Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Site sur la Science-fiction et le Fantastique

<< < 1 2 3 > >>

Articles avec #horreur

SARDONICA (17)

 

Bien sûr, la guerre que nous fîmes reste presqu’intacte elle aussi enfouie dans ma mémoire. Ce fut une guerre affreuse, totale et sans pitiés pleines d'horreurs à vous faire lever la nuit en gémissant au milieu des cauchemars.

 

Je me dotais que cela finirait par arriver, puisque je connaissais les buts auxquels Sardonica se préparait depuis toujours. Mais je m'étais habitué à oublier cette éventualité et m'étais installé dans un relatif confort et une certaine quiétude.

 

C'est par un jour des plus ordinaire que Sardonica me convoqua à ce sujet. Elle avait le front soucieux et semblait réfléchir quelque chose de lointain.

 

« Tous les états qui nous entourent sont en train de se coaliser ; ils finiront bien par nous attaquer. Nous devons réagir avant que nous n'ayons leur tenaille autour de la gorge, sinon nous sommes perdus. »

 

-« Comment en sont-ils venus à s'allier, eux si ennemis les uns des autres ? »

 

Je savais en effet que par ses agents Sardonica faisait tout pour entretenir la zizanie entre eux et qu'elle y parvenait fort convenablement. Elle plongea son regard vert où brillaient mille colères dans le mien « Je pense que quelqu'un au Palais les renseignent.... Je découvrirai bien qui il est. Alors i1 ne vivra pas bien longtemps. »

  

« Mais maintenant nous sommes prêts » ajouta-t-elle en changeant de ton. « Et ils verront ce qu'il va leur en coûter de s'attaquer à la Comtesse Sardonica. Ils vont de quelle qualité est le sang qui brûle dans mes veines !! »  

 

« Tiens, regarde, je vais te prouver que ce ne sont pas de simples idées que je me mets en tête ».

 

Et élevant ses mains au-dessus d'une vasque d'eau claire qui se trouvait dans la pièce et la fixant intensément elle fit prgressivement apparaître une image un peu vacillante et de plus en plus nette.

 

Et je vis rassemblés autour du Duc de Prochilian, général renommé et maintes fois victorieux, les seigneurs de tous les pays ennemis. Et je les entendis discuter aprement de la meilleure façon de nous vaincre. Sardonica souriait étrangement à leurs propos qui semblaient incroyablement vains.

 
« Tu ne m'as pas encore battu, petit Baron » répliqua-t-elle à l'un qui avec beaucoup d'outrecuidance exposait  comment réduire cette putain” en deux           jours. ».
« 
Je t'étranglerai de mes propres mains, pauvre vantard ! »
.

Elle retira ses paumes d'au dessus 1a vasque, diminua l'intensité et la concentration de son regard : l'image s'enfuit peu à peu, et bientôt on ne vít plus ríen sur l'eau....

 

« -Quand partirons-nous ? » demandais-je la voix un peu blanche.

« Nous ne pouvons plus attendre. Nous partirons demain aux premières lueurs du jour. Nous allons prévenir  les chefs militaires dès cette nuit pour qu'ils mobilisent  l'armée et nous marcherons sur nos ennemis que nous défairons».

  

Sardonica avait un air sombre et semblait plus se parler à elle-même qu'à moi-même. Je pris rapidement congé d'elle et je décidai d'aller trouver Sonia pour lui expliquer la sítuatíon. Je ne pris point garde de savoir si, je serais vu des habitués du château tant mon émotion était profonde de quitter ma Belle.

 

Je frappai à la porte de sa chambrette le signal que nous avions convenues, quand  nous aurions besoin, l'un de   l’autre et que nous ne  devions utiliser qu'en cas d'extrêne urgence.

 

Elle m'ouvrit blanche d'émotion et de frayeur se demandant, ce qu'il pouvait bien se passer. Elle comprit víte . « C'est la guerre ! » J’opinai, sans rien dire: nos esprits comuniquaient merveilleusement et se comprenaient silencieusement.

 

Elle baissa la tête sérieuse:  « Je savais bien que tu partirais un jour, et que tu mourrais peut-être, c'est ta destinée. C'est la mienne de ne pouvoir bien longtemps être heureuse. ».

 

Je revois encore ses puvres lèvres crispées qui ne souriaient pas, tandis que ses yeux illuminés continuaient à sourire eux malgré tout avec une lueur brillante là-bas quelque part dans le fond, ouverture lumineuse sur son âme.

 

« Je ne t’oublierais pas, je t’assure, même si tu devait mourir ».

- Mais je ne suis point encore mort et je reviendrai !

« -Je l'espère  bien que tu reviendras » me répondit-elle en m'écrasant la main et en m'étreignant.
« 
Je l'espères bien »

«- Et alors nous partirons ensemble. »

«  - 0n dit toujours que l'on veut partir et l’on reste ! » 

« -Nous partirons ensemble et nous vivrons ensemble, ailleurs ! »

 

J'avais l'impression qu'elle avait le coeur brisé et je n'insistai pas.

« Te battras-tu toujours à ses côtés ? »

« - Probablement. Je suís toujours à ses côtés dans la Paix. Il en sera ainsi sans doute dans la Guerre. »

« - Et tu courras et le risque de ta vie et celui d'etre damné pour 1a Comtesse ínflernale. ».

 

Je baissai la tête sans répondre: Sonia avait décoché une flèche juste à l'endroit sensible.

J'aimerais encore assez mourrír aux pieds de ma reine pour son service, lui ayant donné jusqu'à ma vie pour preuve de mon amour insensé et dévorant comme un feu.

 

«Je saís bien qu'elle t'a envouté  » me dit Sonia en me passant son doigt sur son front qui s'était mis  à se plisser.

 

« Je ne t'en veux pas trop. Mais si seulement c'était une autre femme !  Je ne serais que jalouse... ».

 

Il me gênait  avec elle d’aborder ce sujet et de connaitre le vraí fond de mon âme où se débattaient des sentiments contradictoires comme des poissons noirs dans un bosal dansant une danse infernale et tentant de s'entredévorer furieusement.

(A suivre)

 

 

Voir les commentaires

SARDONICA (16)

 

Il est un épisode de ma vie dont j'ai conservé parfaite souvenance. Mais comme j'en ai terriblement honte, j'ai volonté de le cacher. Il est indigne de mon état de moine.

 

Mais je dois l'avouer pour la complète narration de mon histoire, et pour que l'on sache jusqu'ou je descendis dans l'abîme de l'infâme, et dans l'infidélité à ma religion. Pour que l'on me comprenne et que l'on me pardonne. Tout homme est pêcheur et soumis aux tentations. Et en ce me concerne on conviendra qu'il s'agissait d'une particulière tentation qui eût pu éprouver âme plus solide que la mienne, alors que je n'étais qu'un jeune séminariste lorsque l'on me lacha dans cette antichambre de l'enfer...

 

Un sombre soir d'hiver, alors qu'il neigeait au dehors et que je lisais un livre au coin de la cheminée auprès de laquelle je me pelotonnais précautionneusement, Sardonica frappa lourdement ma porte. Elle entra soudainement, entièrement vêtue de fourrures, de la tête au pied. Le froid du dehors rosissait son visage. Elle me dit d'un air impérieux : « Tu vas enfin participer à ta première messe ici. »

 

« A cette heure-ci Madame ? Mais il est près de minuit ; ce n'est pas l'heure de la messe. »

 

Elle sourit mystérieusement. «  Ici C'est l’heure de la messe. »

 

Je la suivis, sortis dehors et rejoignis un cortège, tout de noir vétu, où je reconnus des  figures familières de l'entourage de Sardonica, mais habillées comme si i1 s'agissait d'un clergé particulier.

