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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

Articles avec #femme panthere

 

SARDONICA (20)

 

I1 me souvient si fort de ce passé mort que je me demande si je ne 1e vis pas encore réellement.

 

Le temps était lourd et 1a chaleur épaisse. On suait sous les uniformes et les cuirasses. Les escouades de cette armée étaient frémissantes comme autant de meutes de chiens pretes à 1a curée : 1e bestialisme qui sommeillait en l'homme ne pouvait plus se dissimuler.

 

On amena couchées les tours de bois, tirées par des groupes de chevaux, aux pieds des murs. Et on dressa soudainement ces constructions en l'air. Aussitôt, de leurs sommets, des archers bandèrent leurs arcs et tirèrent des volées de flèches, tandís que des catapultes bombardaient 1a place aux moyens de projectiles de toutes natures, tous plus abominables les uns que les autres.

 

0n conduit à l'une des énormes portes quelques éléphants qui arnachés à un énorme bélier se mirent sur les étranges injouctions de leurs conducteurs à enfoncer les lourds battants. Puissants et intelligents animaux í1 y parvinrent irrésistiblement malgré les nombreux traits piqués dans leur peau qui les rendaient plus furieux qu'ils ne les arrêtaient, et dont ils tentaient de se débarrasser comme si il s'agissait de tiques.

 

Aussitôt notre armée s'engouffra dans cette brèche comme 1e sang jallit d'une veine perforée. Les assaillis, tant bien que mal tentèrent de se regrouper et d'empêcher l'entrée de nos soldats en se battant sauvagement au corps à corps.

Ils ne 1e purent.

 

Et ce fut une lente progression à trayers les fortifications qui s'effectua avec son affreux carnage tandis que nos adversaires se défendaient pas à pas sachant bien que de toutes façons les troupes de Sardonica ne feraient pas de quartier et qu'au bout du compte i1 n'y avait que 1a mort qui les attendait en grimaçant.

 

Cette bataille dans 1e crépuscule qui noircissait de plus en plus avait quelques chose de saisissant : 1e hennissement des chevaux nerveux, 1a brillance des métaux, cette rumeur sourde et chaude à nulle autre pareille. Et pendant que se jouait 1a vaste scène, une sinistre musique l'accompagnait : celle des cris des blessés sur des tons divers, continuellent. Ces cris sont encore ea moi et me font encore frémir aujourd'hui.

 

Quand une bonne partie de 1a troupe eut nétré dans 1a ville, Sardonica, sa Garde personnelle et sa suite ( dont je faisais partie ) entrèrent à leur tour. La Cité nous a apparut comme aussi immense et riche qu'on nous l'avait décrite auparavant.

 

Cependant ça et 1e combat se poursuivait encore. Mais on voyait bien que l'ennemi était irrémédiablement défait, quoiqu'il réussissait tant híen que mal à se cramponner à quelques derniers bastions, faisant encore quelque illusion sur ses capacités de résistance et luttant avec l'énergie du désespoir....

 

Annonçée à sons de trompette par des héraults chatoyants, l'apparition de Sardonica, entourée par ses panthères excítées par l'odeur de 1a chair et du sang, prêtes à bondir, avait quelque chose d'extraordinaire et de superbe à la fois. Et les gens de la ville encore vivants écarquillaient les yeux de voir s’avancer pareil soleil noir semant 1a mort, sa lourde épée à lame brillante à 1a main...

 

Soudain un groupe de guerriers faisant írruptíon du recoin d'une ruelle, se rua sur nous en poussant d'horribles cris de guerre. Ils réussirent à briser 1e cercle de 1a Garde personnelle de 1a Comtesse et furent bientôt  sur moi et sur Sardonica.

 

Nous fises face seuls à nos ennemis pendant de brefs instants qui me semblèrent pourtant ne jamais devoir finir. Les panthères appelées par leur maitresse qui ne leur parlait pas, mais poussait des plaintes rauques comme celles de ces bêtes revinrent rapidement et sautèrent et sur les chevaux et sur les cavaliers, déchiquetant les plus proches de leurs griffes et de leurs dents en poussant des hurlements.

 

« Braves créature ! » dit Sardonica, satisfaite de ses féales. Puis 1a Garde ayant réussi à se reformer encercla nos assaillants et mít rapidement en pièces ceux qui restaient encore en vie.

 

Quoique couverts d'éclaboussures de sang nous nous n’avions aucune blessure. J'avais conscience de m'être assez vaillamment battu pour un débutant au métier des armes. D'ailleurs Sardonica un peu plus tard me dira qu'elle était fière de moi. L'émotion qui devait se lire sur mon visage n'avait envahie et c'est un peu en balbutiant que je m'adressais aux officiers qui venaient me féliciter pour mon courage et ma présence d'esprit. Peut-être aussi qu'ils voulaient se mettre en bons termes avec un favori de 1a Comtesse dont ils pourraient avoir besoin plus tard.

 

Tout à coup je vis ce spectacle incroyable. Un homme à terre geignaít encore et perdait son sang en abondance. J'avaís noté 1a progressive animation des traits de Sardonica, comme à 1a chasse. Soudain n'en pouvant plus, telle une bête elle sauta à bas de sa monture et se rua sur cet homme. Et à pleines mains, 1a tête plongée dans son torse à demi entrouvert, se mit à lui dévorer les entrailles avec une délectation sauvage et une fureur extrême, alors qu'on entendait les råles horribles de la victime.

 

Puis à quatre pattes, elle se mit à courir en tous sens, bondissant ici, donnant là un coup de patte, tranchant ailleurs une gorge d'un coup de griffes comme avec un rasoir, se vautrant dans 1e sang avec une jouissance extrême. .. J'aurais voulu l'arrêter; mais un de mes jeunes amis officiers m'en dissuada : « dans ces moments là elle ne reconnait personne, mieux vaut la laisser faire jusqu'à ce qu'elle se calme. »

  

La panthère qui était en elle reprenait alors le dessus.

 

Puls elle s'arrêta, s'accroupit sur ses membres antérieurs avec une extrême souplesse,leva son museau       et se mít à pousser des hurlements de panthère . Ce qui avait été son joli visage était métamorphosé et prenait des caractères de l'animalité. Les autres panthères se groupèrent autour d'elle en un cercle, se mirent à miauler à l'unisson en dírection du ciel, comme pour faire l'offrande d'un sacrifice religieux.

 

Je ne sais coabien de temps dura cet étrange office face au firmament parsemé d'étoiles et où brillait 1a pleine lune comme une souveraine impavide contemplant 1e monde. Mais je crois me souvenir cependant qu'í1 dura assez longtemps, tandis que dans les rues les combats se poursuivaient et que 1'on entendait la plainte de ceux que tourmentait et les Cris des femmes que l'on violait....

