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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

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Articles avec #eroic-fantasy

Sardonica (23 et Fin)

 

Elle m'attendait bien à la place habituelle, sous les feuilles où dansaient des paillettes dorées. Mais elle ne courut pas au devant de moi, se contentant de me contempler gravement. Mais je crus lire cependant mus son air sévère le vif désir de me revoir et la satisfaction de me savoir encore vivant après tant d'aventures périlleuses.

 

Je décidai de la faire un peu souffrir et me dominant je m'avançai tout naturellement.

 

« Te voilà, cruel ! » me dit-elle abandonnant d'un coup toute sa feinte assurance. Je me précipitai vers elle, et nous fondîmes alors tout deux. Et nous nous bisâmes et nous nous touchâmes,

 

Et  nous pleurâmes dans les- bras l'un de l'autre, faibles comme deus enfants et cela nous était doux...

 

Elle me fit raconter les pérípétíes dont j'avais fierté et dégoût tout à 1a fois. Mais elle ne se lassait pas de m'interroger et encore et encore et après que c'est-í1 passé ?....

EST-ce celà tout ?... , Tu me caches quelque chose...

 

Elle ne me fit grâce d'aucun détail. Au sujet de la Comtesse je dus tout lui avouer. Elle n'en voulut moins que je l'aurais pu croire. « Cela devait arriver » me dit-elle, « Nul homme n'aurait pu y échapper. »

 

Sa robuste sagesse paysanne me fit du bien, peuttre aussi était-ce 1a longue séparation qui l'empêchait de me gronder. Mais elle était prête à tout me pardonner des chosés que je lui pouvais révéler.... Aussi voulant me libérer auprès d'elle, et de moí-même je lui parlai des atrocités dont j'avais été témoin, et que j'avais laissé faire.

 

Elle me regarda avec une compassion intense. « C'est métier de soldat depuis tous temps »  me dit-elle.  « Et c'est faute de la guerre, faute des hommes aussi bien sûr qui dès qu'ils vinrent sur terre ne pensèrent qu'à en découdre pour sols, richesses, femmes, pour tout ce dont on peut être jaloux et rêver possession. Mais toi tu es gentil et tu te repend.... »  ajouta-t-elle en se jetant à nouveau dans mes bras avec un abandon volontaire.

 

Et elle se mít à me regarder d'ur drôle d'air. Je compris ce qu'elle voulait et ce que j'avais à faire ; et je compris que le moment en était venu. Sous 1a lumière dorée comme fruit de mirabelle, j'ouvrís son corsage et touchai 1a fleur de son sein.

 

Nous noue regardâmes gravement, comme si nous devions franchír la porte interdite. Je suçai son téton comme enfant suce celui de sa mère, avec dévotion et appétit, comptant s'y nourrir du suc de la vie. Elle ne résistait pas à mes caresses, mais ne s’y complaisait point trop cepenndant me laissant faire tout au plus avec un tachement serein.

 

« J'avais apporté du vin » me dit-elle en m'arrêtant soudain.

Et elle tira de dessous des cailloux une gourde de peau.

« Je n'avais pas besoin de vin pour étre ívre. »  Répliquais-je. Je lui en offrit une gorgée qu’elle tata avidemnent comme un jeune agnelet. Je bus une autre gorgée. Et nous mélangions dans nos bouches nos vins, nos haleines et nos langues avec éblouissement et appétit. Ses yeux brillaient avec éclat de bonheur et de sensualité.

 

J'arrosai ses seins du liquide de 1a gourde qui s'écoulait par saccades et je 1e léchai goulument. Je 1a mís bientôt complètement nue. Je revois encore sa peau jouant dans 1a lumière tandis qu'elle allait au devant de moí avec une détermination émue. Nos coeurs battaient et 1a fièvre montait de nos corps. Je 1a pris contre moí, tremblante, et 1a couchai doucement sur 1a mousse et les herbes. Le parfum qui montait d'elle était comme odeur rare d'épices d'isles sous 1e vent. Elle laissa voir au creux de ses cuisses amples son charmant petit jardinet qui y reposait doucettement. Et je 1a pénétrai alors qu'elle poussait de petits cris effrayés comme en poussent parfois les oiseaux surpris.

 

***************************************

 

Nous nous re1evâmes contents et émus. « Voilà quí est fait ! » m » dit-elle en me regardant tranquillement; 1e visage un peu rosí par 1e trouble et l'effort. « Nous devrions partir » ajouta-t-elle.

 

« Plus nous restons, plus celà devient difficile ! »

Oui nous aurions du fuir alors, et je 1e savais. Mais je n'arrivais point à me décider. En avais je 1a force et 1e courage d'ailleurs ?

Partir pour faire quoi ? Je ne pouvais guère retourner dans 1'Eglise et quel métier d'autre pouvais-je exercer ? On ne m'avaít appris qu'à: ecríre et à prier dans les couvents.

 

 

******************************************

 

 

Mes fonctions au Palais n'avaient pas cessé de croitre en importance depuis cette guerre et par mon rapprochement avec Sardonica que chacun pressentait et par 1e développement des possessions de 1a Comtesse. En effet les territoires conquis avaient vu 1e meurtre de leurs détenteurs (lorsqu’ils n'étaient point morts à 1a guerre) et leur remplacement par des hommes surs de Sardonica. Et ce n'était qu'échanges de messages entre 1a Comtesse et ses envoyés. Comme une araignée elle tissait peu à peu sa toile et au centre en surveillait tous les fils. De ce fait je devenais un des principaux personnages du royaume. Même mes amis officiers du temps d'avant me fuyaient lorsqu'ils me rencontraient tout en étant fort aimable avec moi, comme mus par une sorte de déférence respectueuse et craintive.

 

Moí et 1a Comtesse faisions souvent l'amour et y prenions toujours autant de plaisir. Celà aurait pu continuer ainsi bien longtemps si un évenement n'avait changé 1e cours de ma destinée. Sans penser à sa sécurité, un soir Sonia s'engouffra dans ma chambre et me déclara à brule-pourpoint avec un air mystérieux qu'elle avait quelque chose d'important pour nous à me déclarer.

 

Je crus deviner...

 

 « Tu m'as fait un enfant ! »  lacha-t-el1e à 1a fois radieuse et repentante. « En es-tu súre au moins ? » répliquais-je. Elle m'assura que oui, me déclara qu'elle avait consulté une matrone renommée au Palais pour ses talents de metteuse au monde d'enfants et m'indiqua les symptomes qu'elle présentait. Celà ne me semblait pas douteux.

 

« En veut-tu aux moins ? » pousuívít-elle.

« Si tu n'en veux pas, 1a matrone pourra me donner des herbes sauvages pour essayer de faire passer ma  faute d'amour. »

 

Je lui répondis que je voulais garder cet enfant de moí et d'elle. Et que si « faute » il y avait, nous avions été deux pour la faire et y avions mis chacun un beaucoup d'ardeur ; et que pour moí je n'avais nulle remord. Ce petit être pas encore né me donna du courage pour envisager enfin ce dont nous parlions depuis si longtemps.

 

« Nous fuirons tous deux ce soi r » dis-je. Et je lui demandais de m'attendre au-delà des fortifications au coucher du soleil. J'ajoutai que je viendrais seulement avec mon cheval.

 

Je ne pouvais amener une autre monture pour Sonia car alors je ne manquerais pas d'attirer 1'attention des soldats de garde en passant sous leur barbe avec un coursier sellé et bridé sans cavalier. Ils pourraient avertir la Comtesse qui comprendrait tout de suite de quoi il s'agissaot.

 

«Je fairais ce que tu voudras »" me répondit Sonia soumise.

