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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

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Articles avec #sardonica ou la comtesse-panthere (nouvelle))

                                           

Ma nouvelle vie me plaisait fort. J'allais et venait dans la Cité, vêtu de riches vêtements. Je déambulais par les rues bruissantes de vie, avec curiosité, visitant les échoppes des marchands, recélant des tapis venus des pays lointains et des épices rares, les boutiques des artisans où l'on voyait leur belle ouvrage, les feux du four illuminant l'atelier.

 

Partout où je passais, les gens s'écartaient peureusement et j'entendais murmurer « C'est l'homme de la Comtesse ! » et un frémissement parcourait la foule. Même le forgeron qui partant du fer brut, dans son antre, tel un démon, en jouant avec le feu, en tire une belle épée pour occire les ennemis, semblait me craindre...

 

Le coiffeur du Palais arrangeait chaque jour mes longs cheveux bouclés que je laissais pendre sur mes épates. Moi, habitué à l'austérité du couvent, je prenais goût à l'élégance et à. la toilette, et à toutes les frivolités que m'avaient déconseillées mes éducateurs.

 

Je me mis à jouer aux cartes et à lorgner les belles. Car l'amour que j'éprouvais pour Sardonica - impossible, pensais-je - ne m'empêchait pas de regarder les autres filles, pas plus que la vue d'un bon repas qu'on ne peut avoir ne saurait supprimer l'appétit. Et le soir,dans les tripots du château , je jouais grosses sommes avec des officiers et des notables. En effet j'avais l'argent en abondance, Sardonica me donnant des bourses peines d'or, â profusion, sous tous les prétextes.

 

J'avais même à. moi un beau cheval, noir comme celui de la Comtesse et qui caracolait presque aussi bien que le sien, avec ses armes frappées sur son équipement, comme elles l'étaient toujours sur mon vêtement : unepanthère stylisée tirant une langue fourchue et écartant ses immenses griffes.

 

Ce m'était pas là la vie d'un prêtre, et ce pourquoi mes bons maîtres m'avaient préparé. Plus les jours passaient, plus j'avançais dans l'intimité de la Comtesse. Bientôt même, je ne pouvais plus me passer de sa présence, et elle non plus ne semblait plus pouvoir se passer de moi. Si je restais absent un certain laps de temps, elle me faisait mander, et son oeil se posait aussitôt sur ma jeunesse avec un regard attendri et rassuré, presque heureux.

 

Plus j'avançais dans son intimité, plus je fis la connaissance réelle de Sardonica, et je découvris son étrange personnalité et ses activités.

 

Après quelque temps, elle me reçut dans ses appartements,à toute heure du jour et de la nuit, où elle me dictait son interminable correspondance. Il me surprit qu'elle dictât son courrier la nuit; mais je compris que la notion de vie diurne et de vie nocturne n'avait pas la même signification pour elle que pour les autres humains. Elle semblait, en effet, préférer s'activer la nuit et dormir le jour, comme certains rapaces ou félins, créatures de l'ombre. Je remarquai mime qu'elle se déplaçait avec unegrande aisance dans l'obscurité, son oeil vert semblant s’ouvrir plus encore...

 

Elle correspondait avec tous les seigneurs des contrées environnantes, et, avec ses agents et ses espions qu'elle entretenait jusqu’en, de lointains pays. Aussitôt écrites, elle faisait porter ses lettres par des messagers.

 

Elle poursuivait d'immenses but de subversion, opérant par tous les moyens : le lucre, la dénonciation, l'empoisonnement, le crime, la corruption, les filles vénales....

 

 

 

Elle ignorait bellement ce que l'on peut appeler le sens moral. Ce qu'elle voulait c'était le pouvoir, et ce pouvoir pas seulement par goût de puissance, mais aussi pour pervertir les gens et les soumettre à ses fins sataniques, à ses buts immondes et pervers. Et je le savais, et je le tolérais, plus même j'y participais.

 

Mon seul bonheur était d'être près d'elle, d'assouvir ses volontés et de sentir son rayonnement puissant. Je tressaillais d'aise dès qu'elle me touchait ou les cheveux ou le bras. Ses rares compliments étaient pour moi de nobles cadeaux qui me ravissaient l'âme. Et j'étais prêt à me damner pour elle, sans coup férir, pour profiter de sa présence une minute de plus.

 

Je dus m'habituer à tout pour lui complaire et connaître ses manières les plus déroutantes. En effet, dans ses appartements particuliers, dans une tour du château elle vivait avec ses panthères. Celles-ci allaient et venaient en toute liberté, ondoyantes et souples, se vautrant sur les tapis, ouvrant les gueules, tirant les griffes et faisant luire leurs dents.