 

(A suivre)

 

 

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Sardonica (18)

Lorsque je me levai à l'aube, jamais je ne vis chose plus extraordinaire que cette troupe déjà en ordre dé formation, s' agitant et bruissant sous le soleil naissant.

 

Formidable et terrible armé, plus importante peut-être que celle d'Hannibal, avec, comme la sienne ses régiments d'éléphants encarapaçonnés de métaux luisants, armés d'éperons terribles, portant des guerriers dans une sorte de petite fortification sur leur dos. Ces éléphants devaient produire un effet de terreur sur les ennemis qui les rencontraient. Ceci pour deux raisons et par leur masse énorme, et par le fait que ces ennemis n'avaient n’avais vu pareils animaux qui vivait habituellement sous d'autres climats.

 

Lorsque vieux moine, je me muets à écrire ceci, ma mémoire semble se déployer en ondes, comme une eau, et les choses par vagues me redeviennent sensibles. Je revois les moindres détails de ce départ pour la guerre avec les chevaux harnachés hennissants, les âcres odeurs, les visages des guerriers farouches sachant qu'ils ne reviendraient peut-être pas de ce voyage belliqueux. Je revois même de tout jeunes gens blancs de peur sous les harnais, pour qui sans doute c'était la première expédition, trembler dans le pâle matin....

 

Et Sardonica fière, terrible, et les yeux luisants comme des brasiers, contemplant sans tressaillir, les traits figés, cette nuée d'hommes en campagne et ce paysage.

 

Puis le soleil commença à éclairer les collines ocre qui semblaient comme provenir d'un autre monde que le notre, sauvage où toute vie était brûlée.

 

« En avant ! »  Cria Sardonica. Et l'ordre fut répercuté par les officiers, courant en un frémissement le long de l'amenée á l'arrêt, comme une onde sur une colonne vertébrale.

 

Le gigantesque monstre articulé s'ébranla. Lâché dans les pays í1 ne connaitrait ni sentiment ni morale, mû seulement par son ordre et sa logique intrinsèque. Gâre à ceux qui se trouveraient sur son passage !

 

Nous parcourumes, durant des jours et des jours les bois et les campagnes, les plateaux dénudés. Nous ne rencontrâmes plus âme qui vive dès que nous fûmes en terrain adverse ; alors que nous pouvions quelquefois trouver encore la table míse et la fumée sortant du toit. Même les animaux semblaíent fuir à l'approche de cette sauvage armée comme mus par une secrète prescience.

 

Cependant, parfois, dans 1e lointain, sous croyions voir des gens qui nous observaient, saus doute pour renseígner l'ennemi et des chevaux. Ils disparaissaient aussitôt que nous faisions mine de nous diriger dans leur direction.

 

Mais ils ne pouvaient qu'aller rendre compte à ceux qui les avaient envoyés de l'immensité de l'armée qui  était en face d'eux et de 1a difficulté de 1a vaíncre.

 

Parfois aussi une eieílle femme était eacore 1à, assise sur une pierre dans ses vieux vêtements rapés. On l'avait laissé parcé qu'elle était une bouche inutile à nourrir et qu'elle ne pouvait plus se trainer, en pensant que sa mort ne serait que de peu avançée. Elle aussi n'était peut-être pas désespérée d'en finir avec cette víe qui ne lui avait jamais rien apporté et qui lui apportait encore moins aujourdh’ui.

 

Mais les cavallers passaient tranquilles en lui jetant un regard impavide. Ils n'avaient nulle intention de 1a tuer. Elle était condamné à nourrir lentement abandonnée de tous et même d'elle-même. Elle avait trop vécu 1a vieille !

 

Et moí, et moí? Je chevauchais au côté de Sardonica très fier d'être son clerc et ne craignant ríen qui puisse m'arriver. Nous étions entourés de ses panthères qui allaient et venaient autour de nous, montrant les dents dès qu'un inconnu d'elles essayait de s'approcher.

 

Je pouvais voir sur son visage sa perplexité face à cet enaemi insaissisable. Ils ne pourraient reculer indéfiniment. I1 faudrait bien qu'ils livrent bataille un jour !

 

Nous arrivames en vue de la première des cités fortifiée de l'ennemi, brillante sous le soleil, aggrípée avec une incroyable audace à un éperon rocheux de la montagne, au-dessus du vide. Elle avait été construite par un ancêtre pillard du Baron de Stabilian sans doute pour mieux détrousser les voyageurs et les pèlerins.

 

Je fis part à la Comtesse -non sans quelque naïveté peut-être- de la grande difficulté d'enlever ce nid d'aigle, ce qui cependant s'avérait indispensable, car il contrôlait une des rares routes d'accès aux terres de nos adversaires.

 

« Nous avons déjà fait le nécessaire » me dit-elle un peu narquoise. Et la colonie continua d'avancer sans qu'apparemment celà entraîna quelque réaction visible des habitants de la forteresse.

 

Chose curieuse, les lourdes portes étaient grandes ouvertes et les deus sentinelles censées les garder semblaient etre écroulées dans un coin. Tandis que nous approchions au petit trot, mon cheval frissonnait d'inquiétude. La tenue de ces deux guerriers paraissait à peu près intacte, mais leurs visages sous les casques semblaient dévastés et les mouches et la vermine se disputaient leurs yeux, seule chose qui apparaissait encore quasiment vivante.

 

« Ne les touches pas ! » me cria Sardonica. Je n'en éprouvais aucune envie. Ils étaient pétrifiés là, les armes à leurs cités, vaincus sans combattre par un ennemi qu'ils n'avaient pas vu venir.

 

Nous pénétrâmes craintivement dans la Cité. Tout n'était que silence morne et dévastation. Ça et là des corps surpris dans les positions les plus diverses, en putréfaction, rongés. On en trouvait même dans les échoppes, au milieu des marchandises qui pourrissaient.

 

On pouvait se rendre compte à leurs attitudes qu'ils avaient tenté d'échapper à la mort, et qu'au-delà de la vie ils criaient encore leurs dégoûts de la mort. Une puanteur effroyable, à faire fuir un porc emplissait ces lieux.

 

Par vagues les soldats entraient à l'intérieur de l'enceinte et la stupéfaction et l'incrédulité se lisaient aussitôt sur leurs visages...

Soudain, sorti d'on ne sait où, apparut 1a seule personne encore vivante du Fort, aussítôt entourée par un cercle de spectateurs surpris et curieux d'en savoir plus. C'était un bon gros marchand que j'avais déjà rencontré au Palais de Sardonica. Il y venait parfois vendre des étoffes chatoyantes, venues par caravanes de 1'Oríent lointain, aux Dames nobles et aux riches bourgeoises. --- Gonflé comme une outre de vin, i1 était curieusement emballé dans une tenue bouffante décorée de riches motifs.

