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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

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Articles avec #horreur

Sardonica ou  la femme panthère (2)

 

 

Le bon Abbé m'entraîna dans une petite salle, après avoir vérifié que personne ne pouvait nous entendre. " Pour un lecteur de vieux grimoires, vous êtes bien novice! Pensez-vous qu'il fut possible à un moine, car c'est le moine Maroff qui écrivit ce manuscrit, de narrer l'histoire de ses commerces avec l'Esprit du Mal - sujet de son texte - sous l'oeil de ses condisciples et de son Supérieur ? "

 

 Mais ce moine avait besoin de confier au parchemin son aventure. Peut-être comptait-il ainsi se libérer de ce qui l'angoissait. ? Il avait l'intention aussi de justifier sa faute, face à son Dieu qu'il révérait toujours. Ensuite il estimait sans doute utile d'enseigner aux honnêtes gens à fuir la fréquentation des esprits diaboliques étrangement incarnés ici.

 

Enfin vice et coquetterie d'écrivain, il souhaitait conserver et faire connaître son témoignage qu'il en estimait digne par son caractère étrange.

 

" Croyez-vous à Satan, Mon Père ? " demandais-je. Cette question me traversant soudain l'esprit.

 

" Je ne crois qu’à. Lui ! " Répondit-il en me regardant curieusement. " Je pense que dans la lutte qui oppose furieusement les forces du Mal et du Bien, Satan a presque définitivement gagné " Et voyant l'étonnement qui se lisait sur mon visage, il poursuivit :

 

" Ayez la bonté d’examiner sereinement, avec un oeil froid d'historien, les événements de la seconde guerre mondiale...

 

 

Les doctrines du Nazisme n'étaient-elles pas des doctrines sataniques, résurgence d'un Moyen-âge démoniaque, révérées par des multitudes de gens ? Ces multitudes de gens n'étaient-ils pas encadrés par de zélés serviteurs, organisés en sectes, de l'Esprit du Mal ?

 

Ces prêtres-soldats de Satan ne rêvaient-ils pas de dominer le monde par des moyens diaboliques extermination de peuples sous les feux de l'enfer, mises en esclavage de populations entières, tortures Affinées, affamement poussé au paroxysme d'hommes, accaparement de la Science à des fins perverses ?

 

Et leur seule règle n'était-elle pas le souci de faire triompher leur abominable cause, sans qu'aucune considération morale ne guidât leurs gestes ? "

 

 

J'avoue que cet aspect des choses commençait à me troubler.

 

" Mais le plus singulier " poursuivit le Père Pétrus qui s'animait de plus en plus, " n'est-ce pas la conquête de l'atome,n'est-ce pas le feu ravi à Dieu par l'ange du Mal, çité quelque part ? Ne s'agit-il pas là d'une énergie formidable mise au service des forces du Malin ? Satan serait sur le point bientot de réaliser sa funeste volonté : l'asservissement de l'humanité entière qu'il a manqué de peu plusieurs fois. »

 

Le Père Pétrus ne plaisantait pas en disant ceci. I1l me regardait gravement, et nul n'aurait rien pût trouver d'insensé dans ses propos. Au contraire, i1 posait d'inquiétantes interrogations; même pour un esprit circonspect...

 

Après un long silence méditatif, je repris la conversation " Mais enfin, Mon Père, ce manuscrit..." - Et bien ce manuscrit... Venez"me dit-il. Et il m'attira vers une petite fenêtre d'où jaillissait une lumière vive, comme la flamme de la gueule d'un four.

 

Il prit le livre dans ses mains fines faites pour bénir, l'amena à la lumière et l'inclina d'un certain angle. " Lisez ce qui est inscrit en noir " me dit-il " et qui apparaît ainsi ".

 

Ce que je fis.

 

 

En, effet du titre :

" SANCTA VERONICA »

 

 Ils se détachaient des parties noires, de cette façon :

 

SARCTA  VERONICA

ce qui se lisait alors:

 

SARDONICA.

 

 

" Tout est ainsi " me dit-il, tandis qu'il feuilletait les gages. " Dans ce livre coloré existe un deuxième livre en noir, un livre satanique mêlé au vrai. Comme dans la vie colorée est intimement mêlée l'oeuvre noire du Malin.

 

" C'est une toute autre histoire que vous pourrez lire de cette façon, Monsieur John BRISTOL. " Le Père Pétrus me posa la main sur l'épaule et me regarda soudain, changeant complètement de physionomie, comme si une lutte se déroulait à l'intérieur de lui-même, avec insistance, me perçant jusqu'aux tréfonds de l'âme.

 

" Ne faites pas comme moi, ne lisez pas ce livre ! Il modifiera complètement le cours de votre vie. On ne se mêle pas impunément à l'histoire de Sardonica. Croyez ­moi ! J'ai eu tort de vous parler de ceci. Je n'ai pu résister au plaisir de livrer ce secret redoutable. Dieu me pardonne !

 

" Trop tard ! »

 

Et je m'emparai du livre sous l'oeil terriblement inquiet du père et je courus dans ma cellule lire l'histoire de Sardonica.

 

Ce que le découvris me stupéfia.

 

(A suivre)

 

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SARDONICA ou la FEMME-PANTHERE (1)

 

SARDONICA ou la FEMME-PANTHERE

 

avertissement au lecteur.

 

Le lecteur comprendra sans peine que je n'aie pas voulu citer le nom du couvent dont on parle dans ce texte et que j'aie évité que l'on puisse localiser avec trop de précision son emplacement.

 

Bien sur aussi, le nom de Pétrus que je donne à son ancien supérieur n'est point réellement le sien mais a été emprunté à l'apôtre.

 

Il eut été peu honnête que recueilli dans ces lieux à une époque tragique de ma vie, comme un ami, j'attirai sur leurs habitants et leu feux de l'actualité et le malheur.

 

En un mot le lecteur approuvera sans doute que, sans rien ôter à la véracité du récit, j'aie voulu brouiller les pistes.

 

John BRISTOL.

 

Je me trouvais, lors de l'été 1968, dans un monastère aux environs de la frontière Bulgaro-Yougoslave. Il était situé dans un cadre magnifiquement isolé et d'une admirable sauvagerie.

 

J'ai toujours beaucoup apprécié le choix fait par les ordres religieux, en ce qui concernait l'emplacement de leurs monastères. Ces gens étaient soucieux d'harmonie et de beauté, choses qui me remplissaient l'âme de contentement et de paisible jouissance. Ils se préparaient sur cette terre à ce qu'ils imaginaient être l'au-delà. Et pour ces considérations toutes spirituelles, ils avaient construit leurs habitations sans se soucier des difficultés de réalisation, dans les sites les plus étranges et les plus inaccessibles.

