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Site sur la Science-fiction et le Fantastique

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Articles avec #dark

 

Ceux qui voyaient ceci pour la première fois ne purent retenir un murmure  d’étonnement.

 

Dans des cases alignées, des créatures composites, mi-hommes mi-oiseaux, affreuses â voir, à l'air misérable et malheureux se trouvaient. Elles n'étaient pas toutes semblables. En effet on se rendait compte que différentes tentatives d'adjonction. Sur leurs humaines structures avaient été effectuées, soit en ce qui concernait les ailes, soit en ce qui concernait le bec ou les pattes. Il y avait tout un échantillonnage d'hybrides plus ou moins hommes au plus ou moins oiseaux.

 

Le chef des savants nous mena vers ce qu'il considérait comme l'exemplaire le plus réussi de la race des hommes oiseaux. Une étiquette au pied de la cage, comme pour les autres donnait en latin son nouveau nom à ce nouveau spécimen du règne volatile :

Avis Homo.

 

Il était de la taille d'un homme ordinaire et il avait à la place du nez un long bec crochu comme celui des grands rapaces qu'il ouvrait de temps à autre. Ses membres postérieurs étaient de grosses pattes d'oiseaux et ses membres antérieurs des ailes. De tout cela se dégageait un air de misère et de souffrance;nées de la douleur causée par la transformation que les chirurgiens lui avaient fait subir, mais aussi de se savoir et de se voir ainsi.

 

« Quel est le but de ses recherches ? »  demandais-je au chef des savants qui avait repris sa cour auprès de moi, le plus froide­ment possible .

 

« Quel est le but ? » sourit-il. Mais la guerre, évidemment !  Imaginez un seul instant que nous puissions expédier par derrière les lignes ennemies ces hommes-rapaces. Quelle terreur ne répandrions nous pas, et quels dégâts n'assurerions-nous pas ! Aucune parade ne serait possible alors à nos ennemis que nous défairerions à tous coups t Mais hélas nos essais ne sont pas encore concluants... Nos hommes oiseaux ne volent toujours pas. Il y a dans la nature quelque chose de mystérieux au sujet du vol que nous n'arrivons pas à saisir. Mais nous finirons bien par réussir !

 

« Vos recherches sont en effet fort intéressantes » nota Sardonica qui avait entendu notre dialogue. « Poursuivez les et je vais faire donner des ordres pour que vous ayez le matériel humain_ nécessaire !

 

«  - Merci, Madame la Comtesse » susurra le savant spécialisé en hommes-oiseaux, en faisant une révérence aussi servile que ridicule. La grande fréquentation des oiseaux l'avait rendu un peu oiseau lui-même.

 

Nous vîmes d'autres tentatives d'expérimentation sur l'homme sur lesquelles je ne m'étendrai pas, tant elles m'écoeuraient. Cependant je dois confesser que petit à petit mon esprit changeait à ce sujet. Plus même il m'arrivait d'être émerveillé de toute ces folies sauvages.

 

Néanmoins je vous préciserai que l'une d'elles consistait à agir sur le cerveau de l'être humain où ces savants dévoyés pensaient qu'était le siège de l'intelligence et de l'esprit.

 

Aussi, ouvrant le crâne, ils extrayaient l'une ou l'autre partis de la cervelle pour parvenir à circonvenir l'emplacement de chaque pensée et de chaque sensation.

 

« Le but ? » me dit Primus, sachant que ma question de tout à l'heure me hantait toujours. « Il est simple !! Réussir à produire une race de guerriers qui exécutent les ordres qu'on leur donne sans chercher à en connaître les raisons, et qui sont prêts à se faire tuer si il le faut. Les guerriers idéaux, quoi 1

 

On garda la plus incroyable découverte pour la fin. « Le morceau de roi » commenta Primus, soufflant toujours son haleine puante dans mes narines avec insistance.

 

Nous parvînmes dans les salles vaste  comme des cathédrales du fameux minerai «rayonnant ».

 

Fantastique vision dans cet antre de l'enfer, au milieu d'une chaleur et d'une poussière terribles.

 

Des foules d'esclaves amenaient de grandes quantités d’un minerai qui paraissait du plus anodin aspect. Ensuite des machines qu'ils actionnaient inlassablement, enfermés â l'intérieur de roues comme des écureuils, le trituraient, le broyaient.

 

Des gardes-chiourmes casqués, sévères et hiératique, observaient un fouet à la main. D'autres esclaves veillaient à de gigantesques chaudrons où bouillissaient comme des eaux de sorcellerie.

 

Je voulus palper la boue noirâtre issue de ce traitement.

 

« Ne touches pas à cela ! » me cria Sardonica, tandis que le chef des savants me retirait déjà le bras. « Ce minerai émet d'étranges rayons invisibles qui brûlent. C'est pourquoi nous l'appelons " minerai rayonnant ". D'ailleurs regarde ces enclaves qui travaillent ici. »

 

Certains à la place des bras n'avaient que des moignons auxquels on adaptait des pièces métalliques pour qu'ils puisent continuer à produire jusquà ce qu'il n'y ait réellement plus rien à tirer d'eux.

 

Le chef des savants expliqua que dans cette boue, à. nos pieds, que l'on ne savait pas suffisamment purifier se trouvait une redoutable et mystérieuse puissance. Il ajouta que celui qui saurait capter cette force prodigieuse aurait de quoi faire fonctionner des machines extrêmement puissantes et pourrait même faire sauter la terre si il le désirait.

 

Les auditeurs, excepté les initiés, restèrent médusés par cette révélation qui dut leur apparaître folle dans son audace incroyable. « 

 

Faire sauter notre terre ? » Impensable.

