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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

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Articles avec #eroic-fantasy

 

Je rencontrai Sonia, par hasard, au détour d'un couloir. Elle portait un lourd panier jaune d'osier, rempli de linge, qui faisait pencher sa taille. Elle était âgée d'environ dix-sept ans. Brune, bien faite, elle avait l'ait modeste, franc et honnête. Mon regard croisa le sien. J'eus l'impression qu'elle ressentait comme un léger attouchement qui la fit tressaillir légèrement tandis que sa peau rosissait doucement. Moi-même un secret émoi me troublait. Comme si dans ce monde nous nous reconnaissions et existaient dès l'abord, entre nous, de secrètes sympathies, de mystérieuses correspondances.

 

Puis cette première réaction passée, comme si elle l’avait prise par surprise, elle parut légèrement effrayée de découvrir qui j'étaies réellement. Elle détourna les yeux brusquement et passa son chemin.

 

Je retournai sur mes pas, la suivit tandis que je voyais bien qu'elle était émue et qu'elle respirait avec difficulté. J'eus l'audace qui me parut folle de poser ma main sur la chair frémissante de son bras nu. Elle enleva doucement ma main.

 

« Que me voulez-vous ? » me dit-elle, mi-satisfaite, mi-fâchée de ce que j'aie osé l'interpeller de pareille façon. Je ne savais trop que répondre. " Qui êtes-vous ? " lui demandais-je.

 

Elle se trouvait alors, tandis que son visage entouré par ses cheveux courts, soigneusement coiffés était tout près du mien, dans une encoignure du couloir. Elle me raconta simplement les événements saillants de sa vie. A la suite de la perte de ses parents, elle avait du quitter le village de son enfance. Elle se rappelait encore,avec quelque nostalgie, les rares maisons près de la rivière claire où elle allait parfois se baigner. Elle était venue au château pour gagner de quoi vivre. Elle y lavait et repassait le linge des grandes Dames. Elle ajouta avec une pointe de fierté qu'elle savait aussi coudre et même tisser.

 

Ses propos me semblaient être, après l'artifice de mon éducation religieuse, qui m'avait pourtant parue la quintessence de ce que l'esprit humain peut atteindre, et l'artifice de ma fonction ici au Palais comme l'expression de la sagesse simple et tranquille.

 

Et sa voix que je ne me lassais jamais d'entendre, était comme un bain d'eau fraîche qui me lavait jusqu'aux tréfonds de l'âne.

 

« Laissez-moi m'en aller » me dit-elle soudain. « Je dois porter mon linge tout de suite. Vous allez me faire gronder. « 

 

Et le la laissai aller, lui promettant de la revoir. Elle me quitta toujours un peu impressionnée par mon personnage et mon rôle auprès de Sardonica, avec une gracieuse révérence et un joli sourire.

 

 

Aujourd'hui encore, bien que vieux moine désabusé, aux os gelés, j'attende seulement que la mort vienne me prendre un soir par surprise, ce tableau est fixé dans ma mémoire avec les couleurs fraîches d'alors. Et il est destiné à n'y plus bouger.

 

A quelque temps de là, guettant Sonia au détour du corridor où Je l'avais vue pour la première fois, je finis par la rencontrer de nouveau. Elle parut heureuse de me revoir et me regarda timidement mais résolument. Je lui déclarai, prenant mon courage à deux mains, que je me trouverais à la nuit tombée près de la tour St Clément et que je l'attendrais toute la nuit si il le fallait.

 

 

«  Vous ne devez pas parler comme cela. Ce n'est pas possible ! Vous êtes trop riche et trop puissant. Et que dira votre maîtresse ? »

 

En effet je n'y avais pas songé, mais que penserait Sardonica, si elle apprenait que je cherchais à rencontrer, plus même que l'étais amoureux de cette jeune lingère ?

 

Et Sonia lâcha d'un seul coup ce qui semblait l'oppresser depuis longtemps. " Je n’irai pas. J'ai peur de vous ! tout le monde a peur de vous ici ! : Vous êtes l'homme de la Comtesse!