 

I1 salua Sardonica avec une dévotion un peu outrée. Elle 1e regardait de ses yeux verts où jouaient légèrement et le mépris et l'ironie. Je coimnençais à comprendre 1e rôle de cet immonde personnage. ...

 

« J'aí fait ce qu'il avait été convenu. » dít-í1, «J'aí empoisonné les puits la nuít lorsque tout 1e monde dormait»

 

« Tu seras payée »  rétorqua-t--elle,  « ne crains rien »

Elle lui fit remettre par l'un de ses commis un énorme sac d'or. I1 se perdít en remerciements tandis que ses yeux brililaient de convoitise. Elle donna un ordre sec à quelques soldats et l'on vít 1a physionomie et 1'attítude du marchand changer à vue d'oeí1. « Accrochez le à un poteau ! » et se tournant vers 1e marchand qui se cramponnait rídículeusement au sac comme un nauffragé à un morceau de bois elle ajouta: « Tu pourrras ainsi admirer ton or plus à loisir » et sans un autre regard elle le laissa là.

 

Nous ne trouvâmes aucun autre vivant dans 1a forteresse.

Et ayant pris bíen garde de ne rien toucher, nous repartimes au pas de nos chevaux...

 

(A suivre)

 

 

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SARDONICA (15)

 

Bientôt une lueur s'alluma dans sa chambre. J'imaginai, et en souffrait atrocement, ce qui devait se passer : les corps nus luttant sur le sol jonché de peaux de panthères, les cris et les caresses, les douces tortures du sexe. J'entendais tout cela à distance à ma grande douleur, curieusement, comme si je me trouvais dans la pièce.

 

Les lumières s'éteignirent. Sardonica apparut à une fenêtre. La noire silhouette du jeune homme passa une porte dérobée. Sardonica, comme je m'y attendais, fit un signe impérieux de sa main. L'un des deux archers sortit de l'ombre et d'une seule flèche abattit le jeune home. Celui-ci ne poussa pas un cri et tomba d'un coup. Ses amis de la troupe, dissimulés sous un porche l'entourèrent bientôt comme une bande d'oiseaux éplorés.

 

Je retournai à la fête. Les baladins saluaient avant de se retirer. Ils emportèrent plus de quolibets que d’applaudissements.

 

Sardonica fut bientôt de retour, un peu plus animée peut-être et le rouge aux joue. Elle reprit sa place, gratta mes cheveux alors drus comme jeunes herbes et porta sa jambe contre mon corps. J'était ravi, quoique désolé par ce qu'il venait de se passer , de ce que j’avais encore une petite place dans ion coeur ; comme un jeune chiot qui se contente d'une caresse.

 

Le maître des cérémonies annonça enfin le dernier spectacle, qui sur le parchemin énonçant le programme était simplement appelé ainsi. Mais i1 courait des bruits à la Cour qu'il se préparait quelque chose de très particulier. Aussi tout le monde ouvrait-il  grand ses yeux et ses oreilles.

 

Le maître de cérémonies fit enlever les vastes tentures qui couvraient l'un des côtés de la pièce, faisant apparaître la paroi nue. Ce fut un cri de stupéfaction poussé en même temps par des centaines de gorge.

 

Dans cette paroi une très vaste plaque transparente laissait voir un univers marin entièrement reconstitué et éclairé de l'intérieur d'une vive clarté qui rendait les eaux d'une belle couleur bleue-verte et les remplissait de chatoyantes vibrations lumineuses.

 

Tout y était présent les rochers avec les anfractuosités pleine d'ombres, les algues, les coquillages et des poissons de tailles variées dont certains extraordinaires de couleurs et de formes. Sur le fond reposait une couche de cailloux et de sable.

 

Tout à coup, par un trou du rocher, entra un jeune homme icroyab1ement bien proportionner pour l'eau et s'y déplaçant ainsi qu'un dauphin. Ses pieds étaient munis de nageoires artificielles qui accéléraient sa course. Un grand couteau était accroché à un anneau de sa ceinture.

 

Avec grâce il fit deux ou trois tours comme pour se faire admirer. De temps en temps i1 s'approchait d'un des tuyaux qui pendait dans l'élément liquide, prenait une inspiration qui gonflait sa poitrine et poursuivait sa course vive. En effet il ne pouvait remonter pour respirer à l'air libre; 1a surface était rendue inaccessible par 1a voûte.

 

« Ce garçon appartient à une population de pêcheurs d'éponges de 1'í1e de Kost » me souffla quelqu'un, « i1 est habitué depuis son plus jeune âge à passer une bonne partie de sa vie dans la mer. ».

 

Je me demandais 1a signification de ce que je voyais, lorsque surgit un énorme poisson dont 1a tête était ornée d'une sorte de défense en forme d'épée.

 

Le nageur parut saisi par la vision de ce bizarre adversaire. Le poisson tourna plusieurs fois avec de vifs mouvements. Enfin i1 découvrit l'ennemi et arrêta brusquement ses évolutions. I1 1e mesura de son oeil glauques puis soudainement i1 fonça sur lui. Mais l'autre l'évita en se jetant souplement de côté. L'attaquant surpris, se retourna sur lui-même et fonça de nouveau, tel un taureau aquatique,

 

Le jeune homme esquiva encore, mais apparemment avec plus de peine et i1 se précipita à l'une des sources d'air…il semblait se mettre à étouffer.

 

Et 1a sauvage parade continua.

 

Soudainemeut le gladiateur nautique, alors que le poisson de combat passait juste à côté de lui, avec soa poignard lui perça 1a peau. Bíentőt 1e sang se répandit en nappes pourpres.

 

Cette estocade trop mal ajustée pour tuer 1a bête eut pour effet de la rendre furieuse. Elle donna un violent coup de queue à son protagonisme qui se trouva ainsi déséquilibré. L'animal se retourna presque sur place et chargea avec une redoutable précísion. Cette fois 1e garçon fut gravement blessé. Puis ce tt une horrible boucheríe. Le bassin devint complètement rouge.

 

 

Ah ! I1 fallait voir l'air de Sardonica se délectant durant toute 1a scène, avec ses yeux qui luisaient et sa mine réjouie qui frémissait.

 

Le rideau tomba à l'instant où l'on ne pouvait plus distinuer ni 1e poisson, ni 1e jeune homme, tran formés en chairs sanguinolantes par leurs assauts réciproques.

 

Je fuyai dans ma chambre, sous 1'oeil un peu triste, de me voir 1e coeur gros comme un enfant, de Sardonica.