 

J'avais fui ici le tumulte de la compagnie des hommes après ce que l'on a appelé, à mon avis, fort improprement les " événements de 68 ", qui étaient plus pour moi l'irruption du rêve et de l'imagination dans le morne paysage quotidien qu'une banale poussée de fièvre dans un système sociopolitique complètement figé.

 

 

En Mai mil neuf cent soixante-huit, en France, nous primes conscience qu'une autre existence était possible. Nous comprimes que sous la coque de métal de l'homme industriel, où les fabricants et les politiques à .leurs services l'avaient enfermé, se cachait un être imaginatif, ivre du désir de vivre. Et cet être cherchait désespérément à briser cette coque.

 

Mais bientôt la vie reprit ses droits ou plutôt ce que l'on appelle la rie, c'est à dire un -état de veille léthargique....

 

Car toutes les structures " responsables " se dirent que la Libération des individus étaient dangereuse pour leur conservation et que l'esprit qui habite en l'homme n'était libre que couvert de chaises, comme le prisonnier du Moyen-âge des gravures enfermé dans sa prison et s’ennuyant a mourir.

Je supportai mal le retour des Marchands, le carriérisme effréné, l'Art « révolutionnaire » de Salon bourgeois, enfin toute cette civilisation de mécanique dont le clinquant tape-à-l'oeil culturel n'en est guère que la sécrétion.

 

Je dirai de plus, pour être complètement sincère, que ma rupture avec Elisabeth S. ajouta beaucoup à ma résolution. Je l'avais connue au hasard des soirées tièdes de Mai, au cours d'une quelconque réunion, à la Sorbonne. Alors les discussions tournaient, avec une vivacité extraordinaire, sur tous les sujets qu'il fut possible à un être humain d'aborder. Nous nous plûmes dès l'abord et passâmes ensemble toute la durée des"événements».

 

Mais quelques jours après le " retour au calme ", Elisabeth complètement rassénée comme au sortir d'une maladie fiévreuse me déclara froidement que son amour pour moi, née de la folie de Mai était terminée en Juin, qu'elle allait épouser quelqu'un de son milieu social et qu'il fallait oublier tout ce qui était arrivé...

 

" Celât nous fera de bons souvenirs lorsque nous serons vieux ajouta-t-elle tout naturellement. Nous nous quittâmes dans un bistrot du quartier Latin en buvant un café. Je me souviens du regard vide avec lequel elle me regardait alors. Cela était bien fini, il n'y avait pas de doute à avoir là-dessus. Et je repartis dans le clair soleil plus pauvre et désespéré, qu'avant que ma vie n'eut connu ces illuminations fulgurantes.

 

Aussi, pour toutes ces raisons, voulant peut-être au fond échapper à la réalité, je me réfugiai au monastère de St X... J'y passai des semaines recueillies consacrées essentiellement soit à méditer dans ma cellule, soit à faire semblant de prier dans les ombres fraîches de la chapelle, soit encore à me promener dans les environs sauvages et abrupts.

 

J'y fis aussi la connaissance du Supérieur le Père Pétrus. Je me pus qu'apprécier de plus en plus sa vaste culture au sujet des temps passée, et sa bonté naturelle un peu détachée.

 

Lui aussi semblait avoir de l'estime pour moi. Il contemplait avec une indulgence amusée mon apparence débraillée et mon air doucement cynique. Malgré la différence de nos habits, nos âmes ressemblaient assez.

 

Je crois bien qu'à la fin de mon séjour il était devenu mon meilleur ami et ce n'est pas sans une grande peine que nous nous quittâmes. Je me devais plus le revoir....

 

Quelques temps après mon arrivée, alors que je me trouvais dans la vieille bibliothèque à lire quelques parchemins rares datant du Moyen-Âge magnifiquement écrits et décorés par la main de moines artistes, le Père Pétrus m'aborda.

 

Il me déclara, avec un air mystérieux que je ne lui avais jamais connu, qu'il avait deviné, au cours de nos conversations, que je m'intéressais au vampirisme, au satanisme, à l'alchimie, à la magie noire et en général à tous les phénomènes occultes et inexpliqués. Il ajouta qu'il avait dans un de ces domaines une révélation extraordinaire à me faire.

 

Après s'être assuré que nous étions bien seuls, il me confia un manuscrit dissimulé dans une cachette secrète de son bureau.

 

 

 

Le titre admirablement dessiné en gros caractères sur la couverture était: "Sancta Veronica «.

 

Il me recommanda de n'en parler à personne et de le conserver avec soin par devers moi.

 

Le soir même, je le lus d'une traite, le coeur battant, croyant découvrir quelque chose de fantastique et de mystérieux au détour d'un page. Il ne s'agissait, en réalité, que de l'histoire assez édifiante d'une sainte ayant fait beaucoup de miracles et s'étant dévouée aux pauvres gens. Des récits tels que celui-ci, il y en avait des milliers dans les bibliothèques et personne n'y avait jamais rien trouvé d'étrange!

 

Il m'étonnait que le Père Pétrus eut voulu me berner. Mais si cela était, c'était bien joué ! Car j'avais passé toute la nuit, sans fermer l'oeil, à lire ce maudit ouvrage.

 

Et c'est légèrement irrité que je rencontrai le lendemain matin le Père Pêtrus à l'heure du petit déjeuner. Nous nous trouvions alors sous les voûtes du cloître d'une harmonieuse beauté, ou, filtrait une lumière d'une rare qualité. " Mais " lui dis-je tout de go, " rien que de très banal dans l'histoire de Sainte Véronica »

 

(A suivre)

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Le Téméraire (8)

LE RETOUR

A peine Julien et Isabella furent-t-ils monté à bord que le « Téméraire » apparell1a. Aussitôt la brise se leva emporta hors de la rade.

 

Julien avait fait parer sa cabine des plus beaux tapis d’Orient qu'il avait pût trouver dans les cavernes d'Ali-Baba de la Piraterie et garnir son lit des draps de soie les plus doux. Il avait aussi fait pulvériser un envoûtant  parfum  d'Arabie. Il demanda qu’on lui apportât biscuits, viandes séchées et vins fins, comme, si il avait l'intention de tenir un siège en règle. Puis il ordonna qu’on ne le dérangeât plus. Dès cet instant seule la compagnie d'Isabella présentait pour lui quelqu’un intérêt et il ne s'occupa absolument plus de la marche du navire, lui , dont la navigation était la vie jusqu'alors.

