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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

Articles avec #enfer

Sardonica (23 et Fin)

 

Elle m'attendait bien à la place habituelle, sous les feuilles où dansaient des paillettes dorées. Mais elle ne courut pas au devant de moi, se contentant de me contempler gravement. Mais je crus lire cependant mus son air sévère le vif désir de me revoir et la satisfaction de me savoir encore vivant après tant d'aventures périlleuses.

 

Je décidai de la faire un peu souffrir et me dominant je m'avançai tout naturellement.

 

« Te voilà, cruel ! » me dit-elle abandonnant d'un coup toute sa feinte assurance. Je me précipitai vers elle, et nous fondîmes alors tout deux. Et nous nous bisâmes et nous nous touchâmes,

 

Et  nous pleurâmes dans les- bras l'un de l'autre, faibles comme deus enfants et cela nous était doux...

 

Elle me fit raconter les pérípétíes dont j'avais fierté et dégoût tout à 1a fois. Mais elle ne se lassait pas de m'interroger et encore et encore et après que c'est-í1 passé ?....

EST-ce celà tout ?... , Tu me caches quelque chose...

 

Elle ne me fit grâce d'aucun détail. Au sujet de la Comtesse je dus tout lui avouer. Elle n'en voulut moins que je l'aurais pu croire. « Cela devait arriver » me dit-elle, « Nul homme n'aurait pu y échapper. »

 

Sa robuste sagesse paysanne me fit du bien, peuttre aussi était-ce 1a longue séparation qui l'empêchait de me gronder. Mais elle était prête à tout me pardonner des chosés que je lui pouvais révéler.... Aussi voulant me libérer auprès d'elle, et de moí-même je lui parlai des atrocités dont j'avais été témoin, et que j'avais laissé faire.

 

Elle me regarda avec une compassion intense. « C'est métier de soldat depuis tous temps »  me dit-elle.  « Et c'est faute de la guerre, faute des hommes aussi bien sûr qui dès qu'ils vinrent sur terre ne pensèrent qu'à en découdre pour sols, richesses, femmes, pour tout ce dont on peut être jaloux et rêver possession. Mais toi tu es gentil et tu te repend.... »  ajouta-t-elle en se jetant à nouveau dans mes bras avec un abandon volontaire.

 

Et elle se mít à me regarder d'ur drôle d'air. Je compris ce qu'elle voulait et ce que j'avais à faire ; et je compris que le moment en était venu. Sous 1a lumière dorée comme fruit de mirabelle, j'ouvrís son corsage et touchai 1a fleur de son sein.

 

Nous noue regardâmes gravement, comme si nous devions franchír la porte interdite. Je suçai son téton comme enfant suce celui de sa mère, avec dévotion et appétit, comptant s'y nourrir du suc de la vie. Elle ne résistait pas à mes caresses, mais ne s’y complaisait point trop cepenndant me laissant faire tout au plus avec un tachement serein.

 

« J'avais apporté du vin » me dit-elle en m'arrêtant soudain.

Et elle tira de dessous des cailloux une gourde de peau.

« Je n'avais pas besoin de vin pour étre ívre. »  Répliquais-je. Je lui en offrit une gorgée qu’elle tata avidemnent comme un jeune agnelet. Je bus une autre gorgée. Et nous mélangions dans nos bouches nos vins, nos haleines et nos langues avec éblouissement et appétit. Ses yeux brillaient avec éclat de bonheur et de sensualité.

 

J'arrosai ses seins du liquide de 1a gourde qui s'écoulait par saccades et je 1e léchai goulument. Je 1a mís bientôt complètement nue. Je revois encore sa peau jouant dans 1a lumière tandis qu'elle allait au devant de moí avec une détermination émue. Nos coeurs battaient et 1a fièvre montait de nos corps. Je 1a pris contre moí, tremblante, et 1a couchai doucement sur 1a mousse et les herbes. Le parfum qui montait d'elle était comme odeur rare d'épices d'isles sous 1e vent. Elle laissa voir au creux de ses cuisses amples son charmant petit jardinet qui y reposait doucettement. Et je 1a pénétrai alors qu'elle poussait de petits cris effrayés comme en poussent parfois les oiseaux surpris.

 

***************************************

 

Nous nous re1evâmes contents et émus. « Voilà quí est fait ! » m » dit-elle en me regardant tranquillement; 1e visage un peu rosí par 1e trouble et l'effort. « Nous devrions partir » ajouta-t-elle.

 

« Plus nous restons, plus celà devient difficile ! »

Oui nous aurions du fuir alors, et je 1e savais. Mais je n'arrivais point à me décider. En avais je 1a force et 1e courage d'ailleurs ?

Partir pour faire quoi ? Je ne pouvais guère retourner dans 1'Eglise et quel métier d'autre pouvais-je exercer ? On ne m'avaít appris qu'à: ecríre et à prier dans les couvents.

 

 

******************************************

 

 

Mes fonctions au Palais n'avaient pas cessé de croitre en importance depuis cette guerre et par mon rapprochement avec Sardonica que chacun pressentait et par 1e développement des possessions de 1a Comtesse. En effet les territoires conquis avaient vu 1e meurtre de leurs détenteurs (lorsqu’ils n'étaient point morts à 1a guerre) et leur remplacement par des hommes surs de Sardonica. Et ce n'était qu'échanges de messages entre 1a Comtesse et ses envoyés. Comme une araignée elle tissait peu à peu sa toile et au centre en surveillait tous les fils. De ce fait je devenais un des principaux personnages du royaume. Même mes amis officiers du temps d'avant me fuyaient lorsqu'ils me rencontraient tout en étant fort aimable avec moi, comme mus par une sorte de déférence respectueuse et craintive.

 

Moí et 1a Comtesse faisions souvent l'amour et y prenions toujours autant de plaisir. Celà aurait pu continuer ainsi bien longtemps si un évenement n'avait changé 1e cours de ma destinée. Sans penser à sa sécurité, un soir Sonia s'engouffra dans ma chambre et me déclara à brule-pourpoint avec un air mystérieux qu'elle avait quelque chose d'important pour nous à me déclarer.

 

Je crus deviner...

 

 « Tu m'as fait un enfant ! »  lacha-t-el1e à 1a fois radieuse et repentante. « En es-tu súre au moins ? » répliquais-je. Elle m'assura que oui, me déclara qu'elle avait consulté une matrone renommée au Palais pour ses talents de metteuse au monde d'enfants et m'indiqua les symptomes qu'elle présentait. Celà ne me semblait pas douteux.

 

« En veut-tu aux moins ? » pousuívít-elle.

« Si tu n'en veux pas, 1a matrone pourra me donner des herbes sauvages pour essayer de faire passer ma  faute d'amour. »

 

Je lui répondis que je voulais garder cet enfant de moí et d'elle. Et que si « faute » il y avait, nous avions été deux pour la faire et y avions mis chacun un beaucoup d'ardeur ; et que pour moí je n'avais nulle remord. Ce petit être pas encore né me donna du courage pour envisager enfin ce dont nous parlions depuis si longtemps.