 

0 cette imprécation que j'avais déjà entendue.

 

Elle parût stupéfaite et contristée de ce qu'elle avait osé proférer et elle s'effondra en sanglots. Le spectacle m'était pénible et le craignais que l'on ne nous surprit.  « Je ne sais trop ce que vous voulez faire de moi «  ajouta-t-elle.

 

« Je comprends vos craintes et ce que vous pensez de moi... Je tacherai de vous expliquer. Je n'ai aucune mauvaise intention à votre égard », répondis-je réellement très peiné. Et je la laissai en sanglots, ne sachant trop que faire pour la consoler; quoique je brûlais d'envie de lui passer mon bras autour du cou et de sécher ses pleurs avec mon mouchoir de dentelles.

 

Effectivement, le soir venu, je me rendis à la toue St Clément et me dissimulai dans un recoin, du mur d'enceinte. Nous étions au Printemps et la soirée était douce. Tout dormait, cependant l'air était rempli de mille bruissements. Jamais l'activité du monde ne cessait...

 

Je me mis à réfléchir pendant les longues heures que je passai seul à une foule de choses au sujet de ma vie, de la Comtesse, de Sonia et de moi-même : destins étrangement mêlés par la grâce d'évènements curieux en un écheveau inextricable et dans lequel je me débattais...

 

 

La Cité fortifiée semblait inquiétante et noire, là devant moi, repliée sur elle-même comme un gladiateur, prêt à fondre sauvagement sur son adversaire. Car il était évident, qu’elle était construite toute entière pour la guerre et la conquête, et que de là partiraient des hordes pour tenter de ravager les pays au moment où Sardonica l'estimerait utile. Ici se tramaient de bizarres choses que je ne comprenais pas toutes, mais que je pressentais et qui ne présageaient rien de bon.

 

 

 

En face de moi, perché à une maîtresse branche d'un gros arbre, un hibou ouvrait ses grands yeux d'Or à la nuit. Des vols lourd de chauve-souris passaient.... Elles semblaient se diriger dans les profondeurs de l'obscurité mieux que nous même dans les clartés du jour. Eux aussi était des créatures des ténèbres et vivaient dans la face cachée du monde.

 

 

" Dormez braves gens, dormez ! " disaient d'heure en heure la patrouille du guet dans la Cité qui se reposait. Les gens dormaient­-ils tranquillement ou leur sommeil était-il troublé de cauchemars ? Se doutaient-ils qu'à cette heure Sardonica arpentait souplement en rond le sol d'une pièce du château, tandis que sa queue de panthère frôlait le sol, préparant de sombres projets et ricanant sauvagement ?

 

Une lueur retentit à l'horizon comme un coup de trompette. La lumière commença sa conquête fastueuse de l'espace. Sonia ne viendrait-elle pas ? Tout n’était qu'illusion. Et c'est seul que le me débattais dans cette vie que le Destin m'avait imposé par la voix de ce vieil évêque radoteur, que je revoyais encore â son bureau, serviteur zélé des puissants de cette terre; et peut-être des forces du Mal.

 

Mais je reconnaissais sa silhouette entre mille formes et le bruit de ses pas entre mille bruits. C'était elle, Sonia ! Elle était enfin venue. En effet bientôt elle fut à deux pas de moi, mais elle ne pouvait me voir. Il était amusant de la contempler dépitée et repentie fouiller la nuit. Je sortis, à sa profonde surprise de ma cachette tel un  diable de sa boîte.

 

" Vous m'attendez encore " me dit-elle, apeurée. " Vous m'avez attendue toute la nuit. Vous ne vous êtes pas trop ennuyé au moins. Je ne voulais pas venir, mais ce fut plus fort que moi. Je voulais savoir si vous étiez encore ici... Il n'est plus possible de fuir cette rencontre que je voulais éviter. »

 

Elle me laissa prendre sa main avec une certaine résignation et le vis que des larmes perlaient de ses yeux. « Toi, tu n'as pas l'amour joyeux » lui dis-je. « Tu ne m’aimes donc pas un peu ? »

 

- Si., mais j'en suis toute remuée." avoua-t-elle d'une petite voix craintive.