 

Tandis que le soir tombait, sans bruit, je harnachai mon cheval blanc que m'avaít donné Sardonica. Il me sembla à son air qu'il comprenait ce que j'attendais de lui et l'importance que celà avait pour moí. Je remplis deux sacoches de plus de provisons que je pus pour pouvoir tenir quelques temps apres notre fuite et je sortis le plus naturellement du monde par 1a porte Ouest au petit trot. Les sentinelles ne semblaient se douter de ríen et se contentèrent de me présenter les armes pensant sans doute que je faisais une tournée d'inspection.

 

Je retrouvai Sonia à l'endroit convenu, dans un petit bosquet d'arbres, sous son fichu un peu apeurée, mais cependant très courageuse. Nous nous embrassames très tendrement, sachant bien qu' i1 ne faudrait point trop nous attarder. La nuit graduellement montaít comme une mer. Je venais de me détacher de Sonia...Ces secondes semblaient et me semblent encore aujourd'hui avoir une durée particulière. Le soleil rougeoyait à l'horizon, mourant en pleine beauté. Tout était calme, plus loin sur son sommet devenu sombre 1e château dd Sardonica ne paraissait presque plus être qu'un mauvais souvenir sortí d'un cauchemard.

 

Puís i1 y eut l'explosion et l'éclair. Un ECLAIR formidable qui me traversa la Vue et me déchira le cerveau. Et un instant le château explosa et fut projeté en l'air par une force interne formidable. Le sol gronda et trembla. Un souffle brulant me traveresa de part en part. Je fus plaqué par terre par une main puissante et sombrai dans l'inconscience. Je crus cependant me souvenir par 1a suite que je me jetai sur Sonia pour tenter de 1a protéger.

 

Je ne me rappelle ríen d'autre. Tout ce que je peux raconter maintenant sur ces évènements n'est que ce que m'ont dit des paysans qui nous trouvèrent ensuite et les moines et les soeurs à qui nous furent confiés ; moí aux moines, elle aux soeurs.

 

Les paysans auraient entendu aussitôt après  l'explosion le formidable cri d'un animal -blessé et vu presqu'en méme temps 1a gigantesque ombre d'une panthère apparaissant au milieu du sinistre. Ils auraient même entendu 1a galopade de cet animal fantôme fuyant pour on ne sait où.

 

Les religíeuses soignèrent Sonia avec dévouement. Son visage et son corps avaient été pourris intérieurement par les terribles émanations de l'explosion de ce que je pense être du "minerais rayonnant" à 1a suite d'une expérience ayant mal tourné. Il parait qu'elle était réellement horrible à voir. Elle mít au monde un petit monstre noir comme du charbon, couvert de poils,avec déjà une geule pleine de dents, qui fut abattu aussitôt à coupe de bâtons par les femmes qui participèrent à l'accouchement.

 

Je ne revis pas Sonia avant qu'elle ne meurre. Ce fut peut-être mieux ainsi pour elle et pour moi. Ainsi je garde en mon coeur le souvenir de ce qu'elle était la première fois que je 1a vis fraiche et belle au détour du corridor. Et je mourrais avec cette image.

 

Moi-même, vieux moine, j'ai été complètement défiguré par l'explosion et je reste ici caché, à l'abri des hommes, auprès des frères du couvent. Je ne souhaite pas être plait, mais désire supporter courageusement mon destin. Certes j'ai eu plusieurs fois aux moments de désespoir l'envie d'attenter à ma vie ; mais qui ne le comprendrait ?

 

Chaque jour, dans ce manuscrit de Ste Véronica, je peins mes mémoires dissimulées dans 1e texte où peut-être un jour un observateur sagace ou chanceux les découvrira. Je lui laisse 1e soin d'en décider l'utilisation. Qu'i1 soit prudent cependant dans ses révélations. Ce récit pourrait répandre des conséquences funestes qu' i1 ne soupçonne peut-être pas !

 

Souvent moi-même j'ai peur lorsque j'écris. Je me demande si on me laissera impunément continuer, si ceux qui savent ne vont pas stopper mon ouvrage et empêcher que ce que j'ai connu n’accède aux générations futures.... J'ai peur. Parfois í1 me semble entendre des pas souples et nerveux tout à 1a fois comme ceux que je connaissais si bien des panthères, derrière 1a porte. Peut-être est-ce que je deviens fou et que ma tête éclate après tant et tant d'épreuves, plus que je ne pouvais en supporter ? Non, cette fois, ces pas dans le corridor, on vient : 1a bête immonde, avec sa gueule, son souffle chaud et ses griffes, et ce regard terr.........................

 

 

*********************************************

Ici s'arrête 1e récit du moine Maroff. La dernière page du manuscrit était à demi lacérée par ce que l'on pouvait prendre pour des coups de griffes énormes et comportait même l'empreinte d'une patte de panthère géante dans du sang noirci et séché par les ans.

 

Ce sont mes dernières notes....

 

Je referme donc mon calepin noir de voyage.

Octobre de 1'A mil neuf cent soixante-dix-huit....

 

John BRISTOL. 

 J. B

Sardonica (z 23 et Fin)

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Sardonica (14)

 

Un silence des plus rares se fit... Cette statue de chair s'anima lentement.

 

Tantôt elle reposait gracieusement sur la patte de l'éléphant apparemment charmé, tantôt elle était sous lui. Il appuyait alors son pied énorme sur son frêle buste. On craignait très fort qu'il ne L'écrasât comme un mince fétu. Mais bonâsse il soulevait son pied et la laissait se relever prestement tandis qu'elle avait un sourire vague et lointain aux lèvres, comme si elle n'était pas de ce monde et s'y trouvait seulement de passage pour nous enchanter. Et la prenant délicatement dans sa trompe comme une fleur  extraordinaire l'éléphant la reposa précautionneusement sur sons dos.

 

Et au son de la musique étrange, elle repartit, belle sereine et impassible. Sa disparition fit retentir des applaudissements frénétiques qui brisèrent le mirage comme un verre de cristal.

 

" Ah ! »  Me dit le Général de la Cavalerie, celui qui peut avoir pareille beauté dans son lit, est plus heureux que celui qui a conquis la moitié du monde ! »

 

Je ne sus que lui dire que je pensais comme lui, mais que beauté bien vite s'évanouit et disparaît et qu'alors nous n'avons plus que cendres dans la main, comme souvenir dé ce qui, a été...

 

« C'est ma foi bien vrai, Dimitri et vous me faites penser quelque chose.

 

Je passais pour le service de la Comtesse, un jour dans une de mes anciennes garnisons du temps où j'étais un jeune et pétulant lieutenant adulé des femmes, courant de rendez-vous en rendez-vous., Je vins à ne trouver dans une rue remplie de boutiques et encombrée de marchands et de chalands, ce qui m'obligea à mettre mon cheval au pas.

 

Soudain j'entendis une petite voit poussive qu'il me semblait avoir déjà vaguement entendue quelque part il y a bien longtemps.

 

Mais je n'y prêtai pas autrement attention et poursuivis mon chemin. La petite voix continua à geindre doucement en me suivant et une main en se posant sur le harnachement de mon cheval tentait apparemment de le retenir. Je me retournai. Sous une masse assez informe de vêtements grisâtres, je fini par reconnaître en cette laideronne Sandra, l'ancienne serveuse d'un estaminet situé près de la caserne. Cette femme avait eu dans le passé quelques grâces pour moi. Je crois même pour être franc que j'en étais assez amoureux alors.

 

« Tu ne me reconnais pas Nicolas ? Sandra, SANDRA ! Te voici Général, à présent. Tu as bien réussi ta vie; tu es content. » 

 

-" OUI je te reconnais" lui répliquais-je excédé." Plus au Diable que je ne fusse que lieutenant et que l'on me rendit ma jeunesse ! »

 

  - « Il faut s'y faire » me répondit la vieille philosophant. Regarde ce qu'est devenue la belle Sandra. Tu te souviens ?

 

Bon Dieu, oui que je me souvenais : et les fêtes et les beuveries et les filles et l'alcool. Le muscle frais, l'appétit à dévorer les montagnes, et les nuits d'amour.