 

Sardonica eut l'obligation d'expliquer avec patience à ses animaux qui j'étais, et me faire sentit longuement par eux de leurs mufles sensibles, pour qu'ils ne me prissent point pour un ennemi de leur maîtresse et ne me dévorassent point. Et ils s'habituèrent à moi, me léchant les mains et me frôlant de leurs corps aux senteurs fortes avec un certain plaisir.

 

J'étais adopté dans ce cercle étroit et je savais ce que personne ne savait. Mais je n'ignorais point aussi que si je ne restais pas silencieux, mes bavardages seraient sévèrement punis. Et un frisson glacé parfois me parcourait l'échine de penser que l’on pourrait me jeter aux panthères qu'il suffirait d'affamer deux ou trois jours, pour les mettre en appétit, comme le disait leur maîtresse, mi-plaisante mi-réfléchie, en précisant, que ma chair fraîche leur plairait sûrement beaucoup.

 

Souvent le soir elle jouait avec ses panthères. Avec des gestes fous et sauvages, elle improvisait des sortes de danses érotiques. Elle se mouvait avec la grâce d'un jeune animal, sa jupe laissant découvrir le haut de ses cuisses et son col s'entrouvrant pour laisser voir sa ronde et fière poitrine.

 

J'étais en adoration, tandis que les lueurs tremblantes des chandelles éclairaient ce spectacle sensuel et beau tout à la fois.

 

Il n'était pas bon dans ces moments de tenter de s'approcher d'elle, car les panthères faisaient preuve de jalousie et vous menaçaient en grognant et en levant la patte....

 

 

Ces soirées m'enchantaient et me terrorisaient tout à la fois.

 

« Cela te surprend » me dit-elle un soir en me voyant écarquiller  des yeux ronds. Elle était allée plus loin que d'habitude et elle entourait de ses bras nus le cou d'un des félins, lui donnait des baisers, et se laissait lécher par lui le visage. « Eux seuls peuvent m'exciter. Les hommes que j'ai essayés ne m'ont apporté que peu de plaisir de la chair. Ils sont trop fades et veules. Tandis qu’eux... » Et je l'entendis ronronner et miauler de plaisir, alors que sa queue que je croyais pièce de décoration à son vêtement s'était mise à bouger d'un façon saccadée.

 

Je me sauvai dans ma chambre, ne voulant pas voir la scène finale où il n’est pas douteux qu'elle copulerait avec ses panthères. Faire acte d'amour avec les animaux est très grave péché que tous les Pères de l’église ont vivement condamné. D’ailleurs ses pratiques particulières étaient bien connues au château, mais on n'en parlait qu'à voix basse par crainte de sa terrible vengeance.

 

Je crois bien que je me mis à pleurer. " Quelle femme m'étais-je mis à aimer ? ». Mais à y bien réfléchir cette créature singulière était-elle une femme ? Et vers quel abîme inconnu de moi mon âme irait-elle basculer et se perdre ?

 

(A suivre)

 

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Un jour de L’An de grâce 12.. Je fus convoqué chez mon évêque. Je venais juste de terminer mon instruction de prêtre et devais recevoir mon premier ministère. J'étais aussi innocent que l'agneau qui vient de naître et fort désemparé devant le monde dans lequel j'allais entrer.

 

C'était un bel automne doré de mon pays. ..L'air doux dans la ville de Antrekan et tout était agréable à contempler surtout pour quelqu'un qui vient de`passer un certain nombre d'années de sa vie dans les cellules et les cloîtres à étudier et à prier, derrière les hauts murs gris.

 

Et le me pris à regarder à ma grande confusion, en baisant hypocritement les yeux, du coté des filles joliment tournées et à la gorge rebondie si agréable à voir. Dieu me pardonne, mais est-il plus belle oeuvre crée que cette moitié de l'homme qu'il fit à la peau si lisses et aux courbes si avenantes et si bien placées ?

 

Et elles riaient avec leurs belles dents, faites pour croquer et mordre ! Je crois bien que certaines d'entre elles me trouvaient à leur goût, car elles me jetaient un regard intéressé et évocateur qui ne suivait vaguement.

 

Le Palais épiscopal était un bâtiment vaste et froid, comme tout ce qui touche l'église. Il me sembla être une antichambre de la Mort. Il me passa soudain l'idée sacrilège qu'à dix-huit ans j'étais un enterré vivant et qu'il y avait une autre vie qui battait au dehors, pleine d'odeurs et de sucs.