 

« Nous fuirons tous deux ce soi r » dis-je. Et je lui demandais de m'attendre au-delà des fortifications au coucher du soleil. J'ajoutai que je viendrais seulement avec mon cheval.

 

Je ne pouvais amener une autre monture pour Sonia car alors je ne manquerais pas d'attirer 1'attention des soldats de garde en passant sous leur barbe avec un coursier sellé et bridé sans cavalier. Ils pourraient avertir la Comtesse qui comprendrait tout de suite de quoi il s'agissaot.

 

«Je fairais ce que tu voudras »" me répondit Sonia soumise.

 

Tandis que le soir tombait, sans bruit, je harnachai mon cheval blanc que m'avaít donné Sardonica. Il me sembla à son air qu'il comprenait ce que j'attendais de lui et l'importance que celà avait pour moí. Je remplis deux sacoches de plus de provisons que je pus pour pouvoir tenir quelques temps apres notre fuite et je sortis le plus naturellement du monde par 1a porte Ouest au petit trot. Les sentinelles ne semblaient se douter de ríen et se contentèrent de me présenter les armes pensant sans doute que je faisais une tournée d'inspection.

 

Je retrouvai Sonia à l'endroit convenu, dans un petit bosquet d'arbres, sous son fichu un peu apeurée, mais cependant très courageuse. Nous nous embrassames très tendrement, sachant bien qu' i1 ne faudrait point trop nous attarder. La nuit graduellement montaít comme une mer. Je venais de me détacher de Sonia...Ces secondes semblaient et me semblent encore aujourd'hui avoir une durée particulière. Le soleil rougeoyait à l'horizon, mourant en pleine beauté. Tout était calme, plus loin sur son sommet devenu sombre 1e château dd Sardonica ne paraissait presque plus être qu'un mauvais souvenir sortí d'un cauchemard.

 

Puís i1 y eut l'explosion et l'éclair. Un ECLAIR formidable qui me traversa la Vue et me déchira le cerveau. Et un instant le château explosa et fut projeté en l'air par une force interne formidable. Le sol gronda et trembla. Un souffle brulant me traveresa de part en part. Je fus plaqué par terre par une main puissante et sombrai dans l'inconscience. Je crus cependant me souvenir par 1a suite que je me jetai sur Sonia pour tenter de 1a protéger.

 

Je ne me rappelle ríen d'autre. Tout ce que je peux raconter maintenant sur ces évènements n'est que ce que m'ont dit des paysans qui nous trouvèrent ensuite et les moines et les soeurs à qui nous furent confiés ; moí aux moines, elle aux soeurs.

 

Les paysans auraient entendu aussitôt après  l'explosion le formidable cri d'un animal -blessé et vu presqu'en méme temps 1a gigantesque ombre d'une panthère apparaissant au milieu du sinistre. Ils auraient même entendu 1a galopade de cet animal fantôme fuyant pour on ne sait où.

 

Les religíeuses soignèrent Sonia avec dévouement. Son visage et son corps avaient été pourris intérieurement par les terribles émanations de l'explosion de ce que je pense être du "minerais rayonnant" à 1a suite d'une expérience ayant mal tourné. Il parait qu'elle était réellement horrible à voir. Elle mít au monde un petit monstre noir comme du charbon, couvert de poils,avec déjà une geule pleine de dents, qui fut abattu aussitôt à coupe de bâtons par les femmes qui participèrent à l'accouchement.

 

Je ne revis pas Sonia avant qu'elle ne meurre. Ce fut peut-être mieux ainsi pour elle et pour moi. Ainsi je garde en mon coeur le souvenir de ce qu'elle était la première fois que je 1a vis fraiche et belle au détour du corridor. Et je mourrais avec cette image.

 

Moi-même, vieux moine, j'ai été complètement défiguré par l'explosion et je reste ici caché, à l'abri des hommes, auprès des frères du couvent. Je ne souhaite pas être plait, mais désire supporter courageusement mon destin. Certes j'ai eu plusieurs fois aux moments de désespoir l'envie d'attenter à ma vie ; mais qui ne le comprendrait ?

 

Chaque jour, dans ce manuscrit de Ste Véronica, je peins mes mémoires dissimulées dans 1e texte où peut-être un jour un observateur sagace ou chanceux les découvrira. Je lui laisse 1e soin d'en décider l'utilisation. Qu'i1 soit prudent cependant dans ses révélations. Ce récit pourrait répandre des conséquences funestes qu' i1 ne soupçonne peut-être pas !

 

Souvent moi-même j'ai peur lorsque j'écris. Je me demande si on me laissera impunément continuer, si ceux qui savent ne vont pas stopper mon ouvrage et empêcher que ce que j'ai connu n’accède aux générations futures.... J'ai peur. Parfois í1 me semble entendre des pas souples et nerveux tout à 1a fois comme ceux que je connaissais si bien des panthères, derrière 1a porte. Peut-être est-ce que je deviens fou et que ma tête éclate après tant et tant d'épreuves, plus que je ne pouvais en supporter ? Non, cette fois, ces pas dans le corridor, on vient : 1a bête immonde, avec sa gueule, son souffle chaud et ses griffes, et ce regard terr.........................

 

 

*********************************************

Ici s'arrête 1e récit du moine Maroff. La dernière page du manuscrit était à demi lacérée par ce que l'on pouvait prendre pour des coups de griffes énormes et comportait même l'empreinte d'une patte de panthère géante dans du sang noirci et séché par les ans.

 

Ce sont mes dernières notes....

 

Je referme donc mon calepin noir de voyage.

Octobre de 1'A mil neuf cent soixante-dix-huit....

 

John BRISTOL. 

 J. B

Sardonica (z 23 et Fin)

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SARDONICA (22)

 

Je me rendis à la parade militaire qui devait avoir lieu, meurtri, douloureux de partout. Ce fut mon laquais qui m'aida à monter sur mon cheval. Livré à mes propres forces, je n'y fus sans doute jamais parvenu. Mes amis officiers me regardaient d'un oeil goguenard qui me rendit furieux. Aussi je fis grand effort pour me tenir à cheval correctement quoiqu'il m'en coûtât.

 

Sardonica, elle, était à la place d'honneur et rien dans son comportement ne trahissait ce qui venait de se passer entre nous. Elle avait revêtu sa tenue de grand apparat et seule la satisfaction de la victoire apparaissait sur son visage et dans son air.

 

On avait rassemblé sur ce forum: fameux de la ville les survivants de la bataille. I1 fallait voir leur air pitoyable, et la grande misère qui se dégageait d'eux...

 

Je compris ce que l’on allait faire, après un moment. En effet un cheminement avait été ménagé entre les troupes pour monter jusqu'à une sorte de tour d'angle. Et auprès de cette tour d'angle se tenait quelques guerriers vigoureux que je connaissais bien pour faire les plus sales besognes de la Comtesse.

