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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

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Articles avec #sardonica ou la comtesse-panthere (nouvelle))

Sardonica (18)

Lorsque je me levai à l'aube, jamais je ne vis chose plus extraordinaire que cette troupe déjà en ordre dé formation, s' agitant et bruissant sous le soleil naissant.

 

Formidable et terrible armé, plus importante peut-être que celle d'Hannibal, avec, comme la sienne ses régiments d'éléphants encarapaçonnés de métaux luisants, armés d'éperons terribles, portant des guerriers dans une sorte de petite fortification sur leur dos. Ces éléphants devaient produire un effet de terreur sur les ennemis qui les rencontraient. Ceci pour deux raisons et par leur masse énorme, et par le fait que ces ennemis n'avaient n’avais vu pareils animaux qui vivait habituellement sous d'autres climats.

 

Lorsque vieux moine, je me muets à écrire ceci, ma mémoire semble se déployer en ondes, comme une eau, et les choses par vagues me redeviennent sensibles. Je revois les moindres détails de ce départ pour la guerre avec les chevaux harnachés hennissants, les âcres odeurs, les visages des guerriers farouches sachant qu'ils ne reviendraient peut-être pas de ce voyage belliqueux. Je revois même de tout jeunes gens blancs de peur sous les harnais, pour qui sans doute c'était la première expédition, trembler dans le pâle matin....

 

Et Sardonica fière, terrible, et les yeux luisants comme des brasiers, contemplant sans tressaillir, les traits figés, cette nuée d'hommes en campagne et ce paysage.

 

Puis le soleil commença à éclairer les collines ocre qui semblaient comme provenir d'un autre monde que le notre, sauvage où toute vie était brûlée.

 

« En avant ! »  Cria Sardonica. Et l'ordre fut répercuté par les officiers, courant en un frémissement le long de l'amenée á l'arrêt, comme une onde sur une colonne vertébrale.

 

Le gigantesque monstre articulé s'ébranla. Lâché dans les pays í1 ne connaitrait ni sentiment ni morale, mû seulement par son ordre et sa logique intrinsèque. Gâre à ceux qui se trouveraient sur son passage !

 

Nous parcourumes, durant des jours et des jours les bois et les campagnes, les plateaux dénudés. Nous ne rencontrâmes plus âme qui vive dès que nous fûmes en terrain adverse ; alors que nous pouvions quelquefois trouver encore la table míse et la fumée sortant du toit. Même les animaux semblaíent fuir à l'approche de cette sauvage armée comme mus par une secrète prescience.

 

Cependant, parfois, dans 1e lointain, sous croyions voir des gens qui nous observaient, saus doute pour renseígner l'ennemi et des chevaux. Ils disparaissaient aussitôt que nous faisions mine de nous diriger dans leur direction.

 

Mais ils ne pouvaient qu'aller rendre compte à ceux qui les avaient envoyés de l'immensité de l'armée qui  était en face d'eux et de 1a difficulté de 1a vaíncre.

 

Parfois aussi une eieílle femme était eacore 1à, assise sur une pierre dans ses vieux vêtements rapés. On l'avait laissé parcé qu'elle était une bouche inutile à nourrir et qu'elle ne pouvait plus se trainer, en pensant que sa mort ne serait que de peu avançée. Elle aussi n'était peut-être pas désespérée d'en finir avec cette víe qui ne lui avait jamais rien apporté et qui lui apportait encore moins aujourdh’ui.

 

Mais les cavallers passaient tranquilles en lui jetant un regard impavide. Ils n'avaient nulle intention de 1a tuer. Elle était condamné à nourrir lentement abandonnée de tous et même d'elle-même. Elle avait trop vécu 1a vieille !

 

Et moí, et moí? Je chevauchais au côté de Sardonica très fier d'être son clerc et ne craignant ríen qui puisse m'arriver. Nous étions entourés de ses panthères qui allaient et venaient autour de nous, montrant les dents dès qu'un inconnu d'elles essayait de s'approcher.

 

Je pouvais voir sur son visage sa perplexité face à cet enaemi insaissisable. Ils ne pourraient reculer indéfiniment. I1 faudrait bien qu'ils livrent bataille un jour !

 

Nous arrivames en vue de la première des cités fortifiée de l'ennemi, brillante sous le soleil, aggrípée avec une incroyable audace à un éperon rocheux de la montagne, au-dessus du vide. Elle avait été construite par un ancêtre pillard du Baron de Stabilian sans doute pour mieux détrousser les voyageurs et les pèlerins.

 

Je fis part à la Comtesse -non sans quelque naïveté peut-être- de la grande difficulté d'enlever ce nid d'aigle, ce qui cependant s'avérait indispensable, car il contrôlait une des rares routes d'accès aux terres de nos adversaires.

 

« Nous avons déjà fait le nécessaire » me dit-elle un peu narquoise. Et la colonie continua d'avancer sans qu'apparemment celà entraîna quelque réaction visible des habitants de la forteresse.

 

Chose curieuse, les lourdes portes étaient grandes ouvertes et les deus sentinelles censées les garder semblaient etre écroulées dans un coin. Tandis que nous approchions au petit trot, mon cheval frissonnait d'inquiétude. La tenue de ces deux guerriers paraissait à peu près intacte, mais leurs visages sous les casques semblaient dévastés et les mouches et la vermine se disputaient leurs yeux, seule chose qui apparaissait encore quasiment vivante.

 

« Ne les touches pas ! » me cria Sardonica. Je n'en éprouvais aucune envie. Ils étaient pétrifiés là, les armes à leurs cités, vaincus sans combattre par un ennemi qu'ils n'avaient pas vu venir.

 

Nous pénétrâmes craintivement dans la Cité. Tout n'était que silence morne et dévastation. Ça et là des corps surpris dans les positions les plus diverses, en putréfaction, rongés. On en trouvait même dans les échoppes, au milieu des marchandises qui pourrissaient.

 

On pouvait se rendre compte à leurs attitudes qu'ils avaient tenté d'échapper à la mort, et qu'au-delà de la vie ils criaient encore leurs dégoûts de la mort. Une puanteur effroyable, à faire fuir un porc emplissait ces lieux.

 

Par vagues les soldats entraient à l'intérieur de l'enceinte et la stupéfaction et l'incrédulité se lisaient aussitôt sur leurs visages...

Soudain, sorti d'on ne sait où, apparut 1a seule personne encore vivante du Fort, aussítôt entourée par un cercle de spectateurs surpris et curieux d'en savoir plus. C'était un bon gros marchand que j'avais déjà rencontré au Palais de Sardonica. Il y venait parfois vendre des étoffes chatoyantes, venues par caravanes de 1'Oríent lointain, aux Dames nobles et aux riches bourgeoises. --- Gonflé comme une outre de vin, i1 était curieusement emballé dans une tenue bouffante décorée de riches motifs.

 

I1 salua Sardonica avec une dévotion un peu outrée. Elle 1e regardait de ses yeux verts où jouaient légèrement et le mépris et l'ironie. Je coimnençais à comprendre 1e rôle de cet immonde personnage. ...

 

« J'aí fait ce qu'il avait été convenu. » dít-í1, «J'aí empoisonné les puits la nuít lorsque tout 1e monde dormait»

 

« Tu seras payée »  rétorqua-t--elle,  « ne crains rien »

Elle lui fit remettre par l'un de ses commis un énorme sac d'or. I1 se perdít en remerciements tandis que ses yeux brililaient de convoitise. Elle donna un ordre sec à quelques soldats et l'on vít 1a physionomie et 1'attítude du marchand changer à vue d'oeí1. « Accrochez le à un poteau ! » et se tournant vers 1e marchand qui se cramponnait rídículeusement au sac comme un nauffragé à un morceau de bois elle ajouta: « Tu pourrras ainsi admirer ton or plus à loisir » et sans un autre regard elle le laissa là.