 

Je fus vite introduit par un secrétaire auprès du vieil évêque qui si il m'intimida beaucoup me surprit fort. Je m'attendais à voir un saint ermite... Je compris que j'avais affaire à un ecclésiastique mondain qui avait fait sa vie dans l'église telle une souris gourmande dans le fromage.

 

Il me regarda distraitement comme si son regard passait au travers de moi. " I1 s'agit mon ami d'un poste de confiance que je désire vous donner. Votre Supérieur m'a dit le plus grand bien de vous et vous a chaudement recommandé... Vous irez chez la Comtesse Sardonica qui habite dans les montagnes Volochine un formidable château.

 

Vous lui servirez de prêtre et de secrétaire ". Il me jeta un regard en coin: " Si vous n'êtes point trop maladroit, après ces débuts, vous pourrez accéder aux plus belles fonctions de l'Eglise et de l’Etat.

 

 

Je suis très heureux de me rendre partout où notre Sainte Mère l'Eglise vent bien m'envoyer » ,  répliquais-je, croyant répondre finement.

 

« Brave enfant et si plein de candeur »  dit le prélat. Et l'on ne savait trop si il plaisantait ou me plaignait.

 

« Prenez garde au Monde, mon fils » ajoute-t-il, «  vous ne le connaissez pas encore et il est peut-être plus dur que vous ne l'imaginez… »

Ce furent les dernières paroles de l'évêque que je quittai aussitôt après, qu'il m'eut donné une vague bénédiction, pour rejoindre le château de la Comtesse Sardonica à plusieurs jours de chevaux de Antrekan.

 

A peine étais-je parvenu à la sortie du Palais épiscopal qu'un clerc me présenta une lettre frappée des armes de Sardonica, et de son sceau : la panthère stylisée que je devais revoir souvent et en maints lieux, s'étirant les pattes écartées et la langue sortie de la gueule. Et je revis toujours ce symbole avec la même émotion.

 

Mon cher abbé,

 

Je vous envoie mon carrosse qui vous conduira directement à mon château.

 

Ne vous inquiétez pas de ce qui pourrait voua paraître un peu " anormal ".

 

Tout se passera très bien.

 

Au plaisir de vous voir,

 

COMTESSE SARDONICA.

«  Le carrosse de Mme la Comtesse est arrivé " me dit le clerc. Puis changeant de ton, à voix basse il ajouta :" Prenez garde à elle ! »

 

- « Pourquoi? » répliquais-je intrigué ." Des bruits courent sur son compte. Ils sont difficile à vérifier, Prenez garde c'est tout » 

- « quels genres de bruits » dis-je de plus en plus inquiet.

- « Je n’en  dirai pas plus. » continua le clerc d'un air mystérieux en regardant tout autour de lui pour s'assurer que personne n'avait pu entendre ses paroles.

 

Je haussai les épaules et avec mon maigre bagage je montai dans le véhicule, le cocher n’ayant pas daigné descendre pour m'aider ni même me jeter un regard. Peut-être n'étais-je qu'un gueux par rapport aux personnes de qualité qu'il avait l'habitude de promener pour le compte de la Comtesse ?

 

A peine étais-je assis et confortablement engoncé dans les sièges que le carrosse démarra à un train d'enfer.

 

 

Que l'on juge du bonheur d'un gentil jeune homme de dix-huit ans, n'ayant jamais voyagé, de se voir transporter en, pareil équipage, traversent les villages, tel un grand seigneur, au milieu de l'émoi des villageois, et, soupant aux bonnes auberges sans bourse délier !

 

Car il suffisait de dire que l'on était " de la Maison de la Comtesse " pour que l'aubergiste refusât que vous payiez. Il palissait en se signant, et déclarait qu'il était trop heureux si « c'était pour le service de Mme la Comtesse. »

 

Et vous aviez droit à un couple de cailles, une flasque de vin, un bon morceau de viande et quelques gâteaux. Pour un peu que vous eussiez insisté, il vous eut donné sa blonde fille qui se tenait timidement à quelques pas.

Fou, que j'étais ! N'aurais-je point dû me douter que si les aubergistes faisaient pareilles concessions, eux si pingres d'ordinaire, c'est qu'il y avait là-dessous quelques bonnes raisons ?

 

Mais néanmoins je commençais à renaître, et j'en bénissais la Comtesse. Par le biais des attraits charmeurs de cette nouvelle vie j'entrais déjà. Insidieusement dans l'engrenage qui peu à- peu me livra pieds et poings liée à ma maîtresse.

 

Plus nous approchions et plus la révération craintive des gens semblait grande pour la Comtesse Sardonica. Mais ils refusaient de fournir la moindre explication lorsqu'on les interrogeait.