 

Sardonica munie d'une sorte de sceptre d'Or prit la tête en me tenant, intimidé, par la main. Les cloches tintaient lugubrement dans la nuit lourde. J'étais rempli d'angoisse et je contemplai par en dessous la mine sombres des officiants complètement métamorphosés.

 

Notre procession parcourut les rues autour de l'église en chantant d’étranges chants latins dont je ne comprenais point la signification. Mais je devinais qu'ils célébraient la gloire du Tout-puissant, mais du Tout-puissant Noir, de Satan pour tout dire.

 

Nous ne rencontrâmes qu'un homme au cours de notre marche, mais il s'enfuit bien vite et disparut terrorisé.

 

Nous devions en effet faire peur à voir avec notre ferme détermination et notre air terrible. Enfin nous arrives à l'église du château.

 

Jetant un oeil aux motifs qui ornaient les murs, je me rendís compte qu’ils étaient en fait fort dissemblables de ceux qui ornait les églises ordinaires, avec d'autres sculptures assez horribles à voir, et, d'autres symboles ínconnus de moí.

 

Nous pénétrâmes par la grande porte par laquelle jaïssaít une violente musique étrange et saccadée que je n'avais jamais entendue. Je trempais, comme les autres, ma main dans le vaste bénitier et fit un signe de croix à l'envers, comme je le vis faire à Sardonica. A ma profonde surprise c'était du sang frais qui se trouvait daas 1a vasque et j'en répandie une petite tache sur mon front. Me tenant toujours par la main, Sardonica me mena à l'autel brillamment illuminé de lueurs tremblottantes.

 

A 1a place du Christ, un  superbe Satan taillé dans un corps noir, un Satan grimaçant et triomphant avec à la main un sceptre d'Or, juché sur uze boule d'Or qui devait représenter notre monde et qu'í1 foulait aux pieds dédaigneusement. Tous nous nous agenouillâmes  devant le Prince des Enfers pendant que mes compagnons psalmodiaient des incantations magiques.

 

Mon oeil stupéfaít allait de Sardonica à la représentation du mon. Il avait la même grâce allongée, une queue comme elle-même,  les mes mains fines et vigoureuses pour saisir comme un piège d’acier,et ce quelque chose d'indiciblequi lui donnait même expression.

 

Sardoníca semblait ímpressionée, pour la première fois de sa vie, et les larmes aux yeux, elle balbutiait des paroles incohérentes: « O toi Grand Prince Noir des Ténèbres. O Toi Divin Prince… », puis elle se releva pour diriger l'office qui allait se dérouler.

 

Je compris víte que j'étais le premier concerné par cette cérémonie. On ne fit revêtir un habit noir d'impétrant, un peu comme celui des autres que lon tira d'un réduit. Et Sardonica me mit face aux autres réunis en cercle autour de l'autel. La lueur des cierges faisait ressortir leurs faces blanches et lugubres.

 

Elle fit une sorte de discours : la résonance des voutes donnait un plus grand pouvoir encore aux sons de sa voix et me terrorisait.

 

Elle me présenta au demi-cercle noir et déclara que j'avais bien secondé le Grand Prince Noir jusqu'à présent en différentes occasions, que je faisais partie de ses officiers, mais qu'aujourdtui j'allais entrer dans le clergé secrêt de ceux qui participent à son culte et communient avec son esprit. Passer du matériel au spirituel en quelque sorte.

 

Sardonica me fit agenouiller devant elle, baiser son sceptre représentant une patte griffue de panthère et jurer trois fois que je lui obéirais fidèlementen toutes occasions, ainsí qu'à Satan; pour sa plus grande gloire.

 

 

Je jurais ce que l'on voulut comme dans un état second, n'ayant plus aucune force pour résister, mais me rendant cependant très bien compte de ce que je faisais.

 

« Mes frères » interrogea Sardonica «désirez vous du frère Dimitri en votre glorieuse Société ? »

 

« - Oui, nous le voulons ! »

 

« - Croyez-vous que 1e frère Dímitrl servira bien notre Eglíse des Témèbres, fidèlement et en tous lieux ? »  

« - Oui, nous le croyons ? » 

 

Elle me posa les mains sur les épaules, me regardant droit dans les yeux de son regard insoutenable.  « Je te déclare entré dans le clergé de Satan. Tâche d'en être digne. »

Et elle me donna l'accolade en m'embrassant. Je me relevai et tout le monde entonna 1e chant à 1a gloire de Satan, divin Maître de l'Obscur et des Ténèbres.

 

Je me trouvais donc moí - Pretre de Dieu -à être passé dans le camp des forces du Mal, et, sans grande résistance... C'était difficile à croire, et tout ceci pour l'amour de Sardonica et peut-être aussi poussé  par mon orgeuil et ma volonté de domination sur les autres.

 

Et nous retournâmes en procession, en chantant, à nos demeures respectives, les gens semblant prendre bien garde à ne point se montrer. Alors que j'arrivais chez moí, Sardonica me murmura à l'oreille: « Je compte faire de toi le Grand Evêque Noir, celui qui commandera à l’ensemble de mon clergé. »

 

J'étais tout abasourdi par cette révélation, moi qui n'avais jamais su exactement jusqu'alors quels étaient lez desseins de Sardonica à mon égard.

 

Et je compris pourquoi elle m’avait choisi dès le séminaire avec tant de soins. Le Grand évêque noir; chef spirituel du clergé infernal....

 

Cette nuit là, je m'endormis avec un sommeil lourd et peuplé de rêves.

 

Je me voyais sur un trône d'or en évêque noir, tantôt faisant des chose extraordinaires, et tantôt endurant de grandes souffrances.

 

(A suivre)

 

Voir les commentaires

SARDONICA (15)

 

Bientôt une lueur s'alluma dans sa chambre. J'imaginai, et en souffrait atrocement, ce qui devait se passer : les corps nus luttant sur le sol jonché de peaux de panthères, les cris et les caresses, les douces tortures du sexe. J'entendais tout cela à distance à ma grande douleur, curieusement, comme si je me trouvais dans la pièce.

 

Les lumières s'éteignirent. Sardonica apparut à une fenêtre. La noire silhouette du jeune homme passa une porte dérobée. Sardonica, comme je m'y attendais, fit un signe impérieux de sa main. L'un des deux archers sortit de l'ombre et d'une seule flèche abattit le jeune home. Celui-ci ne poussa pas un cri et tomba d'un coup. Ses amis de la troupe, dissimulés sous un porche l'entourèrent bientôt comme une bande d'oiseaux éplorés.

 

Je retournai à la fête. Les baladins saluaient avant de se retirer. Ils emportèrent plus de quolibets que d’applaudissements.

 

Sardonica fut bientôt de retour, un peu plus animée peut-être et le rouge aux joue. Elle reprit sa place, gratta mes cheveux alors drus comme jeunes herbes et porta sa jambe contre mon corps. J'était ravi, quoique désolé par ce qu'il venait de se passer , de ce que j’avais encore une petite place dans ion coeur ; comme un jeune chiot qui se contente d'une caresse.

 

Le maître des cérémonies annonça enfin le dernier spectacle, qui sur le parchemin énonçant le programme était simplement appelé ainsi. Mais i1 courait des bruits à la Cour qu'il se préparait quelque chose de très particulier. Aussi tout le monde ouvrait-il  grand ses yeux et ses oreilles.