 

Lorsqu'il pénétra dans la cabine, quelques instant après ,elle, il la  trouva entièrement dévêtue, allongées sur un            tapis au sol, splendide dans sa nudité et bien que troublée, elle lui déclara le plus tranquillement  du monde avec la pointe de sa langue qui passait sur ses dents : " Je        toute à toi "-reprenant les termes de la missive qu' elle lui avait fait parvenir  par l'intermédiaire du pigeon.

 

Et il c'était précipité vers elle, le feu de son corps étant plus encore plus fort que le désir de son esprit de se fondre à elle et de rejoindre celle qui lui était destinée.

 

Bientôt un vent puissant qui ne devait pas cesser pendant ce jour et cette nuit durant lesquels Julien et Isabella furent à bord du " Téméraire " se mit à souffler entraînant aussi le navire à une vitesse considérable, extraordinaire même, fendant les flots comme un épervier fend l'air et parcourant des distances incroyables à l’entendement de tout marin.

 

Tout chez Isabella lui paraissait  exquis  et l'agréable son  de sa            voix le charmait  sans qu'il puisse s'en lasser. Tous les évènements de sa vie même les plus insignifiants apparemment  1'interessaiént. Ce fut comme si elle eût vécut jusqu’ à ce jour vécut sur une autre planète et qu’elle fut  entré en contact avec lui.

 

Les réceptions et les fêtes de cette société raffinée et brutale ensemble l'intriguaient fort. Et il imaginait avec délices Isabella évoluant avec grâce et malaise tout la fois dans les sa1ons garnis de fauteuils et de candélabres dorés avec des valets en livrée. Ses mimiques l' amusaient fort aussi 1orsu' elle imitait à ravir la démarche de quelque marquis claudiquant ou contrefaisait la voix de quelque comtesse zozotante et un peu dingue.

 

Parfois aussi elle tentait  perfidement de le rendre jaloux de sa vie passée, et d'essayer sur lui ses jeunes griffes en lui narrant les succès amoureux qu'elle avait eu          dans les bals.

 

Elle lui parla surtout d'un de ses cousins qui la courtisait fort et dont le charme ne lui était point tout à fait indifférent. Mais elle lui parla aussi de tous les autres hommes sur lesquels 1e magnétisme de ses yeux et sa très grande beauté exerçaient de profonds attraits.

 

 

Le temps passait à ces discussions, à jouer aux échecs où ils excellaient  tout deux, à grignoter quelques fruit, à boire un peu de vin des Isle paré parait-il de vertus aphrodisiaques  et aux caresses de l'amour auxquelles Isabelle faisait preuve d'une grande application. Entrée novice le matin au couvent de Cupidon, elle eût put le soir en être nommée supérieure      tant ses progrès en théologie amoureuse était considérable.

 

Sur le dont, les marins terrifiés étaient témoins de scènes incroyables. Une force supérieure semblait avoir pris la destiné du vaisseau entre ses mains et le mener au but qu’elle s’était fixée. Le timonier tenait impuissant la roue du gouvernail la route était déjà tracée.

 

 

Le " Téméraire " creusait dans les eaux dominées un sillon formidable, comme une gigantesque charrue. Ils regardèrent stupéfaits dans la matinée le vaisseau frôler des côtes où ils virent des lions rugissants au soleil, pour vers le soir rencontrer les froids glacés et les immenses icebergs...

 

A suivre …

 

 

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Published by Stéphane Dubois - zombies, Auteur, LITTERATURE, Nouvelles, Fantastique, Horreur, Héroic Fantasy

Le Téméraire (6) &quot; Chez le Gouverneur&quot;

 

II Chez le Gouverneur

De nuit, des chaloupes silencieuses débarquèrent Julien et une cinquantaine d'homme,s, sur une côte écartée à environ dix kilomètres de la capitale. Aussitôt le " Téméraire ", le Black Bird ", et la "Belle Jeanne " qui les avaient amenés repartirent, tous feux éteints pour éviter que quelque sbires du Gouverneur puissent se douter de l'éventualité d'un débarquement. Les plus courageux frémirent. En effet ils se trouvaient ici en pays ennemi, et, hommes de mer, seul le fait d'avoir les pieds sur le pont d'un vaisseau pouvait les rassurer.

 

La végétation tropicale, dans la nuit semi-obscure créait des formes bizarres et monstrueuses, et exhalait de lourds parfums enivrants. Julien se sentait littéralement envouté par ce paysage et par ces senteurs puissantes qui s'étaient emparé de lui.

 

Vraiment, nulle force au monde eût pu le dissuader d'aller secourir Isabella qu'il imaginait a, que part comme une fleur rare et extraordinaire bien digne de figurer dans cette serre chaude.

 

Un guide les attendait, à peu de distance du rivage, en un endroit convenu . Il devait par des chemins détournés les mener jusqu'à la ville, puis au palais du Gouverneur.

 

Et la marche commença: longue procession d'ombres noires, chargées de bagages suspects.

 

Comme ils se trouvaient parvenus à peu de distance de la cité, le guide d'un geste leur fit signe d'être plus silencieux, et il leur désigna de la main un énorme rocher sous les recoins duquel ils purent tenir leur dernier conseil avant d' être dans la place.

 

On précisa, dans un silence de mort, les itinéraires, les caches, la localisation des gens de la ville qui étaient des amis de la flibuste et auxquels on pourrait à la dernière extrémité s'adresser pour obtenir quelque secours ou quelque moyen de transport pour rejoindre L' Ile du Caïman.

 

Tous étaient braves et recueillis, car la partie ne serait pas facile; et si on les avaient interrogé un à un plus d'un aurait reconnu la folie de pareilles expédition, loin de leurs bases et dans des conditions auxquelles ils n'avaient point l'habitude.

 

Julien, lui-même, que le rêve éveillé de délivrer son amour inconnu avait abandonné sentait tout le poids de sa responsabilité sur ses épaules. Mais quoi il n'était plus possible de reculer.,,

 

En contre-bas la ville obscure qu'éclairaient seulement les lueurs laiteuses de la lune reposait vide et silencieuse. Au milieu de ces milliers d'inconnus qui sommeillaient: riches bourgeois rêvant à leur or, soldats rêvant à leur pays natal, manants et mendiants oubliant que demain il faudrait se lever, devait reposer Isabella. Peut-être même ne dormait-elle pas,? Peut-être que dans 1'ombre son profond œil noir attendait-il, plein d'espoir que Julien apparaisse dans embrasure de la fenêtre peur venir la délivrer?