 

Nous ne trouvâmes aucun autre vivant dans 1a forteresse.

Et ayant pris bíen garde de ne rien toucher, nous repartimes au pas de nos chevaux...

 

(A suivre)

 

 

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SARDONICA (17)

 

Bien sûr, la guerre que nous fîmes reste presqu’intacte elle aussi enfouie dans ma mémoire. Ce fut une guerre affreuse, totale et sans pitiés pleines d'horreurs à vous faire lever la nuit en gémissant au milieu des cauchemars.

 

Je me dotais que cela finirait par arriver, puisque je connaissais les buts auxquels Sardonica se préparait depuis toujours. Mais je m'étais habitué à oublier cette éventualité et m'étais installé dans un relatif confort et une certaine quiétude.

 

C'est par un jour des plus ordinaire que Sardonica me convoqua à ce sujet. Elle avait le front soucieux et semblait réfléchir quelque chose de lointain.

 

« Tous les états qui nous entourent sont en train de se coaliser ; ils finiront bien par nous attaquer. Nous devons réagir avant que nous n'ayons leur tenaille autour de la gorge, sinon nous sommes perdus. »

 

-« Comment en sont-ils venus à s'allier, eux si ennemis les uns des autres ? »

 

Je savais en effet que par ses agents Sardonica faisait tout pour entretenir la zizanie entre eux et qu'elle y parvenait fort convenablement. Elle plongea son regard vert où brillaient mille colères dans le mien « Je pense que quelqu'un au Palais les renseignent.... Je découvrirai bien qui il est. Alors i1 ne vivra pas bien longtemps. »

  

« Mais maintenant nous sommes prêts » ajouta-t-elle en changeant de ton. « Et ils verront ce qu'il va leur en coûter de s'attaquer à la Comtesse Sardonica. Ils vont de quelle qualité est le sang qui brûle dans mes veines !! »  

 

« Tiens, regarde, je vais te prouver que ce ne sont pas de simples idées que je me mets en tête ».

 

Et élevant ses mains au-dessus d'une vasque d'eau claire qui se trouvait dans la pièce et la fixant intensément elle fit prgressivement apparaître une image un peu vacillante et de plus en plus nette.

 

Et je vis rassemblés autour du Duc de Prochilian, général renommé et maintes fois victorieux, les seigneurs de tous les pays ennemis. Et je les entendis discuter aprement de la meilleure façon de nous vaincre. Sardonica souriait étrangement à leurs propos qui semblaient incroyablement vains.

 
« Tu ne m'as pas encore battu, petit Baron » répliqua-t-elle à l'un qui avec beaucoup d'outrecuidance exposait  comment réduire cette putain” en deux           jours. ».
« 
Je t'étranglerai de mes propres mains, pauvre vantard ! »
.

Elle retira ses paumes d'au dessus 1a vasque, diminua l'intensité et la concentration de son regard : l'image s'enfuit peu à peu, et bientôt on ne vít plus ríen sur l'eau....

 

« -Quand partirons-nous ? » demandais-je la voix un peu blanche.

« Nous ne pouvons plus attendre. Nous partirons demain aux premières lueurs du jour. Nous allons prévenir  les chefs militaires dès cette nuit pour qu'ils mobilisent  l'armée et nous marcherons sur nos ennemis que nous défairons».

  

Sardonica avait un air sombre et semblait plus se parler à elle-même qu'à moi-même. Je pris rapidement congé d'elle et je décidai d'aller trouver Sonia pour lui expliquer la sítuatíon. Je ne pris point garde de savoir si, je serais vu des habitués du château tant mon émotion était profonde de quitter ma Belle.

 

Je frappai à la porte de sa chambrette le signal que nous avions convenues, quand  nous aurions besoin, l'un de   l’autre et que nous ne  devions utiliser qu'en cas d'extrêne urgence.

 

Elle m'ouvrit blanche d'émotion et de frayeur se demandant, ce qu'il pouvait bien se passer. Elle comprit víte . « C'est la guerre ! » J’opinai, sans rien dire: nos esprits comuniquaient merveilleusement et se comprenaient silencieusement.

 

Elle baissa la tête sérieuse:  « Je savais bien que tu partirais un jour, et que tu mourrais peut-être, c'est ta destinée. C'est la mienne de ne pouvoir bien longtemps être heureuse. ».

 

Je revois encore ses puvres lèvres crispées qui ne souriaient pas, tandis que ses yeux illuminés continuaient à sourire eux malgré tout avec une lueur brillante là-bas quelque part dans le fond, ouverture lumineuse sur son âme.

 

« Je ne t’oublierais pas, je t’assure, même si tu devait mourir ».

- Mais je ne suis point encore mort et je reviendrai !

« -Je l'espère  bien que tu reviendras » me répondit-elle en m'écrasant la main et en m'étreignant.
« 
Je l'espères bien »

«- Et alors nous partirons ensemble. »

«  - 0n dit toujours que l'on veut partir et l’on reste ! » 

« -Nous partirons ensemble et nous vivrons ensemble, ailleurs ! »

 

J'avais l'impression qu'elle avait le coeur brisé et je n'insistai pas.

« Te battras-tu toujours à ses côtés ? »

« - Probablement. Je suís toujours à ses côtés dans la Paix. Il en sera ainsi sans doute dans la Guerre. »

« - Et tu courras et le risque de ta vie et celui d'etre damné pour 1a Comtesse ínflernale. ».

 

Je baissai la tête sans répondre: Sonia avait décoché une flèche juste à l'endroit sensible.

J'aimerais encore assez mourrír aux pieds de ma reine pour son service, lui ayant donné jusqu'à ma vie pour preuve de mon amour insensé et dévorant comme un feu.

 

«Je saís bien qu'elle t'a envouté  » me dit Sonia en me passant son doigt sur son front qui s'était mis  à se plisser.

 

« Je ne t'en veux pas trop. Mais si seulement c'était une autre femme !  Je ne serais que jalouse... ».

 

Il me gênait  avec elle d’aborder ce sujet et de connaitre le vraí fond de mon âme où se débattaient des sentiments contradictoires comme des poissons noirs dans un bosal dansant une danse infernale et tentant de s'entredévorer furieusement.

(A suivre)

 

 

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SARDONICA (16)

 

Il est un épisode de ma vie dont j'ai conservé parfaite souvenance. Mais comme j'en ai terriblement honte, j'ai volonté de le cacher. Il est indigne de mon état de moine.

 

Mais je dois l'avouer pour la complète narration de mon histoire, et pour que l'on sache jusqu'ou je descendis dans l'abîme de l'infâme, et dans l'infidélité à ma religion. Pour que l'on me comprenne et que l'on me pardonne. Tout homme est pêcheur et soumis aux tentations. Et en ce me concerne on conviendra qu'il s'agissait d'une particulière tentation qui eût pu éprouver âme plus solide que la mienne, alors que je n'étais qu'un jeune séminariste lorsque l'on me lacha dans cette antichambre de l'enfer...