 

Le maître de cérémonies fit enlever les vastes tentures qui couvraient l'un des côtés de la pièce, faisant apparaître la paroi nue. Ce fut un cri de stupéfaction poussé en même temps par des centaines de gorge.

 

Dans cette paroi une très vaste plaque transparente laissait voir un univers marin entièrement reconstitué et éclairé de l'intérieur d'une vive clarté qui rendait les eaux d'une belle couleur bleue-verte et les remplissait de chatoyantes vibrations lumineuses.

 

Tout y était présent les rochers avec les anfractuosités pleine d'ombres, les algues, les coquillages et des poissons de tailles variées dont certains extraordinaires de couleurs et de formes. Sur le fond reposait une couche de cailloux et de sable.

 

Tout à coup, par un trou du rocher, entra un jeune homme icroyab1ement bien proportionner pour l'eau et s'y déplaçant ainsi qu'un dauphin. Ses pieds étaient munis de nageoires artificielles qui accéléraient sa course. Un grand couteau était accroché à un anneau de sa ceinture.

 

Avec grâce il fit deux ou trois tours comme pour se faire admirer. De temps en temps i1 s'approchait d'un des tuyaux qui pendait dans l'élément liquide, prenait une inspiration qui gonflait sa poitrine et poursuivait sa course vive. En effet il ne pouvait remonter pour respirer à l'air libre; 1a surface était rendue inaccessible par 1a voûte.

 

« Ce garçon appartient à une population de pêcheurs d'éponges de 1'í1e de Kost » me souffla quelqu'un, « i1 est habitué depuis son plus jeune âge à passer une bonne partie de sa vie dans la mer. ».

 

Je me demandais 1a signification de ce que je voyais, lorsque surgit un énorme poisson dont 1a tête était ornée d'une sorte de défense en forme d'épée.

 

Le nageur parut saisi par la vision de ce bizarre adversaire. Le poisson tourna plusieurs fois avec de vifs mouvements. Enfin i1 découvrit l'ennemi et arrêta brusquement ses évolutions. I1 1e mesura de son oeil glauques puis soudainement i1 fonça sur lui. Mais l'autre l'évita en se jetant souplement de côté. L'attaquant surpris, se retourna sur lui-même et fonça de nouveau, tel un taureau aquatique,

 

Le jeune homme esquiva encore, mais apparemment avec plus de peine et i1 se précipita à l'une des sources d'air…il semblait se mettre à étouffer.

 

Et 1a sauvage parade continua.

 

Soudainemeut le gladiateur nautique, alors que le poisson de combat passait juste à côté de lui, avec soa poignard lui perça 1a peau. Bíentőt 1e sang se répandit en nappes pourpres.

 

Cette estocade trop mal ajustée pour tuer 1a bête eut pour effet de la rendre furieuse. Elle donna un violent coup de queue à son protagonisme qui se trouva ainsi déséquilibré. L'animal se retourna presque sur place et chargea avec une redoutable précísion. Cette fois 1e garçon fut gravement blessé. Puis ce tt une horrible boucheríe. Le bassin devint complètement rouge.

 

 

Ah ! I1 fallait voir l'air de Sardonica se délectant durant toute 1a scène, avec ses yeux qui luisaient et sa mine réjouie qui frémissait.

 

Le rideau tomba à l'instant où l'on ne pouvait plus distinuer ni 1e poisson, ni 1e jeune homme, tran formés en chairs sanguinolantes par leurs assauts réciproques.

 

Je fuyai dans ma chambre, sous 1'oeil un peu triste, de me voir 1e coeur gros comme un enfant, de Sardonica.

 

 

 

 

SARDONICA ou la femme-panthére (k 15 )

Voir les commentaires

Sardonica (14)

 

Un silence des plus rares se fit... Cette statue de chair s'anima lentement.

 

Tantôt elle reposait gracieusement sur la patte de l'éléphant apparemment charmé, tantôt elle était sous lui. Il appuyait alors son pied énorme sur son frêle buste. On craignait très fort qu'il ne L'écrasât comme un mince fétu. Mais bonâsse il soulevait son pied et la laissait se relever prestement tandis qu'elle avait un sourire vague et lointain aux lèvres, comme si elle n'était pas de ce monde et s'y trouvait seulement de passage pour nous enchanter. Et la prenant délicatement dans sa trompe comme une fleur  extraordinaire l'éléphant la reposa précautionneusement sur sons dos.

 

Et au son de la musique étrange, elle repartit, belle sereine et impassible. Sa disparition fit retentir des applaudissements frénétiques qui brisèrent le mirage comme un verre de cristal.

 

" Ah ! »  Me dit le Général de la Cavalerie, celui qui peut avoir pareille beauté dans son lit, est plus heureux que celui qui a conquis la moitié du monde ! »

 

Je ne sus que lui dire que je pensais comme lui, mais que beauté bien vite s'évanouit et disparaît et qu'alors nous n'avons plus que cendres dans la main, comme souvenir dé ce qui, a été...

 

« C'est ma foi bien vrai, Dimitri et vous me faites penser quelque chose.

 

Je passais pour le service de la Comtesse, un jour dans une de mes anciennes garnisons du temps où j'étais un jeune et pétulant lieutenant adulé des femmes, courant de rendez-vous en rendez-vous., Je vins à ne trouver dans une rue remplie de boutiques et encombrée de marchands et de chalands, ce qui m'obligea à mettre mon cheval au pas.

 

Soudain j'entendis une petite voit poussive qu'il me semblait avoir déjà vaguement entendue quelque part il y a bien longtemps.

 

Mais je n'y prêtai pas autrement attention et poursuivis mon chemin. La petite voix continua à geindre doucement en me suivant et une main en se posant sur le harnachement de mon cheval tentait apparemment de le retenir. Je me retournai. Sous une masse assez informe de vêtements grisâtres, je fini par reconnaître en cette laideronne Sandra, l'ancienne serveuse d'un estaminet situé près de la caserne. Cette femme avait eu dans le passé quelques grâces pour moi. Je crois même pour être franc que j'en étais assez amoureux alors.

 

« Tu ne me reconnais pas Nicolas ? Sandra, SANDRA ! Te voici Général, à présent. Tu as bien réussi ta vie; tu es content. » 

 

-" OUI je te reconnais" lui répliquais-je excédé." Plus au Diable que je ne fusse que lieutenant et que l'on me rendit ma jeunesse ! »

 

  - « Il faut s'y faire » me répondit la vieille philosophant. Regarde ce qu'est devenue la belle Sandra. Tu te souviens ?

 

Bon Dieu, oui que je me souvenais : et les fêtes et les beuveries et les filles et l'alcool. Le muscle frais, l'appétit à dévorer les montagnes, et les nuits d'amour.

 

« Eh bien moi je ne m'y fais pas ! ». Je cravachai mon cheval qui démarra comme une flèche bousculant les passants qui ne comprenaient pas ce qui se produisait.

 

« Le pire » poursuivit le Général, de ce genre de rencontre c'est qu'i1 nous oblige à admettre que si votre ancienne maîtresse a vieilli et est ce qu'elle est devenue, vous non plus vous n'êtes plus le beau jeune home que vous vous persuadez malgré tout à vous croire. 