 

« Ils sont complètement abrutis ces vilains !" pensais-je. Je compris plus tard que j'avais manqué de discernement.

 

Pendant dix jours le carrosse roulait à des vitesses d'enfer. Il ne s'arrêtait jamais excepté à l'heure du déjeuner et le soir à l'auberge pour que je puisse dîner, et dormir jusqu'à l'aube recru d'une merveilleuse lassitude. Les chevaux noirs comme le jais semblaient courir sans fatigue des heures durant.

 

Le cocher ne descendait jamais de son siège, ni ne disait mot. Les valets, à notre halte du soir, détachaient les chevaux, les conduisaient à l'écurie et les réattelaient le lendemain matin.

 

Intrigué de ce cocher muet, à une étape, je m'approchai de lui et m'aperçus qu'il ne s'agissait point d'un homme, mais d'une figure artificielle. Je compris qu'en fait le carrosse devait se conduire seul.

 

Certainement je fus stupéfait. Mais j'étais déjà tant tombé sous le charme damné de la Comtesse que je ne réalisai point toute l'ampleur du prodige et ne me sauvai point les jambes à mon cou. C'est la chose que j'aurais du faire si écoutant les sages conseils de mes anciens, j'eus voulu plus que tout garder ma part de paradis, sachant qu'ici-bas l'âme n'est que de passage, comme un oiseau qui survole la plaine à tire d'ailes : tôt  disparu du champ de vision. Et sachant aussi qu'il lui sera compté ses actions de la terre pour l'au-delà.

 

 

Mais Monsieur mon lecteur que l'on me pardonne : j'avais dix-huit ans et un coeur tout neuf.

 

C'est alors que le soir tombait que nous arrivâmes par une route abrupte au château de Sardonica. Le petit village de Sardonikan était blotti à ses pieds.        `

Le château était immense. Il s'agissait d'une véritable ville, grouillante de monde avec ses échoppes, ses artisans, et ses hommes d'armes qui la parcouraient. On me donna une vaste et belle mais austère chambre dans le donjon tout près des appartements de la Comtesse. Les murs de la chambre qui ne possédaient point de crucifix, étaient recouverts de tapisseries comportant des motifs étranges et des dessins bizarres.

 

Harassé et émerveillé par ce voyage, je m'endormis en omettant de faire ma prière; ce qui ne m'arrivait jamais d’ordinaire....

 

 

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Quelques temps après avoir lu le manuscrit: " Sait-on se trouvait le château de Sardonica" demandais-je au Père Pétrus. Je voulais malgré tout tâcher d'avoir quelques preuves tangibles du passage sur terre de Sardonica et me confirmer qu'elle n'était pas une création inventée de toute pièce par un moine rêveur à l'imagination fertile.

 

« Mais certainement ! ». Et il me désigna assez loin sur une montagne escarpée ce qui semblait les traces de quelque fortification. " Le moine Maroff chaque jour quand il écrivait son texte au nez et à la barbe des autres frères voyait les ruines du château où rodait encore pour lui l'esprit pervers de la Comtesse Sardonica.

 

« Car alors le château était déjà complètement détruit comme vous le savez, et pour les raisons que vous connaissez. » Je connaissais, en effet, les terribles raisons qui avaient causé la destruction du château.

 

« Nous irons voir les ruines de cette forteresse un jour prochain " me dit le Père Pétrus sans autre explication. »

 

 

XXXXXXXXXXXXXXXXX

 

Le Vendredi suivant, à dos de mules, nous nous dirigeâmes par des chemins écartés, aux flancs de la montagne, sous un rude soleil qui nous cuisait la peau et dans un silence pesant, vers notre but. Il est des sites privilégiés: rien d'impossible à ce que quelque puissance démoniaque ne fut venue s'installer dans ces lieux sauvages et désespérés.

 

Nous continuâmes notre marche par un petit sentier à demi­ envahi par les ronces vivaces. Mais on voyait bien à quelques traces qu'il avait du être bien longtemps auparavant une sorte de route pavée beaucoup plus large.

 

« Courage, nous arrivons dans l'antre de la Comtesse Sardonica ! » ! me dit le Père Pétrus avec un sourire bizarre. Il me sembla qu'il était blanc de frayeur et qu'il tremblait.

 

Le sommet où soufflait un vent assez violent, n'était plus que parsemé de quelques ruines noircies, calcinées. Ici avait été le siège de la toute puissante Comtesse Sardonica, qui terrorisait la contrée en l'An, de Grâce 12...