 

…/…

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Ma nouvelle vie me plaisait fort. J'allais et venait dans la Cité, vêtu de riches vêtements. Je déambulais par les rues bruissantes de vie, avec curiosité, visitant les échoppes des marchands, recélant des tapis venus des pays lointains et des épices rares, les boutiques des artisans où l'on voyait leur belle ouvrage, les feux du four illuminant l'atelier.

 

Partout où je passais, les gens s'écartaient peureusement et j'entendais murmurer « C'est l'homme de la Comtesse ! » et un frémissement parcourait la foule. Même le forgeron qui partant du fer brut, dans son antre, tel un démon, en jouant avec le feu, en tire une belle épée pour occire les ennemis, semblait me craindre...

 

Le coiffeur du Palais arrangeait chaque jour mes longs cheveux bouclés que je laissais pendre sur mes épates. Moi, habitué à l'austérité du couvent, je prenais goût à l'élégance et à. la toilette, et à toutes les frivolités que m'avaient déconseillées mes éducateurs.

 

Je me mis à jouer aux cartes et à lorgner les belles. Car l'amour que j'éprouvais pour Sardonica - impossible, pensais-je - ne m'empêchait pas de regarder les autres filles, pas plus que la vue d'un bon repas qu'on ne peut avoir ne saurait supprimer l'appétit. Et le soir,dans les tripots du château , je jouais grosses sommes avec des officiers et des notables. En effet j'avais l'argent en abondance, Sardonica me donnant des bourses peines d'or, â profusion, sous tous les prétextes.

 

J'avais même à. moi un beau cheval, noir comme celui de la Comtesse et qui caracolait presque aussi bien que le sien, avec ses armes frappées sur son équipement, comme elles l'étaient toujours sur mon vêtement : unepanthère stylisée tirant une langue fourchue et écartant ses immenses griffes.

 

Ce m'était pas là la vie d'un prêtre, et ce pourquoi mes bons maîtres m'avaient préparé. Plus les jours passaient, plus j'avançais dans l'intimité de la Comtesse. Bientôt même, je ne pouvais plus me passer de sa présence, et elle non plus ne semblait plus pouvoir se passer de moi. Si je restais absent un certain laps de temps, elle me faisait mander, et son oeil se posait aussitôt sur ma jeunesse avec un regard attendri et rassuré, presque heureux.

 

Plus j'avançais dans son intimité, plus je fis la connaissance réelle de Sardonica, et je découvris son étrange personnalité et ses activités.

 

Après quelque temps, elle me reçut dans ses appartements,à toute heure du jour et de la nuit, où elle me dictait son interminable correspondance. Il me surprit qu'elle dictât son courrier la nuit; mais je compris que la notion de vie diurne et de vie nocturne n'avait pas la même signification pour elle que pour les autres humains. Elle semblait, en effet, préférer s'activer la nuit et dormir le jour, comme certains rapaces ou félins, créatures de l'ombre. Je remarquai mime qu'elle se déplaçait avec unegrande aisance dans l'obscurité, son oeil vert semblant s’ouvrir plus encore...

 

Elle correspondait avec tous les seigneurs des contrées environnantes, et, avec ses agents et ses espions qu'elle entretenait jusqu’en, de lointains pays. Aussitôt écrites, elle faisait porter ses lettres par des messagers.

 

Elle poursuivait d'immenses but de subversion, opérant par tous les moyens : le lucre, la dénonciation, l'empoisonnement, le crime, la corruption, les filles vénales....