 

 

 

 

SARDONICA ou la femme-panthére (k 15 )

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Je reconnaissais ce métal au fur et à mesure qu'il refroidissait.

 

« De L'Or, c'est de l'Or ! »  Je crus que je devenais fou !

 

Sardonica m'observait du coin de l'oeil, s'Amusant de ma juvénile passion.

« C'est de l'Or en effet » me répliqua Primus.

- « Le vieux rêve fou des alchimistes était donc réalisable ? »

 

- « I1 l'était, mais point si aisé à trouver. Encore que la règle pour passer du plomb à l'or est telle qu'un enfant de cinq ans pourrait la retenir. Une simple sentence latine, que l'on peut trouver dans de vieux grimoires d'ailleurs, la résume assez bien. Mais sa signification connue des anciens teinturiers de la lune fut perdue. »

 

Sardonica possédait donc le secret de la transmutation du plomb en or !

 

Ceci lui donnait un pouvoir immense. Je m'expliquais ses possibilités de corruption et aussi sa très grande générosité à mon égard.

 

Le chef des savants me traîna presque par le bras tant j'étais tombé sous le charme.

« Nous allons nous diriger maintenant vers les salles de Mars, Dieu de la Guerre comme chacun sait. »

 

Un Mars en Or, fier et superbe, à demi-nu, en commandait l'entrée, une gigantesque épée dans les mains. Je m'enquis et du modèle et du sculpteur. Et j'appris qu'on avait tout simplement coulé l'or sur le corps d'un esclave magnifique encore vivant, pour que le métal en gardât tous les traits.

 

A l'intérieur des salles se trouvaient toutes sortes d'armes qui avaient existé à différentes époques, originaires de toutes les armées du monde. Et elles étaient ici, pour être étudiées, perfectionnées ou même servir à en créer d'autres plus meurtrières encore. Des savants dévoyés s'affairaient ça et la autour de ce matériel de mort avec des airs de gourmets devant quelques plats délectables.

 

« Nous vous montrerons » me dit Primus, décidemment de plus, en plus affectueux  « notre dernière trouvaille. ». Et il me soumit un peu comme une vieille voulant jouer à la donzelle, avec des mimiques expressives et quelque chose de mouillé dans le regard.

 

Dieu que ces vieilles courtisanes sont laides ! Qu’il doit être horrible de se faire toucher par pareil vieillard lubrique !

 

Sur une table se trouvait une sorte de petit cylindre de métal brillant avec des ailes sur le côté reposant, parfaitement ajusté, sur un autre morceau de métal.

 

Le chef des savants farfouillait dans sa barbe avec un air de satisfaction non dissimulé.

 

Ayant attendu qu'il y eut un cercle d'auditeurs assez fourni et assez attentif autour de lui, il demanda non sans quelque solennité à un aide de lui apporter un flambeau. Il approcha celui-ci de la queue de la petite machine. En même temps il fit emphatiquement un grand geste pour que l'on s'écartât.

 

On entendit un léger bruit. On vit la partie supérieure de 1'appareil s'élever en hauteur mieux qu'un oiseau, en émettant un sifflement strident sous les regards médusés de l'assistance. Puis l'engin retomba avec une explosion un peu plus loin sur un champ de bataille en réduction qu'on avait placé là. Le souffle balaya presque instantanément les soldats de terre cuite et les transforma en poussière.

 

« Quel prodige ! » s'exclama quelqu'un.

 

-« Qui connaîtra le secret de cette machine de guerre et sera capable de 1’amener à une taille suffisante gagnera toutes les batailles et dominera le monde ! » dit Sardonica sentencieusement.

 

- « C'est toute la difficulté, Madame la Comtesse que de 1’amener à une taille suffisante ! ».

- « Demandez ce dont vous aurez besoin et vous l'aurez : des hommes et de l'argent ! »

- « Oh l'argent... » Fit le vieux savant en joignant ses mains, un peu comme le potier modelant amoureusement les formes de la cruche, « Ce n'est pas tout ».

 

Et il regardait Sardonica par en dessous avec des yeux qui vibraient de passion, comme un feu qui couvait. Son ton était si anodin qu'on pouvait à peine le taxer d'incorrection. Bien qu'il fût clair que cette vermine malpropre aurait voulu se mettre dans le lit de Sardonica.

 

Sardonica eut pu faire mine d'ignorer l'allusion, mais elle répliqua sèchement : « Sais-tu très honorable savant que je n'aime pas tellement les hommes et que ceux qui m’ont eu ont tous été tuée, soit de mes propres mains, soit de celle de mes guerriers et que la situation d'être mon amant n'est point si avantageuse qu'il pourrait y apparaître au premier abord ?

 

- « Je le sais Madame la Comtesse, et je ne voulais point vous offensés. »

Il balbutiait. « A mon âge, on radote parfois et on dit de vilaines sottises. ».

 

« Je te pardonne » et Sardonica lui toucha l'épaule. « Je sais que tu me sers bien et je ne serais point une ingrate ».

 

Il m'était point question pour elle de s'aliéner ce séide qui lui était dévoué corps et âme, et prêt à tout pour lui complaire. Elle lui laissait toute possibilité d'espérer ce qu'il voudrait.

 

Nous passâmes dans une autre salle, « les miracles n'étant point terminés ».

 

Je me mis à réfléchir à  ce que Sardonica venait de narrer au sujet de ses amours humaines à savoir le fait qu’aussitôt après avoir consommé elle tuait ses amants d’un jour. Cela aussi se racontait d’ailleurs au château, à mots couverts. Il se disait  aussi que parfois, elle-même, au cours d'une revue militaire ou d'un combat de lutteurs, choisissait un très bel homme et le faisait amener au Palais après qu'il eut été apprêté. On ne le revoyait jamais. Ses relations soupçonnaient bien un peu la cause de sa disparition, mais se taisaient par crainte. Et on oubliait le malheureux.

 

Sardonica dut lire an mes sombres pensées car, avec un air moqueur, elle me pinça assez rudement l'oreille, en m'y chuchotant quelque chose d'une voix musicale. Son attouchement raffiné me fit frémir par tout le corps et de bien-être et de terreur.

 

Soudain l'un des esclaves, à uelques pas de nous, sans doute troublé par la venue de Sardonica se laissa tomber sur les pieds une lourde pierre...Il fit une incroyable grimace de douleur, mais aucun son ne sortit de sa bouche , quoiqu'on se rendait bien compte qu'un formidable cri aurait voulu jaillir de ses entrailles. Un officier des gardes noirs de Sardonica répondit à ma muette interrogation :

 

« Pour qu'il ne révèle point de secrets, comme aux autres, on lui a coupé la langue. »  Cela ne me choqua qu'à demi. Je m'habituais de plus en plus à vivre dans cette horreur.