 

Après le discours d'usage qui s'imposait pour féliciter les artisans de la victoire, on entendit un affreux bruit de tambour, et l'on fit défiler tous les hommes valides de la ville ; ceux qui avaient pris les armes contre nous, je pense, en direction du fortin. Et le premier y étant parvenu, 1e bourraux de la Comtesse le poussèrent dans le vide. On n' ouit rien que le temps qui passait et un petit bruit fade en fin de chute.

 

Les autres condamnés ne voulurent plus bouger, et i1 fallut les pousser à coup de piques dans les reins pour qu'ils avancent.

 

Et un à un ils furent basculés dans le vide devant le reste de la population qui comprenait et leur femme et leurs enfants, si ils étaient encore en vie.

 

Après quoi Sardonica fit connaître ses décisions : les femmes et les enfants valides seraient emmenés en esclavage, les vieillards et les infirmes seraient abandonnés sur place. Cette perle de l’Orient avec ses bibliothèques et ses palais que les plus grands artistes avaient  crés et décorés, devait disparaître complètement.

 

Je compris qu'il était inutile d'a11er discuter avec Sardonica elle serait inflexible. Du moins c'est ce que je prétends, car je n'essayai même pas.

 

L'armée se retira de la ville, et des foyers d'incendie furent allumés en différents endroits. Attisé par un vent sec soufflant du désert, 1e feu prit bientôt une très grande vigueur et se mit à tout dévorer, avec un appétit croissant. Plus i1 mangeait plus i1 grandissait, et plus il grandissait plus il avait faim. Des nuées de cendres s'abattaient sur nous. Puís seigneur Feu diminua, eut des spasmes et mourrut.

 

La chaleur infernale de 1a combustion fit surgir de tous les trous des bandee innombrables de rats qui se réunirent en une longue colonne, comme l'eau sourdrant des mille cavités de la montagne forme bientôt un torrent.

 

Abominables créatures souterraines  se  nourrissant de tous les déchets et se reproduisant dans 1a fange avec rapidité !

 

Les soldats les moins peureux, aguerrís par les campagnes frissonaient devant ce flot et s'écartaient craintivement. L'un d'entre eux fut surpris par cette arrivée soudaine et glacé d'épouvante ne trouva pas la force de fuir. Il fût, sans que 1e fleuve vivant s'arreta un seul instant d'avancer, dépeçé, dissous, et il disparut sans laisser de trace, corps et vêtements...

 

Lorsque 1e brasier fut refroidi, on commenca 1e démantellement de 1a ville avec un acharnement incroyable. Quoiqu'il y eut des précédents historiques, dont parlent les vieux auteurs, je ne croyais pas qu'il fut possible d'arraser une ville. Pourtant ce fut fait.

 

Les éléphants bien dirigés par leurs cornacs firent merveille. I1 faillait voir ces énormes bêtes travailler avec un díscernement dont on 1es aurait pas cru capable. Et leur trompe était comme un bras sensible et doué d'intelligence, qui aidait à démolir des cités humaines bien loin de leurs aires natales.

 

Enfin on donna l'ordre à 1a troupe de levrer 1e camp, laissant les rescapés en piteux état méditer sur leurs morts et sur leur ville.

 

Sardoníca pensait que leur symbole orgeuilleux étant détruit l'ennemi n'était pas loin de l’être. Frappée au coeur 1a bête ne pourrait plus avoir que des soubresauts avant de mourrír, affreusement.

 

Elle avait raison. I1 n'y eut plus que de petits combats, de petites escarmouches à livrer, et de petites villes à vaincre facilement.

 

Mais c'était fort bonne aubaine, pour la soldatesque qui, sans risque, pouvait continuer à violer, à piller, à torturer avant que de rentrer au pays pour se ranger peut-être et y prendre femme.

 

Noua ne laissions que ruines, villages incendiés, douleurs derrière notre passage, comme épidémie de peste s’étendant sur 1e paysage en nappes. . . Je revois encore dans les soirs blafards les corps cloués aux portes des granges, et martyrisés.

 

Et je continuais à filer 1e parfait amour avec Sardonica !

Moí, hypochríte vermine, pourceau dea écuries du monde !

 

I1 existait plus encore qu'auparavant une muette connivence entre nous, je trouvais tout bien de ses actes, et étais engloiti par son destin.

 

Dans 1a journée je ne pensais qu'à 1a nuit où elle se livrerait à ses jeux délicieux mais barbares. Le matin me verrait défait mais heureux.

 

J'étais, le seul que jusqu'à présent elle n'avait point tué de ses propres mains ou fait tuer après le premier acte d'amour.

 

J'y puisais quelque fatuité, ne me rendant pas compte que si elle ne me supprimait pas, c'est que j'était sans doute 1e premier dont elle avait à ce point englouti l'âme et avec lequel elle eut trouvé des liens si ténus.

Elle était en moí, et j'étais Elle.

 

Me tuer moi, c'était peut-être se tuer elle !

 

Enfin nous retournâmes à Sardonikan qui me parut encore plus sobre et terrible que jamais. La population avait été rassemblée pour faire à Sardonica et à ses guerriers un triomphe. Mais j'avais l'impression que 1e coeur n'y était pas et que les gens préféraient nous voir au loin.

 

Parmi les jeunes filles qui nous jetaient des fleurs, sans grande conviction, avec des sourires las, à mon grand trouble et à son émoi qu'elle ne put contenir, Sonia, que j'avais bien oubliée. Elle ne me dit que :" bienvenue. .. " et sa petite voix se brisa comme une corde fragile ou 1e filet d'un oiseau. Et son œil me jeta un regard de muet reproche qui me toucha profondément.

 

Je me décidais d'aller 1a voir 1e lendemain à notre lieu de rendez-vous coutumier pour tenter de lui expliquer…

           

(A suivre)

 

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Sardonica (14)

 

Un silence des plus rares se fit... Cette statue de chair s'anima lentement.

 

Tantôt elle reposait gracieusement sur la patte de l'éléphant apparemment charmé, tantôt elle était sous lui. Il appuyait alors son pied énorme sur son frêle buste. On craignait très fort qu'il ne L'écrasât comme un mince fétu. Mais bonâsse il soulevait son pied et la laissait se relever prestement tandis qu'elle avait un sourire vague et lointain aux lèvres, comme si elle n'était pas de ce monde et s'y trouvait seulement de passage pour nous enchanter. Et la prenant délicatement dans sa trompe comme une fleur  extraordinaire l'éléphant la reposa précautionneusement sur sons dos.

 

Et au son de la musique étrange, elle repartit, belle sereine et impassible. Sa disparition fit retentir des applaudissements frénétiques qui brisèrent le mirage comme un verre de cristal.

 

" Ah ! »  Me dit le Général de la Cavalerie, celui qui peut avoir pareille beauté dans son lit, est plus heureux que celui qui a conquis la moitié du monde ! »

 

Je ne sus que lui dire que je pensais comme lui, mais que beauté bien vite s'évanouit et disparaît et qu'alors nous n'avons plus que cendres dans la main, comme souvenir dé ce qui, a été...

 

« C'est ma foi bien vrai, Dimitri et vous me faites penser quelque chose.