 

« Eh bien moi je ne m'y fais pas ! ». Je cravachai mon cheval qui démarra comme une flèche bousculant les passants qui ne comprenaient pas ce qui se produisait.

 

« Le pire » poursuivit le Général, de ce genre de rencontre c'est qu'i1 nous oblige à admettre que si votre ancienne maîtresse a vieilli et est ce qu'elle est devenue, vous non plus vous n'êtes plus le beau jeune home que vous vous persuadez malgré tout à vous croire. 

 

Vous vieillissez un peu chaque jour : une poignée de cheveux qui tombe, une dent qui disparaît, une ride qui se forme. C'est moins saisissant que si vous aviez la mise côte â côte, si cela était possible, de deux images en même temps : vous jeune homme et vous vieil homme.

 

Mais ce témoin irréfutable de votre passé vous révèle toute l'ampleur du désastre, si je puis dire, et vous affirme une réalité que vous ne pouvez plus nier. Vous êtes un vieillard usé et vous vous approchez de la mort de jour en jour. Elle vous guette cette vieille sorcière grimaçante, elle vous attend avec un air lubrique pour de funestes épousailles... »

 

L'arrivée du numéro suivant arrêta la perplexité du Général qui me parut avoir une plus fragile écorce que je ne l'eus crû au premier abord.

 

Quatre lutteurs énormes, enduits d'huile, se ruèrent par deux les uns sur les autres. Quatre paquets de chair se nouèrent et se dénouèrent en des noeuds de douleur et de cris. Des têtes crispées de monstres apparaissaient. Ils se battaient presque jusqu'à la mort pour une bourse d'or de la Comtesse.

 

Et vinrent des danseurs et des danseuses complètement nus et légèrement ambrés qui nous montrèrent des mouvements effrénés et érotiques. L'oeil de la Comtesse, comme celui d'un félin, aux aguets semblait avoir repéré, parmi tout ces corps, un corps mâle d'un particulier intérêt pour elle; plus musclé, plus fruste peut-être que les autres. Il lui faisait présager plus de jouissances dans le rut qu'un autre : une sorte de plaisir rude et animal qui seul pouvait la satisfaire.

 

D'un geste de son ongle recourbé, en un élan qu'elle ne savait contenir, elle désigna l'homme au maître de cérémonie qui opina du chef. Le ballet s’arrêta, le regard un peu perdu du jeune homme se dirigea vers Sardonica. Il avait compris. La troupe sorti brusquement par un côté de la scène, comme frappée de stupeur.

 

Sardonica se leva et l'air excité disparut.

 

J'étais ivre de jalousie et prêt à tuer si il le fallait.

 

Le Général de la Cavalerie me contemplait d'un air triste, gravement.

 

Il voulait sans doute, je pense m'inciter à la prudence.

 

Il éprouvait aussi une serte de commisération compréhensive pour ma jeunesse, comme si notre conversation précédente l'avait rendu plus proche de moi.

 

Je sortie sur le balcon pendant qu'une troupe de troubadours ambulante vinrent chanter des couplets qui racontaient les amours d'un pauvre baladin et d'une princesse des temps lointains.

 

Je n’avais  point le coeur à l’entendre.

 

Et je restais dans la tiède nuit d'été à attendre.

 

Le beau danseur fut accompagné par deux archers noirs dans l'aile du Palais où se trouvaient les appartements de Sardonica.

 

 

(A suivre)

 

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Sardonica (13.2)

 

 

…/…

Enfin arrivèrent les ambassadeurs étrangers, certains venus de très loin, avec toutes sortes de costumes qui surprenaient par leurs étrangetés. Tous souhaitaient prospérité à la Comtesse et saluaient le jour béni de sa naissance. Et ils lui remettaient un splendide cadeau : de l'Or, des pierreries. L'un vint même lui apporter un magnifique cheval qui caracolait dans la salle, surpris de se retrouver au milieu de ces gens bizarres et de ces lumières.

 

" Je te le donnerai » me dit Sardonica en me regardant avec un regard langoureux. " Je sais que tu aimes le blanc. Moi le préfère de beaucoup le noir; il convient mieux à mon teint ajouta-t-elle avec une certaine ironie.

 

Le maître des cérémonies, de pourpre éblouissante vêtu, de pied en cap, frappa un gong immense de cuivre luisant qui retentit puis résonna longuement en décroissant, annonciateur de mystères…

 

Et le spectacle commença. D'abord un orchestre s'avança , suivi de danseurs et de danseuses en costumes du Pays qui mimèrent allègrement des scènes paysannes relatant les différentes saisons des récoltes ou de la vie.

 

Pendant ce temps, alors que nous étions assis sur des divans recouverts de magnifiques étoffes, on commença à nous apporter de la nourriture sur des tables basses : pièces rares et délicates, viandes di venaisons relevées d'herbes subtiles et sauvages, dont on avait seulement choisis les meilleurs morceaux.

 

Des jeunes filles, toutes jolies et habillées pareillement d'un tablier noir et d'une robe blanche vinrent nous servir leu vins les plus renommés.

 

Parmi elles, essayant le plus possible de passer inaperçue, Sonia. Parfois elle me frôlait. Je sentis même son souffle sur ma peau et le rayonnement de sa chair. Nos regards se croisaient, mais mous faisions semblant de ne point nous connaître. Troublante et difficile chose en vérité ! On voyait combien elle était malheureuse de ne point pouvoir me parler ni me toucher. Tandis que moi je m'inquiétai de savoir si le fin regard de Sardonica, perçant au-delà de toute imagination les voiles de la conscience humaine, ne pouvait cet instant découvrir notre secret manège.

 

J'en tremblais surtout pour Sonia. Je tenais de plus en plus à elle, fleur délicate et fragile du jardin de ma vie, poussée soudain au milieu des mauvaises herbes, sans que l'on sut pourquoi. Sans notre rencontre mon coeur serait resté une pierre desséchée que rien n"eût jamais touché.

 

Des jongleurs jaillirent d'un côté de la vaste scène comme une trombe colorée. Ils maniaient les sabres avec une telle dextérité qu'il eût suffi qu'il y eut un écart d’une fraction de seconde dans l'exécution de tel mouvement pour qu'i1 puissent gravement blessés, voir même tués.

 

Sardonica distraite en ce qui concernait les danses, suivait ici avec un intérêt extasié ; le même intérêt d'ailleurs qu'elle éprouvait pour tout ce qui pouvait promettre larmes, deuils et sang, causes de jouissance pour elle. Parfois même elle approuvait par de doux glapissements les morceaux particulièrement risqués des artistes.

 

Puis un moment extraordinaire que ma mémoire garde à jamais enfoui, comme un trésor enchâssé.

 

Au son d'une musique singulière à nos oreilles, venue d'un 1ointain pays, arriva noblement accroupie sur un carré d'étoffe rouge, placé sur le dos d'un éléphant, une fille splendide de grâce et de beauté. Elle était complètement nue, recouverte seulement d'un voile de gaze qui la nimbait plus qu'il ne la dissimulait.

 

 

Quel joyau unique irradiant sa lumière !

 

(A suivre)

 

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Sardonica (13.1)

 

Puis ma vie continua avec ses activités païennes, les jours ressemblant aux jours chasses, jeux de cartes, cabarets et la poursuite de mes amours heureux quoique fragiles avec Sonia. Bien sûr je continuais de remplir le rôle de secrétaire de Sardonica.

 

Je pouvais croire que comparativement à ma vie de moine d’autrefois j'étais un homme heureux.

 

C'est curieux, mais sur la mer assez  floue de ma mémoire, après tout de temps, des événements saillants surgissent cependant. Ils saut comme des vaisseaux aux: voiles d'or, poussés par des alizés parfumés, apparaissant à l'horizon pour se rapprocher peu à peu.