 

Vous vieillissez un peu chaque jour : une poignée de cheveux qui tombe, une dent qui disparaît, une ride qui se forme. C'est moins saisissant que si vous aviez la mise côte â côte, si cela était possible, de deux images en même temps : vous jeune homme et vous vieil homme.

 

Mais ce témoin irréfutable de votre passé vous révèle toute l'ampleur du désastre, si je puis dire, et vous affirme une réalité que vous ne pouvez plus nier. Vous êtes un vieillard usé et vous vous approchez de la mort de jour en jour. Elle vous guette cette vieille sorcière grimaçante, elle vous attend avec un air lubrique pour de funestes épousailles... »

 

L'arrivée du numéro suivant arrêta la perplexité du Général qui me parut avoir une plus fragile écorce que je ne l'eus crû au premier abord.

 

Quatre lutteurs énormes, enduits d'huile, se ruèrent par deux les uns sur les autres. Quatre paquets de chair se nouèrent et se dénouèrent en des noeuds de douleur et de cris. Des têtes crispées de monstres apparaissaient. Ils se battaient presque jusqu'à la mort pour une bourse d'or de la Comtesse.

 

Et vinrent des danseurs et des danseuses complètement nus et légèrement ambrés qui nous montrèrent des mouvements effrénés et érotiques. L'oeil de la Comtesse, comme celui d'un félin, aux aguets semblait avoir repéré, parmi tout ces corps, un corps mâle d'un particulier intérêt pour elle; plus musclé, plus fruste peut-être que les autres. Il lui faisait présager plus de jouissances dans le rut qu'un autre : une sorte de plaisir rude et animal qui seul pouvait la satisfaire.

 

D'un geste de son ongle recourbé, en un élan qu'elle ne savait contenir, elle désigna l'homme au maître de cérémonie qui opina du chef. Le ballet s’arrêta, le regard un peu perdu du jeune homme se dirigea vers Sardonica. Il avait compris. La troupe sorti brusquement par un côté de la scène, comme frappée de stupeur.

 

Sardonica se leva et l'air excité disparut.

 

J'étais ivre de jalousie et prêt à tuer si il le fallait.

 

Le Général de la Cavalerie me contemplait d'un air triste, gravement.

 

Il voulait sans doute, je pense m'inciter à la prudence.

 

Il éprouvait aussi une serte de commisération compréhensive pour ma jeunesse, comme si notre conversation précédente l'avait rendu plus proche de moi.

 

Je sortie sur le balcon pendant qu'une troupe de troubadours ambulante vinrent chanter des couplets qui racontaient les amours d'un pauvre baladin et d'une princesse des temps lointains.

 

Je n’avais  point le coeur à l’entendre.

 

Et je restais dans la tiède nuit d'été à attendre.

 

Le beau danseur fut accompagné par deux archers noirs dans l'aile du Palais où se trouvaient les appartements de Sardonica.

 

 

(A suivre)

 

Voir les commentaires

Sardonica (13.2)

 

 

…/…

Enfin arrivèrent les ambassadeurs étrangers, certains venus de très loin, avec toutes sortes de costumes qui surprenaient par leurs étrangetés. Tous souhaitaient prospérité à la Comtesse et saluaient le jour béni de sa naissance. Et ils lui remettaient un splendide cadeau : de l'Or, des pierreries. L'un vint même lui apporter un magnifique cheval qui caracolait dans la salle, surpris de se retrouver au milieu de ces gens bizarres et de ces lumières.

 

" Je te le donnerai » me dit Sardonica en me regardant avec un regard langoureux. " Je sais que tu aimes le blanc. Moi le préfère de beaucoup le noir; il convient mieux à mon teint ajouta-t-elle avec une certaine ironie.

 

Le maître des cérémonies, de pourpre éblouissante vêtu, de pied en cap, frappa un gong immense de cuivre luisant qui retentit puis résonna longuement en décroissant, annonciateur de mystères…

 

Et le spectacle commença. D'abord un orchestre s'avança , suivi de danseurs et de danseuses en costumes du Pays qui mimèrent allègrement des scènes paysannes relatant les différentes saisons des récoltes ou de la vie.

 

Pendant ce temps, alors que nous étions assis sur des divans recouverts de magnifiques étoffes, on commença à nous apporter de la nourriture sur des tables basses : pièces rares et délicates, viandes di venaisons relevées d'herbes subtiles et sauvages, dont on avait seulement choisis les meilleurs morceaux.

 

Des jeunes filles, toutes jolies et habillées pareillement d'un tablier noir et d'une robe blanche vinrent nous servir leu vins les plus renommés.

 

Parmi elles, essayant le plus possible de passer inaperçue, Sonia. Parfois elle me frôlait. Je sentis même son souffle sur ma peau et le rayonnement de sa chair. Nos regards se croisaient, mais mous faisions semblant de ne point nous connaître. Troublante et difficile chose en vérité ! On voyait combien elle était malheureuse de ne point pouvoir me parler ni me toucher. Tandis que moi je m'inquiétai de savoir si le fin regard de Sardonica, perçant au-delà de toute imagination les voiles de la conscience humaine, ne pouvait cet instant découvrir notre secret manège.

 

J'en tremblais surtout pour Sonia. Je tenais de plus en plus à elle, fleur délicate et fragile du jardin de ma vie, poussée soudain au milieu des mauvaises herbes, sans que l'on sut pourquoi. Sans notre rencontre mon coeur serait resté une pierre desséchée que rien n"eût jamais touché.

 

Des jongleurs jaillirent d'un côté de la vaste scène comme une trombe colorée. Ils maniaient les sabres avec une telle dextérité qu'il eût suffi qu'il y eut un écart d’une fraction de seconde dans l'exécution de tel mouvement pour qu'i1 puissent gravement blessés, voir même tués.

 

Sardonica distraite en ce qui concernait les danses, suivait ici avec un intérêt extasié ; le même intérêt d'ailleurs qu'elle éprouvait pour tout ce qui pouvait promettre larmes, deuils et sang, causes de jouissance pour elle. Parfois même elle approuvait par de doux glapissements les morceaux particulièrement risqués des artistes.

 

Puis un moment extraordinaire que ma mémoire garde à jamais enfoui, comme un trésor enchâssé.

 

Au son d'une musique singulière à nos oreilles, venue d'un 1ointain pays, arriva noblement accroupie sur un carré d'étoffe rouge, placé sur le dos d'un éléphant, une fille splendide de grâce et de beauté. Elle était complètement nue, recouverte seulement d'un voile de gaze qui la nimbait plus qu'il ne la dissimulait.

 

 

Quel joyau unique irradiant sa lumière !

 

(A suivre)

 

Voir les commentaires

Sardonica (13.1)

 

Puis ma vie continua avec ses activités païennes, les jours ressemblant aux jours chasses, jeux de cartes, cabarets et la poursuite de mes amours heureux quoique fragiles avec Sonia. Bien sûr je continuais de remplir le rôle de secrétaire de Sardonica.

 

Je pouvais croire que comparativement à ma vie de moine d’autrefois j'étais un homme heureux.

 

C'est curieux, mais sur la mer assez  floue de ma mémoire, après tout de temps, des événements saillants surgissent cependant. Ils saut comme des vaisseaux aux: voiles d'or, poussés par des alizés parfumés, apparaissant à l'horizon pour se rapprocher peu à peu.

 

Par exemple je revois la fête que Sardonica fit donner pour l'anniversaire de sa naissance. Jamais je ne vis ni n'entendis parler de pareille fête, excepté peut-être dans les contes les plus fantastiques.