 

Nous parcourûmes le vaste espace, sans dire un mot, essayant de nous remémorer à, l'endroit de leur action les faits que narrait le moine Maroff : Sardonica, les guerriers sauvages couverts de métaux luisants, le pas des chevaux, les fêtes...

 

« Venez ! »  me dit le moine, et il me montra une pierre plate posée au milieu d'autres pierres. Sur celle-ci on pouvait lire le sigle SÀRDONICA, avec des serpents enlacés, écrit de la même façon que sur le manuscrit, surmonté de la silhouette stylisée d'une panthère.

 

" La Comtesse a réellement existé ? " demandais-je interloqué. " En doutiez-vous ?" répondit-il " semblable histoire ne saurait s'inventer. Car l'esprit le plus débridé ne saurait trouver pareils détails... "

" Regardez ! " me dit-il et se saisissant d'une pierre pointue, il gratta le sol, creusant un trou d'une certaine profondeur. L'intérieur était d'un noir carbonisé d'étrange façon. "

 

Tout a bien été dévasté comme le rapporte l'histoire " commenta le Père Pétrus.

 

Et nous quittâmes la colline du château de Sardonica sans nous retourner et n'ayant nulle intention, sans oser l'avouer, d'y passer la nuit.

 

Et je revins en France où je ne dis mot de cette aventure a personne. Je n'entendis plus parler ni du monastère de St...

 

Auquel je pensais souvent cependant, surtout à mes moments de noire mélancolie, ni du Père Pétrus, jusqu'au jour où je reçus un petit paquet par la poste.

 

Ce paquet contenait une lettre du nouveau supérieur du couvent que j'avais bien connu lui aussi, et une petite boite. Voici ce que disait la lettre (en Anglais) :

 

« 

Cher Monsieur,

 

Votre ami, le Père Pétrus, est mort le 28 septembre 1978 entouré de tous ses frères dans la Sainte religion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce fut une très émouvante cérémonie, le Père Pétrus reposant dans la chapelle tandis que nous l'entourions en chantant les chants liturgiques. Puisse-t-il se réveiller dans la Paix du Seigneur, lui dont la vie fut pleine de sagesse et de sainteté !

 

Les causes de sa mort, que rien ne laissait présager, furent inexpliquées. Cette nuit-là, nous entendîmes un terrible fracas et un grand cri horrifié. Et les premiers moines qui se précipitèrent découvrirent le Père Pétrus allongé sans vie, sur le sol de sa cellule, ses affaires personnelles dans le plus grand désordre. Sa face et ses yeux révulsés offraient l'apparence d'avoir assisté à un bouleversant spectacle. Autour de son cou on trouva des traces de griffures profondes que le médecin de la communauté, qui avait précédemment exercé son Art en Afrique, déclara être celle d'un très grand félin. Mais il n'existe pas de félins dans notre contrée, et après enquête, nous n'avons pas entendu dire que l'un d'entre eux se soit échappé d'un des petits cirques qui parcourent parfois les environs.

 

Cependant ces blessures saisissantes ne ressemblaient à aucune de celles que nous ayons déjà vues. Nous ne savons que penser ... Mais les voies de Dieu sont impénétrables et nous devons renoncer à comprendre toutes choses ici-bas.

 

Le Père Pétrus voulait vous  laisser en cadeau le manuscrit de Sainte Véronica, auquel paraît-il vous prîtes grand intérêt, après en avoir référé à la communauté.

 

Malheureusement pour des causes inexpliquées, elles aussi, il se trouve réduit en cendres. Il s'est apparemment enflammé spontanément et ceci sans mettre le feu à la petite boite en bois qui le contenait. Mais je vous l'adresse cependant. C’est plus le symbole qui importe que l'objet.

 

Sachez que le Père Pétrus vous considérait comme son meilleur ami et qu'il vous aurait laissé plus de biens, si il en avait possédé en propre; mais notre Règle l'interdit.

 

                                   Sincèrement vôtre,

 

Signature,

 

 

J'ouvris le récipient admirablement décoré et juste de taille contenir un gros livre. Effectivement il était rempli de cendres.

 

Je suis donc le seul aujourd'hui à connaître l'histoire de la Comtesse Sardonica grâce à la copie intégrale que je fis de se texte sur un gros calepin noir de voyage que j'ai là, précieusement resserré, dans us des tiroirs secret de ma vieille armoire, luisante à force d'être cirée.

 

Maintenant que le Père Pétrus est mort et que je ne peux plus lui faire tort, j'ai décidé d'en livrer la teneur. Je ne risque plus rien : ma vie n'est qu'un voyage insipide dans un paysage de banlieue sous la brume, mes amours sont mortes, mes espoirs déçus... Et je pense qu'il est utile de faire connaître cette folle histoire de Sardonica aux hommes et de les en faire témoins.