 

Par exemple je revois la fête que Sardonica fit donner pour l'anniversaire de sa naissance. Jamais je ne vis ni n'entendis parler de pareille fête, excepté peut-être dans les contes les plus fantastiques.

 

Deux messagers de la Comtesse, s'annonçant à sons de trompettes, vinrent spécialement pour m'inviter. Ils étaient porteurs d'un parchemin munis de rubans et du sceau sur lequel figurait la fameuse panthère stylisée qui ricanait férocement. Le texte précisait la date de l'anniversaire mais, est-il besoin de l'écrire, ni la date de naissance, ni l'âge de Sardonica.

 

Le soir venu, je revêtis mes plus beaux habits, superbement ajustés, faits du drap de la meilleure qualité qu'il fut possible d'imaginer. Je me faisais confectionner mes costumes par le Premier tailleur du Comté. Il éprouvait pour moi une sorte d'affection, pensant que mon jeune corps était le plus beau modèle sur lequel  son Art de dentelles et d'étoffes pouvait s'épanouir. Il se réjouissait aussi à l'idée que ma personne circulant dans le Palais était la vivante incarnation de son talent.

 

Et je me rendis aux réjouissances.

 

Que l'on excuse d'un vieux moine la fatuité alors que sue peau n'est plus que la peau d'une vieille bote qui sent l'approche de la mort, et qui se revoit tel qu'il était alors,, splendide et fringuant, le sang pulsant à jets puissants sous la peau, et désirant mordre la vie à pleines dents. A pleines dents. Je n'ai plus aujourd'hui de dents et ne saurais plus mordre ni dans viande, ni dans fruits, ni dans chairs exquises de femme.

 

Je m’imagine encore montant, troublé et fier les marches du grand escalier. Des gardes disséminés partout croisaient les lames à mon passage comme à celui d'un haut dignitaire, que j'étais d'ailleurs réellement.

 

Et à l'extrémité de la longue salle de marbre que je devais traverser de bout en bout:

 

SARDONICA !

 

Sardonica la magnifique sise sur un siège d'Or décoré de panthères, comme son blason, avec à ses pieds huit magnifiques panthères s'étirant langoureusement, en faisant luire leurs crocs saillants. Elles vinrent me faire fête.

 

Sardonica rayonnait superbement enveloppée dans sa robe chatoyante et sauvage. Cette robe découvrait ses bras nus et ses cuisses admirables qui comportaient par derrière des muscles saillants et tentateurs.

Ses pieds effilés étaient chaussés de fins escarpins revêtus d'une feuille d'or. Son regard comme sorti d'un pierre précieuse verdâtre ou d'une eau profonde pénétrait jusqu'à vous par touches successives. D'une simple indication de ce regard et d'un léger geste du menton elle m'indiquait que je devais m'assoir à ses côtés, à ses pieds plutôt, sur un fin pouf posé là sans doute à dessein. Et le tombai plutôt que je ne m'assis, le nez et la bouche presque sur ses jambes, ce dont elle devais se douter. Je pouvais en respirer le parfum sourdrant de la peau.

 

De temps à autre elle jetait vers moi un coup d'oeil ardent et amical qui me ravissait d'aise. Que n'aurais-je fait pour ses yeux impérieux qui me laissaient sans aucune force de résistance ?

 

Un à un vinrent la saluer et en même temps me saluer leu dirigeants du régime. Le maréchal des armées dans son indescriptible uniforme chamarré, pleine de plumes et de dentelles; le Président de la Justice, en réalité simple intermédiaire entre la Comtesse et le Bourreau. Le Chef de la Garde Personnelle qui s'assit à peu de distance, s’assurant  immédiatement que tous ses hommes étaient en place. Le Chef de la Police avec l'air sournois et soupçonneux, surveillant tout le monde dans le royaume, et à ce qu'il parait fort doué pour extraire grâce à des tortures nombreuses et variées une foule de renseignements d'un accusé par nature pou communicatif.

 

On racontait des choses horribles sur certaines salles basses situées dans les locaux de la police, avec accrochés aux murs leurs outils barbares qui servaient à griffer,à arracher, à stranguler...

 

Puis vinrent plusieurs chefs aux armées avec leurs différentes tenues et insignes suivant les corps plus ou moins renommés auxquels ils appartenaient. Le rituel était immuable: ils s'agenouillaient profondément;: Sardonica inclinait sa tête splendide faisant luire sa chevelure dorée, avec parfois un petit sourire plus on moins appuyé selon que l'intéressé était plus ou moins bien en cour.

 

Ces degrés divers de considération étaient aussitôt commentés par les spectateurs et appréciés par ceux qui les recevaient avec une très grande précision..

 

 

 

…/…

 

 

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Ceux qui voyaient ceci pour la première fois ne purent retenir un murmure  d’étonnement.

 

Dans des cases alignées, des créatures composites, mi-hommes mi-oiseaux, affreuses â voir, à l'air misérable et malheureux se trouvaient. Elles n'étaient pas toutes semblables. En effet on se rendait compte que différentes tentatives d'adjonction. Sur leurs humaines structures avaient été effectuées, soit en ce qui concernait les ailes, soit en ce qui concernait le bec ou les pattes. Il y avait tout un échantillonnage d'hybrides plus ou moins hommes au plus ou moins oiseaux.

 

Le chef des savants nous mena vers ce qu'il considérait comme l'exemplaire le plus réussi de la race des hommes oiseaux. Une étiquette au pied de la cage, comme pour les autres donnait en latin son nouveau nom à ce nouveau spécimen du règne volatile :

Avis Homo.

 

Il était de la taille d'un homme ordinaire et il avait à la place du nez un long bec crochu comme celui des grands rapaces qu'il ouvrait de temps à autre. Ses membres postérieurs étaient de grosses pattes d'oiseaux et ses membres antérieurs des ailes. De tout cela se dégageait un air de misère et de souffrance;nées de la douleur causée par la transformation que les chirurgiens lui avaient fait subir, mais aussi de se savoir et de se voir ainsi.

 

« Quel est le but de ses recherches ? »  demandais-je au chef des savants qui avait repris sa cour auprès de moi, le plus froide­ment possible .

 

« Quel est le but ? » sourit-il. Mais la guerre, évidemment !  Imaginez un seul instant que nous puissions expédier par derrière les lignes ennemies ces hommes-rapaces. Quelle terreur ne répandrions nous pas, et quels dégâts n'assurerions-nous pas ! Aucune parade ne serait possible alors à nos ennemis que nous défairerions à tous coups t Mais hélas nos essais ne sont pas encore concluants... Nos hommes oiseaux ne volent toujours pas. Il y a dans la nature quelque chose de mystérieux au sujet du vol que nous n'arrivons pas à saisir. Mais nous finirons bien par réussir !

 

« Vos recherches sont en effet fort intéressantes » nota Sardonica qui avait entendu notre dialogue. « Poursuivez les et je vais faire donner des ordres pour que vous ayez le matériel humain_ nécessaire !

 

«  - Merci, Madame la Comtesse » susurra le savant spécialisé en hommes-oiseaux, en faisant une révérence aussi servile que ridicule. La grande fréquentation des oiseaux l'avait rendu un peu oiseau lui-même.

 

Nous vîmes d'autres tentatives d'expérimentation sur l'homme sur lesquelles je ne m'étendrai pas, tant elles m'écoeuraient. Cependant je dois confesser que petit à petit mon esprit changeait à ce sujet. Plus même il m'arrivait d'être émerveillé de toute ces folies sauvages.

 

Néanmoins je vous préciserai que l'une d'elles consistait à agir sur le cerveau de l'être humain où ces savants dévoyés pensaient qu'était le siège de l'intelligence et de l'esprit.

 

Aussi, ouvrant le crâne, ils extrayaient l'une ou l'autre partis de la cervelle pour parvenir à circonvenir l'emplacement de chaque pensée et de chaque sensation.