 

 

Ils entrèrent par une petite porte écartée dont la sentinelle, sur le compte de laquelle ils connaissaient assez de secrets pour la faire emprisonner, avait été soudoyée. Ils lui remirent la seconde partie de ce qui lui avait été donné auparavant, soit une bourse pleine d'or d'un. bon poids que la sentinelle reçut avec une satisfaction évidente.

 

C'est presque stupéfaits qu'ils se retrouvèrent dans la ville, au cœur des forces dé leur ennemi. Une étrange allégresse s'empara d'eux un bref instant... Ils avaient réussis ce qui pouvait paraître une folie impossible. Mais il ne s'agissait que de la première manche. La partie était loin d'être gagnée.

 

Ils se divisèrent par groupes de dix, pour avoir une quelconque chance de passer inaperçus, après s'être chuchotés, comme s'ils étaient à l'église : les dernières recommandations.

 

A cet instant, retentirent les premiers grondements, jaillirent les premières clartés sorties des gueules des canons. la scène était d'une somptueuse beauté. La ville étagée jusqu'à la mer, remplie de senteurs et qui sommeillait et au loin les navires indistincts qui tiraient avec à leur bord les compagnons qui n' avaient pas manqué l'heure du rendez-vous.

 

Presque aussitôt, les gens mus par une espèce d'inquiétude toujours latente en eux, ouvrirent les volets, firent entendre leurs voix, et, la vie reprit.

 

Un peu plus tard on vit les premiers soldats en armes. « Clic-Clac. Clic-Clac" faisaient leur pas sur les soi. Et, dans cette confusion générale qui commençait~à s'installer, eux donnaient une rassurante impression d'ordre. Et on entendait qu'il se donnait des commandement.

 

Cette ville qui reposait si tranquille peu de temps auparavant s'était en quelques instants installée dans la guerre avec, somme toute, une apparente facilité.

 

Les pirates furent d'ailleurs surpris qu'au cours de leur marche personne contrairement à leurs craintes ne s'intéressa à eux. Car chacun était par trop préoccupé de ses propres angoisses, et de ses propres affaires, pour qu'il s'interessa à celles des autres.

 

Par les ruelles devenues grouillantes de monde, on arriva au palais du Gouverneur qui se trouvait légèrement en retrait des autres bâtiments, comme un noble qui dans une foule veut éviter un contact par trop étroit avec la populace.

 

Se dissimulant dans l'encoignure d'un bâtiment, Julien et ses hommes attendirent que les autres groupes arrivèrent un à un.

S

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Le Téméraire (5)

LE TEMERAIRE 5

 

Il fallait convoquer, la réunion des Capitaines. Le rassemblement des Capitaines de vaisseaux était en fait le gouvernement de l'île. Il avait une triple fonction : d'entraide, politique et militaire.

 

Du point de vue de l'entraide les Capitaines étaient souvent amenés à aider l'un d'entre-deux, qui à la suite des aléas de la piraterie n'avait plus assez d'argent pour monter de nouvelles expéditions. Du point de vue politique il était le gouvernement de l'île, du point de vue militaire il servait  à monter des opérations d'une importance telle qu'elles n'étaient pas à la portée d'un seul bâtiment. On pourrait même ajouter une quatrième fonction : une sorte de fonction judiciaire, car le Conseil des Capitaines jouait un rôle; souverain d'arbitre en cas de  litiges entre pirates.

 

Un système de messagers permettait à l’un des Capitaines, seul, s’il l’estimait utile, dehors des séances régulières convoquées par le Président dit " Premier des Capitaines" d'appeler à la réunion tous les capitaines. Il s'agissait là d'une procé­dure extrêmement  rare et qui ne devait être employé qu’en cas d’évènement importants. Julien pensa que la missive de la fille du Gouverneur " Isabella'' était un évènement suffisamment important pour justifier pareille procédure.

 

C’est avec son bicorne et son bel uniforme le bleu à boutons dorés que Julien pénétra dans la grande Salle des Capitaines. En effet le Conseil des Capitaines possédait une salle spéciale dans un immeuble cossu du centre de la cité, où chacun avait sa chaise réservée à haut dossier. Et les réunions ne se déroulaient pas sans une certaine élégance et un certain cérémonial.

 

" Que tu es beau " lui avait dit Rosita en l'aidant à se vêtir, et en passant langoureusement ses mains sur le drap.

 

L'entrée de Julien fit sensation et chacun se demandait les motifs de cette convocation assez extraordinaire.

 

Au centre de l'immense table ovale le Premier des Capitaines présidait. C'était un bel homme à cheveux blancs lissés et au teint soigné. Devant lui, un crâne et un tibia minutieusement, nettoyés et blanchis reposaient. Le tibia lui servait de marteau pour frapper le crâne lorsqu'il s'agissait d'ouvrir ou de fermer la séance, ou de rappeler à l'ordre l'un des capitaines pour obtenir le silence.

 

Julien se vit inviter à expliquer ce qu'il comptait obtenir: de ses pairs. Un silence absolu s'installa.

 

Dans une attitude un peu théâtrale, les gants blancs à la main, négligemment appuyé à la table, Julien se mit à développer son plan. C'était de l'enlèvement de la fille du Gouverneur qu'il s'agissait, et       ce faire, il préconisait  une double attaque.

 

D'abord un certain    de vaisseaux devaient attaquer le port espagnol, tandis que le « Téméraire » et deux ou trois autres bateaux débarquant dans un autre point de l'île avec un certain nombre d'hommes devait prendre la forteresse espagnole à revers.

 

Il était bien entendu qu'il ne s'agissait pour les hommes intervenant pédestrement que de faire un coup dé main alors que 1_' effort principal était porté par la flotte au large, qui tirant à coup de boulet sur la ville espagnole créait ainsi un mouvement de diversion.

 

La stupeur      saisit tous les capitaines. Quoi c'était pour pareille folie qu'on les avait fait venir !

 

Un des capitaines résuma assez bien la pensée générale.

 

« Quel profit peut-il bien avoir pour nous dans cette affaire? Il n'y a pas d'or à amasser! Il y a bien assez de filles dans les tavernes! Mais veut-on dresser contre nous l’Espagne qui pourrait monter   une expédition punitive! »

 

Julien qui n'avait pas pensé, tout à son rêve fous. Qu’il était, à la difficulté qu’il aurait à faire agir les capitaines sans motifs convaincants, eut soudain une idée.