 

De plus ma situation financière n'étant point bonne, il y a peut-être moyen, par le biais de ce petit livre de me faire quelque argent et de colorer un peu la grisaille de mon existence : ceci en allant visiter des contrées lointaines; en rencontrant des filles inconnues et en réchauffant mon coeur glacé à des vins nouveaux.

 

Je vais vous transcrire intégralement le manuscrit du moine Maroff. Que l'on ne s'attende donc pas à trouver ici un ouvrage littéraire. Maroff n'était pas un écrivain, quoiqu'il eut je crois une belle âme et qu'il sut un peu observer. Je ne suis pas moi-même un styliste et j'ai traduit presque littéralement du latin, préférant d'ailleurs la fidélité au texte à l'élégance du style. Aussi on ne s'étonnera pas de certaines tournures ou de certaines constructions lourdes, de propositions en cascade, de répétitions, de nombreux  que , toutes choses propres à cette langue et qui paraissaient tout à fait naturelles à ceux qui l’utilisait. De plus ma connaissance du latin, quoique bonne n'étant point parfaite le lecteur voudra bien excuser quelques imprécisions, voir quelques légères inexactitudes de traduction.

 

Sans plus de précautions, je passe donc la plume au Moine Maroff…

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Sardonica ou  la femme panthère (2)

 

 

Le bon Abbé m'entraîna dans une petite salle, après avoir vérifié que personne ne pouvait nous entendre. " Pour un lecteur de vieux grimoires, vous êtes bien novice! Pensez-vous qu'il fut possible à un moine, car c'est le moine Maroff qui écrivit ce manuscrit, de narrer l'histoire de ses commerces avec l'Esprit du Mal - sujet de son texte - sous l'oeil de ses condisciples et de son Supérieur ? "

 

 Mais ce moine avait besoin de confier au parchemin son aventure. Peut-être comptait-il ainsi se libérer de ce qui l'angoissait. ? Il avait l'intention aussi de justifier sa faute, face à son Dieu qu'il révérait toujours. Ensuite il estimait sans doute utile d'enseigner aux honnêtes gens à fuir la fréquentation des esprits diaboliques étrangement incarnés ici.

 

Enfin vice et coquetterie d'écrivain, il souhaitait conserver et faire connaître son témoignage qu'il en estimait digne par son caractère étrange.

 

" Croyez-vous à Satan, Mon Père ? " demandais-je. Cette question me traversant soudain l'esprit.

 

" Je ne crois qu’à. Lui ! " Répondit-il en me regardant curieusement. " Je pense que dans la lutte qui oppose furieusement les forces du Mal et du Bien, Satan a presque définitivement gagné " Et voyant l'étonnement qui se lisait sur mon visage, il poursuivit :

 

" Ayez la bonté d’examiner sereinement, avec un oeil froid d'historien, les événements de la seconde guerre mondiale...

 

 

Les doctrines du Nazisme n'étaient-elles pas des doctrines sataniques, résurgence d'un Moyen-âge démoniaque, révérées par des multitudes de gens ? Ces multitudes de gens n'étaient-ils pas encadrés par de zélés serviteurs, organisés en sectes, de l'Esprit du Mal ?

 

Ces prêtres-soldats de Satan ne rêvaient-ils pas de dominer le monde par des moyens diaboliques extermination de peuples sous les feux de l'enfer, mises en esclavage de populations entières, tortures Affinées, affamement poussé au paroxysme d'hommes, accaparement de la Science à des fins perverses ?

 

Et leur seule règle n'était-elle pas le souci de faire triompher leur abominable cause, sans qu'aucune considération morale ne guidât leurs gestes ? "

 

 

J'avoue que cet aspect des choses commençait à me troubler.

 

" Mais le plus singulier " poursuivit le Père Pétrus qui s'animait de plus en plus, " n'est-ce pas la conquête de l'atome,n'est-ce pas le feu ravi à Dieu par l'ange du Mal, çité quelque part ? Ne s'agit-il pas là d'une énergie formidable mise au service des forces du Malin ? Satan serait sur le point bientot de réaliser sa funeste volonté : l'asservissement de l'humanité entière qu'il a manqué de peu plusieurs fois. »

 

Le Père Pétrus ne plaisantait pas en disant ceci. I1l me regardait gravement, et nul n'aurait rien pût trouver d'insensé dans ses propos. Au contraire, i1 posait d'inquiétantes interrogations; même pour un esprit circonspect...