 

« Le but ? » me dit Primus, sachant que ma question de tout à l'heure me hantait toujours. « Il est simple !! Réussir à produire une race de guerriers qui exécutent les ordres qu'on leur donne sans chercher à en connaître les raisons, et qui sont prêts à se faire tuer si il le faut. Les guerriers idéaux, quoi 1

 

On garda la plus incroyable découverte pour la fin. « Le morceau de roi » commenta Primus, soufflant toujours son haleine puante dans mes narines avec insistance.

 

Nous parvînmes dans les salles vaste  comme des cathédrales du fameux minerai «rayonnant ».

 

Fantastique vision dans cet antre de l'enfer, au milieu d'une chaleur et d'une poussière terribles.

 

Des foules d'esclaves amenaient de grandes quantités d’un minerai qui paraissait du plus anodin aspect. Ensuite des machines qu'ils actionnaient inlassablement, enfermés â l'intérieur de roues comme des écureuils, le trituraient, le broyaient.

 

Des gardes-chiourmes casqués, sévères et hiératique, observaient un fouet à la main. D'autres esclaves veillaient à de gigantesques chaudrons où bouillissaient comme des eaux de sorcellerie.

 

Je voulus palper la boue noirâtre issue de ce traitement.

 

« Ne touches pas à cela ! » me cria Sardonica, tandis que le chef des savants me retirait déjà le bras. « Ce minerai émet d'étranges rayons invisibles qui brûlent. C'est pourquoi nous l'appelons " minerai rayonnant ". D'ailleurs regarde ces enclaves qui travaillent ici. »

 

Certains à la place des bras n'avaient que des moignons auxquels on adaptait des pièces métalliques pour qu'ils puisent continuer à produire jusquà ce qu'il n'y ait réellement plus rien à tirer d'eux.

 

Le chef des savants expliqua que dans cette boue, à. nos pieds, que l'on ne savait pas suffisamment purifier se trouvait une redoutable et mystérieuse puissance. Il ajouta que celui qui saurait capter cette force prodigieuse aurait de quoi faire fonctionner des machines extrêmement puissantes et pourrait même faire sauter la terre si il le désirait.

 

Les auditeurs, excepté les initiés, restèrent médusés par cette révélation qui dut leur apparaître folle dans son audace incroyable. « 

 

Faire sauter notre terre ? » Impensable.

 

Nous ne la connaissons pas toute encore !

 

Mais à moi qui savait le diabolisme de la Comtesse-panthère, cela me parut presque plausible.

 

Et aujourd'hui, vieux moine rabougri assis à ma table, je suis obligé d'ajouter foi à ce que disait alors le chef des savants. Il eut été possible à la Comtesse de faire sauter notre terre et elle eut été capable de le faire pour son plaisir et pour ses désirs sataniques...

 

Nous remontâmes à la surface au moyen d'une sorte de cage actionnée dans un puit vertical par un système de cordes, à très grande vitesse.

 

Lorsque je débouchai à l'air libre, après avoir passé le grand hall de réception et à nouveau franchi la lourde porte ornée de têtes de panthères, donnant sur une rue banale, je me demandai si le n'avais point rêvé et si cette maison des savants recelait autant de secrète et si il existait une véritable ville souterraine sous cette demeure avec autant de détestables prodiges.

 

( A suivre )

 

 

 

 

Sardonica ou la femme panthére ( K 12)

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Sardonica frappa à la petite porte adossée à la paroi en se servant d'un lourd marteau représentant une tête de panthère. Un trou noir s'ouvrit dans l'oeil de l'animal et quelqu'un regarda au travers. " Qni va là ? " cria une voix.

 

- « Ta maîtresse, la Comtesse Sardonica " répliqua le chef des gardes.

 

Et la porte s'ouvrit lourdement comme si on allait entrer dans la gueule des enfers. Aussitôt une bouffée d'âcres puanteurs vous envahissait la gorge. Ça et là, réverbérées par des métaux luisants et des verres bizarres, d'étranges lueurs sourdraient. Une crainte étrange vous gagnait, la crainte des choses dont on prescient l'existence mais que l'on ne désire pas connaître.

 

Une secrète jubilation semblait animer le visage de la Comtesse qui me parut soudain les traits découpés par la lueur d'un fanal. Et la lumière fit jouer les éclats de ses yeux comme ceux d'une pierre translucide.

 

Elle posa sa main sur la mienne et m'enfonça légèrement ses ongles dans ma chair, elle me chuchota à l’oreille, tandis que je sentais son souffle sur moi : « Tu as peur, hein,? »

 

En effet j'étais glacé et je me mis à frissonner. C'est presque la pression de sa main et le poids de son corps qui m'obligèrent à entrer. Seul, je crois que j'aurais fui.

 

Les savants, leur chef à leur tête, vêtus de noir et la tête couverte d'un curieux petit chapeau noir se précipitèrent à notre rencontre, empressés et vils.

 

Ils firent mille courbettes à Sardonica. Ils baisèrent même le rebord de sa jupe.

 

Elle leur répondit aimablement, mais avec une certaine hauteur cependant. Elle leur déclara qu'elle attachait un grand poids à leur aide pour le triomphe de sa cause et l'extension de son Empire.

 

Le chef des savants, qui se nommait « Primus », m'avait pris affectueusement le bras. Il me parlait à l'oreille en me soufflant son haleine fétide dans le nez. I1 m'expliquait les beautés de la Science et les jouissances que l'on tire de ses découvertes. Il louait que Sardonica eut consacré des sommes importantes dans le passé pour leurs travaux. Il ajouta qu'elle avait été payée au centuple, sans me préciser pourquoi. A son air entendu, je devinai qu'il y avait là quelque mystère.

 

Nous suivions des dédales de salles, remplies d'instruments bizarres, et de feux qui rougeoyaient. Il semblait exister une hiérarchie dans les personnes que nous rencontrions. D'abord les savants, avec leurs chapeaux pointus et leur air sournois, ensuite leurs aides à la tenue plus commune de gros drap gris, et enfin à demi couverts de haillons, surveillée du coin de l'oeil, ce qui semblait être des esclaves. Ils traînaient un lourd boulet attaché à une chaîne qui enserrait leur cheville. Ils avaient l'air résigné et misérable tout à la fois.

 

" Qui sont-ils, Comtesse ? " demandais-je.

- « Ce sont des captifs que nous ramenons de nos expéditions en terres lointaines et que nous réduisons en esclavage. » me répondit-elle d'un ton banal. « Nous en avons ici plusieurs centaines ; ils servent à tous les travaux. D'autres sont utilisés dans les mines de sel et du " minerai rayonnant ».

 

Toutes sortes d'animaux servaient aux expériences. D'immondes rats aux yeux brillants. «  Ils sont extrêmement intelligents » me fit remarquer mon guide, «  et douer d’une énorme faculté d’adaptation. Ils survivront  à l’homme et deviendront les maîtres de la planète » ajouta-t-il sérieusement. Oiseaux de toutes couleurs et de toutes formes ; ours lourdauds. Et singes d'une espèce particulière.

 

- « C'est l'animal le plus proche de l'homme, c'est pourquoi nous l'utilisons beaucoup. Ce qui s'applique à lui s'applique à nous la plupart du temps. »

 

Effectivement j'observai sur des rochers grisâtres une famille de gros singes. Dans la façon dont le père tenait son enfant je reconnus une attitude profondément humaine. C'était saisissant !

 

" Nous n'avons encore pas vu le plus étrange et le plus secret " mie dit Sardonica.

 

Nous descendîmes par un escalier dans les profondeurs. J'appris alors que sous la Cité des Savants existait une véritable ville souterraine avec des kilomètres de galeries qui lui servaient de rues. Dans ces rues circulaient des chariots poussés par des hordes d'esclaves surveillés par des gardes aux aguets. Nous empruntâmes l'un de ces véhicules.