 

Un sombre soir d'hiver, alors qu'il neigeait au dehors et que je lisais un livre au coin de la cheminée auprès de laquelle je me pelotonnais précautionneusement, Sardonica frappa lourdement ma porte. Elle entra soudainement, entièrement vêtue de fourrures, de la tête au pied. Le froid du dehors rosissait son visage. Elle me dit d'un air impérieux : « Tu vas enfin participer à ta première messe ici. »

 

« A cette heure-ci Madame ? Mais il est près de minuit ; ce n'est pas l'heure de la messe. »

 

Elle sourit mystérieusement. «  Ici C'est l’heure de la messe. »

 

Je la suivis, sortis dehors et rejoignis un cortège, tout de noir vétu, où je reconnus des  figures familières de l'entourage de Sardonica, mais habillées comme si i1 s'agissait d'un clergé particulier.

 

Sardonica munie d'une sorte de sceptre d'Or prit la tête en me tenant, intimidé, par la main. Les cloches tintaient lugubrement dans la nuit lourde. J'étais rempli d'angoisse et je contemplai par en dessous la mine sombres des officiants complètement métamorphosés.

 

Notre procession parcourut les rues autour de l'église en chantant d’étranges chants latins dont je ne comprenais point la signification. Mais je devinais qu'ils célébraient la gloire du Tout-puissant, mais du Tout-puissant Noir, de Satan pour tout dire.

 

Nous ne rencontrâmes qu'un homme au cours de notre marche, mais il s'enfuit bien vite et disparut terrorisé.

 

Nous devions en effet faire peur à voir avec notre ferme détermination et notre air terrible. Enfin nous arrives à l'église du château.

 

Jetant un oeil aux motifs qui ornaient les murs, je me rendís compte qu’ils étaient en fait fort dissemblables de ceux qui ornait les églises ordinaires, avec d'autres sculptures assez horribles à voir, et, d'autres symboles ínconnus de moí.

 

Nous pénétrâmes par la grande porte par laquelle jaïssaít une violente musique étrange et saccadée que je n'avais jamais entendue. Je trempais, comme les autres, ma main dans le vaste bénitier et fit un signe de croix à l'envers, comme je le vis faire à Sardonica. A ma profonde surprise c'était du sang frais qui se trouvait daas 1a vasque et j'en répandie une petite tache sur mon front. Me tenant toujours par la main, Sardonica me mena à l'autel brillamment illuminé de lueurs tremblottantes.

 

A 1a place du Christ, un  superbe Satan taillé dans un corps noir, un Satan grimaçant et triomphant avec à la main un sceptre d'Or, juché sur uze boule d'Or qui devait représenter notre monde et qu'í1 foulait aux pieds dédaigneusement. Tous nous nous agenouillâmes  devant le Prince des Enfers pendant que mes compagnons psalmodiaient des incantations magiques.

 

Mon oeil stupéfaít allait de Sardonica à la représentation du mon. Il avait la même grâce allongée, une queue comme elle-même,  les mes mains fines et vigoureuses pour saisir comme un piège d’acier,et ce quelque chose d'indiciblequi lui donnait même expression.

 

Sardoníca semblait ímpressionée, pour la première fois de sa vie, et les larmes aux yeux, elle balbutiait des paroles incohérentes: « O toi Grand Prince Noir des Ténèbres. O Toi Divin Prince… », puis elle se releva pour diriger l'office qui allait se dérouler.

 

Je compris víte que j'étais le premier concerné par cette cérémonie. On ne fit revêtir un habit noir d'impétrant, un peu comme celui des autres que lon tira d'un réduit. Et Sardonica me mit face aux autres réunis en cercle autour de l'autel. La lueur des cierges faisait ressortir leurs faces blanches et lugubres.

 

Elle fit une sorte de discours : la résonance des voutes donnait un plus grand pouvoir encore aux sons de sa voix et me terrorisait.

 

Elle me présenta au demi-cercle noir et déclara que j'avais bien secondé le Grand Prince Noir jusqu'à présent en différentes occasions, que je faisais partie de ses officiers, mais qu'aujourdtui j'allais entrer dans le clergé secrêt de ceux qui participent à son culte et communient avec son esprit. Passer du matériel au spirituel en quelque sorte.

 

Sardonica me fit agenouiller devant elle, baiser son sceptre représentant une patte griffue de panthère et jurer trois fois que je lui obéirais fidèlementen toutes occasions, ainsí qu'à Satan; pour sa plus grande gloire.

 

 

Je jurais ce que l'on voulut comme dans un état second, n'ayant plus aucune force pour résister, mais me rendant cependant très bien compte de ce que je faisais.

 

« Mes frères » interrogea Sardonica «désirez vous du frère Dimitri en votre glorieuse Société ? »

 

« - Oui, nous le voulons ! »

 

« - Croyez-vous que 1e frère Dímitrl servira bien notre Eglíse des Témèbres, fidèlement et en tous lieux ? »  

« - Oui, nous le croyons ? » 

 

Elle me posa les mains sur les épaules, me regardant droit dans les yeux de son regard insoutenable.  « Je te déclare entré dans le clergé de Satan. Tâche d'en être digne. »

Et elle me donna l'accolade en m'embrassant. Je me relevai et tout le monde entonna 1e chant à 1a gloire de Satan, divin Maître de l'Obscur et des Ténèbres.

 

Je me trouvais donc moí - Pretre de Dieu -à être passé dans le camp des forces du Mal, et, sans grande résistance... C'était difficile à croire, et tout ceci pour l'amour de Sardonica et peut-être aussi poussé  par mon orgeuil et ma volonté de domination sur les autres.

 

Et nous retournâmes en procession, en chantant, à nos demeures respectives, les gens semblant prendre bien garde à ne point se montrer. Alors que j'arrivais chez moí, Sardonica me murmura à l'oreille: « Je compte faire de toi le Grand Evêque Noir, celui qui commandera à l’ensemble de mon clergé. »

 

J'étais tout abasourdi par cette révélation, moi qui n'avais jamais su exactement jusqu'alors quels étaient lez desseins de Sardonica à mon égard.

 

Et je compris pourquoi elle m’avait choisi dès le séminaire avec tant de soins. Le Grand évêque noir; chef spirituel du clergé infernal....

 

Cette nuit là, je m'endormis avec un sommeil lourd et peuplé de rêves.

 

Je me voyais sur un trône d'or en évêque noir, tantôt faisant des chose extraordinaires, et tantôt endurant de grandes souffrances.

 

(A suivre)

 

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Sardonica (13.2)

 

 

…/…

Enfin arrivèrent les ambassadeurs étrangers, certains venus de très loin, avec toutes sortes de costumes qui surprenaient par leurs étrangetés. Tous souhaitaient prospérité à la Comtesse et saluaient le jour béni de sa naissance. Et ils lui remettaient un splendide cadeau : de l'Or, des pierreries. L'un vint même lui apporter un magnifique cheval qui caracolait dans la salle, surpris de se retrouver au milieu de ces gens bizarres et de ces lumières.

 

" Je te le donnerai » me dit Sardonica en me regardant avec un regard langoureux. " Je sais que tu aimes le blanc. Moi le préfère de beaucoup le noir; il convient mieux à mon teint ajouta-t-elle avec une certaine ironie.

 

Le maître des cérémonies, de pourpre éblouissante vêtu, de pied en cap, frappa un gong immense de cuivre luisant qui retentit puis résonna longuement en décroissant, annonciateur de mystères…

 

Et le spectacle commença. D'abord un orchestre s'avança , suivi de danseurs et de danseuses en costumes du Pays qui mimèrent allègrement des scènes paysannes relatant les différentes saisons des récoltes ou de la vie.

 

Pendant ce temps, alors que nous étions assis sur des divans recouverts de magnifiques étoffes, on commença à nous apporter de la nourriture sur des tables basses : pièces rares et délicates, viandes di venaisons relevées d'herbes subtiles et sauvages, dont on avait seulement choisis les meilleurs morceaux.