 

« En route pour les volières des hommes oiseaux » dit un savant d'une voix de Stentor.

« Les hommes-oiseaux , qu'est-ce cela encore ? „ pensais-je.

 

Nous remontâmes dans le chariot et partîmes au travers des couloirs souterrains, éclairés de place en place par des flambeaux qui jetaient des clartés inquiétantes et dansantes.

 

Je compris vite de quoi il s'agissait.

 

(A suivre)

 

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Published by Michel Dubat - femme panthère, Enfer, Fantastique, Fantasy, Dark, homme-oiseaux

 

…./…

 

Tandis que le jour régulièrement progressait sur la terre, chassant les terreurs et les mystères de la nuit nous marchâmes, moi lui tenant la main, le long des hauts remparts, heureux mais graves.

 

Nous parlâmes de nous, de notre rencontre en ce lieu,

 

Je lui dit tout de mes rapports avec Sardonica et de mon rôle auprès d'elle... Mais je ne lui avouai point que j'en étais amoureux. Encore qu'elle devait le deviner avec son bon sens, et que dans la description que je faisais de la Comtesse cela devait paraître évident.

 

Je racontais même la scène de l'autre soir entre Sardonica et ]es panthères et ce que je trouvais d'étrange à ce comportement. Sonia ouvrit des yeux ronds et entrouvrit la bouche de surprise.

 

" Sardonica n’est pas une vraie femme. Elle est, en fait née du croisement entre une femme, sa mère, et une panthère mâle, son père. Elle a donc hérité certaines ressemblances par son père de la panthère et de la femme par sa mère. Physiquement elle possède les formes de la femme tout en ayant l'attitude de la panthère. Cependant sa queue est une vraie queue, et ses mains presque des griffes.

 

«  Aussi, ne vous étonnez pas qu'elle fait l’acte d'amour avec des panthères. Elle le fait aussi parfois avec des hommes. Peut-être le savez-vous ? » ajouta-t-elle avec un petit air effronté.

 

Tout devenait clair. Mais, au fond, ne pressentais-je pas quelque chose de cette nature depuis longtemps et me refusais-je pas de voir la réalité en face, parce que cela m'arrangeait ?

 

«Tu connaissais rien de cela. ? » questionna Sonia incrédule.

" Ici personne as l'ignore, pas même les paysans. "

- N'est-ce pas une légende que son « père » était une panthère ?

- Non ! Il parcourait la contrée à cheval. Seule sa tète d'énorme chat dépassait de son armure. Avec ses hommes il ravageait le pays. Il dévorait les petits enfants tout crus. C'était sa nourriture favorite, ce qui terrorisait les familles qui avaient de jeunes rejetons.

 

... Il mangeait parfois des adultes, mais c'était beaucoup plus rare, seulement lorsque l'hiver était rude et qu'il ne trouvait plus de gibier. Les plus anciens habitants du bourg se rappellent de cela.

- Quel âge a donc Sardonica ?

- Au minimum cent ans. Car ces témoins rapporte que dans leur enfance, du vivant de son léopard de « père », Sardonica était déjà une jeune fille dont l'apparence physique était sensiblement la même qu'aujourd'hui.

 

- Cent ans d'âge ?

- Oui, on prétend qu'elle détiendrait un élixir d'éternelle jeunesse. On affirme même qu'elle ne saurait mourir.

- Et sa mère ?

- Sa mère était une femme d'une admirable beauté, plus belle qu’aucune aucune femme n’ayant jamais existé, à ce qu'on disait, blonde d'Or de cheveu et pâle de peau. Elle possédait un corps d'une admirable construction. Elle semblait peu faite pour cette terre, et n'y vécut guère d'ailleurs.

 

- Que narre-t-on encore au sujet de la famille de Sardonica ?

- On raconte que son grand-père avait fait un pacte avec le Diable par lequel il avait promis de donner sa fille en mariage à l'être que le Démon choisirait quelqu'il fut. Le rusé Satan n'avait pas précisé que ce devrait être un homme. Il lui envoya une panthère.

 

Peut-être était-ce lui-même qui était venu sur terre sous cette forme ?

 

Le père, prisonnier par le texte qu'il avait signé, ne pouvait plus refuser. Son enfant était si douce et soumise qu'elle accepta le marché. Et les noces de la bête féroce et de la plus belle fille du monde eurent lieu. Le père mourut rapidement de chagrin. ­L'épousée mourut elle aussi en donnant le jour â Sardonica. Celle-ci dès qu'elle fut née se mit à courir dans la pièce telle un jeune animal. Elle passa les premiers mois de sa vie comme un bébé panthère.

 

Je vous ai raconté tout ce que j'ai appris sur ELLE. Pour moi Sardonica est la fille que Satan a faite à une femme pour soumettre et terroriser le monde !

 

Je me mis à fondre en larmes comme un enfant, sous les yeux désolés de Sonia qui s'enfuit. J'avais trahi mon Dieu en menant une vie de turpitude indigne de mon état. J'étais tombé amoureux fou de la Réincarnation du Démon et étais devenu un exécuteur de ses basses besognes, et je participais à ses jeux immondes avec des bêtes.

 

Je me demandais même si , depuis le séminaire, Sardonica ne me tenait pas sous son emprise à. mon insu. Je me rappelai en effet qu'elle m'avait dit le jour de mon arrivée :

 

« je vous connais bien ... »

 

Sans doute qu'elle m 'avait choisi pour ses noirs desseins, car elle savait que mon âme était plus vile que celle des autres et que J'étais prêt à tout pour fuir la vie religieuse pour laquelle 1e n'avais aucune vocation et que je trouvais ennuyeuse comme la mort.

 

 

(A suivre)

 

 

 

 

 

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Je rencontrai Sonia, par hasard, au détour d'un couloir. Elle portait un lourd panier jaune d'osier, rempli de linge, qui faisait pencher sa taille. Elle était âgée d'environ dix-sept ans. Brune, bien faite, elle avait l'ait modeste, franc et honnête. Mon regard croisa le sien. J'eus l'impression qu'elle ressentait comme un léger attouchement qui la fit tressaillir légèrement tandis que sa peau rosissait doucement. Moi-même un secret émoi me troublait. Comme si dans ce monde nous nous reconnaissions et existaient dès l'abord, entre nous, de secrètes sympathies, de mystérieuses correspondances.

 

Puis cette première réaction passée, comme si elle l’avait prise par surprise, elle parut légèrement effrayée de découvrir qui j'étaies réellement. Elle détourna les yeux brusquement et passa son chemin.

