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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

Entretien Christophe Martinolli

Entretien

avec

Christophe Martinolli

 

 

Bonjour Christophe, tu as plusieurs casquettes : scénariste, réalisateur, auteur de bandes dessinées et romancier, pourquoi ce besoin de toucher à diverses formes de création ?

 

Bonjour Stéphane, chaque histoire trouve sa place dans les différentes formes, et parfois j’ai des surprises : mon premier roman était un projet TV qui n’a pas abouti, et mon second un projet BD qui ne s’est jamais achevé. Le roman est un art où la liberté de création et de loin la plus grande : je ne suis pas dépendant d’un réalisateur, d’un budget, ou d’un dessinateur. Toutes ces formes de création sont complémentaires, et je me définis d'abord comme “Storyteller” (un mot qui n’a pas vraiment d’équivalent en français). Ces diverses formes de création commencent toutes par une page blanche. Elles s’écrivent. Ce sont des disciplines cousines, qui se ressemblent parfois, mais ne font pas appel aux mêmes centres de réflexion dans le cerveau. En bandes dessinées, au cinéma ou à la TV, j’écris pour l’image et le son seulement. Tout doit passer dans l’action, absolument tout. En roman c’est différent, la liberté est plus grande, on peut penser à la place des personnages, et décrire leur ressenti, leurs réflexions sur le monde dans lequel ils évoluent. L’idée d’écrire pour ces différentes formes c’est que je ne parle pas aux mêmes publics, même si parfois les spectateurs et les lecteurs sont les mêmes.

 

Quelle forme d’écriture tu préfères, ta formation de base est scénariste, tu as un master en scénario, je crois ?

 

Oui absolument, je crois que mon cerveau est programmé pour penser images et sons et même quand je fais de la BD ou des romans, je ne peux m’empêcher de voir le film ! La forme d’écriture que je préfère est donc, clairement, le scénario de cinéma ou de télévision.

 

 

Avec CORPS d’ÉTAT, tu as publié une trilogie très politique, et prochainement tu sors « Après l'effondrement » qui est un roman de science-fiction, pour ce grand écart, si cela en est un ?

 

Il n’y a pas vraiment d’écart, CORPS d’ETAT est avant tout une dystopie, donc un thriller politique d’anticipation. J’y narre l’anticipation d’une France plongée en dictature dans un avenir proche, avec la robotisation, l’avènement des voitures autonomes, de l’intelligence artificielle, et des prémices de l’effondrement social et politique qui menace à cause du dérèglement climatique. APRÈS L’EFFONDREMENT est clairement une science-fiction, avec comme sous-genre le Cyberpunk (qui est une dystopie et une critique d’un système politique) et évidemment le Post-Apo. La France s’est déjà effondrée, et les élites ont mené une guerre contre le reste de la population pour pouvoir s'échapper dans les étoiles avec les dernières ressources.

 

Tu  peux nous dire pourquoi tu as choisi de sortir tes ouvrages sur des plates-formes internet, quel est ton avis sur l’accueil fait par les libraires traditionnels aux petites maisons d’édition et à l’autoédition ?

 

J’ai choisi l’autoédition parce que la liberté d’expression que ce format de diffusion est sans égal. En TV, au cinéma, ou en BD je suis dépendant des attentes d’un tiers qui va avoir droit de vie ou de mort sur mes histoires. J’adore vraiment travailler en équipe et être conseillé, corrigé, mais se retrouver devant sa page blanche avec le sentiment qu’on peut écrire absolument tout ce qu’on veut est nécessaire pour conserver un équilibre entre soi et les autres. En revanche autoédition ne veut pas dire solitude : je travaille souvent avec mon co-auteur Thomas Martinetti (avec qui j’ai développé mon dernier roman), je fais relire le texte par des bêta-lecteurs, je travaille avec un illustrateur et une maquettiste pour la couverture. Je tiens à avoir conserver un haut niveau de satisfaction de mes lecteurs, de sorte qu’ils ne fassent pas la différence avec mes bandes dessinées éditées.

 

Concernant mon rapport avec les librairies traditionnelles je regrette que Amazon ne puisse pas distribuer les livres auto-édités via le circuit classique (il faut passer par un prestataire payant). J’espère que cet état de fait changera à l’avenir, il y a de véritables pépites dans l’autoédition à découvrir ! Je fais d’ailleurs parti du Club des Indés, qui regroupe plusieurs autrices et auteurs indépendants, et beaucoup d’entres nous font des dédicaces en librairies.

 

 

Dans  les genres de l’imaginaire, quelles sont celles qui t’ont marqué et influencé ?

 

Globalement, je suis très porté vers la science-fiction et l’anticipation, mais j’adore aussi le fantastique quand il est traité de manière réaliste.

 

 

Tu peux nous faire une « playlist » de ce qui tu préfères actuellement dans la Science-fiction aussi bien comme : Livres, BD, Films… ?