 

Après un long silence méditatif, je repris la conversation " Mais enfin, Mon Père, ce manuscrit..." - Et bien ce manuscrit... Venez"me dit-il. Et il m'attira vers une petite fenêtre d'où jaillissait une lumière vive, comme la flamme de la gueule d'un four.

 

Il prit le livre dans ses mains fines faites pour bénir, l'amena à la lumière et l'inclina d'un certain angle. " Lisez ce qui est inscrit en noir " me dit-il " et qui apparaît ainsi ".

 

Ce que je fis.

 

 

En, effet du titre :

" SANCTA VERONICA »

 

 Ils se détachaient des parties noires, de cette façon :

 

SARCTA  VERONICA

ce qui se lisait alors:

 

SARDONICA.

 

 

" Tout est ainsi " me dit-il, tandis qu'il feuilletait les gages. " Dans ce livre coloré existe un deuxième livre en noir, un livre satanique mêlé au vrai. Comme dans la vie colorée est intimement mêlée l'oeuvre noire du Malin.

 

" C'est une toute autre histoire que vous pourrez lire de cette façon, Monsieur John BRISTOL. " Le Père Pétrus me posa la main sur l'épaule et me regarda soudain, changeant complètement de physionomie, comme si une lutte se déroulait à l'intérieur de lui-même, avec insistance, me perçant jusqu'aux tréfonds de l'âme.

 

" Ne faites pas comme moi, ne lisez pas ce livre ! Il modifiera complètement le cours de votre vie. On ne se mêle pas impunément à l'histoire de Sardonica. Croyez ­moi ! J'ai eu tort de vous parler de ceci. Je n'ai pu résister au plaisir de livrer ce secret redoutable. Dieu me pardonne !

 

" Trop tard ! »

 

Et je m'emparai du livre sous l'oeil terriblement inquiet du père et je courus dans ma cellule lire l'histoire de Sardonica.

 

Ce que le découvris me stupéfia.

 

(A suivre)

 

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SARDONICA ou la FEMME-PANTHERE (1)

 

SARDONICA ou la FEMME-PANTHERE

 

avertissement au lecteur.

 

Le lecteur comprendra sans peine que je n'aie pas voulu citer le nom du couvent dont on parle dans ce texte et que j'aie évité que l'on puisse localiser avec trop de précision son emplacement.

 

Bien sur aussi, le nom de Pétrus que je donne à son ancien supérieur n'est point réellement le sien mais a été emprunté à l'apôtre.

 

Il eut été peu honnête que recueilli dans ces lieux à une époque tragique de ma vie, comme un ami, j'attirai sur leurs habitants et leu feux de l'actualité et le malheur.

 

En un mot le lecteur approuvera sans doute que, sans rien ôter à la véracité du récit, j'aie voulu brouiller les pistes.

 

John BRISTOL.

 

Je me trouvais, lors de l'été 1968, dans un monastère aux environs de la frontière Bulgaro-Yougoslave. Il était situé dans un cadre magnifiquement isolé et d'une admirable sauvagerie.

 

J'ai toujours beaucoup apprécié le choix fait par les ordres religieux, en ce qui concernait l'emplacement de leurs monastères. Ces gens étaient soucieux d'harmonie et de beauté, choses qui me remplissaient l'âme de contentement et de paisible jouissance. Ils se préparaient sur cette terre à ce qu'ils imaginaient être l'au-delà. Et pour ces considérations toutes spirituelles, ils avaient construit leurs habitations sans se soucier des difficultés de réalisation, dans les sites les plus étranges et les plus inaccessibles.

 

J'avais fui ici le tumulte de la compagnie des hommes après ce que l'on a appelé, à mon avis, fort improprement les " événements de 68 ", qui étaient plus pour moi l'irruption du rêve et de l'imagination dans le morne paysage quotidien qu'une banale poussée de fièvre dans un système sociopolitique complètement figé.

 

 

En Mai mil neuf cent soixante-huit, en France, nous primes conscience qu'une autre existence était possible. Nous comprimes que sous la coque de métal de l'homme industriel, où les fabricants et les politiques à .leurs services l'avaient enfermé, se cachait un être imaginatif, ivre du désir de vivre. Et cet être cherchait désespérément à briser cette coque.

 

Mais bientôt la vie reprit ses droits ou plutôt ce que l'on appelle la rie, c'est à dire un -état de veille léthargique....

 

Car toutes les structures " responsables " se dirent que la Libération des individus étaient dangereuse pour leur conservation et que l'esprit qui habite en l'homme n'était libre que couvert de chaises, comme le prisonnier du Moyen-âge des gravures enfermé dans sa prison et s’ennuyant a mourir.