 

" Nous visiterons la caverne de l'Or d'abord " me susurra le chef des savants, comme si il avait été une jeune fille et moi son promis.

 

Le tunnel déboucha sur une très vaste grotte où l'on conduisait par des galeries des charrettes chargées d'un métal très lourd.

« - Qu'apportent-ils ? »  Demandais-je.

 - « Du plomb ! » me répliqua tout heureux Primus

 – « Du plomb ? Pourquoi, Ici Dieu ? »

- « Oh cette impatience et cette pétulance de la jeunesse ! » constata Sardonica en riant, et se tournant vers nous : « tu as le temps d'apprendre, tu me saurais tout engranger à la fois! » ajouta-t-elle.

 

« Je vais vous expliquer » poursuivit Primus.

« Enfin vous allez comprendre vous-même. »

 

Et il me conduisit au pied d'une gigantesque machine. A l'extrémité de celle-ci an introduisait des plaques de plomb. Elles étaient aussitôt happées par une effrayante succion. Les dents invisibles du monstre les broyaient. Puis cet aliment passait au travers d'un dédale compliqué de tuyaux, traversait des feux violents, débouchait dans de vastes cuvettes, se mélangeait intimement à des terres de diverses couleurs. I1 était maintenant en fusion et continuait son interminable chemin le long duquel il était soumis à toutes sortes d'actions avant d'aboutir à une énorme bulle transparente. Il y bouillonnait avec des tourbillons infernaux. De cette bulle surgissait un serpent ondulé, trempant dans une eau qui courait, de la gueule duquel coulait un mince filet de métal continu de métal en fusion dans un récipient.

 

SARDONICA ou la femme panthère (k 11 - 1 )

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Je rencontrais Sonia aussi souvent que je le pouvais; ce qui n'était pas très aisé. Car pour ce faire, il fallait, m’échapper à mes nombreuses tâches auprès de Sardonica. De plus celle-ci semblait faire preuve à mon égard d'une sorte de jalousie captatrice et dévorante. Et elle semblait multiplier les prétextes pour me garder auprès d'elle.

 

Sonia m’avait ait fait découvrir son repaire secret, sorte de petite grotte dont l'entrée était complètement dissimilée par un épais rideau d'arbrisseaux. Ceux-ci filtraient au plus chaud de l'été les rayons du soleil.

 

J'étais le premier être qu'elle avait amené en cet endroit où elle venait méditer sur sa condition. " Car " me dit-elle " jusqu'au jour où je te connus, je n'aimais tant que d'être seule. Au fond je n’éprouvais de confiance pour personne. "

 

Il fallut le croisement de nos chemins imprévu et attendu tout à la fois pour qu'elle changea sur ce point, et qu'elle crut que la vie n'était pas entièrement mauvaise. Moi aussi je me mettais à  apprécier l'espèce humaine et l'existence.

 

Nous nous tenions la main de longs moments, nous regardant amoureusement sans nous lasser. Je revois encore, comme si c'était hier, le fin ovale de son visage, sa peau sans en oublier le moindre détail, et le délié de ses mains et les quelques défauts qu'elle put avoir. Ici un grain de beauté, là une rayure de la peau, là encore une petite cicatrice qui lui restait d'une blessure de l’enfance. Je la contemple encore telle qu'elle était naguère dans sa jeunesse aimable et sérieuse tout à la fois.

 

Car Sonia, quoiqu'elle souriait fréquemment était plutôt grave. Je ne l'entendis rire que deux ou trois fois au cours du temps que nous passâmes ensemble. Même alors son beau rire clair était un peu retenu. Car elle n'aimait point trop se laisser aller à un certain relâchement. L'expérience de sa jeune mais déjà éprouvée vie lui avait appris que l'existence était chose sérieuse et qu'elle faisait chèrement payer les rares bons moments qu'elle nous donnait.

 

J'appris tout d'elle et du poids des choses. Elle était comme une sorte d'instrument qui rayonnait une délicate musique qui m'enchantait. Même ses silences pour moi étaient remplis d'harmonie et de signification.

 

Parfois, sans trop y croire, nous disions que nous fuirions ensemble et irions vivre dans un petit village rempli de clarté et de beauté simple, et que nous ne nous quitterions plus jusqu'à la mort. Bien sûr cela mous semblait bien difficile. Mais qu'importe, ces instants où nous évoquions notre vie ultérieure étaient doux et bons à nos cœurs !

 

Nous passions des heures ainsi, soit à écouter la voix intérieure de l'autre par une mystérieuse troisième oreille, sans rien dire, soit à parler.

 

Le chant et le frémissement des oiseaux qui devaient ignorer notre présence étaient les seuls bruits extérieurs à notre univers personnel.

 

Un matin je fus invité à visiter la maison des Savants. J’étais initié progressivement aux  secrets du service du Malin, qu'au fur et à mesure que j'avançais dans la confiance de la Comtesse. Je m'étais- muni de gros registres noir où j'aurais à consigner tout ce que le verrais.

 

La Maison des Savants était peut-être la partie la plus secrète du Château-Cité. Il fallait être porteur d'un insigne spécial et être accompagné du chef de la garde particulière pour pouvoir y pénétrer.

 

Sardonica était magnifiquement sanglée dans un uniforme de peau de panthère qui soulignait ses formes souples et fermes tout à la fois. Elle s'avançait à pas balancé, une chaîne d'or et de pierreries scintillante autour du cou.

 

Ne me lasserais-je jamais de la voir et son apparition me surprendrait-elle toujours autant ?

 

Elle posa sa main à griffes sur mon épaule, m'écorchant légèrement au passage. Je frissonnai à ce contact. Elle plongea son regard fascinant dans le mien.

 

« Tu es entré maintenant dans le petit groupe des officiers du Grand Prince Noir, ceux qui connaissent ses desseins et participent à son Grand Oeuvre. Si tu continue dans la voie qui t'est ouverte tu deviendra immensément riche et tu domineras le Monde à mes côtés. Cela ne te serait-il pas agréable d'être toujours auprès de moi pour me servir et pour m'adorer ?

 

Elle me jeta un regard de chatte d'une perversité à me faire fondre sur place. Puis elle me caressa le visage en me faisant un peu mal. " Je saurai te récompenser aussi d'une autre manière, et tu verras que ce n'est pas mince !  "

 

Faire acte d'amour avec la Comtesse Sardonica était bien la chose que je désirais le plus au monde. Mais c'était bien aussi la chose que je craignais le plus, car la Comtesse m'effrayait en un certain sens. De plus jamais je n'avais fait acte d'amour jusqu'à ce jour, même pas avec Sonia lorsque doucement elle me laissait dénouer son corsage, voir et toucher ses seins ronds tandis qu'elle rougissait doucement, sans rien dire, sous les arbres.

 

Nous restions de longs instants silencieux et songeurs, mais je n'osais lui poser la question qui brûlait mes lèvres. Nous attendions, un peu tendus, sachant bien qu'un jour cela arriverait tout naturellement sans que l'on puisse rien. .y faire, et nous ne pensions pas que ce serait mal.

 

(A suivre)

 

SARDONICA ou la femme panthère (k 10)

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Quelques jours après cette scène, je me rendis au casernement où s'entraînaient les nouvelles recrues. En dehors, bien sur, des officiers instructeurs, un très petit nombre seulement de personnes étaient autorisées à y pénétrer. Un mur immense dont la population ne devait pas s'approcher encerclait l'ensemble des installations Il était surmonté de fers acérés et tranchants de formes biscornues.

 

Nous pénétrâmes du l'intérieur du camp. Une vaste cour payée de dures pierres noires, était entourée par des bâtiments austères comme des constructions religieuses. Au centre de cette cour, sur un énorme piédestal, une gigantesque panthère en métal extrêmement brillant attirait irrésistiblement l'oeil.