 

 

 

Elle ignorait bellement ce que l'on peut appeler le sens moral. Ce qu'elle voulait c'était le pouvoir, et ce pouvoir pas seulement par goût de puissance, mais aussi pour pervertir les gens et les soumettre à ses fins sataniques, à ses buts immondes et pervers. Et je le savais, et je le tolérais, plus même j'y participais.

 

Mon seul bonheur était d'être près d'elle, d'assouvir ses volontés et de sentir son rayonnement puissant. Je tressaillais d'aise dès qu'elle me touchait ou les cheveux ou le bras. Ses rares compliments étaient pour moi de nobles cadeaux qui me ravissaient l'âme. Et j'étais prêt à me damner pour elle, sans coup férir, pour profiter de sa présence une minute de plus.

 

Je dus m'habituer à tout pour lui complaire et connaître ses manières les plus déroutantes. En effet, dans ses appartements particuliers, dans une tour du château elle vivait avec ses panthères. Celles-ci allaient et venaient en toute liberté, ondoyantes et souples, se vautrant sur les tapis, ouvrant les gueules, tirant les griffes et faisant luire leurs dents.

 

Sardonica eut l'obligation d'expliquer avec patience à ses animaux qui j'étais, et me faire sentit longuement par eux de leurs mufles sensibles, pour qu'ils ne me prissent point pour un ennemi de leur maîtresse et ne me dévorassent point. Et ils s'habituèrent à moi, me léchant les mains et me frôlant de leurs corps aux senteurs fortes avec un certain plaisir.

 

J'étais adopté dans ce cercle étroit et je savais ce que personne ne savait. Mais je n'ignorais point aussi que si je ne restais pas silencieux, mes bavardages seraient sévèrement punis. Et un frisson glacé parfois me parcourait l'échine de penser que l’on pourrait me jeter aux panthères qu'il suffirait d'affamer deux ou trois jours, pour les mettre en appétit, comme le disait leur maîtresse, mi-plaisante mi-réfléchie, en précisant, que ma chair fraîche leur plairait sûrement beaucoup.

 

Souvent le soir elle jouait avec ses panthères. Avec des gestes fous et sauvages, elle improvisait des sortes de danses érotiques. Elle se mouvait avec la grâce d'un jeune animal, sa jupe laissant découvrir le haut de ses cuisses et son col s'entrouvrant pour laisser voir sa ronde et fière poitrine.

 

J'étais en adoration, tandis que les lueurs tremblantes des chandelles éclairaient ce spectacle sensuel et beau tout à la fois.

 

Il n'était pas bon dans ces moments de tenter de s'approcher d'elle, car les panthères faisaient preuve de jalousie et vous menaçaient en grognant et en levant la patte....

 

 

Ces soirées m'enchantaient et me terrorisaient tout à la fois.

 

« Cela te surprend » me dit-elle un soir en me voyant écarquiller  des yeux ronds. Elle était allée plus loin que d'habitude et elle entourait de ses bras nus le cou d'un des félins, lui donnait des baisers, et se laissait lécher par lui le visage. « Eux seuls peuvent m'exciter. Les hommes que j'ai essayés ne m'ont apporté que peu de plaisir de la chair. Ils sont trop fades et veules. Tandis qu’eux... » Et je l'entendis ronronner et miauler de plaisir, alors que sa queue que je croyais pièce de décoration à son vêtement s'était mise à bouger d'un façon saccadée.

 

Je me sauvai dans ma chambre, ne voulant pas voir la scène finale où il n’est pas douteux qu'elle copulerait avec ses panthères. Faire acte d'amour avec les animaux est très grave péché que tous les Pères de l’église ont vivement condamné. D’ailleurs ses pratiques particulières étaient bien connues au château, mais on n'en parlait qu'à voix basse par crainte de sa terrible vengeance.

 

Je crois bien que je me mis à pleurer. " Quelle femme m'étais-je mis à aimer ? ». Mais à y bien réfléchir cette créature singulière était-elle une femme ? Et vers quel abîme inconnu de moi mon âme irait-elle basculer et se perdre ?

 

(A suivre)

 

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