 

Je retournai sur mes pas, la suivit tandis que je voyais bien qu'elle était émue et qu'elle respirait avec difficulté. J'eus l'audace qui me parut folle de poser ma main sur la chair frémissante de son bras nu. Elle enleva doucement ma main.

 

« Que me voulez-vous ? » me dit-elle, mi-satisfaite, mi-fâchée de ce que j'aie osé l'interpeller de pareille façon. Je ne savais trop que répondre. " Qui êtes-vous ? " lui demandais-je.

 

Elle se trouvait alors, tandis que son visage entouré par ses cheveux courts, soigneusement coiffés était tout près du mien, dans une encoignure du couloir. Elle me raconta simplement les événements saillants de sa vie. A la suite de la perte de ses parents, elle avait du quitter le village de son enfance. Elle se rappelait encore,avec quelque nostalgie, les rares maisons près de la rivière claire où elle allait parfois se baigner. Elle était venue au château pour gagner de quoi vivre. Elle y lavait et repassait le linge des grandes Dames. Elle ajouta avec une pointe de fierté qu'elle savait aussi coudre et même tisser.

 

Ses propos me semblaient être, après l'artifice de mon éducation religieuse, qui m'avait pourtant parue la quintessence de ce que l'esprit humain peut atteindre, et l'artifice de ma fonction ici au Palais comme l'expression de la sagesse simple et tranquille.

 

Et sa voix que je ne me lassais jamais d'entendre, était comme un bain d'eau fraîche qui me lavait jusqu'aux tréfonds de l'âne.

 

« Laissez-moi m'en aller » me dit-elle soudain. « Je dois porter mon linge tout de suite. Vous allez me faire gronder. « 

 

Et le la laissai aller, lui promettant de la revoir. Elle me quitta toujours un peu impressionnée par mon personnage et mon rôle auprès de Sardonica, avec une gracieuse révérence et un joli sourire.

 

 

Aujourd'hui encore, bien que vieux moine désabusé, aux os gelés, j'attende seulement que la mort vienne me prendre un soir par surprise, ce tableau est fixé dans ma mémoire avec les couleurs fraîches d'alors. Et il est destiné à n'y plus bouger.

 

A quelque temps de là, guettant Sonia au détour du corridor où Je l'avais vue pour la première fois, je finis par la rencontrer de nouveau. Elle parut heureuse de me revoir et me regarda timidement mais résolument. Je lui déclarai, prenant mon courage à deux mains, que je me trouverais à la nuit tombée près de la tour St Clément et que je l'attendrais toute la nuit si il le fallait.

 

 

«  Vous ne devez pas parler comme cela. Ce n'est pas possible ! Vous êtes trop riche et trop puissant. Et que dira votre maîtresse ? »

 

En effet je n'y avais pas songé, mais que penserait Sardonica, si elle apprenait que je cherchais à rencontrer, plus même que l'étais amoureux de cette jeune lingère ?

 

Et Sonia lâcha d'un seul coup ce qui semblait l'oppresser depuis longtemps. " Je n’irai pas. J'ai peur de vous ! tout le monde a peur de vous ici ! : Vous êtes l'homme de la Comtesse!

 

0 cette imprécation que j'avais déjà entendue.

 

Elle parût stupéfaite et contristée de ce qu'elle avait osé proférer et elle s'effondra en sanglots. Le spectacle m'était pénible et le craignais que l'on ne nous surprit.  « Je ne sais trop ce que vous voulez faire de moi «  ajouta-t-elle.

 

« Je comprends vos craintes et ce que vous pensez de moi... Je tacherai de vous expliquer. Je n'ai aucune mauvaise intention à votre égard », répondis-je réellement très peiné. Et je la laissai en sanglots, ne sachant trop que faire pour la consoler; quoique je brûlais d'envie de lui passer mon bras autour du cou et de sécher ses pleurs avec mon mouchoir de dentelles.

 

Effectivement, le soir venu, je me rendis à la toue St Clément et me dissimulai dans un recoin, du mur d'enceinte. Nous étions au Printemps et la soirée était douce. Tout dormait, cependant l'air était rempli de mille bruissements. Jamais l'activité du monde ne cessait...

 

Je me mis à réfléchir pendant les longues heures que je passai seul à une foule de choses au sujet de ma vie, de la Comtesse, de Sonia et de moi-même : destins étrangement mêlés par la grâce d'évènements curieux en un écheveau inextricable et dans lequel je me débattais...

 

 

La Cité fortifiée semblait inquiétante et noire, là devant moi, repliée sur elle-même comme un gladiateur, prêt à fondre sauvagement sur son adversaire. Car il était évident, qu’elle était construite toute entière pour la guerre et la conquête, et que de là partiraient des hordes pour tenter de ravager les pays au moment où Sardonica l'estimerait utile. Ici se tramaient de bizarres choses que je ne comprenais pas toutes, mais que je pressentais et qui ne présageaient rien de bon.

 

 

 

En face de moi, perché à une maîtresse branche d'un gros arbre, un hibou ouvrait ses grands yeux d'Or à la nuit. Des vols lourd de chauve-souris passaient.... Elles semblaient se diriger dans les profondeurs de l'obscurité mieux que nous même dans les clartés du jour. Eux aussi était des créatures des ténèbres et vivaient dans la face cachée du monde.

 

 

" Dormez braves gens, dormez ! " disaient d'heure en heure la patrouille du guet dans la Cité qui se reposait. Les gens dormaient­-ils tranquillement ou leur sommeil était-il troublé de cauchemars ? Se doutaient-ils qu'à cette heure Sardonica arpentait souplement en rond le sol d'une pièce du château, tandis que sa queue de panthère frôlait le sol, préparant de sombres projets et ricanant sauvagement ?

 

Une lueur retentit à l'horizon comme un coup de trompette. La lumière commença sa conquête fastueuse de l'espace. Sonia ne viendrait-elle pas ? Tout n’était qu'illusion. Et c'est seul que le me débattais dans cette vie que le Destin m'avait imposé par la voix de ce vieil évêque radoteur, que je revoyais encore â son bureau, serviteur zélé des puissants de cette terre; et peut-être des forces du Mal.

 

Mais je reconnaissais sa silhouette entre mille formes et le bruit de ses pas entre mille bruits. C'était elle, Sonia ! Elle était enfin venue. En effet bientôt elle fut à deux pas de moi, mais elle ne pouvait me voir. Il était amusant de la contempler dépitée et repentie fouiller la nuit. Je sortis, à sa profonde surprise de ma cachette tel un  diable de sa boîte.