 

A mon immense surprise je ne pus qu'admettre que cet animal était tout entier en Or. Et il brillait de mille feux â la clarté du soleil. Les yeux, eux, étaient constitués  de deux diamants, plus gros que jamais homme n'en vit, réverbérant en un éclat terrible de leurs facettes la lumière du jour. Cette vision vous terrorisait sur place.

 

Le chef de l'école, entouré par, ses sbires comme par un cercle d'insectes malveillants, s'avança au devant de nous. Ils étaient tout de noir vêtus, la mine austère et les traits de leurs visages sans expression étaient d'une froideur de glacée. S'agissait-il encore d'êtres humains ou de machines impeccables qui allaient implacablement vers ce pourquoi elles étaient construites ?

 

Au commandement des officiers, on fit entrer les recrues par quatre portes aux quatre coins de la cour. Ils se déversèrent comme quatre flots de lave noire irrésistiblement pour se mettre en croix autour de la statue d'Or.

 

Sardonica et notre groupe s'avancèrent au milieu de l'allée centrale. Nous nous trouvâmes bientôt au pied de la panthère. Je me pus encore une fois m'empêcher de noter la ressemblance frappante entre la gracieuse puissance de cet animal et celle de la Comtesse infernale et la même férocité dans le regard.

 

" Viva Sardonica !" crièrent les soldats en se prosternant devant elle. Son visage reflétait une intense satisfaction de constater la puissance qu'elle exerçait sur les hommes. " Nos vies lui appartiennent 1 Elle seule sait ce qui est bien ! « Viva Sardonica ! »

 

On sentait venir jusqu'à nous le rayonnement troublant de ces jeunes mâles, mélange d'ardeur virile et de sensualité. Sur un geste impérieux de la Comtesse, ils se relevèrent. Le sourire de Sardonica ne m'avait jamais apparu si sauvage, si énigmatique, à quoi songeait-elle ? Quel Destin préparait-elle à ces jeunes âmes ? Elle seule le savait, et disposait d'eux à leur insu.

 

Nous allâmes nous installer dans une sorte de tribune apportée à la hâte pour la parade. On avait amené aux officiers leurs chevaux. Ils se mirent chacun à la tête d'une escouade d'hommes regroupés derrière la bannière noire qu'ils brandissaient. Et aux sons des tambours et des trompettes commença le sinistre ballet. Ces ballerines de la mort se croisaient, s'enlaçaient avec une coordination remarquable, comme si elles n'étaient que des anneaux d'un même serpent géant.

 

Elles se déployaient comme si elles éclataient, puis se regroupaient et venaient former des sortes de roses noires qui se mettaient à tourner sur elles-mêmes comme prises de folie. Puis deux par deux, comme des couples d'horribles ménages, elles se grimaçaient l'une en face de l'autre et entrecroisaient leurs armes avec Férocité. Puis elles se remettaient avec les autres pour danser à nouveau au son d'une terrible musique qui vous remplissait du désir d'en découdre, même malgré vous, en vous distillant une sorte de poison subtil dans le sang.

 

Puis un coup de cymbales arrêta les danses guerrières et chacun reprit sa place en bon ordre.

 

Ensuite nous visitâmes les locaux de l'école. Tout était fait en vue du culte de Sardonica. Partout des écussons et des armes représentant la panthère stylisée ouvrant sa gueule béante et étirant ses griffes. Partout aussi des devises rappelaient aux soldats leur devoir et exaltaient l'esprit de sacrifice.

 

Après quoi, on nous conduisit au-delà des bâtiments.

 

Des stades, vastes comme ceux de l'Antiquité étaient destinés à perfectionner les coups, à la course et aux différents sauts et lancers.

 

 

Plus loin on pouvait voir la reproduction assez réaliste d'un vrai champ de bataille parsemé d'obstacles divers : murs, fossés, rivières...Ça et là sur ce terrain, des figurines disséminées représentaient les différents types d'adversaires avec clairement indiqués les points où il fallait les frapper pour être sur de tuer à tous coups.

 

Nous assistâmes à différents exercices simulés de guerre. D'abord un seul combattant chevauchant un destrier lancé au galop essayait de viser au bon endroit la cible qui alors se mettait à tourner sur e11e-méme, comme si elle était devenue folle. Puis deux par deux, différemment armée, un peu comme les gladiateurs dont nous parlent les conteurs latins, des hommes se défièrent. Enfin il y eut de petits groupes opposés les uns aux autres.

 

« De jeunes loups, de jeunes loups » me murmura Sardonica, l'oeil intéressé. C'était bien en effet de jeunes loups qui combattaient avec acharnement et pugnacité. On dut les arrêter avant qu'ils ne s'entretuent pour de bon, tant ils s'étaient pris au jeu.

 

« C'est un peu dommâge ! » ajouta Sardonica, « mais nous en aurons bien besoin d'ici peu... ».

 

(A suivre)

 

 

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Le lendemain matin, alors que j'étais encore tout abasourdi par les révélations de Sonia, Sardonica m'apparut dans une particulière exaltation. Elle me frôla les cheveux et les épaules doucement avec ses mains tout en me regardant d'un air érotique.

 

« Tu me plais !: » " dit-elle tandis due le rougissais crûment comme une jeune fille.

 

« Un teint clair, des cheveux comme de la soie, des dents fines, un corps souple et délié. Il faudra qu'un soir nous ayons quelques explications... » J'étais stupéfait. Quoi pareille personne s'intéresse à moi et me parle si directement ! J'avais oublié que c'était Satan, ange de la perversion qui s'adressait moi. C'était vrai que toutes les préventions que je pouvais avoir contre elle disparaissaient en sa présence.

 

« Car je t'apprendrai à dire une autre messe que celle que les pères du séminaire t'ont enseignée, qui vaut matines et vêpres et qui fait chanter une autre chanson » ajouta-t-elle.

 

 

J'étais très ému et embarrassé. Je ne pus que lui répondre en bredouillant, que nous avions une lourde tache, par exemple que les émissaires avaient apporté un abondant courrier qu'il fallait dépouiller et auquel il fallait répondre de toute urgence.

 

A ma profonde surprise, son expression changea tout aussitôt, comme si quelque force interne s'emparait d'elle. « Oui nous ne devons pas oublier ce que nous avons à faire sur cette terre et quel est notre destin. Nous devons nous employer à déjouer Les plans de nos adversaires ; les ennemis du Grand Prince des Ténèbres, et les défaire. Tu fais bien moine de me rappeler à mon rôle alors que je me comporte comme une sotte femelle en chaleur dont le désir frénétique d'amour obscurcit le jugement. »

 

 

Et parcourant la pièce de long en large, martelant le sol, tantôt elle écoutait la lecture des pièces que je faisais, tantôt elle me dictait avec un débit haché ses réponses et ses ordres.

 

Ma plume courait sur le parchemin avec facilité comme si ma main, n'était que sa main auquel son esprit imposait le mouvement. Et le pouvais ainsi écrire des heures sans aucune fatigue et sans la moindre erreur. Plus même il m'arrivait parfois d'avoir comme une transmission de sa pensée et d'écrire directement des mots qu'elle ne prononçait pas. Jamais je ne la vis, si par accident elle relisait la lettre, modifier de quelque façons que ce fut cette partie du texte.

 

Par instants j'avais l'impression qu'elle prenait possession de mon esprit à mon insu et que je ne devenais que son bras et que bientôt je ne pourrais échapper à son emprise totale. Elle serait en moi et je serais elle. Prêt à tout. Je serais devenu la bête immonde, la créature de Satan, le Prince Infernal.

 

 

L'esprit froid et méthodique de Sardonica avait complètement repris le dessus sur sa sauvage animalité et c'est avec un style glacé et une analyse impeccable de logique et de cynisme qu'elle rédigea pour le Prince d'Orféo une lettre l'invitant à lui, restituer les terres de la Baronnie de Stabilian.