 

Je passais pour le service de la Comtesse, un jour dans une de mes anciennes garnisons du temps où j'étais un jeune et pétulant lieutenant adulé des femmes, courant de rendez-vous en rendez-vous., Je vins à ne trouver dans une rue remplie de boutiques et encombrée de marchands et de chalands, ce qui m'obligea à mettre mon cheval au pas.

 

Soudain j'entendis une petite voit poussive qu'il me semblait avoir déjà vaguement entendue quelque part il y a bien longtemps.

 

Mais je n'y prêtai pas autrement attention et poursuivis mon chemin. La petite voix continua à geindre doucement en me suivant et une main en se posant sur le harnachement de mon cheval tentait apparemment de le retenir. Je me retournai. Sous une masse assez informe de vêtements grisâtres, je fini par reconnaître en cette laideronne Sandra, l'ancienne serveuse d'un estaminet situé près de la caserne. Cette femme avait eu dans le passé quelques grâces pour moi. Je crois même pour être franc que j'en étais assez amoureux alors.

 

« Tu ne me reconnais pas Nicolas ? Sandra, SANDRA ! Te voici Général, à présent. Tu as bien réussi ta vie; tu es content. » 

 

-" OUI je te reconnais" lui répliquais-je excédé." Plus au Diable que je ne fusse que lieutenant et que l'on me rendit ma jeunesse ! »

 

  - « Il faut s'y faire » me répondit la vieille philosophant. Regarde ce qu'est devenue la belle Sandra. Tu te souviens ?

 

Bon Dieu, oui que je me souvenais : et les fêtes et les beuveries et les filles et l'alcool. Le muscle frais, l'appétit à dévorer les montagnes, et les nuits d'amour.

 

« Eh bien moi je ne m'y fais pas ! ». Je cravachai mon cheval qui démarra comme une flèche bousculant les passants qui ne comprenaient pas ce qui se produisait.

 

« Le pire » poursuivit le Général, de ce genre de rencontre c'est qu'i1 nous oblige à admettre que si votre ancienne maîtresse a vieilli et est ce qu'elle est devenue, vous non plus vous n'êtes plus le beau jeune home que vous vous persuadez malgré tout à vous croire. 

 

Vous vieillissez un peu chaque jour : une poignée de cheveux qui tombe, une dent qui disparaît, une ride qui se forme. C'est moins saisissant que si vous aviez la mise côte â côte, si cela était possible, de deux images en même temps : vous jeune homme et vous vieil homme.

 

Mais ce témoin irréfutable de votre passé vous révèle toute l'ampleur du désastre, si je puis dire, et vous affirme une réalité que vous ne pouvez plus nier. Vous êtes un vieillard usé et vous vous approchez de la mort de jour en jour. Elle vous guette cette vieille sorcière grimaçante, elle vous attend avec un air lubrique pour de funestes épousailles... »

 

L'arrivée du numéro suivant arrêta la perplexité du Général qui me parut avoir une plus fragile écorce que je ne l'eus crû au premier abord.

 

Quatre lutteurs énormes, enduits d'huile, se ruèrent par deux les uns sur les autres. Quatre paquets de chair se nouèrent et se dénouèrent en des noeuds de douleur et de cris. Des têtes crispées de monstres apparaissaient. Ils se battaient presque jusqu'à la mort pour une bourse d'or de la Comtesse.

 

Et vinrent des danseurs et des danseuses complètement nus et légèrement ambrés qui nous montrèrent des mouvements effrénés et érotiques. L'oeil de la Comtesse, comme celui d'un félin, aux aguets semblait avoir repéré, parmi tout ces corps, un corps mâle d'un particulier intérêt pour elle; plus musclé, plus fruste peut-être que les autres. Il lui faisait présager plus de jouissances dans le rut qu'un autre : une sorte de plaisir rude et animal qui seul pouvait la satisfaire.

 

D'un geste de son ongle recourbé, en un élan qu'elle ne savait contenir, elle désigna l'homme au maître de cérémonie qui opina du chef. Le ballet s’arrêta, le regard un peu perdu du jeune homme se dirigea vers Sardonica. Il avait compris. La troupe sorti brusquement par un côté de la scène, comme frappée de stupeur.

 

Sardonica se leva et l'air excité disparut.

 

J'étais ivre de jalousie et prêt à tuer si il le fallait.

 

Le Général de la Cavalerie me contemplait d'un air triste, gravement.

 

Il voulait sans doute, je pense m'inciter à la prudence.

 

Il éprouvait aussi une serte de commisération compréhensive pour ma jeunesse, comme si notre conversation précédente l'avait rendu plus proche de moi.

 

Je sortie sur le balcon pendant qu'une troupe de troubadours ambulante vinrent chanter des couplets qui racontaient les amours d'un pauvre baladin et d'une princesse des temps lointains.

 

Je n’avais  point le coeur à l’entendre.

 

Et je restais dans la tiède nuit d'été à attendre.

 

Le beau danseur fut accompagné par deux archers noirs dans l'aile du Palais où se trouvaient les appartements de Sardonica.

 

 

(A suivre)

 

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Sardonica (13.2)

 

 

…/…

Enfin arrivèrent les ambassadeurs étrangers, certains venus de très loin, avec toutes sortes de costumes qui surprenaient par leurs étrangetés. Tous souhaitaient prospérité à la Comtesse et saluaient le jour béni de sa naissance. Et ils lui remettaient un splendide cadeau : de l'Or, des pierreries. L'un vint même lui apporter un magnifique cheval qui caracolait dans la salle, surpris de se retrouver au milieu de ces gens bizarres et de ces lumières.

 

" Je te le donnerai » me dit Sardonica en me regardant avec un regard langoureux. " Je sais que tu aimes le blanc. Moi le préfère de beaucoup le noir; il convient mieux à mon teint ajouta-t-elle avec une certaine ironie.

 

Le maître des cérémonies, de pourpre éblouissante vêtu, de pied en cap, frappa un gong immense de cuivre luisant qui retentit puis résonna longuement en décroissant, annonciateur de mystères…

 

Et le spectacle commença. D'abord un orchestre s'avança , suivi de danseurs et de danseuses en costumes du Pays qui mimèrent allègrement des scènes paysannes relatant les différentes saisons des récoltes ou de la vie.

 

Pendant ce temps, alors que nous étions assis sur des divans recouverts de magnifiques étoffes, on commença à nous apporter de la nourriture sur des tables basses : pièces rares et délicates, viandes di venaisons relevées d'herbes subtiles et sauvages, dont on avait seulement choisis les meilleurs morceaux.

 

Des jeunes filles, toutes jolies et habillées pareillement d'un tablier noir et d'une robe blanche vinrent nous servir leu vins les plus renommés.

 

Parmi elles, essayant le plus possible de passer inaperçue, Sonia. Parfois elle me frôlait. Je sentis même son souffle sur ma peau et le rayonnement de sa chair. Nos regards se croisaient, mais mous faisions semblant de ne point nous connaître. Troublante et difficile chose en vérité ! On voyait combien elle était malheureuse de ne point pouvoir me parler ni me toucher. Tandis que moi je m'inquiétai de savoir si le fin regard de Sardonica, perçant au-delà de toute imagination les voiles de la conscience humaine, ne pouvait cet instant découvrir notre secret manège.