Je supportai mal le retour des Marchands, le carriérisme effréné, l'Art « révolutionnaire » de Salon bourgeois, enfin toute cette civilisation de mécanique dont le clinquant tape-à-l'oeil culturel n'en est guère que la sécrétion.

 

Je dirai de plus, pour être complètement sincère, que ma rupture avec Elisabeth S. ajouta beaucoup à ma résolution. Je l'avais connue au hasard des soirées tièdes de Mai, au cours d'une quelconque réunion, à la Sorbonne. Alors les discussions tournaient, avec une vivacité extraordinaire, sur tous les sujets qu'il fut possible à un être humain d'aborder. Nous nous plûmes dès l'abord et passâmes ensemble toute la durée des"événements».

 

Mais quelques jours après le " retour au calme ", Elisabeth complètement rassénée comme au sortir d'une maladie fiévreuse me déclara froidement que son amour pour moi, née de la folie de Mai était terminée en Juin, qu'elle allait épouser quelqu'un de son milieu social et qu'il fallait oublier tout ce qui était arrivé...

 

" Celât nous fera de bons souvenirs lorsque nous serons vieux ajouta-t-elle tout naturellement. Nous nous quittâmes dans un bistrot du quartier Latin en buvant un café. Je me souviens du regard vide avec lequel elle me regardait alors. Cela était bien fini, il n'y avait pas de doute à avoir là-dessus. Et je repartis dans le clair soleil plus pauvre et désespéré, qu'avant que ma vie n'eut connu ces illuminations fulgurantes.

 

Aussi, pour toutes ces raisons, voulant peut-être au fond échapper à la réalité, je me réfugiai au monastère de St X... J'y passai des semaines recueillies consacrées essentiellement soit à méditer dans ma cellule, soit à faire semblant de prier dans les ombres fraîches de la chapelle, soit encore à me promener dans les environs sauvages et abrupts.

 

J'y fis aussi la connaissance du Supérieur le Père Pétrus. Je me pus qu'apprécier de plus en plus sa vaste culture au sujet des temps passée, et sa bonté naturelle un peu détachée.

 

Lui aussi semblait avoir de l'estime pour moi. Il contemplait avec une indulgence amusée mon apparence débraillée et mon air doucement cynique. Malgré la différence de nos habits, nos âmes ressemblaient assez.

 

Je crois bien qu'à la fin de mon séjour il était devenu mon meilleur ami et ce n'est pas sans une grande peine que nous nous quittâmes. Je me devais plus le revoir....

 

Quelques temps après mon arrivée, alors que je me trouvais dans la vieille bibliothèque à lire quelques parchemins rares datant du Moyen-Âge magnifiquement écrits et décorés par la main de moines artistes, le Père Pétrus m'aborda.

 

Il me déclara, avec un air mystérieux que je ne lui avais jamais connu, qu'il avait deviné, au cours de nos conversations, que je m'intéressais au vampirisme, au satanisme, à l'alchimie, à la magie noire et en général à tous les phénomènes occultes et inexpliqués. Il ajouta qu'il avait dans un de ces domaines une révélation extraordinaire à me faire.

 

Après s'être assuré que nous étions bien seuls, il me confia un manuscrit dissimulé dans une cachette secrète de son bureau.

 

 

 

Le titre admirablement dessiné en gros caractères sur la couverture était: "Sancta Veronica «.

 

Il me recommanda de n'en parler à personne et de le conserver avec soin par devers moi.

 

Le soir même, je le lus d'une traite, le coeur battant, croyant découvrir quelque chose de fantastique et de mystérieux au détour d'un page. Il ne s'agissait, en réalité, que de l'histoire assez édifiante d'une sainte ayant fait beaucoup de miracles et s'étant dévouée aux pauvres gens. Des récits tels que celui-ci, il y en avait des milliers dans les bibliothèques et personne n'y avait jamais rien trouvé d'étrange!

 

Il m'étonnait que le Père Pétrus eut voulu me berner. Mais si cela était, c'était bien joué ! Car j'avais passé toute la nuit, sans fermer l'oeil, à lire ce maudit ouvrage.

 

Et c'est légèrement irrité que je rencontrai le lendemain matin le Père Pêtrus à l'heure du petit déjeuner. Nous nous trouvions alors sous les voûtes du cloître d'une harmonieuse beauté, ou, filtrait une lumière d'une rare qualité. " Mais " lui dis-je tout de go, " rien que de très banal dans l'histoire de Sainte Véronica »

 

(A suivre)

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