 

« Certains de nos amis sont détenus dans les prisons des caves du palais du gouverneur. Nous pourrions du même coup les libérer. »

Julien savait qu'il tapait juste, car le frère de ce capitaine avait justement été capturé après que son navire eût été  envoyé par le fond.

 

«  Aussi avec les hommes ainsi libérés nous pourrons constituer les équipages de plusieurs autres vaisseaux et accroître notre puissance. De plus je pense que si nous réussissons à être bien renseignés, nous pourrons piller la banque Espagnole qui est chargée d’or en transit.

 

Au fur et à mesure qu'il parlait Julien vit les visages des autres capitaines se détendrent et redevenir compréhensifs.

 

De toutes façons les capitaines auraient bien été embarrassés de refuser ce service à Julien, alors que celui-ci avait toujours mis sans discuter, et son épée et son vaisseau, au service de la confrérie des pirates  lorsque les membres de cette confrérie avaient eu besoin de lui.

 

De plus, il faut signaler qu'il existait une réelle solidarité entre les pirates, parfois appelés d'ailleurs frères de la côte, née d'une vie commune où les aléas étaient nombreux et l'entraide nécessaire, d'une vie en vase clos comme celle des moines ou des militaires, et aussi du fait que la plupart avaient quitté leurs pays parce qu'ils étaient des marginaux ou des opposants politiques lassés de leur vie misérable ou des persécutions.

 

Tout ceci créait un     esprit de corps très puissant joint d'ailleurs à un très grand attachement à l'indépendance.

 

C'est à l'unanimité, moins une abstention : celle de Julien, conformément à l'usage, que lorsque le président résident fit voter les pirates, le plan du Commandant du "Téméraire" fut adopté. Tout le monde partit dans un joyeux brouhaha, exceptés quelques-uns, qui, avec Julien mirent au point les détails de l'opération : nom des bateaux choisis, lieu exact du débarquement, renseignements sur la place, vivres, appuis dans l'île...

 

 

 

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Le Téméraire (4)

LE TEMERAIRE 4

 

III.      L’ ISLE.

 

Après huit jours d'une navigation sans, histoire, uniquement ponctuée des rites familiers du bord : manger, dormir, prendre le quart on sentit que l'on approchait des lieux familiers aux mauvais garçons de la côte. Bientôt la vigie cria le met fameux mot qui fait tressaillir tous les marins du monde : terre! terre!

 

A l’horizon, pour peu qu'on le scrutât, on distinguait un tout petitt morceau de rocaille. Julien devina qu'il s'agissait de l'Isle du caïman, où se trouvait le port favori du " Téméraire" et d'un certain nombre d'autres vaisseaux pirates qui relâchaient ici entre deux forfaits.

 

Tout le monde  était monté sur le pont et contemplait avec un air réjoui l'Isle se rapprochant comme en un rêve. C' était leur havre de paix; ici ils trouvaient tavernes ripailles et femmes.  Ils parvinrent agités,  dans le joli petit  port, flanqué de deux fortins bordant les eaux bleutées.

 

L'entrée à vitesse réduite, tandis que l'on voyait sur le quai la petite foule des gens qui attendaient le "Téméraire" ne posa aucun problème particulier, puis ce fut l'accostage et les retrouvailles.

 

XXXXXXX

 

Julien qui ne possédait pas de domicile proprement dit avait coutume lors de ces séjours à l'Isle du caïman de prendre pension à la"Taverne des Boucaniers" dont la patronne, la belle Rosita était devenue sa maîtresse. Rosita s'était vraiment toquée de lui, mais elle s'accordait à sa personne un peu fantasque et ses longues absences ne la faisait point souffrir. Elle le prenait lorsqu'il était présent et s'en passait lorsqu'il n'était pas là.

 

Cependant chacun de ses retours était prétexte à une fête bruyante et endiablée dans la taverne. Et le soir venu; ils baffraient et dansaient. Rosita chantait assez joliment, le teint doucement coloré,de nostalgiques chants espagnols qui lui rappelaient son pays d'origine qu'elle avait quitté alors qu' elle n'était encore qu'une enfant.

 

Ensuite ils montaient faire l'amour dans la haute chambre avec le lit à baldaquin profond comme un vaisseau et qui tanguait du plus doux et du plus berceur des tangages.

 

" Quelle navigation! " pensa. Julien. en se réveillant le lendemain, encore à moitié endormi tout en buvant un café brûlant, C' était le meilleur instant, celui qui sépare le sommei1 de la veille comme celui qui sépare la nuit du jour indistinct, pas encore nuit mais pas encore jour.  L’imagination vagabondait librement se remémorant la volupté, le corps rompu d’une agréable fatigue.

 

Rosita, dont le parfum flottait encore dans la chambre, était partie depuis bien longtemps, vaquant en ville aux mille besognes que nécessitait la taverne. Vive et débrouillarde, elle allait et venait dans la cité sans problèmes.

On avait l'impression que deux personnes cohabitaient sous la même peau: une amoureuse enflammée et romantique et une commerçante pratique et avisée.

 

Julien se demanda si au fond, d'ailleurs, elle n' était pas toujours une commerçante avisée et si l'or n'était pas son plus grand amour.

 

« Q'importe se dit-il, si nous avons au moins l'illusion. De toutes façons l'amour n'est qu'illusion, et peut-être n’ais-je que 1'illusion de l'illusion! Mais ma parole, je philosophe comme un jésuite et presque aussi mal. Levons nous, il est temps. »

 

Au même instant une sonnerie grêle retentit, jaillie d'une petite clochette assez innaparente  poste sur un meuble. Julien se précipita dans l'escalier pour monter au pigeonnier niché dans une sorte de tourelle de la taverne.

 

Cette sonnette avertissait qu'un pigeon venait d'arriver porteur d'un message. En effet, dès qu'un de ceux-ci se posait sur un perchoir un ingénieux mécanisme déclenchait la sonnerie.

 

Julien par le biais de ce mode de communication extrêmement rapide était en relation, entre autres, avec la capitale où il possédait un informateur bien introduite auprès des  espagnols- et le payant bien le tenait au courant des navires de commerce pouvant l'intéresser, et ceci suffisamment à l'avance pour pouvoir les intercepter éventuellement, ou l'avisait aussi du mouvement des vaisseaux de guerre dont il devait se défier.