 

J'en tremblais surtout pour Sonia. Je tenais de plus en plus à elle, fleur délicate et fragile du jardin de ma vie, poussée soudain au milieu des mauvaises herbes, sans que l'on sut pourquoi. Sans notre rencontre mon coeur serait resté une pierre desséchée que rien n"eût jamais touché.

 

Des jongleurs jaillirent d'un côté de la vaste scène comme une trombe colorée. Ils maniaient les sabres avec une telle dextérité qu'il eût suffi qu'il y eut un écart d’une fraction de seconde dans l'exécution de tel mouvement pour qu'i1 puissent gravement blessés, voir même tués.

 

Sardonica distraite en ce qui concernait les danses, suivait ici avec un intérêt extasié ; le même intérêt d'ailleurs qu'elle éprouvait pour tout ce qui pouvait promettre larmes, deuils et sang, causes de jouissance pour elle. Parfois même elle approuvait par de doux glapissements les morceaux particulièrement risqués des artistes.

 

Puis un moment extraordinaire que ma mémoire garde à jamais enfoui, comme un trésor enchâssé.

 

Au son d'une musique singulière à nos oreilles, venue d'un 1ointain pays, arriva noblement accroupie sur un carré d'étoffe rouge, placé sur le dos d'un éléphant, une fille splendide de grâce et de beauté. Elle était complètement nue, recouverte seulement d'un voile de gaze qui la nimbait plus qu'il ne la dissimulait.

 

 

Quel joyau unique irradiant sa lumière !

 

(A suivre)

 

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Sardonica (13.1)

 

Puis ma vie continua avec ses activités païennes, les jours ressemblant aux jours chasses, jeux de cartes, cabarets et la poursuite de mes amours heureux quoique fragiles avec Sonia. Bien sûr je continuais de remplir le rôle de secrétaire de Sardonica.

 

Je pouvais croire que comparativement à ma vie de moine d’autrefois j'étais un homme heureux.

 

C'est curieux, mais sur la mer assez  floue de ma mémoire, après tout de temps, des événements saillants surgissent cependant. Ils saut comme des vaisseaux aux: voiles d'or, poussés par des alizés parfumés, apparaissant à l'horizon pour se rapprocher peu à peu.

 

Par exemple je revois la fête que Sardonica fit donner pour l'anniversaire de sa naissance. Jamais je ne vis ni n'entendis parler de pareille fête, excepté peut-être dans les contes les plus fantastiques.

 

Deux messagers de la Comtesse, s'annonçant à sons de trompettes, vinrent spécialement pour m'inviter. Ils étaient porteurs d'un parchemin munis de rubans et du sceau sur lequel figurait la fameuse panthère stylisée qui ricanait férocement. Le texte précisait la date de l'anniversaire mais, est-il besoin de l'écrire, ni la date de naissance, ni l'âge de Sardonica.

 

Le soir venu, je revêtis mes plus beaux habits, superbement ajustés, faits du drap de la meilleure qualité qu'il fut possible d'imaginer. Je me faisais confectionner mes costumes par le Premier tailleur du Comté. Il éprouvait pour moi une sorte d'affection, pensant que mon jeune corps était le plus beau modèle sur lequel  son Art de dentelles et d'étoffes pouvait s'épanouir. Il se réjouissait aussi à l'idée que ma personne circulant dans le Palais était la vivante incarnation de son talent.

 

Et je me rendis aux réjouissances.

 

Que l'on excuse d'un vieux moine la fatuité alors que sue peau n'est plus que la peau d'une vieille bote qui sent l'approche de la mort, et qui se revoit tel qu'il était alors,, splendide et fringuant, le sang pulsant à jets puissants sous la peau, et désirant mordre la vie à pleines dents. A pleines dents. Je n'ai plus aujourd'hui de dents et ne saurais plus mordre ni dans viande, ni dans fruits, ni dans chairs exquises de femme.

 

Je m’imagine encore montant, troublé et fier les marches du grand escalier. Des gardes disséminés partout croisaient les lames à mon passage comme à celui d'un haut dignitaire, que j'étais d'ailleurs réellement.

 

Et à l'extrémité de la longue salle de marbre que je devais traverser de bout en bout:

 

SARDONICA !

 

Sardonica la magnifique sise sur un siège d'Or décoré de panthères, comme son blason, avec à ses pieds huit magnifiques panthères s'étirant langoureusement, en faisant luire leurs crocs saillants. Elles vinrent me faire fête.

 

Sardonica rayonnait superbement enveloppée dans sa robe chatoyante et sauvage. Cette robe découvrait ses bras nus et ses cuisses admirables qui comportaient par derrière des muscles saillants et tentateurs.

Ses pieds effilés étaient chaussés de fins escarpins revêtus d'une feuille d'or. Son regard comme sorti d'un pierre précieuse verdâtre ou d'une eau profonde pénétrait jusqu'à vous par touches successives. D'une simple indication de ce regard et d'un léger geste du menton elle m'indiquait que je devais m'assoir à ses côtés, à ses pieds plutôt, sur un fin pouf posé là sans doute à dessein. Et le tombai plutôt que je ne m'assis, le nez et la bouche presque sur ses jambes, ce dont elle devais se douter. Je pouvais en respirer le parfum sourdrant de la peau.

 

De temps à autre elle jetait vers moi un coup d'oeil ardent et amical qui me ravissait d'aise. Que n'aurais-je fait pour ses yeux impérieux qui me laissaient sans aucune force de résistance ?

 

Un à un vinrent la saluer et en même temps me saluer leu dirigeants du régime. Le maréchal des armées dans son indescriptible uniforme chamarré, pleine de plumes et de dentelles; le Président de la Justice, en réalité simple intermédiaire entre la Comtesse et le Bourreau. Le Chef de la Garde Personnelle qui s'assit à peu de distance, s’assurant  immédiatement que tous ses hommes étaient en place. Le Chef de la Police avec l'air sournois et soupçonneux, surveillant tout le monde dans le royaume, et à ce qu'il parait fort doué pour extraire grâce à des tortures nombreuses et variées une foule de renseignements d'un accusé par nature pou communicatif.

 

On racontait des choses horribles sur certaines salles basses situées dans les locaux de la police, avec accrochés aux murs leurs outils barbares qui servaient à griffer,à arracher, à stranguler...

 

Puis vinrent plusieurs chefs aux armées avec leurs différentes tenues et insignes suivant les corps plus ou moins renommés auxquels ils appartenaient. Le rituel était immuable: ils s'agenouillaient profondément;: Sardonica inclinait sa tête splendide faisant luire sa chevelure dorée, avec parfois un petit sourire plus on moins appuyé selon que l'intéressé était plus ou moins bien en cour.