 

" Vous m'attendez encore " me dit-elle, apeurée. " Vous m'avez attendue toute la nuit. Vous ne vous êtes pas trop ennuyé au moins. Je ne voulais pas venir, mais ce fut plus fort que moi. Je voulais savoir si vous étiez encore ici... Il n'est plus possible de fuir cette rencontre que je voulais éviter. »

 

Elle me laissa prendre sa main avec une certaine résignation et le vis que des larmes perlaient de ses yeux. « Toi, tu n'as pas l'amour joyeux » lui dis-je. « Tu ne m’aimes donc pas un peu ? »

 

- Si., mais j'en suis toute remuée." avoua-t-elle d'une petite voix craintive.

 

…/…

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Ma nouvelle vie me plaisait fort. J'allais et venait dans la Cité, vêtu de riches vêtements. Je déambulais par les rues bruissantes de vie, avec curiosité, visitant les échoppes des marchands, recélant des tapis venus des pays lointains et des épices rares, les boutiques des artisans où l'on voyait leur belle ouvrage, les feux du four illuminant l'atelier.

 

Partout où je passais, les gens s'écartaient peureusement et j'entendais murmurer « C'est l'homme de la Comtesse ! » et un frémissement parcourait la foule. Même le forgeron qui partant du fer brut, dans son antre, tel un démon, en jouant avec le feu, en tire une belle épée pour occire les ennemis, semblait me craindre...

 

Le coiffeur du Palais arrangeait chaque jour mes longs cheveux bouclés que je laissais pendre sur mes épates. Moi, habitué à l'austérité du couvent, je prenais goût à l'élégance et à. la toilette, et à toutes les frivolités que m'avaient déconseillées mes éducateurs.

 

Je me mis à jouer aux cartes et à lorgner les belles. Car l'amour que j'éprouvais pour Sardonica - impossible, pensais-je - ne m'empêchait pas de regarder les autres filles, pas plus que la vue d'un bon repas qu'on ne peut avoir ne saurait supprimer l'appétit. Et le soir,dans les tripots du château , je jouais grosses sommes avec des officiers et des notables. En effet j'avais l'argent en abondance, Sardonica me donnant des bourses peines d'or, â profusion, sous tous les prétextes.

 

J'avais même à. moi un beau cheval, noir comme celui de la Comtesse et qui caracolait presque aussi bien que le sien, avec ses armes frappées sur son équipement, comme elles l'étaient toujours sur mon vêtement : unepanthère stylisée tirant une langue fourchue et écartant ses immenses griffes.

 

Ce m'était pas là la vie d'un prêtre, et ce pourquoi mes bons maîtres m'avaient préparé. Plus les jours passaient, plus j'avançais dans l'intimité de la Comtesse. Bientôt même, je ne pouvais plus me passer de sa présence, et elle non plus ne semblait plus pouvoir se passer de moi. Si je restais absent un certain laps de temps, elle me faisait mander, et son oeil se posait aussitôt sur ma jeunesse avec un regard attendri et rassuré, presque heureux.

 

Plus j'avançais dans son intimité, plus je fis la connaissance réelle de Sardonica, et je découvris son étrange personnalité et ses activités.

 

Après quelque temps, elle me reçut dans ses appartements,à toute heure du jour et de la nuit, où elle me dictait son interminable correspondance. Il me surprit qu'elle dictât son courrier la nuit; mais je compris que la notion de vie diurne et de vie nocturne n'avait pas la même signification pour elle que pour les autres humains. Elle semblait, en effet, préférer s'activer la nuit et dormir le jour, comme certains rapaces ou félins, créatures de l'ombre. Je remarquai mime qu'elle se déplaçait avec unegrande aisance dans l'obscurité, son oeil vert semblant s’ouvrir plus encore...

 

Elle correspondait avec tous les seigneurs des contrées environnantes, et, avec ses agents et ses espions qu'elle entretenait jusqu’en, de lointains pays. Aussitôt écrites, elle faisait porter ses lettres par des messagers.

 

Elle poursuivait d'immenses but de subversion, opérant par tous les moyens : le lucre, la dénonciation, l'empoisonnement, le crime, la corruption, les filles vénales....

 

 

 

Elle ignorait bellement ce que l'on peut appeler le sens moral. Ce qu'elle voulait c'était le pouvoir, et ce pouvoir pas seulement par goût de puissance, mais aussi pour pervertir les gens et les soumettre à ses fins sataniques, à ses buts immondes et pervers. Et je le savais, et je le tolérais, plus même j'y participais.

 

Mon seul bonheur était d'être près d'elle, d'assouvir ses volontés et de sentir son rayonnement puissant. Je tressaillais d'aise dès qu'elle me touchait ou les cheveux ou le bras. Ses rares compliments étaient pour moi de nobles cadeaux qui me ravissaient l'âme. Et j'étais prêt à me damner pour elle, sans coup férir, pour profiter de sa présence une minute de plus.

 

Je dus m'habituer à tout pour lui complaire et connaître ses manières les plus déroutantes. En effet, dans ses appartements particuliers, dans une tour du château elle vivait avec ses panthères. Celles-ci allaient et venaient en toute liberté, ondoyantes et souples, se vautrant sur les tapis, ouvrant les gueules, tirant les griffes et faisant luire leurs dents.

 

Sardonica eut l'obligation d'expliquer avec patience à ses animaux qui j'étais, et me faire sentit longuement par eux de leurs mufles sensibles, pour qu'ils ne me prissent point pour un ennemi de leur maîtresse et ne me dévorassent point. Et ils s'habituèrent à moi, me léchant les mains et me frôlant de leurs corps aux senteurs fortes avec un certain plaisir.

 

J'étais adopté dans ce cercle étroit et je savais ce que personne ne savait. Mais je n'ignorais point aussi que si je ne restais pas silencieux, mes bavardages seraient sévèrement punis. Et un frisson glacé parfois me parcourait l'échine de penser que l’on pourrait me jeter aux panthères qu'il suffirait d'affamer deux ou trois jours, pour les mettre en appétit, comme le disait leur maîtresse, mi-plaisante mi-réfléchie, en précisant, que ma chair fraîche leur plairait sûrement beaucoup.

 

Souvent le soir elle jouait avec ses panthères. Avec des gestes fous et sauvages, elle improvisait des sortes de danses érotiques. Elle se mouvait avec la grâce d'un jeune animal, sa jupe laissant découvrir le haut de ses cuisses et son col s'entrouvrant pour laisser voir sa ronde et fière poitrine.

 

J'étais en adoration, tandis que les lueurs tremblantes des chandelles éclairaient ce spectacle sensuel et beau tout à la fois.

 

Il n'était pas bon dans ces moments de tenter de s'approcher d'elle, car les panthères faisaient preuve de jalousie et vous menaçaient en grognant et en levant la patte....