 

Ce système de courrier remarquable était une des causes de la rapidité d'intervention bien connue du commandant du « Téméraire » qui apparaissait là où on ne l'attendait pas, et semblait toujours flairer les cargaisons les plus profitables. Cette sorte de " divination " stupéfiait  ses ennemis qui n'étaient pas loin d'y voir une intervention démoniaque.

 

« Que m'apporte-tu,  bon Vélox " dit Julien en se saisissant du pigeon. Chacun de ses pigeons avait en effet un nom et était presque considéré comme un être humain, une sorte de messager de la flibuste. Sous ses doigts, il sentait la palpitation du frêle corps.

 

Il lui délia délicatement le message ficelé à la patte. L’écriture le surprit. Ce n'était pas celle de son agent, mais une écriture de femme ou de jeune fille.

 

« Monsieur l'Amiral de la Flibuste, »

 

Tudieu ! Sifflota Julien, me voici amiral.

 

Mon père, le Marquis de la Casa Bella, le gouverneur de ces ILES, veut me faire épouser le vieux Comte Lopez del Libero qui est le général de l'armée et que je hais. Pour ce faire il me retient prisonnière dans ma chambre de l'aile gauche du chateau.

 

Libérez-moi monsieur, et je serais toute à vous. Dépêchez-vous, je vous en prie, le mariage a lieu dans huit jours.

 

ISABELLA.

 

N.B Ci –joint un petit plan de l’aile gauche du château

 

Un mot d’une autre main était ajouté, 2crit par l’agent de Julien dans la capitale des Iles.

 

« C' est la duègue  de  Isabella de la Casa Bella qui m'a remis ce mot, m'invitant à vous le transmettre. J'ignore comment         elle se doute que je suis en relation avec vous.

 

En ville il se dit que la fille du Gouverneur est bien retenue dans sa chambre pour épouser le Comte. Mais ce peut être un piège. Prenez garde à vous. Isabella est une très jolie jeune fille d'environ seize ans, brune de cheveux, teint clair,agréablement tournée et fort enjouée à ce qu'il parait.

 

A votre place, je me méfierai

 

Votre Dévoué

Roberto Gonzalez

 

" Quelle histoire" pensa Julien intrigué et amusé tout à la fois. Cela a en effet tout l'air d'un piège. Mais il semble vraiment énorme pour faire tomber l' AMIRAL DE LA FLIBUSTE dedans.

 

D'autant plus qu'il ne connaissait pas Isabella... Il se rappelait tout au plus d'une fillette brune et prétentieusement vêtue qu'il avait croisé un jour au détour d'une rue de Las Santa alors qu'elle se trouvait dans le carrosse du Gouverneur et que lui marchait à pied. La rue était boueuse et les roues du carrosse avaient projeté des éclaboussures sur son vêtement. Il avait ressenti cela comme un affront. C'était le seul souvenir qu'il avait d'Isabella, si l'on peut appeler cela un souvenir...

 

Et peut-on imaginer, qu'on vole au secours d'une jeune fille Qu'on- ne connaît pas, qu'on risque sa vie et ses biens pour l'enlever aux griffes d'un vieux grigou ?

 

Julien continuait de s'interroger. Si on écarte l'idée du piège et elle est  à écarter, qu'est-ce qui pourrait pousser Isabella à faire appel à moi ? Un romantisme juvénile qui dans son imagination a fait  de moi un justicier redresseur de torts? Et à qui pourrai t-t-elle s'adresser à part à moi; Ce n'est pas dans son univers qu'elle pourrait trouver quelque secours. Qui oserait s'attaquer au tout puissant Gouverneur des Isles? - Personne.

 

 

Et l'idée que l'on pût faire appel à lui Julien contre la toute puissance du représentant de l' Espagne le séduisait assez.

Etait-ce par le péché d'orgueil que l'on comptait le faire tomber, lui oui avait déjoué tous les  traquenards jetés sur son passage jusqu'à ce jour ?

 

Cependant Julien sût tout de suite qu'il tenterait d'aller délivrer la prisonnière, et qu'il ne pouvait y échapper. Cela était inscrit dans le Grand livre de sa destinée.

 

Et il se la représentait, jeune et belle, se morfondant dans sa chambre verrouillée et grillagée tandis que les larmes coulaient de ses grands Yeux brillants et noirs.

 

Julien pensa qu'il serait doux de la sauver, et, d'avoir avec sa reconnaissance, son amour enthousiaste et réservé tout à la fois.

 

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Le Téméraire (3)

Le Téméraire (3)

 

Comme le soir commençait à tomber, « Gueule d'or » le second, proposa d'organiser une petite fête pour célébrer une nouvelle victoire de la flibuste sur le Très catholique Roi d’Espagne. Ceci était d'autant plus facile qu,e les cales s' étaient trouvées remplies providentiellement des meilleures victuailles et des vins 1es plus délicats.

 

Julien accepta, mais il fit transférer dans les réserves du "Téméraire" une grande partie des vivres voulant éviter un trop grand gaspillage, sachant ce que étaient capables de foire les hommes une fois ivres.

 

L'ambiance était d'une très grande gaîté. Déjà certains se mirent à. chanter, tandis que d'autres sortirent de vieux instruments pour les accompagner. Ces chansons qui parlent de flibuste, de voiles et d'amour et de mort. Tout ce qui remplit la vie des hommes qui, naviguent et rêvent aux femmes lorsqu'ils sont à bord et aux contrées lointaines lorsqu'ils sont à terre....

 

On organisa même un bal dans les plus belles cabines du bord, les pirates ayant revêtu des habits de gentilshommes et tachant d'imiter les habitudes maniérées de ceux-ci. Les demoiselles et les femmes prisonnières, blanches de frayeur, sous l'éclat des chandelles leur servaient de cavalières, affreusement gênées de devoir danser avec ces rustauds qui ne connaisaient rien à leurs moeurs et qui leur écrasaient les pieds ou les bouscuIaient en tentant de virevolter avec la grâce de jeunes éléphanteaux.

 

Appuyé à un coffre, l' » élégant » somptueusement vêtu d'un costume qu'il avait du qu’il avait dérober au fond de quelque armoire mais dont on ne saurait1ui en faire grief, tant il le portait à ravir, faisait la cour à sa belle inconnue. Et l'on voyait bien qu'il n'était pas sans lui inspirer quelque attrait, quoique les traits de la belle respiraient l'effroi.

 

Julien croisa le Bosco qui avait, du mal à tenir le cap.

" Alors à-t-on trouvé l'âme soeur, Bosco" interrogea Julien ?