 

Ces degrés divers de considération étaient aussitôt commentés par les spectateurs et appréciés par ceux qui les recevaient avec une très grande précision..

 

 

 

…/…

 

 

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Ceux qui voyaient ceci pour la première fois ne purent retenir un murmure  d’étonnement.

 

Dans des cases alignées, des créatures composites, mi-hommes mi-oiseaux, affreuses â voir, à l'air misérable et malheureux se trouvaient. Elles n'étaient pas toutes semblables. En effet on se rendait compte que différentes tentatives d'adjonction. Sur leurs humaines structures avaient été effectuées, soit en ce qui concernait les ailes, soit en ce qui concernait le bec ou les pattes. Il y avait tout un échantillonnage d'hybrides plus ou moins hommes au plus ou moins oiseaux.

 

Le chef des savants nous mena vers ce qu'il considérait comme l'exemplaire le plus réussi de la race des hommes oiseaux. Une étiquette au pied de la cage, comme pour les autres donnait en latin son nouveau nom à ce nouveau spécimen du règne volatile :

Avis Homo.

 

Il était de la taille d'un homme ordinaire et il avait à la place du nez un long bec crochu comme celui des grands rapaces qu'il ouvrait de temps à autre. Ses membres postérieurs étaient de grosses pattes d'oiseaux et ses membres antérieurs des ailes. De tout cela se dégageait un air de misère et de souffrance;nées de la douleur causée par la transformation que les chirurgiens lui avaient fait subir, mais aussi de se savoir et de se voir ainsi.

 

« Quel est le but de ses recherches ? »  demandais-je au chef des savants qui avait repris sa cour auprès de moi, le plus froide­ment possible .

 

« Quel est le but ? » sourit-il. Mais la guerre, évidemment !  Imaginez un seul instant que nous puissions expédier par derrière les lignes ennemies ces hommes-rapaces. Quelle terreur ne répandrions nous pas, et quels dégâts n'assurerions-nous pas ! Aucune parade ne serait possible alors à nos ennemis que nous défairerions à tous coups t Mais hélas nos essais ne sont pas encore concluants... Nos hommes oiseaux ne volent toujours pas. Il y a dans la nature quelque chose de mystérieux au sujet du vol que nous n'arrivons pas à saisir. Mais nous finirons bien par réussir !

 

« Vos recherches sont en effet fort intéressantes » nota Sardonica qui avait entendu notre dialogue. « Poursuivez les et je vais faire donner des ordres pour que vous ayez le matériel humain_ nécessaire !

 

«  - Merci, Madame la Comtesse » susurra le savant spécialisé en hommes-oiseaux, en faisant une révérence aussi servile que ridicule. La grande fréquentation des oiseaux l'avait rendu un peu oiseau lui-même.

 

Nous vîmes d'autres tentatives d'expérimentation sur l'homme sur lesquelles je ne m'étendrai pas, tant elles m'écoeuraient. Cependant je dois confesser que petit à petit mon esprit changeait à ce sujet. Plus même il m'arrivait d'être émerveillé de toute ces folies sauvages.

 

Néanmoins je vous préciserai que l'une d'elles consistait à agir sur le cerveau de l'être humain où ces savants dévoyés pensaient qu'était le siège de l'intelligence et de l'esprit.

 

Aussi, ouvrant le crâne, ils extrayaient l'une ou l'autre partis de la cervelle pour parvenir à circonvenir l'emplacement de chaque pensée et de chaque sensation.

 

« Le but ? » me dit Primus, sachant que ma question de tout à l'heure me hantait toujours. « Il est simple !! Réussir à produire une race de guerriers qui exécutent les ordres qu'on leur donne sans chercher à en connaître les raisons, et qui sont prêts à se faire tuer si il le faut. Les guerriers idéaux, quoi 1

 

On garda la plus incroyable découverte pour la fin. « Le morceau de roi » commenta Primus, soufflant toujours son haleine puante dans mes narines avec insistance.

 

Nous parvînmes dans les salles vaste  comme des cathédrales du fameux minerai «rayonnant ».

 

Fantastique vision dans cet antre de l'enfer, au milieu d'une chaleur et d'une poussière terribles.

 

Des foules d'esclaves amenaient de grandes quantités d’un minerai qui paraissait du plus anodin aspect. Ensuite des machines qu'ils actionnaient inlassablement, enfermés â l'intérieur de roues comme des écureuils, le trituraient, le broyaient.

 

Des gardes-chiourmes casqués, sévères et hiératique, observaient un fouet à la main. D'autres esclaves veillaient à de gigantesques chaudrons où bouillissaient comme des eaux de sorcellerie.

 

Je voulus palper la boue noirâtre issue de ce traitement.

 

« Ne touches pas à cela ! » me cria Sardonica, tandis que le chef des savants me retirait déjà le bras. « Ce minerai émet d'étranges rayons invisibles qui brûlent. C'est pourquoi nous l'appelons " minerai rayonnant ". D'ailleurs regarde ces enclaves qui travaillent ici. »

 

Certains à la place des bras n'avaient que des moignons auxquels on adaptait des pièces métalliques pour qu'ils puisent continuer à produire jusquà ce qu'il n'y ait réellement plus rien à tirer d'eux.

 

Le chef des savants expliqua que dans cette boue, à. nos pieds, que l'on ne savait pas suffisamment purifier se trouvait une redoutable et mystérieuse puissance. Il ajouta que celui qui saurait capter cette force prodigieuse aurait de quoi faire fonctionner des machines extrêmement puissantes et pourrait même faire sauter la terre si il le désirait.

 

Les auditeurs, excepté les initiés, restèrent médusés par cette révélation qui dut leur apparaître folle dans son audace incroyable. « 

 

Faire sauter notre terre ? » Impensable.

 

Nous ne la connaissons pas toute encore !

 

Mais à moi qui savait le diabolisme de la Comtesse-panthère, cela me parut presque plausible.

 

Et aujourd'hui, vieux moine rabougri assis à ma table, je suis obligé d'ajouter foi à ce que disait alors le chef des savants. Il eut été possible à la Comtesse de faire sauter notre terre et elle eut été capable de le faire pour son plaisir et pour ses désirs sataniques...

 

Nous remontâmes à la surface au moyen d'une sorte de cage actionnée dans un puit vertical par un système de cordes, à très grande vitesse.

 

Lorsque je débouchai à l'air libre, après avoir passé le grand hall de réception et à nouveau franchi la lourde porte ornée de têtes de panthères, donnant sur une rue banale, je me demandai si le n'avais point rêvé et si cette maison des savants recelait autant de secrète et si il existait une véritable ville souterraine sous cette demeure avec autant de détestables prodiges.

 

( A suivre )

 

 

 

 

Sardonica ou la femme panthére ( K 12)

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Je reconnaissais ce métal au fur et à mesure qu'il refroidissait.

 

« De L'Or, c'est de l'Or ! »  Je crus que je devenais fou !

 

Sardonica m'observait du coin de l'oeil, s'Amusant de ma juvénile passion.

« C'est de l'Or en effet » me répliqua Primus.