 

Deux messagers de la Comtesse, s'annonçant à sons de trompettes, vinrent spécialement pour m'inviter. Ils étaient porteurs d'un parchemin munis de rubans et du sceau sur lequel figurait la fameuse panthère stylisée qui ricanait férocement. Le texte précisait la date de l'anniversaire mais, est-il besoin de l'écrire, ni la date de naissance, ni l'âge de Sardonica.

 

Le soir venu, je revêtis mes plus beaux habits, superbement ajustés, faits du drap de la meilleure qualité qu'il fut possible d'imaginer. Je me faisais confectionner mes costumes par le Premier tailleur du Comté. Il éprouvait pour moi une sorte d'affection, pensant que mon jeune corps était le plus beau modèle sur lequel  son Art de dentelles et d'étoffes pouvait s'épanouir. Il se réjouissait aussi à l'idée que ma personne circulant dans le Palais était la vivante incarnation de son talent.

 

Et je me rendis aux réjouissances.

 

Que l'on excuse d'un vieux moine la fatuité alors que sue peau n'est plus que la peau d'une vieille bote qui sent l'approche de la mort, et qui se revoit tel qu'il était alors,, splendide et fringuant, le sang pulsant à jets puissants sous la peau, et désirant mordre la vie à pleines dents. A pleines dents. Je n'ai plus aujourd'hui de dents et ne saurais plus mordre ni dans viande, ni dans fruits, ni dans chairs exquises de femme.

 

Je m’imagine encore montant, troublé et fier les marches du grand escalier. Des gardes disséminés partout croisaient les lames à mon passage comme à celui d'un haut dignitaire, que j'étais d'ailleurs réellement.

 

Et à l'extrémité de la longue salle de marbre que je devais traverser de bout en bout:

 

SARDONICA !

 

Sardonica la magnifique sise sur un siège d'Or décoré de panthères, comme son blason, avec à ses pieds huit magnifiques panthères s'étirant langoureusement, en faisant luire leurs crocs saillants. Elles vinrent me faire fête.

 

Sardonica rayonnait superbement enveloppée dans sa robe chatoyante et sauvage. Cette robe découvrait ses bras nus et ses cuisses admirables qui comportaient par derrière des muscles saillants et tentateurs.

Ses pieds effilés étaient chaussés de fins escarpins revêtus d'une feuille d'or. Son regard comme sorti d'un pierre précieuse verdâtre ou d'une eau profonde pénétrait jusqu'à vous par touches successives. D'une simple indication de ce regard et d'un léger geste du menton elle m'indiquait que je devais m'assoir à ses côtés, à ses pieds plutôt, sur un fin pouf posé là sans doute à dessein. Et le tombai plutôt que je ne m'assis, le nez et la bouche presque sur ses jambes, ce dont elle devais se douter. Je pouvais en respirer le parfum sourdrant de la peau.

 

De temps à autre elle jetait vers moi un coup d'oeil ardent et amical qui me ravissait d'aise. Que n'aurais-je fait pour ses yeux impérieux qui me laissaient sans aucune force de résistance ?

 

Un à un vinrent la saluer et en même temps me saluer leu dirigeants du régime. Le maréchal des armées dans son indescriptible uniforme chamarré, pleine de plumes et de dentelles; le Président de la Justice, en réalité simple intermédiaire entre la Comtesse et le Bourreau. Le Chef de la Garde Personnelle qui s'assit à peu de distance, s’assurant  immédiatement que tous ses hommes étaient en place. Le Chef de la Police avec l'air sournois et soupçonneux, surveillant tout le monde dans le royaume, et à ce qu'il parait fort doué pour extraire grâce à des tortures nombreuses et variées une foule de renseignements d'un accusé par nature pou communicatif.

 

On racontait des choses horribles sur certaines salles basses situées dans les locaux de la police, avec accrochés aux murs leurs outils barbares qui servaient à griffer,à arracher, à stranguler...

 

Puis vinrent plusieurs chefs aux armées avec leurs différentes tenues et insignes suivant les corps plus ou moins renommés auxquels ils appartenaient. Le rituel était immuable: ils s'agenouillaient profondément;: Sardonica inclinait sa tête splendide faisant luire sa chevelure dorée, avec parfois un petit sourire plus on moins appuyé selon que l'intéressé était plus ou moins bien en cour.

 

Ces degrés divers de considération étaient aussitôt commentés par les spectateurs et appréciés par ceux qui les recevaient avec une très grande précision..

 

 

 

…/…

 

 

Voir les commentaires

 

Ceux qui voyaient ceci pour la première fois ne purent retenir un murmure  d’étonnement.

 

Dans des cases alignées, des créatures composites, mi-hommes mi-oiseaux, affreuses â voir, à l'air misérable et malheureux se trouvaient. Elles n'étaient pas toutes semblables. En effet on se rendait compte que différentes tentatives d'adjonction. Sur leurs humaines structures avaient été effectuées, soit en ce qui concernait les ailes, soit en ce qui concernait le bec ou les pattes. Il y avait tout un échantillonnage d'hybrides plus ou moins hommes au plus ou moins oiseaux.

 

Le chef des savants nous mena vers ce qu'il considérait comme l'exemplaire le plus réussi de la race des hommes oiseaux. Une étiquette au pied de la cage, comme pour les autres donnait en latin son nouveau nom à ce nouveau spécimen du règne volatile :

Avis Homo.

 

Il était de la taille d'un homme ordinaire et il avait à la place du nez un long bec crochu comme celui des grands rapaces qu'il ouvrait de temps à autre. Ses membres postérieurs étaient de grosses pattes d'oiseaux et ses membres antérieurs des ailes. De tout cela se dégageait un air de misère et de souffrance;nées de la douleur causée par la transformation que les chirurgiens lui avaient fait subir, mais aussi de se savoir et de se voir ainsi.

 

« Quel est le but de ses recherches ? »  demandais-je au chef des savants qui avait repris sa cour auprès de moi, le plus froide­ment possible .

 

« Quel est le but ? » sourit-il. Mais la guerre, évidemment !  Imaginez un seul instant que nous puissions expédier par derrière les lignes ennemies ces hommes-rapaces. Quelle terreur ne répandrions nous pas, et quels dégâts n'assurerions-nous pas ! Aucune parade ne serait possible alors à nos ennemis que nous défairerions à tous coups t Mais hélas nos essais ne sont pas encore concluants... Nos hommes oiseaux ne volent toujours pas. Il y a dans la nature quelque chose de mystérieux au sujet du vol que nous n'arrivons pas à saisir. Mais nous finirons bien par réussir !

 

« Vos recherches sont en effet fort intéressantes » nota Sardonica qui avait entendu notre dialogue. « Poursuivez les et je vais faire donner des ordres pour que vous ayez le matériel humain_ nécessaire !

 

«  - Merci, Madame la Comtesse » susurra le savant spécialisé en hommes-oiseaux, en faisant une révérence aussi servile que ridicule. La grande fréquentation des oiseaux l'avait rendu un peu oiseau lui-même.

 

Nous vîmes d'autres tentatives d'expérimentation sur l'homme sur lesquelles je ne m'étendrai pas, tant elles m'écoeuraient. Cependant je dois confesser que petit à petit mon esprit changeait à ce sujet. Plus même il m'arrivait d'être émerveillé de toute ces folies sauvages.

 

Néanmoins je vous préciserai que l'une d'elles consistait à agir sur le cerveau de l'être humain où ces savants dévoyés pensaient qu'était le siège de l'intelligence et de l'esprit.