 

 

Ces soirées m'enchantaient et me terrorisaient tout à la fois.

 

« Cela te surprend » me dit-elle un soir en me voyant écarquiller  des yeux ronds. Elle était allée plus loin que d'habitude et elle entourait de ses bras nus le cou d'un des félins, lui donnait des baisers, et se laissait lécher par lui le visage. « Eux seuls peuvent m'exciter. Les hommes que j'ai essayés ne m'ont apporté que peu de plaisir de la chair. Ils sont trop fades et veules. Tandis qu’eux... » Et je l'entendis ronronner et miauler de plaisir, alors que sa queue que je croyais pièce de décoration à son vêtement s'était mise à bouger d'un façon saccadée.

 

Je me sauvai dans ma chambre, ne voulant pas voir la scène finale où il n’est pas douteux qu'elle copulerait avec ses panthères. Faire acte d'amour avec les animaux est très grave péché que tous les Pères de l’église ont vivement condamné. D’ailleurs ses pratiques particulières étaient bien connues au château, mais on n'en parlait qu'à voix basse par crainte de sa terrible vengeance.

 

Je crois bien que je me mis à pleurer. " Quelle femme m'étais-je mis à aimer ? ». Mais à y bien réfléchir cette créature singulière était-elle une femme ? Et vers quel abîme inconnu de moi mon âme irait-elle basculer et se perdre ?

 

(A suivre)

 

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Je me rappellerai jusqu'à mon dernier souffle, devrais-je vivre plus de cent ans ma première entrevue avec la Comtesse Sardonica.

 

Elle me reçut dans la vaste salle de réception du château, un immense feu brûlait dans la cheminée derrière elle.

 

Flamboyante apparition !

 

Entièrement vêtue de peaux de panthères, seul le visage apparaissait, fin et volontaire, d'une incroyable beauté, avec des yeux verts extraordinairement perçants. Je n'ai de ma vie vu de regard si singulier, si fascinant.

 

Vous ne pouviez le fixer en face et en même temps il vous séduisait tant que vous cherchiez à le rencontrer. Vous étiez comme le nageur attiré par un irrésistible courant qu'il 'veut fuir, car il sait que ce sera sa perdition, mais ne saurait le faire.

 

Ses mains fines et fortes étaient surmontées d’immenses ongles comme des griffes, plus pour étrangler que pour caresser et ses dents fines et pointues comme celles d'un carnassier apparaissaient lorsqu'elle parlait ou lorsqu'elle souriait d'un étrange sourire.

 

J'était terrorisé et subjugué tout à la fois. Je sus que pareille créature pourrait tout obtenir de moi. Sa voix semblait venir de ses tréfonds, riche de résonance subtiles et vas pénétrait de charmes indicibles, comme ceux d'une musique magique.

 

Main le plus curieux était sa démarche, énergique et décontractée tout à la fois comme celle d'un félin. Quand elle marchait on eut dit qu'elle dansait, ondoyant de tout son corps avec une incroyable souplesse. Sur le derrière pendait négligemment une queue de panthère.

 

Jamais je ne contemplai pareille splendeur : la quintessence de la beauté de la femme et de celle de la panthère réunies en un seul être en une alliance superbe. Tandis qu'elle allait et venait dans la pièce, sans s'arrêter, mon regard ne pouvait se détacher d’elle.

 

"Vous serez mon homme de confiance et mon écrivain. " me dit-elle soudain en me fixant comme si elle lisait dans mon âme à livre ouvert. Vous me suivrez dans les conseils et à la guerre. Vous aurez connaissance de toutes les découvertes des savants de mon château; ce qui peut intéresser un esprit curieux des sciences tel que vous. "

 

J'étais en effet un esprit curieux des sciences.

 

« Bien sûr vous rédigerez des comptes-rendus de ces divers évènements et écrirez mes lettres. Certes vous ne devrez pas ménager votre peine, mais d'est une vie passionnante que je vous propose. De plus je ferai de vous quelqu'un de puissant et de respecté. Mais ne trahissez pas les secrèts qui vous seront confiés !

 

- Sinon " parvins-je à. murmurer.

 

- Sinon " Et élevant ses mains splendides et les recourbant en un cercle, elle resserra ce piège puissant.

 

Je compris que ce serait la mort instantanée et je ne doutai pas un seul instant qu'il ne se fût pas agi la de menace en l’air.

 

Je lui demandai pourquoi elle m'avait préféré, moi, humble séminariste, pour cet emploi.

 

« Parce que je vous connais bien » me répondit-elle « et que je sais ce qui es en vous » 

 

Avant de me retirer je lui demandai aussi si j'aurais à dire la messe, qui est la première chose à laquelle un prêtre est préparé,

 

« Oui, vous direz certaines messes. Nous verrons cela plus tard. C'est assez pour aujourd’hui ! »

 

Et je la quittai, tandis qu'elle me fit un étrange sourire, pleins de lourds sous-entendus que je ne sus interpréter, et que je ne compris que plus tard.

 

C'est tout abasourdi par les choses que j'avais vues, que je regagnais ma chambre, sans pouvoir analyser si la vie aventureuse que je mènerais dorénavant serait ou non bénéfique pour moi.

 

Mais il ne me vint pas un seul instant l'idée de demander mon rappel à l'évêque, tant j'étais déjà sous le charme envoûtant qui ne devait plus me quitter par la suite, tant que je fus en sa présence.

 

Le lendemain à l'aube, le serviteur qui m'avait été attribué, une sorte de gnome muet et laid, en livrée ridicule, vint me secouer en poussant des sons bizarres, en guise de paroles  qu'il appuyait de mimiques expressives. Je compris que je devais me lever pour aller à la chasse.

 

Chacun de mes réveils durant mon séjour au château vit la répétition, de la même scène. En effet la Comtesse courrait les bois chaque jour, aux premières heures, pour en traquer les animaux, sauf lorsqu'elle guerroyait. Alors c'était d'une autre chasse dont il s'agissait.

 

 Mais la Comtesse ne pouvait se passer de ce jeu cruel. Elle y prenait un plaisir bestial. Et elle désirait que je l’accompagnasse.

 

Dès le matin dans la cour du château, au milieu des invités, des piqueurs, et des dogues vociférants, elle respirait le contentement, allant et venant sur son cheval noir qui piaffait d'impatience. Son teint était coloré et ses yeux brillaient encore plus que d'ordinaire, avec un éclat insoutenable, et elle ouvrait de temps en temps sa bouche à la mâchoire féroce. Je me réjouissais de sa présence et de son extraordinaire vitalité.

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Published by Michel Dubat - Fantastique, Dark, femme panthère, Horreur

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