'entendis une petite voit poussive qu'il me semblait avoir déjà vaguement entendue quelque part il y a bien longtemps.

 

Mais je n'y prêtai pas autrement attention et poursuivis mon chemin. La petite voix continua à geindre doucement en me suivant et une main en se posant sur le harnachement de mon cheval tentait apparemment de le retenir. Je me retournai. Sous une masse assez informe de vêtements grisâtres, je fini par reconnaître en cette laideronne Sandra, l'ancienne serveuse d'un estaminet situé près de la caserne. Cette femme avait eu dans le passé quelques grâces pour moi. Je crois même pour être franc que j'en étais assez amoureux alors.

 

« Tu ne me reconnais pas Nicolas ? Sandra, SANDRA ! Te voici Général, à présent. Tu as bien réussi ta vie; tu es content. » 

 

-" OUI je te reconnais" lui répliquais-je excédé." Plus au Diable que je ne fusse que lieutenant et que l'on me rendit ma jeunesse ! »

 

  - « Il faut s'y faire » me répondit la vieille philosophant. Regarde ce qu'est devenue la belle Sandra. Tu te souviens ?

 

Bon Dieu, oui que je me souvenais : et les fêtes et les beuveries et les filles et l'alcool. Le muscle frais, l'appétit à dévorer les montagnes, et les nuits d'amour.

 

« Eh bien moi je ne m'y fais pas ! ». Je cravachai mon cheval qui démarra comme une flèche bousculant les passants qui ne comprenaient pas ce qui se produisait.

 

« Le pire » poursuivit le Général, de ce genre de rencontre c'est qu'i1 nous oblige à admettre que si votre ancienne maîtresse a vieilli et est ce qu'elle est devenue, vous non plus vous n'êtes plus le beau jeune home que vous vous persuadez malgré tout à vous croire. 

 

Vous vieillissez un peu chaque jour : une poignée de cheveux qui tombe, une dent qui disparaît, une ride qui se forme. C'est moins saisissant que si vous aviez la mise côte â côte, si cela était possible, de deux images en même temps : vous jeune homme et vous vieil homme.

 

Mais ce témoin irréfutable de votre passé vous révèle toute l'ampleur du désastre, si je puis dire, et vous affirme une réalité que vous ne pouvez plus nier. Vous êtes un vieillard usé et vous vous approchez de la mort de jour en jour. Elle vous guette cette vieille sorcière grimaçante, elle vous attend avec un air lubrique pour de funestes épousailles... »

 

L'arrivée du numéro suivant arrêta la perplexité du Général qui me parut avoir une plus fragile écorce que je ne l'eus crû au premier abord.

 

Quatre lutteurs énormes, enduits d'huile, se ruèrent par deux les uns sur les autres. Quatre paquets de chair se nouèrent et se dénouèrent en des noeuds de douleur et de cris. Des têtes crispées de monstres apparaissaient. Ils se battaient presque jusqu'à la mort pour une bourse d'or de la Comtesse.

 

Et vinrent des danseurs et des danseuses complètement nus et légèrement ambrés qui nous montrèrent des mouvements effrénés et érotiques. L'oeil de la Comtesse, comme celui d'un félin, aux aguets semblait avoir repéré, parmi tout ces corps, un corps mâle d'un particulier intérêt pour elle; plus musclé, plus fruste peut-être que les autres. Il lui faisait présager plus de jouissances dans le rut qu'un autre : une sorte de plaisir rude et animal qui seul pouvait la satisfaire.

 

D'un geste de son ongle recourbé, en un élan qu'elle ne savait contenir, elle désigna l'homme au maître de cérémonie qui opina du chef. Le ballet s’arrêta, le regard un peu perdu du jeune homme se dirigea vers Sardonica. Il avait compris. La troupe sorti brusquement par un côté de la scène, comme frappée de stupeur.

 

Sardonica se leva et l'air excité disparut.

 

J'étais ivre de jalousie et prêt à tuer si il le fallait.

 

Le Général de la Cavalerie me contemplait d'un air triste, gravement.

 

Il voulait sans doute, je pense m'inciter à la prudence.

 

Il éprouvait aussi une serte de commisération compréhensive pour ma jeunesse, comme si notre conversation précédente l'avait rendu plus proche de moi.

 

Je sortie sur le balcon pendant qu'une troupe de troubadours ambulante vinrent chanter des couplets qui racontaient les amours d'un pauvre baladin et d'une princesse des temps lointains.

 

Je n’avais  point le coeur à l’entendre.

 

Et je restais dans la tiède nuit d'été à attendre.

 

Le beau danseur fut accompagné par deux archers noirs dans l'aile du Palais où se trouvaient les appartements de Sardonica.

 

 

(A suivre)

 

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