 

Aussi, ouvrant le crâne, ils extrayaient l'une ou l'autre partis de la cervelle pour parvenir à circonvenir l'emplacement de chaque pensée et de chaque sensation.

 

« Le but ? » me dit Primus, sachant que ma question de tout à l'heure me hantait toujours. « Il est simple !! Réussir à produire une race de guerriers qui exécutent les ordres qu'on leur donne sans chercher à en connaître les raisons, et qui sont prêts à se faire tuer si il le faut. Les guerriers idéaux, quoi 1

 

On garda la plus incroyable découverte pour la fin. « Le morceau de roi » commenta Primus, soufflant toujours son haleine puante dans mes narines avec insistance.

 

Nous parvînmes dans les salles vaste  comme des cathédrales du fameux minerai «rayonnant ».

 

Fantastique vision dans cet antre de l'enfer, au milieu d'une chaleur et d'une poussière terribles.

 

Des foules d'esclaves amenaient de grandes quantités d’un minerai qui paraissait du plus anodin aspect. Ensuite des machines qu'ils actionnaient inlassablement, enfermés â l'intérieur de roues comme des écureuils, le trituraient, le broyaient.

 

Des gardes-chiourmes casqués, sévères et hiératique, observaient un fouet à la main. D'autres esclaves veillaient à de gigantesques chaudrons où bouillissaient comme des eaux de sorcellerie.

 

Je voulus palper la boue noirâtre issue de ce traitement.

 

« Ne touches pas à cela ! » me cria Sardonica, tandis que le chef des savants me retirait déjà le bras. « Ce minerai émet d'étranges rayons invisibles qui brûlent. C'est pourquoi nous l'appelons " minerai rayonnant ". D'ailleurs regarde ces enclaves qui travaillent ici. »

 

Certains à la place des bras n'avaient que des moignons auxquels on adaptait des pièces métalliques pour qu'ils puisent continuer à produire jusquà ce qu'il n'y ait réellement plus rien à tirer d'eux.

 

Le chef des savants expliqua que dans cette boue, à. nos pieds, que l'on ne savait pas suffisamment purifier se trouvait une redoutable et mystérieuse puissance. Il ajouta que celui qui saurait capter cette force prodigieuse aurait de quoi faire fonctionner des machines extrêmement puissantes et pourrait même faire sauter la terre si il le désirait.

 

Les auditeurs, excepté les initiés, restèrent médusés par cette révélation qui dut leur apparaître folle dans son audace incroyable. « 

 

Faire sauter notre terre ? » Impensable.

 

Nous ne la connaissons pas toute encore !

 

Mais à moi qui savait le diabolisme de la Comtesse-panthère, cela me parut presque plausible.

 

Et aujourd'hui, vieux moine rabougri assis à ma table, je suis obligé d'ajouter foi à ce que disait alors le chef des savants. Il eut été possible à la Comtesse de faire sauter notre terre et elle eut été capable de le faire pour son plaisir et pour ses désirs sataniques...

 

Nous remontâmes à la surface au moyen d'une sorte de cage actionnée dans un puit vertical par un système de cordes, à très grande vitesse.

 

Lorsque je débouchai à l'air libre, après avoir passé le grand hall de réception et à nouveau franchi la lourde porte ornée de têtes de panthères, donnant sur une rue banale, je me demandai si le n'avais point rêvé et si cette maison des savants recelait autant de secrète et si il existait une véritable ville souterraine sous cette demeure avec autant de détestables prodiges.

 

( A suivre )

 

 

 

 

Sardonica ou la femme panthére ( K 12)

Voir les commentaires

 

Le lendemain matin, alors que j'étais encore tout abasourdi par les révélations de Sonia, Sardonica m'apparut dans une particulière exaltation. Elle me frôla les cheveux et les épaules doucement avec ses mains tout en me regardant d'un air érotique.

 

« Tu me plais !: » " dit-elle tandis due le rougissais crûment comme une jeune fille.

 

« Un teint clair, des cheveux comme de la soie, des dents fines, un corps souple et délié. Il faudra qu'un soir nous ayons quelques explications... » J'étais stupéfait. Quoi pareille personne s'intéresse à moi et me parle si directement ! J'avais oublié que c'était Satan, ange de la perversion qui s'adressait moi. C'était vrai que toutes les préventions que je pouvais avoir contre elle disparaissaient en sa présence.

 

« Car je t'apprendrai à dire une autre messe que celle que les pères du séminaire t'ont enseignée, qui vaut matines et vêpres et qui fait chanter une autre chanson » ajouta-t-elle.

 

 

J'étais très ému et embarrassé. Je ne pus que lui répondre en bredouillant, que nous avions une lourde tache, par exemple que les émissaires avaient apporté un abondant courrier qu'il fallait dépouiller et auquel il fallait répondre de toute urgence.

 

A ma profonde surprise, son expression changea tout aussitôt, comme si quelque force interne s'emparait d'elle. « Oui nous ne devons pas oublier ce que nous avons à faire sur cette terre et quel est notre destin. Nous devons nous employer à déjouer Les plans de nos adversaires ; les ennemis du Grand Prince des Ténèbres, et les défaire. Tu fais bien moine de me rappeler à mon rôle alors que je me comporte comme une sotte femelle en chaleur dont le désir frénétique d'amour obscurcit le jugement. »

 

 

Et parcourant la pièce de long en large, martelant le sol, tantôt elle écoutait la lecture des pièces que je faisais, tantôt elle me dictait avec un débit haché ses réponses et ses ordres.

 

Ma plume courait sur le parchemin avec facilité comme si ma main, n'était que sa main auquel son esprit imposait le mouvement. Et le pouvais ainsi écrire des heures sans aucune fatigue et sans la moindre erreur. Plus même il m'arrivait parfois d'avoir comme une transmission de sa pensée et d'écrire directement des mots qu'elle ne prononçait pas. Jamais je ne la vis, si par accident elle relisait la lettre, modifier de quelque façons que ce fut cette partie du texte.

 

Par instants j'avais l'impression qu'elle prenait possession de mon esprit à mon insu et que je ne devenais que son bras et que bientôt je ne pourrais échapper à son emprise totale. Elle serait en moi et je serais elle. Prêt à tout. Je serais devenu la bête immonde, la créature de Satan, le Prince Infernal.

 

 

L'esprit froid et méthodique de Sardonica avait complètement repris le dessus sur sa sauvage animalité et c'est avec un style glacé et une analyse impeccable de logique et de cynisme qu'elle rédigea pour le Prince d'Orféo une lettre l'invitant à lui, restituer les terres de la Baronnie de Stabilian.

 

Des chartristes besogneux, se basant sur de vieux grimoires Précieusement conservée, avaient tenté de prouver par des chemins obscurs et tortueux que cet héritage était sien.

 

Certes elle eut pu dire : « Je veux prendre... » plutôt que de se lancer dans cette argumentation foireuse. Mais elle tenait à donner cependant cette apparence de légalité pour permettre aux seigneurs voisins du Prinde d'Orféo de rester passifs en feignant de croire qu'elle était dans son bon droit. Le Droit n'est souvent que l'apparence de la justice.

 

« - Et si le Prince ne vous donnait pas la terre ? » 

« - Eh bien, il aurait la guerre. Une guerre totale et sans quartiers, petit clerc ! Une guerre dont il ne se relèvera pas et qui ne laissera que cendres et cadavres. Je le jure, foi de Sardonica »

 

Et elle cracha vilainement au sol en tapant du pied.