 

Des jeunes filles, toutes jolies et habillées pareillement d'un tablier noir et d'une robe blanche vinrent nous servir leu vins les plus renommés.

 

Parmi elles, essayant le plus possible de passer inaperçue, Sonia. Parfois elle me frôlait. Je sentis même son souffle sur ma peau et le rayonnement de sa chair. Nos regards se croisaient, mais mous faisions semblant de ne point nous connaître. Troublante et difficile chose en vérité ! On voyait combien elle était malheureuse de ne point pouvoir me parler ni me toucher. Tandis que moi je m'inquiétai de savoir si le fin regard de Sardonica, perçant au-delà de toute imagination les voiles de la conscience humaine, ne pouvait cet instant découvrir notre secret manège.

 

J'en tremblais surtout pour Sonia. Je tenais de plus en plus à elle, fleur délicate et fragile du jardin de ma vie, poussée soudain au milieu des mauvaises herbes, sans que l'on sut pourquoi. Sans notre rencontre mon coeur serait resté une pierre desséchée que rien n"eût jamais touché.

 

Des jongleurs jaillirent d'un côté de la vaste scène comme une trombe colorée. Ils maniaient les sabres avec une telle dextérité qu'il eût suffi qu'il y eut un écart d’une fraction de seconde dans l'exécution de tel mouvement pour qu'i1 puissent gravement blessés, voir même tués.

 

Sardonica distraite en ce qui concernait les danses, suivait ici avec un intérêt extasié ; le même intérêt d'ailleurs qu'elle éprouvait pour tout ce qui pouvait promettre larmes, deuils et sang, causes de jouissance pour elle. Parfois même elle approuvait par de doux glapissements les morceaux particulièrement risqués des artistes.

 

Puis un moment extraordinaire que ma mémoire garde à jamais enfoui, comme un trésor enchâssé.

 

Au son d'une musique singulière à nos oreilles, venue d'un 1ointain pays, arriva noblement accroupie sur un carré d'étoffe rouge, placé sur le dos d'un éléphant, une fille splendide de grâce et de beauté. Elle était complètement nue, recouverte seulement d'un voile de gaze qui la nimbait plus qu'il ne la dissimulait.

 

 

Quel joyau unique irradiant sa lumière !

 

(A suivre)

 

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Sardonica (13.1)

 

Puis ma vie continua avec ses activités païennes, les jours ressemblant aux jours chasses, jeux de cartes, cabarets et la poursuite de mes amours heureux quoique fragiles avec Sonia. Bien sûr je continuais de remplir le rôle de secrétaire de Sardonica.

 

Je pouvais croire que comparativement à ma vie de moine d’autrefois j'étais un homme heureux.

 

C'est curieux, mais sur la mer assez  floue de ma mémoire, après tout de temps, des événements saillants surgissent cependant. Ils saut comme des vaisseaux aux: voiles d'or, poussés par des alizés parfumés, apparaissant à l'horizon pour se rapprocher peu à peu.

 

Par exemple je revois la fête que Sardonica fit donner pour l'anniversaire de sa naissance. Jamais je ne vis ni n'entendis parler de pareille fête, excepté peut-être dans les contes les plus fantastiques.

 

Deux messagers de la Comtesse, s'annonçant à sons de trompettes, vinrent spécialement pour m'inviter. Ils étaient porteurs d'un parchemin munis de rubans et du sceau sur lequel figurait la fameuse panthère stylisée qui ricanait férocement. Le texte précisait la date de l'anniversaire mais, est-il besoin de l'écrire, ni la date de naissance, ni l'âge de Sardonica.

 

Le soir venu, je revêtis mes plus beaux habits, superbement ajustés, faits du drap de la meilleure qualité qu'il fut possible d'imaginer. Je me faisais confectionner mes costumes par le Premier tailleur du Comté. Il éprouvait pour moi une sorte d'affection, pensant que mon jeune corps était le plus beau modèle sur lequel  son Art de dentelles et d'étoffes pouvait s'épanouir. Il se réjouissait aussi à l'idée que ma personne circulant dans le Palais était la vivante incarnation de son talent.

 

Et je me rendis aux réjouissances.

 

Que l'on excuse d'un vieux moine la fatuité alors que sue peau n'est plus que la peau d'une vieille bote qui sent l'approche de la mort, et qui se revoit tel qu'il était alors,, splendide et fringuant, le sang pulsant à jets puissants sous la peau, et désirant mordre la vie à pleines dents. A pleines dents. Je n'ai plus aujourd'hui de dents et ne saurais plus mordre ni dans viande, ni dans fruits, ni dans chairs exquises de femme.

 

Je m’imagine encore montant, troublé et fier les marches du grand escalier. Des gardes disséminés partout croisaient les lames à mon passage comme à celui d'un haut dignitaire, que j'étais d'ailleurs réellement.

 

Et à l'extrémité de la longue salle de marbre que je devais traverser de bout en bout:

 

SARDONICA !

 

Sardonica la magnifique sise sur un siège d'Or décoré de panthères, comme son blason, avec à ses pieds huit magnifiques panthères s'étirant langoureusement, en faisant luire leurs crocs saillants. Elles vinrent me faire fête.

 

Sardonica rayonnait superbement enveloppée dans sa robe chatoyante et sauvage. Cette robe découvrait ses bras nus et ses cuisses admirables qui comportaient par derrière des muscles saillants et tentateurs.

Ses pieds effilés étaient chaussés de fins escarpins revêtus d'une feuille d'or. Son regard comme sorti d'un pierre précieuse verdâtre ou d'une eau profonde pénétrait jusqu'à vous par touches successives. D'une simple indication de ce regard et d'un léger geste du menton elle m'indiquait que je devais m'assoir à ses côtés, à ses pieds plutôt, sur un fin pouf posé là sans doute à dessein. Et le tombai plutôt que je ne m'assis, le nez et la bouche presque sur ses jambes, ce dont elle devais se douter. Je pouvais en respirer le parfum sourdrant de la peau.

 

De temps à autre elle jetait vers moi un coup d'oeil ardent et amical qui me ravissait d'aise. Que n'aurais-je fait pour ses yeux impérieux qui me laissaient sans aucune force de résistance ?

 

Un à un vinrent la saluer et en même temps me saluer leu dirigeants du régime. Le maréchal des armées dans son indescriptible uniforme chamarré, pleine de plumes et de dentelles; le Président de la Justice, en réalité simple intermédiaire entre la Comtesse et le Bourreau. Le Chef de la Garde Personnelle qui s'assit à peu de distance, s’assurant  immédiatement que tous ses hommes étaient en place. Le Chef de la Police avec l'air sournois et soupçonneux, surveillant tout le monde dans le royaume, et à ce qu'il parait fort doué pour extraire grâce à des tortures nombreuses et variées une foule de renseignements d'un accusé par nature pou communicatif.

 

On racontait des choses horribles sur certaines salles basses situées dans les locaux de la police, avec accrochés aux murs leurs outils barbares qui servaient à griffer,à arracher, à stranguler...

 

Puis vinrent plusieurs chefs aux armées avec leurs différentes tenues et insignes suivant les corps plus ou moins renommés auxquels ils appartenaient. Le rituel était immuable: ils s'agenouillaient profondément;: Sardonica inclinait sa tête splendide faisant luire sa chevelure dorée, avec parfois un petit sourire plus on moins appuyé selon que l'intéressé était plus ou moins bien en cour.

 

Ces degrés divers de considération étaient aussitôt commentés par les spectateurs et appréciés par ceux qui les recevaient avec une très grande précision..