 

Dans le roman, je suis obligé de citer LA NUIT DES TEMPS de Barjavel (qui d’ailleurs était un scénario de film avorté !). En bandes dessinées, les oeuvres de Bilal (LE SOMMEIL DU MONSTRE, 32 DÉCEMBRE), et de Schuiten et Peeters (LES CITÉS OBSCURES) m’ont beaucoup marquées. Au cinéma, je suis un fan de James Cameron (ABYSS, AVATAR), Nolan (INTERSTELLAR), et Spielberg (liste trop longue)!

 

Merci de nous avoir accordé cet entretien.

 

 Extrait en avant-première tiré du chapitre 1 :

 

L’enfant est seul et croit reconnaître l’infirmerie dans laquelle il s’est endormi la veille. La lumière ambiante s’adapte à son réveil et éclaire un peu plus la pièce.  Les murs de ce lieu sont parfaitement blancs, ou gris. Rien ne dépasse. Tout brille. Combien de temps a-t-il dormi ? Son regard est attiré par la seule fenêtre de la pièce. Elle est noire, il n’y a rien à voir mais il a cru apercevoir quelque chose bouger grâce à sa vision périphérique développée. L’enfant est jeune mais il est doté de réflexes de survie et de chasse. À l’affût, il la fixe longuement. Soudain, ronde et bleue une planète apparaît dans le hublot pour disparaître aussitôt. Fasciné par sa rotation, il n’a pas entendu entrer une femme médecin, de chair et d’os, marcher à pas feutrés.

 

L’enfant sursaute et se met sur la défensive.

 

La femme médecin lui lance un grand sourire.

Elle connaît aussi son prénom.

— Bonjour Elon, comment vas-tu ? Bienvenue dans le Nouveau Monde.

Tu as de la chance. Ton réveil s’est bien passé ? Souffres-tu quelque part ?

 

D’abord apeuré par l’irruption de cette adulte étrangère, Elon est rassuré par son sourire bienveillant. « Oui, j’ai de la chance » se dit-il en l’observant s’occuper tendrement de lui. Ses gestes sont doux et souples. Lui est un enfant sauvage, il ne supporte pas qu’on le touche. Il faut l’apprivoiser. Elle porte une natte et ses cheveux roux sont noués à la perfection. Elle sent bon la fleur.  Elle est jolie. Elle a la peau claire, sans aucune blessure ni cicatrice. Ses yeux sont jaune et vert. Ses mains à lui, pourtant si jeunes, ont déjà tant été meurtries.

 

— Madame, est-ce qu’on sait ce qui est arrivé aux gens de la Terre ?

— Je suis confuse… personne ne t’a prévenu avant qu’on t’endorme ? Attends une seconde, j’accède à ton dossier. C’est vrai que tu es un cas très particulier, précise-t-elle avec un petit sourire en coin. Alors… Tu n’as pas encore de numéro, mais nous t’en avons attribué un provisoire. Sans ce numéro, l’intelligence artificielle de l’Arche t’aurait déjà tué. Tu as été placé ici en quarantaine. Nous te mettrons bientôt ta nouvelle puce, mais ne t’inquiète pas, ça ne fera aucun mal.

 

Elon n’est pas sûr d’avoir tout suivi, il n’a compris qu’un mot sur deux.

— En quarantaine ?

— Oui, tu ne viens pas de notre Cité. Nous t’avons recueilli ici. Tu ne t’en souviens pas ?

 

Elle marque une pause, cherche ses mots pour ne pas le blesser et atténuer la souffrance qu’il va vivre en apprenant la vérité. Les yeux vert et jaune de la femme médecin fixent longuement le regard du petit garçon.

— Elon, écoute... Ce que je vais te dire va sûrement te faire du mal, mais tu dois être avec nous, ici, dans le monde réel. Tu n’as pas été entraîné à ça et je veux absolument t’éviter une dissociation. Tu vas m’écouter bien calmement. Regarde-moi bien dans les yeux.

 

Elle marque encore une pause et parle d’une voix douce, en ne lâchant pas une seconde son regard.

 

— Les gens que tu connaissais sur Terre sont tous morts… depuis très longtemps.

— Madame, combien, combien de temps j’ai dormi ?

— Mille deux cent quatre-vingt-quatre ans, comme tout le monde ici.

 

C’est à ce moment-là qu’il s’est évanoui. Ce n’est pas tous les jours qu’on renaît, car c’est bien de cela dont il s’agit. Tous les passagers de l’Arche vivent une seconde naissance, et pour certains le choc émotionnel et psychologique est tellement intense, que même entraîné, les risques de crise cardiaque sont extrêmement élevés. C’est pour cette raison qu’une des lois fondamentales de l’Arche a été de faire partir en priorité des familles entières, sans les séparer.

 

Lorsqu’Elon reprend ses esprits, il est allongé sur un lit moelleux, dans une chambre, entouré par d’autres enfants du même âge que lui, mais en bien meilleure forme. Leur peau est rose, ou marron, sans aucune imperfection, et leurs cheveux bien coiffés, brillent. Lui n’est qu’un petit rat fripé. C’est ce qui arrive quand on n’a connu que le manque, la maladie, la faim, et les morsures indélébiles de la cruauté des hommes.