- « Le vieux rêve fou des alchimistes était donc réalisable ? »

 

- « I1 l'était, mais point si aisé à trouver. Encore que la règle pour passer du plomb à l'or est telle qu'un enfant de cinq ans pourrait la retenir. Une simple sentence latine, que l'on peut trouver dans de vieux grimoires d'ailleurs, la résume assez bien. Mais sa signification connue des anciens teinturiers de la lune fut perdue. »

 

Sardonica possédait donc le secret de la transmutation du plomb en or !

 

Ceci lui donnait un pouvoir immense. Je m'expliquais ses possibilités de corruption et aussi sa très grande générosité à mon égard.

 

Le chef des savants me traîna presque par le bras tant j'étais tombé sous le charme.

« Nous allons nous diriger maintenant vers les salles de Mars, Dieu de la Guerre comme chacun sait. »

 

Un Mars en Or, fier et superbe, à demi-nu, en commandait l'entrée, une gigantesque épée dans les mains. Je m'enquis et du modèle et du sculpteur. Et j'appris qu'on avait tout simplement coulé l'or sur le corps d'un esclave magnifique encore vivant, pour que le métal en gardât tous les traits.

 

A l'intérieur des salles se trouvaient toutes sortes d'armes qui avaient existé à différentes époques, originaires de toutes les armées du monde. Et elles étaient ici, pour être étudiées, perfectionnées ou même servir à en créer d'autres plus meurtrières encore. Des savants dévoyés s'affairaient ça et la autour de ce matériel de mort avec des airs de gourmets devant quelques plats délectables.

 

« Nous vous montrerons » me dit Primus, décidemment de plus, en plus affectueux  « notre dernière trouvaille. ». Et il me soumit un peu comme une vieille voulant jouer à la donzelle, avec des mimiques expressives et quelque chose de mouillé dans le regard.

 

Dieu que ces vieilles courtisanes sont laides ! Qu’il doit être horrible de se faire toucher par pareil vieillard lubrique !

 

Sur une table se trouvait une sorte de petit cylindre de métal brillant avec des ailes sur le côté reposant, parfaitement ajusté, sur un autre morceau de métal.

 

Le chef des savants farfouillait dans sa barbe avec un air de satisfaction non dissimulé.

 

Ayant attendu qu'il y eut un cercle d'auditeurs assez fourni et assez attentif autour de lui, il demanda non sans quelque solennité à un aide de lui apporter un flambeau. Il approcha celui-ci de la queue de la petite machine. En même temps il fit emphatiquement un grand geste pour que l'on s'écartât.

 

On entendit un léger bruit. On vit la partie supérieure de 1'appareil s'élever en hauteur mieux qu'un oiseau, en émettant un sifflement strident sous les regards médusés de l'assistance. Puis l'engin retomba avec une explosion un peu plus loin sur un champ de bataille en réduction qu'on avait placé là. Le souffle balaya presque instantanément les soldats de terre cuite et les transforma en poussière.

 

« Quel prodige ! » s'exclama quelqu'un.

 

-« Qui connaîtra le secret de cette machine de guerre et sera capable de 1’amener à une taille suffisante gagnera toutes les batailles et dominera le monde ! » dit Sardonica sentencieusement.

 

- « C'est toute la difficulté, Madame la Comtesse que de 1’amener à une taille suffisante ! ».

- « Demandez ce dont vous aurez besoin et vous l'aurez : des hommes et de l'argent ! »

- « Oh l'argent... » Fit le vieux savant en joignant ses mains, un peu comme le potier modelant amoureusement les formes de la cruche, « Ce n'est pas tout ».

 

Et il regardait Sardonica par en dessous avec des yeux qui vibraient de passion, comme un feu qui couvait. Son ton était si anodin qu'on pouvait à peine le taxer d'incorrection. Bien qu'il fût clair que cette vermine malpropre aurait voulu se mettre dans le lit de Sardonica.

 

Sardonica eut pu faire mine d'ignorer l'allusion, mais elle répliqua sèchement : « Sais-tu très honorable savant que je n'aime pas tellement les hommes et que ceux qui m’ont eu ont tous été tuée, soit de mes propres mains, soit de celle de mes guerriers et que la situation d'être mon amant n'est point si avantageuse qu'il pourrait y apparaître au premier abord ?

 

- « Je le sais Madame la Comtesse, et je ne voulais point vous offensés. »

Il balbutiait. « A mon âge, on radote parfois et on dit de vilaines sottises. ».

 

« Je te pardonne » et Sardonica lui toucha l'épaule. « Je sais que tu me sers bien et je ne serais point une ingrate ».

 

Il m'était point question pour elle de s'aliéner ce séide qui lui était dévoué corps et âme, et prêt à tout pour lui complaire. Elle lui laissait toute possibilité d'espérer ce qu'il voudrait.

 

Nous passâmes dans une autre salle, « les miracles n'étant point terminés ».

 

Je me mis à réfléchir à  ce que Sardonica venait de narrer au sujet de ses amours humaines à savoir le fait qu’aussitôt après avoir consommé elle tuait ses amants d’un jour. Cela aussi se racontait d’ailleurs au château, à mots couverts. Il se disait  aussi que parfois, elle-même, au cours d'une revue militaire ou d'un combat de lutteurs, choisissait un très bel homme et le faisait amener au Palais après qu'il eut été apprêté. On ne le revoyait jamais. Ses relations soupçonnaient bien un peu la cause de sa disparition, mais se taisaient par crainte. Et on oubliait le malheureux.

 

Sardonica dut lire an mes sombres pensées car, avec un air moqueur, elle me pinça assez rudement l'oreille, en m'y chuchotant quelque chose d'une voix musicale. Son attouchement raffiné me fit frémir par tout le corps et de bien-être et de terreur.

 

Soudain l'un des esclaves, à uelques pas de nous, sans doute troublé par la venue de Sardonica se laissa tomber sur les pieds une lourde pierre...Il fit une incroyable grimace de douleur, mais aucun son ne sortit de sa bouche , quoiqu'on se rendait bien compte qu'un formidable cri aurait voulu jaillir de ses entrailles. Un officier des gardes noirs de Sardonica répondit à ma muette interrogation :

 

« Pour qu'il ne révèle point de secrets, comme aux autres, on lui a coupé la langue. »  Cela ne me choqua qu'à demi. Je m'habituais de plus en plus à vivre dans cette horreur.

 

« En route pour les volières des hommes oiseaux » dit un savant d'une voix de Stentor.

« Les hommes-oiseaux , qu'est-ce cela encore ? „ pensais-je.

 

Nous remontâmes dans le chariot et partîmes au travers des couloirs souterrains, éclairés de place en place par des flambeaux qui jetaient des clartés inquiétantes et dansantes.

 

Je compris vite de quoi il s'agissait.

 

(A suivre)

 

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Published by Michel Dubat - femme panthère, Enfer, Fantastique, Fantasy, Dark, homme-oiseaux

SARDONICA ou la FEMME-PANTHERE (1)

 

SARDONICA ou la FEMME-PANTHERE

 

avertissement au lecteur.