 

Des chartristes besogneux, se basant sur de vieux grimoires Précieusement conservée, avaient tenté de prouver par des chemins obscurs et tortueux que cet héritage était sien.

 

Certes elle eut pu dire : « Je veux prendre... » plutôt que de se lancer dans cette argumentation foireuse. Mais elle tenait à donner cependant cette apparence de légalité pour permettre aux seigneurs voisins du Prinde d'Orféo de rester passifs en feignant de croire qu'elle était dans son bon droit. Le Droit n'est souvent que l'apparence de la justice.

 

« - Et si le Prince ne vous donnait pas la terre ? » 

« - Eh bien, il aurait la guerre. Une guerre totale et sans quartiers, petit clerc ! Une guerre dont il ne se relèvera pas et qui ne laissera que cendres et cadavres. Je le jure, foi de Sardonica »

 

Et elle cracha vilainement au sol en tapant du pied.

 

Elle était vraiment horrible à voir. Sa réalité intérieure ressortait alors sur ses traits qui se crispaient et devenaient hideux comme les gargouilles des cathédrales. On voyait qu'il s'agissait d'une très vieille créature pleine d'une expérience mauvaise, sans la moindre once de sensibilité humaine.

 

«  Il faut cependant faire traîner les choses en longueur, car nous ne sommes pas entièrement prête. Nous devons accélérer le recrutement et l'entraînement de nos jeunes soldats, forcer l'allure de nos ateliers qui travaillent le fer et le cuir. Nous allons faire savoir au Prince que quoique nous soyons dans notre bon droit nous nous rangeons à certaines de ses vues et que nous désirons lui faire d'ici quelque temps une aimable visite de courtoisie pour son anniversaire et discuter avec lui de ces choses. Il préparera ses orchestres et ses bals. Nous amènerons les nôtres et nous verrons bien qui possède les meilleurs danseurs ! .... »

 

Ecrit, clerc, écrit ! Nous serions très honorés  si vous vouliez bien consentir à ce que ... Je le vois baver de désir d'ici.... »

 

Je ne pouvais m'empêcher d'admirer, Dieu me pardonne, ce génie au service d'une abominable cause. De plus en plus je sentais qu'i1 viendrait le temps où il ne serait plus possible de changer de voie. Je le savais et je l'acceptais. Tout plutôt que de quitter cet être délicieux et abominable auprès duquel je goûtais des délectations morbides -!

 

J'avais tant envie de fondre à elle, de me frotter à sa peau aux senteurs sauvages et excitantes tout à la fois, pour éprouver l'amour absolu et diabolique, ainsi que l'on pressentit les alchimistes, les poètes et les fous.

 

 

 

(A suivre)

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…./…

 

Tandis que le jour régulièrement progressait sur la terre, chassant les terreurs et les mystères de la nuit nous marchâmes, moi lui tenant la main, le long des hauts remparts, heureux mais graves.

 

Nous parlâmes de nous, de notre rencontre en ce lieu,

 

Je lui dit tout de mes rapports avec Sardonica et de mon rôle auprès d'elle... Mais je ne lui avouai point que j'en étais amoureux. Encore qu'elle devait le deviner avec son bon sens, et que dans la description que je faisais de la Comtesse cela devait paraître évident.

 

Je racontais même la scène de l'autre soir entre Sardonica et ]es panthères et ce que je trouvais d'étrange à ce comportement. Sonia ouvrit des yeux ronds et entrouvrit la bouche de surprise.

 

" Sardonica n’est pas une vraie femme. Elle est, en fait née du croisement entre une femme, sa mère, et une panthère mâle, son père. Elle a donc hérité certaines ressemblances par son père de la panthère et de la femme par sa mère. Physiquement elle possède les formes de la femme tout en ayant l'attitude de la panthère. Cependant sa queue est une vraie queue, et ses mains presque des griffes.

 

«  Aussi, ne vous étonnez pas qu'elle fait l’acte d'amour avec des panthères. Elle le fait aussi parfois avec des hommes. Peut-être le savez-vous ? » ajouta-t-elle avec un petit air effronté.

 

Tout devenait clair. Mais, au fond, ne pressentais-je pas quelque chose de cette nature depuis longtemps et me refusais-je pas de voir la réalité en face, parce que cela m'arrangeait ?

 

«Tu connaissais rien de cela. ? » questionna Sonia incrédule.

" Ici personne as l'ignore, pas même les paysans. "

- N'est-ce pas une légende que son « père » était une panthère ?

- Non ! Il parcourait la contrée à cheval. Seule sa tète d'énorme chat dépassait de son armure. Avec ses hommes il ravageait le pays. Il dévorait les petits enfants tout crus. C'était sa nourriture favorite, ce qui terrorisait les familles qui avaient de jeunes rejetons.

 

... Il mangeait parfois des adultes, mais c'était beaucoup plus rare, seulement lorsque l'hiver était rude et qu'il ne trouvait plus de gibier. Les plus anciens habitants du bourg se rappellent de cela.

- Quel âge a donc Sardonica ?

- Au minimum cent ans. Car ces témoins rapporte que dans leur enfance, du vivant de son léopard de « père », Sardonica était déjà une jeune fille dont l'apparence physique était sensiblement la même qu'aujourd'hui.

 

- Cent ans d'âge ?

- Oui, on prétend qu'elle détiendrait un élixir d'éternelle jeunesse. On affirme même qu'elle ne saurait mourir.

- Et sa mère ?

- Sa mère était une femme d'une admirable beauté, plus belle qu’aucune aucune femme n’ayant jamais existé, à ce qu'on disait, blonde d'Or de cheveu et pâle de peau. Elle possédait un corps d'une admirable construction. Elle semblait peu faite pour cette terre, et n'y vécut guère d'ailleurs.

 

- Que narre-t-on encore au sujet de la famille de Sardonica ?

- On raconte que son grand-père avait fait un pacte avec le Diable par lequel il avait promis de donner sa fille en mariage à l'être que le Démon choisirait quelqu'il fut. Le rusé Satan n'avait pas précisé que ce devrait être un homme. Il lui envoya une panthère.

 

Peut-être était-ce lui-même qui était venu sur terre sous cette forme ?

 

Le père, prisonnier par le texte qu'il avait signé, ne pouvait plus refuser. Son enfant était si douce et soumise qu'elle accepta le marché. Et les noces de la bête féroce et de la plus belle fille du monde eurent lieu. Le père mourut rapidement de chagrin. ­L'épousée mourut elle aussi en donnant le jour â Sardonica. Celle-ci dès qu'elle fut née se mit à courir dans la pièce telle un jeune animal. Elle passa les premiers mois de sa vie comme un bébé panthère.

 

Je vous ai raconté tout ce que j'ai appris sur ELLE. Pour moi Sardonica est la fille que Satan a faite à une femme pour soumettre et terroriser le monde !

 

Je me mis à fondre en larmes comme un enfant, sous les yeux désolés de Sonia qui s'enfuit. J'avais trahi mon Dieu en menant une vie de turpitude indigne de mon état. J'étais tombé amoureux fou de la Réincarnation du Démon et étais devenu un exécuteur de ses basses besognes, et je participais à ses jeux immondes avec des bêtes.

 

Je me demandais même si , depuis le séminaire, Sardonica ne me tenait pas sous son emprise à. mon insu. Je me rappelai en effet qu'elle m'avait dit le jour de mon arrivée :

 

« je vous connais bien ... »

 

Sans doute qu'elle m 'avait choisi pour ses noirs desseins, car elle savait que mon âme était plus vile que celle des autres et que J'étais prêt à tout pour fuir la vie religieuse pour laquelle 1e n'avais aucune vocation et que je trouvais ennuyeuse comme la mort.

 

 

(A suivre)

 

 

 

 

 

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