 

 

 

…/…

 

 

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Sardonica frappa à la petite porte adossée à la paroi en se servant d'un lourd marteau représentant une tête de panthère. Un trou noir s'ouvrit dans l'oeil de l'animal et quelqu'un regarda au travers. " Qni va là ? " cria une voix.

 

- « Ta maîtresse, la Comtesse Sardonica " répliqua le chef des gardes.

 

Et la porte s'ouvrit lourdement comme si on allait entrer dans la gueule des enfers. Aussitôt une bouffée d'âcres puanteurs vous envahissait la gorge. Ça et là, réverbérées par des métaux luisants et des verres bizarres, d'étranges lueurs sourdraient. Une crainte étrange vous gagnait, la crainte des choses dont on prescient l'existence mais que l'on ne désire pas connaître.

 

Une secrète jubilation semblait animer le visage de la Comtesse qui me parut soudain les traits découpés par la lueur d'un fanal. Et la lumière fit jouer les éclats de ses yeux comme ceux d'une pierre translucide.

 

Elle posa sa main sur la mienne et m'enfonça légèrement ses ongles dans ma chair, elle me chuchota à l’oreille, tandis que je sentais son souffle sur moi : « Tu as peur, hein,? »

 

En effet j'étais glacé et je me mis à frissonner. C'est presque la pression de sa main et le poids de son corps qui m'obligèrent à entrer. Seul, je crois que j'aurais fui.

 

Les savants, leur chef à leur tête, vêtus de noir et la tête couverte d'un curieux petit chapeau noir se précipitèrent à notre rencontre, empressés et vils.

 

Ils firent mille courbettes à Sardonica. Ils baisèrent même le rebord de sa jupe.

 

Elle leur répondit aimablement, mais avec une certaine hauteur cependant. Elle leur déclara qu'elle attachait un grand poids à leur aide pour le triomphe de sa cause et l'extension de son Empire.

 

Le chef des savants, qui se nommait « Primus », m'avait pris affectueusement le bras. Il me parlait à l'oreille en me soufflant son haleine fétide dans le nez. I1 m'expliquait les beautés de la Science et les jouissances que l'on tire de ses découvertes. Il louait que Sardonica eut consacré des sommes importantes dans le passé pour leurs travaux. Il ajouta qu'elle avait été payée au centuple, sans me préciser pourquoi. A son air entendu, je devinai qu'il y avait là quelque mystère.

 

Nous suivions des dédales de salles, remplies d'instruments bizarres, et de feux qui rougeoyaient. Il semblait exister une hiérarchie dans les personnes que nous rencontrions. D'abord les savants, avec leurs chapeaux pointus et leur air sournois, ensuite leurs aides à la tenue plus commune de gros drap gris, et enfin à demi couverts de haillons, surveillée du coin de l'oeil, ce qui semblait être des esclaves. Ils traînaient un lourd boulet attaché à une chaîne qui enserrait leur cheville. Ils avaient l'air résigné et misérable tout à la fois.

 

" Qui sont-ils, Comtesse ? " demandais-je.

- « Ce sont des captifs que nous ramenons de nos expéditions en terres lointaines et que nous réduisons en esclavage. » me répondit-elle d'un ton banal. « Nous en avons ici plusieurs centaines ; ils servent à tous les travaux. D'autres sont utilisés dans les mines de sel et du " minerai rayonnant ».

 

Toutes sortes d'animaux servaient aux expériences. D'immondes rats aux yeux brillants. «  Ils sont extrêmement intelligents » me fit remarquer mon guide, «  et douer d’une énorme faculté d’adaptation. Ils survivront  à l’homme et deviendront les maîtres de la planète » ajouta-t-il sérieusement. Oiseaux de toutes couleurs et de toutes formes ; ours lourdauds. Et singes d'une espèce particulière.

 

- « C'est l'animal le plus proche de l'homme, c'est pourquoi nous l'utilisons beaucoup. Ce qui s'applique à lui s'applique à nous la plupart du temps. »

 

Effectivement j'observai sur des rochers grisâtres une famille de gros singes. Dans la façon dont le père tenait son enfant je reconnus une attitude profondément humaine. C'était saisissant !

 

" Nous n'avons encore pas vu le plus étrange et le plus secret " mie dit Sardonica.

 

Nous descendîmes par un escalier dans les profondeurs. J'appris alors que sous la Cité des Savants existait une véritable ville souterraine avec des kilomètres de galeries qui lui servaient de rues. Dans ces rues circulaient des chariots poussés par des hordes d'esclaves surveillés par des gardes aux aguets. Nous empruntâmes l'un de ces véhicules.

 

" Nous visiterons la caverne de l'Or d'abord " me susurra le chef des savants, comme si il avait été une jeune fille et moi son promis.

 

Le tunnel déboucha sur une très vaste grotte où l'on conduisait par des galeries des charrettes chargées d'un métal très lourd.

« - Qu'apportent-ils ? »  Demandais-je.

 - « Du plomb ! » me répliqua tout heureux Primus

 – « Du plomb ? Pourquoi, Ici Dieu ? »

- « Oh cette impatience et cette pétulance de la jeunesse ! » constata Sardonica en riant, et se tournant vers nous : « tu as le temps d'apprendre, tu me saurais tout engranger à la fois! » ajouta-t-elle.

 

« Je vais vous expliquer » poursuivit Primus.

« Enfin vous allez comprendre vous-même. »

 

Et il me conduisit au pied d'une gigantesque machine. A l'extrémité de celle-ci an introduisait des plaques de plomb. Elles étaient aussitôt happées par une effrayante succion. Les dents invisibles du monstre les broyaient. Puis cet aliment passait au travers d'un dédale compliqué de tuyaux, traversait des feux violents, débouchait dans de vastes cuvettes, se mélangeait intimement à des terres de diverses couleurs. I1 était maintenant en fusion et continuait son interminable chemin le long duquel il était soumis à toutes sortes d'actions avant d'aboutir à une énorme bulle transparente. Il y bouillonnait avec des tourbillons infernaux. De cette bulle surgissait un serpent ondulé, trempant dans une eau qui courait, de la gueule duquel coulait un mince filet de métal continu de métal en fusion dans un récipient.

 

SARDONICA ou la femme panthère (k 11 - 1 )

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Je rencontrais Sonia aussi souvent que je le pouvais; ce qui n'était pas très aisé. Car pour ce faire, il fallait, m’échapper à mes nombreuses tâches auprès de Sardonica. De plus celle-ci semblait faire preuve à mon égard d'une sorte de jalousie captatrice et dévorante. Et elle semblait multiplier les prétextes pour me garder auprès d'elle.

 

Sonia m’avait ait fait découvrir son repaire secret, sorte de petite grotte dont l'entrée était complètement dissimilée par un épais rideau d'arbrisseaux. Ceux-ci filtraient au plus chaud de l'été les rayons du soleil.

 

J'étais le premier être qu'elle avait amené en cet endroit où elle venait méditer sur sa condition. " Car " me dit-elle " jusqu'au jour où je te connus, je n'aimais tant que d'être seule. Au fond je n’éprouvais de confiance pour personne. "

 

Il fallut le croisement de nos chemins imprévu et attendu tout à la fois pour qu'elle changea sur ce point, et qu'elle crut que la vie n'était pas entièrement mauvaise. Moi aussi je me mettais à  apprécier l'espèce humaine et l'existence.

 

Nous nous tenions la main de longs moments, nous regardant amoureusement sans nous lasser. Je revois encore, comme si c'était hier, le fin ovale de son visage, sa peau sans en oublier le moindre détail, et le délié de ses mains et les quelques défauts qu'elle put avoir. Ici un grain de beauté, là une rayure de la peau, là encore une petite cicatrice qui lui restait d'une blessure de l’enfance. Je la contemple encore telle qu'elle était naguère dans sa jeunesse aimable et sérieuse tout à la fois.