 

— Il se réveille ! Fait l’un des petits garçons, le plus courageux, avec la peau marron.

— Où, où sont les gens qui étaient avec moi ? Des adultes ! Ils m’ont sauvé, je veux les voir, maintenant ! S’emporte Elon.

 

Visiblement, la petite troupe devant lui n’a absolument aucune idée de ce qui lui est arrivé avant qu’il monte dans l’Arche. Ils se sont déjà posés mille questions à son sujet et le regardent en chiens de faïence. Il ne leur ressemble pas. C’est une évidence. Son visage, ses cheveux, et sa peau sont un parchemin sur lequel s’est écrite une histoire chaotique. Il a des cicatrices sur tout le corps. Ils échangent même des mots dont il ignore le sens. Ils sont allés à l’école quand il n’a connu que la survie. Les souvenirs douloureux affluent. Son père avait tout fait pour le sauver. Ils avaient été enlevés par des hommes sanguinaires qui comptaient le dévorer, lui et sa mère. Servir de nourriture, voilà à quoi étaient destinés les enfants sur cette vieille Terre ravagée. A cette pensée retrouvée, son ventre se contracte, un vide immense se creuse dans son corps. Ses yeux pleurent. Sa maman lui manque. Doit-il leur dire ?

 

— Tu pleures ? Fait la petite fille blonde aux yeux clairs en s’approchant de lui. Mais où est ta maman ?

 

Rien que d’entendre ce mot, sa gorge se serre encore un peu plus. Comment leur raconter ? Impossible.

— Elle est morte.

— Et ton papa ?

— Il est mort.

— Ah, c’est pour ça qu’ils t’ont mis avec nous ? Nous aussi on a perdu notre maman, elle ne s’est pas réveillée du long sommeil.

— Mon papa est encore en salle de réveil, fait l’autre.

— Les adultes, c’est plus long, précise fièrement la petite blonde, en tentant de se rassurer aussi.

 

Quand elle a dit ça, c’était comme si une partie du poids qu’il avait sur sa poitrine s'était envolé. Il n’est pas seul. Et ici, les adultes semblent être bienveillants avec les enfants. Il se sent protégé des gens méchants. Et ces enfants, si beaux, souffrent aussi comme lui dans leurs cœurs. Peut-être qu’un jour, il leur dira..

Il leur racontera... D’où il vient.

 

Sa place, ici dans cette Arche, il la doit à une grande personne : Aelys. Elle a refusé de monter dans ce vaisseau titanesque construit par plusieurs générations d’êtres humains, et a décidé de rester sur Terre pour aider les gens comme lui. Sans elle, le petit Elon ne serait pas là pour vous raconter son histoire. Est-il le seul à se souvenir de son sacrifice ? Il est désormais l’unique représentant de la majorité de l’espèce humaine, qui a été sciemment abandonnée pour qu’une toute petite minorité puisse se sauver.

 

Cette minorité est là, leurs enfants se tiennent à ses côtés, l’air pourtant si innocents.

 

En observant depuis les montagnes les gigantesques murs de la Cité-État qui abritait l’Arche, ses parents lui racontaient qu’ils étaient des monstres, qu’ils ne fallait surtout pas les envier. Qu’ils étaient pires que les rôdeurs qui voulaient les dévorer. Son père lui a juré à plusieurs reprises qu’ils étaient, eux, les derniers représentants d’une humanité bienveillante.

 

C’était avant qu’il rencontre Aelys.

 

******

 

 

 

Résumé du roman :

Dernier Départ ; Après l’effondrement :

. Une comète va annihiler la vie sur Terre.

 Aelys fait partie des élites sélectionnées pour coloniser une nouvelle planète. A l’extérieur de la base de lancement, la civilisation s’est déjà effondrée depuis cinquante ans. 

 

 Convaincue qu’elle pourra aider à reconstruire l'humanité après l'impact, Aelys s'enfuit. Sa famille n’a que trente-huit heures pour la retrouver avant le dernier départ.

 

Biographie de l’auteur :

Christophe Martinolli est scénariste, réalisateur, auteur de bandes dessinées et romancier.

 

Titulaire d'un master en scénario de l'Université Paris 8, Christophe complète sa formation à l’École Nationale Louis Lumière et au Conservatoire Européen d’Écriture Audiovisuelle.

 

Sa carrière de scénariste débute avec des courts métrages diffusés sur TV5 Monde, Youtube, et TF1, puis se poursuit avec la série jeunesse DÉJÀ VU pour France 2. Christophe travaille en étroite collaboration avec Thomas Martinetti. Il co-signe avec lui les scénarios des 3 tomes de la bande dessinée SEUL SURVIVANT, édités chez Les Humanoïdes Associés. Christophe et Thomas développent actuellement plusieurs projets pour la télévision.

 

Ses deux romans CORPS d’ÉTAT et APRÈS L'EFFONDREMENT sont auto-édités sur Amazon.

 

Originaire de Nice, il vit actuellement à Paris.

Bande Annonce

Christophe Martinolli

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