 

Elle était vraiment horrible à voir. Sa réalité intérieure ressortait alors sur ses traits qui se crispaient et devenaient hideux comme les gargouilles des cathédrales. On voyait qu'il s'agissait d'une très vieille créature pleine d'une expérience mauvaise, sans la moindre once de sensibilité humaine.

 

«  Il faut cependant faire traîner les choses en longueur, car nous ne sommes pas entièrement prête. Nous devons accélérer le recrutement et l'entraînement de nos jeunes soldats, forcer l'allure de nos ateliers qui travaillent le fer et le cuir. Nous allons faire savoir au Prince que quoique nous soyons dans notre bon droit nous nous rangeons à certaines de ses vues et que nous désirons lui faire d'ici quelque temps une aimable visite de courtoisie pour son anniversaire et discuter avec lui de ces choses. Il préparera ses orchestres et ses bals. Nous amènerons les nôtres et nous verrons bien qui possède les meilleurs danseurs ! .... »

 

Ecrit, clerc, écrit ! Nous serions très honorés  si vous vouliez bien consentir à ce que ... Je le vois baver de désir d'ici.... »

 

Je ne pouvais m'empêcher d'admirer, Dieu me pardonne, ce génie au service d'une abominable cause. De plus en plus je sentais qu'i1 viendrait le temps où il ne serait plus possible de changer de voie. Je le savais et je l'acceptais. Tout plutôt que de quitter cet être délicieux et abominable auprès duquel je goûtais des délectations morbides -!

 

J'avais tant envie de fondre à elle, de me frotter à sa peau aux senteurs sauvages et excitantes tout à la fois, pour éprouver l'amour absolu et diabolique, ainsi que l'on pressentit les alchimistes, les poètes et les fous.

 

 

 

(A suivre)

Voir les commentaires

                                           

Ma nouvelle vie me plaisait fort. J'allais et venait dans la Cité, vêtu de riches vêtements. Je déambulais par les rues bruissantes de vie, avec curiosité, visitant les échoppes des marchands, recélant des tapis venus des pays lointains et des épices rares, les boutiques des artisans où l'on voyait leur belle ouvrage, les feux du four illuminant l'atelier.

 

Partout où je passais, les gens s'écartaient peureusement et j'entendais murmurer « C'est l'homme de la Comtesse ! » et un frémissement parcourait la foule. Même le forgeron qui partant du fer brut, dans son antre, tel un démon, en jouant avec le feu, en tire une belle épée pour occire les ennemis, semblait me craindre...

 

Le coiffeur du Palais arrangeait chaque jour mes longs cheveux bouclés que je laissais pendre sur mes épates. Moi, habitué à l'austérité du couvent, je prenais goût à l'élégance et à. la toilette, et à toutes les frivolités que m'avaient déconseillées mes éducateurs.

 

Je me mis à jouer aux cartes et à lorgner les belles. Car l'amour que j'éprouvais pour Sardonica - impossible, pensais-je - ne m'empêchait pas de regarder les autres filles, pas plus que la vue d'un bon repas qu'on ne peut avoir ne saurait supprimer l'appétit. Et le soir,dans les tripots du château , je jouais grosses sommes avec des officiers et des notables. En effet j'avais l'argent en abondance, Sardonica me donnant des bourses peines d'or, â profusion, sous tous les prétextes.

 

J'avais même à. moi un beau cheval, noir comme celui de la Comtesse et qui caracolait presque aussi bien que le sien, avec ses armes frappées sur son équipement, comme elles l'étaient toujours sur mon vêtement : unepanthère stylisée tirant une langue fourchue et écartant ses immenses griffes.

 

Ce m'était pas là la vie d'un prêtre, et ce pourquoi mes bons maîtres m'avaient préparé. Plus les jours passaient, plus j'avançais dans l'intimité de la Comtesse. Bientôt même, je ne pouvais plus me passer de sa présence, et elle non plus ne semblait plus pouvoir se passer de moi. Si je restais absent un certain laps de temps, elle me faisait mander, et son oeil se posait aussitôt sur ma jeunesse avec un regard attendri et rassuré, presque heureux.

 

Plus j'avançais dans son intimité, plus je fis la connaissance réelle de Sardonica, et je découvris son étrange personnalité et ses activités.

 

Après quelque temps, elle me reçut dans ses appartements,à toute heure du jour et de la nuit, où elle me dictait son interminable correspondance. Il me surprit qu'elle dictât son courrier la nuit; mais je compris que la notion de vie diurne et de vie nocturne n'avait pas la même signification pour elle que pour les autres humains. Elle semblait, en effet, préférer s'activer la nuit et dormir le jour, comme certains rapaces ou félins, créatures de l'ombre. Je remarquai mime qu'elle se déplaçait avec unegrande aisance dans l'obscurité, son oeil vert semblant s’ouvrir plus encore...

 

Elle correspondait avec tous les seigneurs des contrées environnantes, et, avec ses agents et ses espions qu'elle entretenait jusqu’en, de lointains pays. Aussitôt écrites, elle faisait porter ses lettres par des messagers.

 

Elle poursuivait d'immenses but de subversion, opérant par tous les moyens : le lucre, la dénonciation, l'empoisonnement, le crime, la corruption, les filles vénales....

 

 

 

Elle ignorait bellement ce que l'on peut appeler le sens moral. Ce qu'elle voulait c'était le pouvoir, et ce pouvoir pas seulement par goût de puissance, mais aussi pour pervertir les gens et les soumettre à ses fins sataniques, à ses buts immondes et pervers. Et je le savais, et je le tolérais, plus même j'y participais.

 

Mon seul bonheur était d'être près d'elle, d'assouvir ses volontés et de sentir son rayonnement puissant. Je tressaillais d'aise dès qu'elle me touchait ou les cheveux ou le bras. Ses rares compliments étaient pour moi de nobles cadeaux qui me ravissaient l'âme. Et j'étais prêt à me damner pour elle, sans coup férir, pour profiter de sa présence une minute de plus.

 

Je dus m'habituer à tout pour lui complaire et connaître ses manières les plus déroutantes. En effet, dans ses appartements particuliers, dans une tour du château elle vivait avec ses panthères. Celles-ci allaient et venaient en toute liberté, ondoyantes et souples, se vautrant sur les tapis, ouvrant les gueules, tirant les griffes et faisant luire leurs dents.

 

Sardonica eut l'obligation d'expliquer avec patience à ses animaux qui j'étais, et me faire sentit longuement par eux de leurs mufles sensibles, pour qu'ils ne me prissent point pour un ennemi de leur maîtresse et ne me dévorassent point. Et ils s'habituèrent à moi, me léchant les mains et me frôlant de leurs corps aux senteurs fortes avec un certain plaisir.

 

J'étais adopté dans ce cercle étroit et je savais ce que personne ne savait. Mais je n'ignorais point aussi que si je ne restais pas silencieux, mes bavardages seraient sévèrement punis. Et un frisson glacé parfois me parcourait l'échine de penser que l’on pourrait me jeter aux panthères qu'il suffirait d'affamer deux ou trois jours, pour les mettre en appétit, comme le disait leur maîtresse, mi-plaisante mi-réfléchie, en précisant, que ma chair fraîche leur plairait sûrement beaucoup.

 

Souvent le soir elle jouait avec ses panthères. Avec des gestes fous et sauvages, elle improvisait des sortes de danses érotiques. Elle se mouvait avec la grâce d'un jeune animal, sa jupe laissant découvrir le haut de ses cuisses et son col s'entrouvrant pour laisser voir sa ronde et fière poitrine.