« - A plus de 250 ans on ne peut plus faire des prouesses d'amour, les cartouches ont de la peine à s’enflammer".

 

Répartie qui eût pour effet de faire rire Julien. « N’empêche esprit de l'homme à amour pense toujours » songea le capitaine. C'est lié à l'humaine condition. Et le pirate lui-même au plus fort du combat rêve à lit doux et à présence féminine, et les plus courageux d'entre eux ne sont souvent que de bien faibles enfants face à l'amour. Peut-être au fon que l’amour et la mort sont comme deux soeurs folles unies qui se tiennent la main et se baisent la bouche, deux faces de la même chose.

 

" Vieux fusil peut péter aussi bien que fusil neuf, Bosco" répondit cependant Julien citant un vieux proverbe de la piraterie. Celle-ci était riche de sentences issues de ces hommes rudes, mais non dépourvus d'une certaine sagesse née au contact de différentes aventures aux quatre coins du globe.

 

XXXXXXXXXX

 

Le lendemain matin, par un temps radieux et pimpant comme un baiser de jeune fille de quinze ans, il fut décidé de laisser ici le galion après l'avoir garni de mines pour qu'i1 sauta quelques heures plus tard, et d'abandonner les passagers sur des chaloupes en leur remettant quelques unes de leurs vivres.                                                                                       +

 

L’élégant tenta de prêcher une attitude plus humanitaire.

Julien répondit d'un ton qui n'admettait pas la réplique: « si nous les laissons regagner la côte avec leur vaisseau, ils nous dénoncerons aux autorités et on tentera de nous donner la chasse. Nous ne sommes pas en mesurer de résister seuls à la flotte espagnole qui croise en ces eaux. Croyez-vous un seul instant que si EUX nous attrapent  nous feraient des cadeaux, Monsieur le bel officier ? Et la cravate de chanvre qui serait la dernière de votre vie pêche aussi bien par son inconfort que car son inélégance, ce qui ne doit pas manquer d'impressionner un homme de goût tel que vous. De surcroît il ne me messied pas que le "Téméraire" reste une légendé, présent partout et visible nulle part et dont rien que l'évocation du nom série la terreur dans les mers. Une idée plus q'un vaisseau. D'ailleurs c'est plus l'Amour qui vous fait parler que l'humanité. Car si nous nous plaçons du point de vue humanitaire nous priverons l'Espagne de quelques dizaines de fieffés coquins. C’est un service que nous rendons à la population. Ce ne  sont que voleurs, fourbes et canailles. Qui ne verserait pas une seule larme sur leur disparition si ce n’est leurs créanciers sans titres de créances.

 

«  Quel est son nom?" ajouta en changeant de ton Julien.

« - Elle se nomme  Eléonore, et son âme est pure et noble, comme il n'est pas possible de l’être. Pourrais-je l’emmener avec moi?

 

Elle m'a promis de vivre notre vie et de ne jamais se plaindre.

"- Si nous faisions ceci, ami, nous serions assaillis par toutes les femmes du bord oui voudraient épouser des marins et jureraient qu’elles en sont tombée: subitement follement amoureuses. Et si chaque pirate estimait aussi avoir le droit d'emmener une femme? Non, cet exemple serait pernicieux. D'ailleurs plus tard tu me remercieras de t'avoir tiré de ces griffes ensorcelées.

 

Les passagers furent Chargés dans des canots, tandis que de la dunette Julien surveillait l'opération. Il y eût quelques scènes déchirantes, les femmes se jetant aux pieds des marins en les priant de les épargner.

 

Le prieur du bord lança quelques invectives à l'adresse des pirates, les menaçant des foudres du ciel une fois qu'ils seraient parvenus dans l'autre monde.

 

" Recommande plutôt ton âme à Satan ton suzerain" rétorqua Julien. Tu en auras grand besoin. Il t'attend en grande pompe." Comme le curé continuait à marmonner et qu'il cracha en direction du drapeau noir à tête de mort, emblème fameux des pirates, Julien sortit froidement son pistolet et abattit le prêtre. Ce fut comme un frémissement qui parcourut l’équipage et les passagers espagnols. Tuer un prêtre était un grand sacrilège et le bandit le plus­ mécréant hésitait toujours à le faire.

 

 

Puis les canots s'éloignèrent peu à peu dévorés par l’Océan.

 

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Published by Stéphane Dubois - pirates, zombies, Héroic Fantasy, Horreur, LITTERATURE, Auteur, Fantastique, Fantasy

Le Téméraire


 

 

I ) AU BATEAU.

 

I1 se souvenait _maintenant...

 

Il avait ouvert la fenêtre. L’air était chargé de lourds parfums  qui venaient, de la Mer. Tandis qu'une lumière intérieure semblait lui éclairer le visage, ses narines dilatées se mirent à palpiter, comme si une vie supérieure s’était emparée de lu i .

 

Ouvrant une armoire, il se saisit d'une chemise de soie blanche, d'un pantalon  noir et mû par, une inspiration soudaine s’entoura la taille d'un foulard rouge qu 'il avait coutume de se passer  autour du cou.

 

Se jetant un regard au travers du miroir, il se trouve métamorphosé.

 

 

De la  manière  la  plus habituelle il sortit par une fenêtre qui donnait sur les toits. Son acuité visuelle semblait décuplée ainsi que son agilité et quoique seules quelque pales clarté de la lune éclairaient l es toits, il s'y apercevait avec facilité.  Des puissances obscures semblaient le pousser vers la mer qu’il apercevait  au 1oin au travers de l' entrelacs des cheminées.

 

Arrivant à un à  pic du toit, alors qu'il lui fallait quitter  les sommets pour poursuivre sa route, il commença par une descente vertigineuse et termina par un bond assez prodigieux, lui, oui en d'autres temps souffrait du vertige et pouvait tout juste gripper sur un escabeau. Une fois au sol il buta sur un ivrogne goguenard qui écarquilla les yeux, abasourdi par ce qu'il voyait, ne sachant trop s'il s'agissait d'une vision alcoolique.

 

Il se décida, sans trop savoir pourquoi, à éviter le port craignant qu'il fut peu sûr pour lui alors qu'il en empruntât  les ruelles journellement pour se rendre à son bureau, et qu’il aimait ordinairement à y flâner respirant les odeurs venues de gargotes, écoutant la voix des filles et lorgnant la lourdeur de leurs corsage.