 

Car Sonia, quoiqu'elle souriait fréquemment était plutôt grave. Je ne l'entendis rire que deux ou trois fois au cours du temps que nous passâmes ensemble. Même alors son beau rire clair était un peu retenu. Car elle n'aimait point trop se laisser aller à un certain relâchement. L'expérience de sa jeune mais déjà éprouvée vie lui avait appris que l'existence était chose sérieuse et qu'elle faisait chèrement payer les rares bons moments qu'elle nous donnait.

 

J'appris tout d'elle et du poids des choses. Elle était comme une sorte d'instrument qui rayonnait une délicate musique qui m'enchantait. Même ses silences pour moi étaient remplis d'harmonie et de signification.

 

Parfois, sans trop y croire, nous disions que nous fuirions ensemble et irions vivre dans un petit village rempli de clarté et de beauté simple, et que nous ne nous quitterions plus jusqu'à la mort. Bien sûr cela mous semblait bien difficile. Mais qu'importe, ces instants où nous évoquions notre vie ultérieure étaient doux et bons à nos cœurs !

 

Nous passions des heures ainsi, soit à écouter la voix intérieure de l'autre par une mystérieuse troisième oreille, sans rien dire, soit à parler.

 

Le chant et le frémissement des oiseaux qui devaient ignorer notre présence étaient les seuls bruits extérieurs à notre univers personnel.

 

Un matin je fus invité à visiter la maison des Savants. J’étais initié progressivement aux  secrets du service du Malin, qu'au fur et à mesure que j'avançais dans la confiance de la Comtesse. Je m'étais- muni de gros registres noir où j'aurais à consigner tout ce que le verrais.

 

La Maison des Savants était peut-être la partie la plus secrète du Château-Cité. Il fallait être porteur d'un insigne spécial et être accompagné du chef de la garde particulière pour pouvoir y pénétrer.

 

Sardonica était magnifiquement sanglée dans un uniforme de peau de panthère qui soulignait ses formes souples et fermes tout à la fois. Elle s'avançait à pas balancé, une chaîne d'or et de pierreries scintillante autour du cou.

 

Ne me lasserais-je jamais de la voir et son apparition me surprendrait-elle toujours autant ?

 

Elle posa sa main à griffes sur mon épaule, m'écorchant légèrement au passage. Je frissonnai à ce contact. Elle plongea son regard fascinant dans le mien.

 

« Tu es entré maintenant dans le petit groupe des officiers du Grand Prince Noir, ceux qui connaissent ses desseins et participent à son Grand Oeuvre. Si tu continue dans la voie qui t'est ouverte tu deviendra immensément riche et tu domineras le Monde à mes côtés. Cela ne te serait-il pas agréable d'être toujours auprès de moi pour me servir et pour m'adorer ?

 

Elle me jeta un regard de chatte d'une perversité à me faire fondre sur place. Puis elle me caressa le visage en me faisant un peu mal. " Je saurai te récompenser aussi d'une autre manière, et tu verras que ce n'est pas mince !  "

 

Faire acte d'amour avec la Comtesse Sardonica était bien la chose que je désirais le plus au monde. Mais c'était bien aussi la chose que je craignais le plus, car la Comtesse m'effrayait en un certain sens. De plus jamais je n'avais fait acte d'amour jusqu'à ce jour, même pas avec Sonia lorsque doucement elle me laissait dénouer son corsage, voir et toucher ses seins ronds tandis qu'elle rougissait doucement, sans rien dire, sous les arbres.

 

Nous restions de longs instants silencieux et songeurs, mais je n'osais lui poser la question qui brûlait mes lèvres. Nous attendions, un peu tendus, sachant bien qu'un jour cela arriverait tout naturellement sans que l'on puisse rien. .y faire, et nous ne pensions pas que ce serait mal.

 

(A suivre)

 

SARDONICA ou la femme panthère (k 10)

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Le lendemain matin, alors que j'étais encore tout abasourdi par les révélations de Sonia, Sardonica m'apparut dans une particulière exaltation. Elle me frôla les cheveux et les épaules doucement avec ses mains tout en me regardant d'un air érotique.

 

« Tu me plais !: » " dit-elle tandis due le rougissais crûment comme une jeune fille.

 

« Un teint clair, des cheveux comme de la soie, des dents fines, un corps souple et délié. Il faudra qu'un soir nous ayons quelques explications... » J'étais stupéfait. Quoi pareille personne s'intéresse à moi et me parle si directement ! J'avais oublié que c'était Satan, ange de la perversion qui s'adressait moi. C'était vrai que toutes les préventions que je pouvais avoir contre elle disparaissaient en sa présence.

 

« Car je t'apprendrai à dire une autre messe que celle que les pères du séminaire t'ont enseignée, qui vaut matines et vêpres et qui fait chanter une autre chanson » ajouta-t-elle.

 

 

J'étais très ému et embarrassé. Je ne pus que lui répondre en bredouillant, que nous avions une lourde tache, par exemple que les émissaires avaient apporté un abondant courrier qu'il fallait dépouiller et auquel il fallait répondre de toute urgence.

 

A ma profonde surprise, son expression changea tout aussitôt, comme si quelque force interne s'emparait d'elle. « Oui nous ne devons pas oublier ce que nous avons à faire sur cette terre et quel est notre destin. Nous devons nous employer à déjouer Les plans de nos adversaires ; les ennemis du Grand Prince des Ténèbres, et les défaire. Tu fais bien moine de me rappeler à mon rôle alors que je me comporte comme une sotte femelle en chaleur dont le désir frénétique d'amour obscurcit le jugement. »

 

 

Et parcourant la pièce de long en large, martelant le sol, tantôt elle écoutait la lecture des pièces que je faisais, tantôt elle me dictait avec un débit haché ses réponses et ses ordres.

 

Ma plume courait sur le parchemin avec facilité comme si ma main, n'était que sa main auquel son esprit imposait le mouvement. Et le pouvais ainsi écrire des heures sans aucune fatigue et sans la moindre erreur. Plus même il m'arrivait parfois d'avoir comme une transmission de sa pensée et d'écrire directement des mots qu'elle ne prononçait pas. Jamais je ne la vis, si par accident elle relisait la lettre, modifier de quelque façons que ce fut cette partie du texte.

 

Par instants j'avais l'impression qu'elle prenait possession de mon esprit à mon insu et que je ne devenais que son bras et que bientôt je ne pourrais échapper à son emprise totale. Elle serait en moi et je serais elle. Prêt à tout. Je serais devenu la bête immonde, la créature de Satan, le Prince Infernal.

 

 

L'esprit froid et méthodique de Sardonica avait complètement repris le dessus sur sa sauvage animalité et c'est avec un style glacé et une analyse impeccable de logique et de cynisme qu'elle rédigea pour le Prince d'Orféo une lettre l'invitant à lui, restituer les terres de la Baronnie de Stabilian.

 

Des chartristes besogneux, se basant sur de vieux grimoires Précieusement conservée, avaient tenté de prouver par des chemins obscurs et tortueux que cet héritage était sien.

 

Certes elle eut pu dire : « Je veux prendre... » plutôt que de se lancer dans cette argumentation foireuse. Mais elle tenait à donner cependant cette apparence de légalité pour permettre aux seigneurs voisins du Prinde d'Orféo de rester passifs en feignant de croire qu'elle était dans son bon droit. Le Droit n'est souvent que l'apparence de la justice.