 

J'étais en adoration, tandis que les lueurs tremblantes des chandelles éclairaient ce spectacle sensuel et beau tout à la fois.

 

Il n'était pas bon dans ces moments de tenter de s'approcher d'elle, car les panthères faisaient preuve de jalousie et vous menaçaient en grognant et en levant la patte....

 

 

Ces soirées m'enchantaient et me terrorisaient tout à la fois.

 

« Cela te surprend » me dit-elle un soir en me voyant écarquiller  des yeux ronds. Elle était allée plus loin que d'habitude et elle entourait de ses bras nus le cou d'un des félins, lui donnait des baisers, et se laissait lécher par lui le visage. « Eux seuls peuvent m'exciter. Les hommes que j'ai essayés ne m'ont apporté que peu de plaisir de la chair. Ils sont trop fades et veules. Tandis qu’eux... » Et je l'entendis ronronner et miauler de plaisir, alors que sa queue que je croyais pièce de décoration à son vêtement s'était mise à bouger d'un façon saccadée.

 

Je me sauvai dans ma chambre, ne voulant pas voir la scène finale où il n’est pas douteux qu'elle copulerait avec ses panthères. Faire acte d'amour avec les animaux est très grave péché que tous les Pères de l’église ont vivement condamné. D’ailleurs ses pratiques particulières étaient bien connues au château, mais on n'en parlait qu'à voix basse par crainte de sa terrible vengeance.

 

Je crois bien que je me mis à pleurer. " Quelle femme m'étais-je mis à aimer ? ». Mais à y bien réfléchir cette créature singulière était-elle une femme ? Et vers quel abîme inconnu de moi mon âme irait-elle basculer et se perdre ?

 

(A suivre)

 

Voir les commentaires

Je me rappellerai jusqu'à mon dernier souffle, devrais-je vivre plus de cent ans ma première entrevue avec la Comtesse Sardonica.

 

Elle me reçut dans la vaste salle de réception du château, un immense feu brûlait dans la cheminée derrière elle.

 

Flamboyante apparition !

 

Entièrement vêtue de peaux de panthères, seul le visage apparaissait, fin et volontaire, d'une incroyable beauté, avec des yeux verts extraordinairement perçants. Je n'ai de ma vie vu de regard si singulier, si fascinant.

 

Vous ne pouviez le fixer en face et en même temps il vous séduisait tant que vous cherchiez à le rencontrer. Vous étiez comme le nageur attiré par un irrésistible courant qu'il 'veut fuir, car il sait que ce sera sa perdition, mais ne saurait le faire.

 

Ses mains fines et fortes étaient surmontées d’immenses ongles comme des griffes, plus pour étrangler que pour caresser et ses dents fines et pointues comme celles d'un carnassier apparaissaient lorsqu'elle parlait ou lorsqu'elle souriait d'un étrange sourire.

 

J'était terrorisé et subjugué tout à la fois. Je sus que pareille créature pourrait tout obtenir de moi. Sa voix semblait venir de ses tréfonds, riche de résonance subtiles et vas pénétrait de charmes indicibles, comme ceux d'une musique magique.

 

Main le plus curieux était sa démarche, énergique et décontractée tout à la fois comme celle d'un félin. Quand elle marchait on eut dit qu'elle dansait, ondoyant de tout son corps avec une incroyable souplesse. Sur le derrière pendait négligemment une queue de panthère.

 

Jamais je ne contemplai pareille splendeur : la quintessence de la beauté de la femme et de celle de la panthère réunies en un seul être en une alliance superbe. Tandis qu'elle allait et venait dans la pièce, sans s'arrêter, mon regard ne pouvait se détacher d’elle.

 

"Vous serez mon homme de confiance et mon écrivain. " me dit-elle soudain en me fixant comme si elle lisait dans mon âme à livre ouvert. Vous me suivrez dans les conseils et à la guerre. Vous aurez connaissance de toutes les découvertes des savants de mon château; ce qui peut intéresser un esprit curieux des sciences tel que vous. "

 

J'étais en effet un esprit curieux des sciences.

 

« Bien sûr vous rédigerez des comptes-rendus de ces divers évènements et écrirez mes lettres. Certes vous ne devrez pas ménager votre peine, mais d'est une vie passionnante que je vous propose. De plus je ferai de vous quelqu'un de puissant et de respecté. Mais ne trahissez pas les secrèts qui vous seront confiés !

 

- Sinon " parvins-je à. murmurer.

 

- Sinon " Et élevant ses mains splendides et les recourbant en un cercle, elle resserra ce piège puissant.

 

Je compris que ce serait la mort instantanée et je ne doutai pas un seul instant qu'il ne se fût pas agi la de menace en l’air.

 

Je lui demandai pourquoi elle m'avait préféré, moi, humble séminariste, pour cet emploi.

 

« Parce que je vous connais bien » me répondit-elle « et que je sais ce qui es en vous » 

 

Avant de me retirer je lui demandai aussi si j'aurais à dire la messe, qui est la première chose à laquelle un prêtre est préparé,

 

« Oui, vous direz certaines messes. Nous verrons cela plus tard. C'est assez pour aujourd’hui ! »

 

Et je la quittai, tandis qu'elle me fit un étrange sourire, pleins de lourds sous-entendus que je ne sus interpréter, et que je ne compris que plus tard.

 

C'est tout abasourdi par les choses que j'avais vues, que je regagnais ma chambre, sans pouvoir analyser si la vie aventureuse que je mènerais dorénavant serait ou non bénéfique pour moi.

 

Mais il ne me vint pas un seul instant l'idée de demander mon rappel à l'évêque, tant j'étais déjà sous le charme envoûtant qui ne devait plus me quitter par la suite, tant que je fus en sa présence.

 

Le lendemain à l'aube, le serviteur qui m'avait été attribué, une sorte de gnome muet et laid, en livrée ridicule, vint me secouer en poussant des sons bizarres, en guise de paroles  qu'il appuyait de mimiques expressives. Je compris que je devais me lever pour aller à la chasse.

 

Chacun de mes réveils durant mon séjour au château vit la répétition, de la même scène. En effet la Comtesse courrait les bois chaque jour, aux premières heures, pour en traquer les animaux, sauf lorsqu'elle guerroyait. Alors c'était d'une autre chasse dont il s'agissait.

 

 Mais la Comtesse ne pouvait se passer de ce jeu cruel. Elle y prenait un plaisir bestial. Et elle désirait que je l’accompagnasse.

 

Dès le matin dans la cour du château, au milieu des invités, des piqueurs, et des dogues vociférants, elle respirait le contentement, allant et venant sur son cheval noir qui piaffait d'impatience. Son teint était coloré et ses yeux brillaient encore plus que d'ordinaire, avec un éclat insoutenable, et elle ouvrait de temps en temps sa bouche à la mâchoire féroce. Je me réjouissais de sa présence et de son extraordinaire vitalité.

Voir les commentaires

Published by Michel Dubat - Fantastique, Dark, femme panthère, Horreur

<< < 1 2 3 > >>
Haut

       Site sur la Science-fiction et le Fantastique

Site sur toute la culture des genres de l'imaginaire: BD, Cinéma, Livre, Jeux, Théâtre. Présent dans les principaux festivals de film fantastique e de science-fiction, salons et conventions.

Pages

Archives

Hébergé par Overblog