 

Il prit, se glissant avec souplesse dans la semi-pénombre craignant qu'on ne l'épie, le petit chemin qu'on appelait " passage des douaniers", et qui se nommait ainsi parce qu'il avait servir dans les temps éloignés aux rondes des douaniers surveillant l'éventuel accostage de vaisseaux contrebandiers.

 

Arrivé à une petite crique qu'il connaissait bien, il ne fut pas autrement surpris de s'apercevoir qu'une barque silencieuse, à demi-camouflée par les herbages l'attendait.

 

Un homme à bord, la figure à demi-dévorée par un bandeau noir tirait silencieusement sur sa vie1le vieille pipe.

 

"Le Borgne" pensa Julien.

« - C'est le Borgne en effet Commandant" dit celui-ci comme s'il avait entendu ce qu'il se disait dans le subconscient de son chef.

 

"Et rudement content de vous voir. On vous croyait disparu depuis ce temps."

 

Julien sauta légèrement dans l'embarcation qui oscilla sous son pied. Cette instabilité lui fit du bien, comme s'il retrouvait ici son vrai élément.

 

"Votre sabre" dit le Borgne, "et votre pistolet"

Il se tata immédiatement. Il les avait oubliés!

"Sans eux vous êtes comme un curé sans sa soutane"

Et le Borgne tira 1e sabre et le pistolet de dessous une cape qui était posée là. L'éclair du métal brilla soudain en même temps que le mince sourire du Borgne. "Intact et en bon état " dit-il.

-- "Dame, Commandant, c'est du métal. Un coup de chiffon et ça brille"

-- "C'est vrai. Et ça ne plie pas sur les crânes.

Je te retrouve avec plaisir ma vieille épée et mon vieux pistolet".

Il eut presque envie de les embrasser, tandis qu'une joie sauva de l’étreignait.

 

Alors que le Borgne souquait sur l’eau noire où dansaient des paillettes scintillantes, Julien se demandait quel pouvait être son age. Certes sa vigueur physique était intacte, son oeil restant brillait d'une vie ardente, et un sourire ébréché se jouait souvent sur son visage... Mais le gris de ses cheveux semblait avoir été poudré depuis bien longtemps par les mains du temps, et son teint tanné par le sel des mers semblait l'être depuis des siècles...

 

Là-bas, au loin, les feux de la ville oscillaient et s'éloignaient comme un décor de théâtre qu'on retire dans la semi-pénombre.

 

I1 entrait par les portes grandes ouvertes sur un monde où l'intensité de, la vie était mille fois plus grande et où la peau vous moulait le corps comme un costume enfin à votre taille.

 

Soudain, au détour de la nuit, apparût la grande masse silencieuse et noire d'un bateau complètement éteint, dansant doucement au milieu de la pénombre tel un rêve au creux d'un crâne.

 

" Le Téméraire" s'exclama Julien avec un étonnement émerveillé à la fois parce qu'il le reconnaissait et qu'il pouvait lire son nom en lettre d’or à demi effacé, tandis qu'ils approchaient à le toucher, sur la coque.

 

Une échelle de corde pendait au bastingage.

 

" Après vous, Commandant ». Et Julien escalada l'échelle avec une souplesse et une vigueur qui lui ravit l'âme.

 

C'est avec recueillement que Julien posa le pied sur le pont. En jetant un oeil autour de lui, en touchant les cordes et les bois, en respirant la narine dilatée, il éprouva le plaisir qu'on éprouve lorsqu'on retrouve les parfums et les formes d'un corps aimé perdu depuis longtemps.

Le Bosco qui était déjà sur ses traces alluma quelques lampes.

Tout était enfoui sous une épaisse poussière qui semblait s'être accumulée depuis des siècles. Ça et là des hommes d'équipage gris et livides sous les lampes, eux aussi recouverts de poussière paraissaient ainsi depuis des temps immémoriaux. Ils venait d'on ne sait où et quelque désastre inconnu semblait le avoir surpris ici tel qu'ils se trouvait alors. Et c'était comique et grave tout à la fois.

 

Le Bosco examina les hommes d’équipage les uns après les autres d'un air dubitatif en leur collant sa lampe sous le visage. Pas un signe de vie n'apparaissait : ils ne respiraient point et, leurs regards étaient fixes.

 

" Ça ne va pas être facile, Commandant. Ca ne va pas "être facile avec ces gaillards. J'ai peur qu'ils ne soient rouillés.. Depuis c e temps. "

 

Le Bosco esquissa un geste et une mimique empreinte de pessimiste.

 

Ils descendirent avec respect à l'intérieur du bateau, le Bosco précédant avec son fanal le Commandant, comme s'ils visitaient les entrailles de quelque mammouth géant conservé intact par les glaces depuis des siècles.

 

Avec un bruit sec, le Bosco poussa la porte qui accédait au carré des officiers. Quatre officiers semblaient avoir été figés comme des statues tandis qu'ils étaient en train de deviser avec animation. L'un faisait le geste de bourrer sa pipe, le bras de l'autre était bloqué tandis qu'il se versait du vin. La bouteille était à demi inclinée, mais dans le fond du verre  poussiéreux i1 ne restait qu’une trace noirâtre -.Un jeune blondinet à l'uniforme soigné tripotait ses boutons d'uniforme du bout des doigts, tandis que son regard bleu semblait fixer le lointain.

 

" L' élégant, C'est l' élégant" dit Julien avec un sourire amusé ;Julien avec sourire amusé. Toujours soigneusement vêtu, sa devise était de l'or et des femmes." Et ajoutait-il "si nous avons de l'or et pas de femmes nous finirons bien par en trouver."

 

Donc « de l'or » était suffisant.

 

Julien avec la crosse de son pistolet frappa un gong qui se trouvait sur un bahut. A cet instant on pu voir que quelque chose se passait dans les corps, et lentement comme dans un songe la vie fit sa réapparition. Et dans les regards on eût l'impression que défilaient des séries de souvenirs, que la mémoire revenait du passé, comme un nageur remonte de l'eau.

 

Dans le silence sépulcral, on entend le bruit des souffles qui renaissaient, on vit le poitrines regonfler  expirer.

 

Les officiers écarquillèrent les yeux comme au sortir d'un long rêve.

 

" Messieurs" dit Julien comme s'il poursuivait un dialogue amorcé depuis longtemps, nous faisons route vers les Antilles espagnoles et nous tenterons d'alléger au passage sa Majesté le roi d'Espagne d'un galion chargé d'or. Nos bourses sont si vides qu'elles en pleurent de tristesse. Le Dieu des coquins puisse-t-il nous être favorable

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