 

« - Et si le Prince ne vous donnait pas la terre ? » 

« - Eh bien, il aurait la guerre. Une guerre totale et sans quartiers, petit clerc ! Une guerre dont il ne se relèvera pas et qui ne laissera que cendres et cadavres. Je le jure, foi de Sardonica »

 

Et elle cracha vilainement au sol en tapant du pied.

 

Elle était vraiment horrible à voir. Sa réalité intérieure ressortait alors sur ses traits qui se crispaient et devenaient hideux comme les gargouilles des cathédrales. On voyait qu'il s'agissait d'une très vieille créature pleine d'une expérience mauvaise, sans la moindre once de sensibilité humaine.

 

«  Il faut cependant faire traîner les choses en longueur, car nous ne sommes pas entièrement prête. Nous devons accélérer le recrutement et l'entraînement de nos jeunes soldats, forcer l'allure de nos ateliers qui travaillent le fer et le cuir. Nous allons faire savoir au Prince que quoique nous soyons dans notre bon droit nous nous rangeons à certaines de ses vues et que nous désirons lui faire d'ici quelque temps une aimable visite de courtoisie pour son anniversaire et discuter avec lui de ces choses. Il préparera ses orchestres et ses bals. Nous amènerons les nôtres et nous verrons bien qui possède les meilleurs danseurs ! .... »

 

Ecrit, clerc, écrit ! Nous serions très honorés  si vous vouliez bien consentir à ce que ... Je le vois baver de désir d'ici.... »

 

Je ne pouvais m'empêcher d'admirer, Dieu me pardonne, ce génie au service d'une abominable cause. De plus en plus je sentais qu'i1 viendrait le temps où il ne serait plus possible de changer de voie. Je le savais et je l'acceptais. Tout plutôt que de quitter cet être délicieux et abominable auprès duquel je goûtais des délectations morbides -!

 

J'avais tant envie de fondre à elle, de me frotter à sa peau aux senteurs sauvages et excitantes tout à la fois, pour éprouver l'amour absolu et diabolique, ainsi que l'on pressentit les alchimistes, les poètes et les fous.

 

 

 

(A suivre)

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…./…

 

Tandis que le jour régulièrement progressait sur la terre, chassant les terreurs et les mystères de la nuit nous marchâmes, moi lui tenant la main, le long des hauts remparts, heureux mais graves.

 

Nous parlâmes de nous, de notre rencontre en ce lieu,

 

Je lui dit tout de mes rapports avec Sardonica et de mon rôle auprès d'elle... Mais je ne lui avouai point que j'en étais amoureux. Encore qu'elle devait le deviner avec son bon sens, et que dans la description que je faisais de la Comtesse cela devait paraître évident.

 

Je racontais même la scène de l'autre soir entre Sardonica et ]es panthères et ce que je trouvais d'étrange à ce comportement. Sonia ouvrit des yeux ronds et entrouvrit la bouche de surprise.

 

" Sardonica n’est pas une vraie femme. Elle est, en fait née du croisement entre une femme, sa mère, et une panthère mâle, son père. Elle a donc hérité certaines ressemblances par son père de la panthère et de la femme par sa mère. Physiquement elle possède les formes de la femme tout en ayant l'attitude de la panthère. Cependant sa queue est une vraie queue, et ses mains presque des griffes.

 

«  Aussi, ne vous étonnez pas qu'elle fait l’acte d'amour avec des panthères. Elle le fait aussi parfois avec des hommes. Peut-être le savez-vous ? » ajouta-t-elle avec un petit air effronté.

 

Tout devenait clair. Mais, au fond, ne pressentais-je pas quelque chose de cette nature depuis longtemps et me refusais-je pas de voir la réalité en face, parce que cela m'arrangeait ?

 

«Tu connaissais rien de cela. ? » questionna Sonia incrédule.

" Ici personne as l'ignore, pas même les paysans. "

- N'est-ce pas une légende que son « père » était une panthère ?

- Non ! Il parcourait la contrée à cheval. Seule sa tète d'énorme chat dépassait de son armure. Avec ses hommes il ravageait le pays. Il dévorait les petits enfants tout crus. C'était sa nourriture favorite, ce qui terrorisait les familles qui avaient de jeunes rejetons.

 

... Il mangeait parfois des adultes, mais c'était beaucoup plus rare, seulement lorsque l'hiver était rude et qu'il ne trouvait plus de gibier. Les plus anciens habitants du bourg se rappellent de cela.

- Quel âge a donc Sardonica ?

- Au minimum cent ans. Car ces témoins rapporte que dans leur enfance, du vivant de son léopard de « père », Sardonica était déjà une jeune fille dont l'apparence physique était sensiblement la même qu'aujourd'hui.

 

- Cent ans d'âge ?

- Oui, on prétend qu'elle détiendrait un élixir d'éternelle jeunesse. On affirme même qu'elle ne saurait mourir.

- Et sa mère ?

- Sa mère était une femme d'une admirable beauté, plus belle qu’aucune aucune femme n’ayant jamais existé, à ce qu'on disait, blonde d'Or de cheveu et pâle de peau. Elle possédait un corps d'une admirable construction. Elle semblait peu faite pour cette terre, et n'y vécut guère d'ailleurs.

 

- Que narre-t-on encore au sujet de la famille de Sardonica ?

- On raconte que son grand-père avait fait un pacte avec le Diable par lequel il avait promis de donner sa fille en mariage à l'être que le Démon choisirait quelqu'il fut. Le rusé Satan n'avait pas précisé que ce devrait être un homme. Il lui envoya une panthère.

 

Peut-être était-ce lui-même qui était venu sur terre sous cette forme ?

 

Le père, prisonnier par le texte qu'il avait signé, ne pouvait plus refuser. Son enfant était si douce et soumise qu'elle accepta le marché. Et les noces de la bête féroce et de la plus belle fille du monde eurent lieu. Le père mourut rapidement de chagrin. ­L'épousée mourut elle aussi en donnant le jour â Sardonica. Celle-ci dès qu'elle fut née se mit à courir dans la pièce telle un jeune animal. Elle passa les premiers mois de sa vie comme un bébé panthère.

 

Je vous ai raconté tout ce que j'ai appris sur ELLE. Pour moi Sardonica est la fille que Satan a faite à une femme pour soumettre et terroriser le monde !

 

Je me mis à fondre en larmes comme un enfant, sous les yeux désolés de Sonia qui s'enfuit. J'avais trahi mon Dieu en menant une vie de turpitude indigne de mon état. J'étais tombé amoureux fou de la Réincarnation du Démon et étais devenu un exécuteur de ses basses besognes, et je participais à ses jeux immondes avec des bêtes.

 

Je me demandais même si , depuis le séminaire, Sardonica ne me tenait pas sous son emprise à. mon insu. Je me rappelai en effet qu'elle m'avait dit le jour de mon arrivée :

 

« je vous connais bien ... »

 

Sans doute qu'elle m 'avait choisi pour ses noirs desseins, car elle savait que mon âme était plus vile que celle des autres et que J'étais prêt à tout pour fuir la vie religieuse pour laquelle 1e n'avais aucune vocation et que je trouvais ennuyeuse comme la mort.

 

 

(A suivre)

 

 

 

 

 

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Je rencontrai Sonia, par hasard, au détour d'un couloir. Elle portait un lourd panier jaune d'osier, rempli de linge, qui faisait pencher sa taille. Elle était âgée d'environ dix-sept ans. Brune, bien faite, elle avait l'ait modeste, franc et honnête. Mon regard croisa le sien. J'eus l'impression qu'elle ressentait comme un léger attouchement qui la fit tressaillir légèrement tandis que sa peau rosissait doucement. Moi-même un secret émoi me troublait. Comme si dans ce monde nous nous reconnaissions et existaient dès l'abord, entre nous, de secrètes sympathies, de mystérieuses correspondances.