 

Le lecteur comprendra sans peine que je n'aie pas voulu citer le nom du couvent dont on parle dans ce texte et que j'aie évité que l'on puisse localiser avec trop de précision son emplacement.

 

Bien sur aussi, le nom de Pétrus que je donne à son ancien supérieur n'est point réellement le sien mais a été emprunté à l'apôtre.

 

Il eut été peu honnête que recueilli dans ces lieux à une époque tragique de ma vie, comme un ami, j'attirai sur leurs habitants et leu feux de l'actualité et le malheur.

 

En un mot le lecteur approuvera sans doute que, sans rien ôter à la véracité du récit, j'aie voulu brouiller les pistes.

 

John BRISTOL.

 

Je me trouvais, lors de l'été 1968, dans un monastère aux environs de la frontière Bulgaro-Yougoslave. Il était situé dans un cadre magnifiquement isolé et d'une admirable sauvagerie.

 

J'ai toujours beaucoup apprécié le choix fait par les ordres religieux, en ce qui concernait l'emplacement de leurs monastères. Ces gens étaient soucieux d'harmonie et de beauté, choses qui me remplissaient l'âme de contentement et de paisible jouissance. Ils se préparaient sur cette terre à ce qu'ils imaginaient être l'au-delà. Et pour ces considérations toutes spirituelles, ils avaient construit leurs habitations sans se soucier des difficultés de réalisation, dans les sites les plus étranges et les plus inaccessibles.

 

J'avais fui ici le tumulte de la compagnie des hommes après ce que l'on a appelé, à mon avis, fort improprement les " événements de 68 ", qui étaient plus pour moi l'irruption du rêve et de l'imagination dans le morne paysage quotidien qu'une banale poussée de fièvre dans un système sociopolitique complètement figé.

 

 

En Mai mil neuf cent soixante-huit, en France, nous primes conscience qu'une autre existence était possible. Nous comprimes que sous la coque de métal de l'homme industriel, où les fabricants et les politiques à .leurs services l'avaient enfermé, se cachait un être imaginatif, ivre du désir de vivre. Et cet être cherchait désespérément à briser cette coque.

 

Mais bientôt la vie reprit ses droits ou plutôt ce que l'on appelle la rie, c'est à dire un -état de veille léthargique....

 

Car toutes les structures " responsables " se dirent que la Libération des individus étaient dangereuse pour leur conservation et que l'esprit qui habite en l'homme n'était libre que couvert de chaises, comme le prisonnier du Moyen-âge des gravures enfermé dans sa prison et s’ennuyant a mourir.

Je supportai mal le retour des Marchands, le carriérisme effréné, l'Art « révolutionnaire » de Salon bourgeois, enfin toute cette civilisation de mécanique dont le clinquant tape-à-l'oeil culturel n'en est guère que la sécrétion.

 

Je dirai de plus, pour être complètement sincère, que ma rupture avec Elisabeth S. ajouta beaucoup à ma résolution. Je l'avais connue au hasard des soirées tièdes de Mai, au cours d'une quelconque réunion, à la Sorbonne. Alors les discussions tournaient, avec une vivacité extraordinaire, sur tous les sujets qu'il fut possible à un être humain d'aborder. Nous nous plûmes dès l'abord et passâmes ensemble toute la durée des"événements».

 

Mais quelques jours après le " retour au calme ", Elisabeth complètement rassénée comme au sortir d'une maladie fiévreuse me déclara froidement que son amour pour moi, née de la folie de Mai était terminée en Juin, qu'elle allait épouser quelqu'un de son milieu social et qu'il fallait oublier tout ce qui était arrivé...

 

" Celât nous fera de bons souvenirs lorsque nous serons vieux ajouta-t-elle tout naturellement. Nous nous quittâmes dans un bistrot du quartier Latin en buvant un café. Je me souviens du regard vide avec lequel elle me regardait alors. Cela était bien fini, il n'y avait pas de doute à avoir là-dessus. Et je repartis dans le clair soleil plus pauvre et désespéré, qu'avant que ma vie n'eut connu ces illuminations fulgurantes.

 

Aussi, pour toutes ces raisons, voulant peut-être au fond échapper à la réalité, je me réfugiai au monastère de St X... J'y passai des semaines recueillies consacrées essentiellement soit à méditer dans ma cellule, soit à faire semblant de prier dans les ombres fraîches de la chapelle, soit encore à me promener dans les environs sauvages et abrupts.

 

J'y fis aussi la connaissance du Supérieur le Père Pétrus. Je me pus qu'apprécier de plus en plus sa vaste culture au sujet des temps passée, et sa bonté naturelle un peu détachée.

 

Lui aussi semblait avoir de l'estime pour moi. Il contemplait avec une indulgence amusée mon apparence débraillée et mon air doucement cynique. Malgré la différence de nos habits, nos âmes ressemblaient assez.

 

Je crois bien qu'à la fin de mon séjour il était devenu mon meilleur ami et ce n'est pas sans une grande peine que nous nous quittâmes. Je me devais plus le revoir....

 

Quelques temps après mon arrivée, alors que je me trouvais dans la vieille bibliothèque à lire quelques parchemins rares datant du Moyen-Âge magnifiquement écrits et décorés par la main de moines artistes, le Père Pétrus m'aborda.

 

Il me déclara, avec un air mystérieux que je ne lui avais jamais connu, qu'il avait deviné, au cours de nos conversations, que je m'intéressais au vampirisme, au satanisme, à l'alchimie, à la magie noire et en général à tous les phénomènes occultes et inexpliqués. Il ajouta qu'il avait dans un de ces domaines une révélation extraordinaire à me faire.

 

Après s'être assuré que nous étions bien seuls, il me confia un manuscrit dissimulé dans une cachette secrète de son bureau.

 

 

 

Le titre admirablement dessiné en gros caractères sur la couverture était: "Sancta Veronica «.

 

Il me recommanda de n'en parler à personne et de le conserver avec soin par devers moi.

 

Le soir même, je le lus d'une traite, le coeur battant, croyant découvrir quelque chose de fantastique et de mystérieux au détour d'un page. Il ne s'agissait, en réalité, que de l'histoire assez édifiante d'une sainte ayant fait beaucoup de miracles et s'étant dévouée aux pauvres gens. Des récits tels que celui-ci, il y en avait des milliers dans les bibliothèques et personne n'y avait jamais rien trouvé d'étrange!

 

Il m'étonnait que le Père Pétrus eut voulu me berner. Mais si cela était, c'était bien joué ! Car j'avais passé toute la nuit, sans fermer l'oeil, à lire ce maudit ouvrage.

 

Et c'est légèrement irrité que je rencontrai le lendemain matin le Père Pêtrus à l'heure du petit déjeuner. Nous nous trouvions alors sous les voûtes du cloître d'une harmonieuse beauté, ou, filtrait une lumière d'une rare qualité. " Mais " lui dis-je tout de go, " rien que de très banal dans l'histoire de Sainte Véronica »

 

(A suivre)

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