 

Puis cette première réaction passée, comme si elle l’avait prise par surprise, elle parut légèrement effrayée de découvrir qui j'étaies réellement. Elle détourna les yeux brusquement et passa son chemin.

 

Je retournai sur mes pas, la suivit tandis que je voyais bien qu'elle était émue et qu'elle respirait avec difficulté. J'eus l'audace qui me parut folle de poser ma main sur la chair frémissante de son bras nu. Elle enleva doucement ma main.

 

« Que me voulez-vous ? » me dit-elle, mi-satisfaite, mi-fâchée de ce que j'aie osé l'interpeller de pareille façon. Je ne savais trop que répondre. " Qui êtes-vous ? " lui demandais-je.

 

Elle se trouvait alors, tandis que son visage entouré par ses cheveux courts, soigneusement coiffés était tout près du mien, dans une encoignure du couloir. Elle me raconta simplement les événements saillants de sa vie. A la suite de la perte de ses parents, elle avait du quitter le village de son enfance. Elle se rappelait encore,avec quelque nostalgie, les rares maisons près de la rivière claire où elle allait parfois se baigner. Elle était venue au château pour gagner de quoi vivre. Elle y lavait et repassait le linge des grandes Dames. Elle ajouta avec une pointe de fierté qu'elle savait aussi coudre et même tisser.

 

Ses propos me semblaient être, après l'artifice de mon éducation religieuse, qui m'avait pourtant parue la quintessence de ce que l'esprit humain peut atteindre, et l'artifice de ma fonction ici au Palais comme l'expression de la sagesse simple et tranquille.

 

Et sa voix que je ne me lassais jamais d'entendre, était comme un bain d'eau fraîche qui me lavait jusqu'aux tréfonds de l'âne.

 

« Laissez-moi m'en aller » me dit-elle soudain. « Je dois porter mon linge tout de suite. Vous allez me faire gronder. « 

 

Et le la laissai aller, lui promettant de la revoir. Elle me quitta toujours un peu impressionnée par mon personnage et mon rôle auprès de Sardonica, avec une gracieuse révérence et un joli sourire.

 

 

Aujourd'hui encore, bien que vieux moine désabusé, aux os gelés, j'attende seulement que la mort vienne me prendre un soir par surprise, ce tableau est fixé dans ma mémoire avec les couleurs fraîches d'alors. Et il est destiné à n'y plus bouger.

 

A quelque temps de là, guettant Sonia au détour du corridor où Je l'avais vue pour la première fois, je finis par la rencontrer de nouveau. Elle parut heureuse de me revoir et me regarda timidement mais résolument. Je lui déclarai, prenant mon courage à deux mains, que je me trouverais à la nuit tombée près de la tour St Clément et que je l'attendrais toute la nuit si il le fallait.

 

 

«  Vous ne devez pas parler comme cela. Ce n'est pas possible ! Vous êtes trop riche et trop puissant. Et que dira votre maîtresse ? »

 

En effet je n'y avais pas songé, mais que penserait Sardonica, si elle apprenait que je cherchais à rencontrer, plus même que l'étais amoureux de cette jeune lingère ?

 

Et Sonia lâcha d'un seul coup ce qui semblait l'oppresser depuis longtemps. " Je n’irai pas. J'ai peur de vous ! tout le monde a peur de vous ici ! : Vous êtes l'homme de la Comtesse!

 

0 cette imprécation que j'avais déjà entendue.

 

Elle parût stupéfaite et contristée de ce qu'elle avait osé proférer et elle s'effondra en sanglots. Le spectacle m'était pénible et le craignais que l'on ne nous surprit.  « Je ne sais trop ce que vous voulez faire de moi «  ajouta-t-elle.

 

« Je comprends vos craintes et ce que vous pensez de moi... Je tacherai de vous expliquer. Je n'ai aucune mauvaise intention à votre égard », répondis-je réellement très peiné. Et je la laissai en sanglots, ne sachant trop que faire pour la consoler; quoique je brûlais d'envie de lui passer mon bras autour du cou et de sécher ses pleurs avec mon mouchoir de dentelles.

 

Effectivement, le soir venu, je me rendis à la toue St Clément et me dissimulai dans un recoin, du mur d'enceinte. Nous étions au Printemps et la soirée était douce. Tout dormait, cependant l'air était rempli de mille bruissements. Jamais l'activité du monde ne cessait...

 

Je me mis à réfléchir pendant les longues heures que je passai seul à une foule de choses au sujet de ma vie, de la Comtesse, de Sonia et de moi-même : destins étrangement mêlés par la grâce d'évènements curieux en un écheveau inextricable et dans lequel je me débattais...

 

 

La Cité fortifiée semblait inquiétante et noire, là devant moi, repliée sur elle-même comme un gladiateur, prêt à fondre sauvagement sur son adversaire. Car il était évident, qu’elle était construite toute entière pour la guerre et la conquête, et que de là partiraient des hordes pour tenter de ravager les pays au moment où Sardonica l'estimerait utile. Ici se tramaient de bizarres choses que je ne comprenais pas toutes, mais que je pressentais et qui ne présageaient rien de bon.

 

 

 

En face de moi, perché à une maîtresse branche d'un gros arbre, un hibou ouvrait ses grands yeux d'Or à la nuit. Des vols lourd de chauve-souris passaient.... Elles semblaient se diriger dans les profondeurs de l'obscurité mieux que nous même dans les clartés du jour. Eux aussi était des créatures des ténèbres et vivaient dans la face cachée du monde.

 

 

" Dormez braves gens, dormez ! " disaient d'heure en heure la patrouille du guet dans la Cité qui se reposait. Les gens dormaient­-ils tranquillement ou leur sommeil était-il troublé de cauchemars ? Se doutaient-ils qu'à cette heure Sardonica arpentait souplement en rond le sol d'une pièce du château, tandis que sa queue de panthère frôlait le sol, préparant de sombres projets et ricanant sauvagement ?

 

Une lueur retentit à l'horizon comme un coup de trompette. La lumière commença sa conquête fastueuse de l'espace. Sonia ne viendrait-elle pas ? Tout n’était qu'illusion. Et c'est seul que le me débattais dans cette vie que le Destin m'avait imposé par la voix de ce vieil évêque radoteur, que je revoyais encore â son bureau, serviteur zélé des puissants de cette terre; et peut-être des forces du Mal.

 

Mais je reconnaissais sa silhouette entre mille formes et le bruit de ses pas entre mille bruits. C'était elle, Sonia ! Elle était enfin venue. En effet bientôt elle fut à deux pas de moi, mais elle ne pouvait me voir. Il était amusant de la contempler dépitée et repentie fouiller la nuit. Je sortis, à sa profonde surprise de ma cachette tel un  diable de sa boîte.

 

" Vous m'attendez encore " me dit-elle, apeurée. " Vous m'avez attendue toute la nuit. Vous ne vous êtes pas trop ennuyé au moins. Je ne voulais pas venir, mais ce fut plus fort que moi. Je voulais savoir si vous étiez encore ici... Il n'est plus possible de fuir cette rencontre que je voulais éviter. »

 

Elle me laissa prendre sa main avec une certaine résignation et le vis que des larmes perlaient de ses yeux. « Toi, tu n'as pas l'amour joyeux » lui dis-je. « Tu ne m’aimes donc pas un peu ? »

 

- Si., mais j'en suis toute remuée." avoua-t-elle d'une petite voix craintive.

 

…/…

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