 

Nous ne la connaissons pas toute encore !

 

Mais à moi qui savait le diabolisme de la Comtesse-panthère, cela me parut presque plausible.

 

Et aujourd'hui, vieux moine rabougri assis à ma table, je suis obligé d'ajouter foi à ce que disait alors le chef des savants. Il eut été possible à la Comtesse de faire sauter notre terre et elle eut été capable de le faire pour son plaisir et pour ses désirs sataniques...

 

Nous remontâmes à la surface au moyen d'une sorte de cage actionnée dans un puit vertical par un système de cordes, à très grande vitesse.

 

Lorsque je débouchai à l'air libre, après avoir passé le grand hall de réception et à nouveau franchi la lourde porte ornée de têtes de panthères, donnant sur une rue banale, je me demandai si le n'avais point rêvé et si cette maison des savants recelait autant de secrète et si il existait une véritable ville souterraine sous cette demeure avec autant de détestables prodiges.

 

( A suivre )

 

 

 

 

Sardonica ou la femme panthére ( K 12)

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Je reconnaissais ce métal au fur et à mesure qu'il refroidissait.

 

« De L'Or, c'est de l'Or ! »  Je crus que je devenais fou !

 

Sardonica m'observait du coin de l'oeil, s'Amusant de ma juvénile passion.

« C'est de l'Or en effet » me répliqua Primus.

- « Le vieux rêve fou des alchimistes était donc réalisable ? »

 

- « I1 l'était, mais point si aisé à trouver. Encore que la règle pour passer du plomb à l'or est telle qu'un enfant de cinq ans pourrait la retenir. Une simple sentence latine, que l'on peut trouver dans de vieux grimoires d'ailleurs, la résume assez bien. Mais sa signification connue des anciens teinturiers de la lune fut perdue. »

 

Sardonica possédait donc le secret de la transmutation du plomb en or !

 

Ceci lui donnait un pouvoir immense. Je m'expliquais ses possibilités de corruption et aussi sa très grande générosité à mon égard.

 

Le chef des savants me traîna presque par le bras tant j'étais tombé sous le charme.

« Nous allons nous diriger maintenant vers les salles de Mars, Dieu de la Guerre comme chacun sait. »

 

Un Mars en Or, fier et superbe, à demi-nu, en commandait l'entrée, une gigantesque épée dans les mains. Je m'enquis et du modèle et du sculpteur. Et j'appris qu'on avait tout simplement coulé l'or sur le corps d'un esclave magnifique encore vivant, pour que le métal en gardât tous les traits.

 

A l'intérieur des salles se trouvaient toutes sortes d'armes qui avaient existé à différentes époques, originaires de toutes les armées du monde. Et elles étaient ici, pour être étudiées, perfectionnées ou même servir à en créer d'autres plus meurtrières encore. Des savants dévoyés s'affairaient ça et la autour de ce matériel de mort avec des airs de gourmets devant quelques plats délectables.

 

« Nous vous montrerons » me dit Primus, décidemment de plus, en plus affectueux  « notre dernière trouvaille. ». Et il me soumit un peu comme une vieille voulant jouer à la donzelle, avec des mimiques expressives et quelque chose de mouillé dans le regard.

 

Dieu que ces vieilles courtisanes sont laides ! Qu’il doit être horrible de se faire toucher par pareil vieillard lubrique !

 

Sur une table se trouvait une sorte de petit cylindre de métal brillant avec des ailes sur le côté reposant, parfaitement ajusté, sur un autre morceau de métal.

 

Le chef des savants farfouillait dans sa barbe avec un air de satisfaction non dissimulé.

 

Ayant attendu qu'il y eut un cercle d'auditeurs assez fourni et assez attentif autour de lui, il demanda non sans quelque solennité à un aide de lui apporter un flambeau. Il approcha celui-ci de la queue de la petite machine. En même temps il fit emphatiquement un grand geste pour que l'on s'écartât.

 

On entendit un léger bruit. On vit la partie supérieure de 1'appareil s'élever en hauteur mieux qu'un oiseau, en émettant un sifflement strident sous les regards médusés de l'assistance. Puis l'engin retomba avec une explosion un peu plus loin sur un champ de bataille en réduction qu'on avait placé là. Le souffle balaya presque instantanément les soldats de terre cuite et les transforma en poussière.

 

« Quel prodige ! » s'exclama quelqu'un.

 

-« Qui connaîtra le secret de cette machine de guerre et sera capable de 1’amener à une taille suffisante gagnera toutes les batailles et dominera le monde ! » dit Sardonica sentencieusement.

 

- « C'est toute la difficulté, Madame la Comtesse que de 1’amener à une taille suffisante ! ».

- « Demandez ce dont vous aurez besoin et vous l'aurez : des hommes et de l'argent ! »

- « Oh l'argent... » Fit le vieux savant en joignant ses mains, un peu comme le potier modelant amoureusement les formes de la cruche, « Ce n'est pas tout ».

 

Et il regardait Sardonica par en dessous avec des yeux qui vibraient de passion, comme un feu qui couvait. Son ton était si anodin qu'on pouvait à peine le taxer d'incorrection. Bien qu'il fût clair que cette vermine malpropre aurait voulu se mettre dans le lit de Sardonica.

 

Sardonica eut pu faire mine d'ignorer l'allusion, mais elle répliqua sèchement : « Sais-tu très honorable savant que je n'aime pas tellement les hommes et que ceux qui m’ont eu ont tous été tuée, soit de mes propres mains, soit de celle de mes guerriers et que la situation d'être mon amant n'est point si avantageuse qu'il pourrait y apparaître au premier abord ?

 

- « Je le sais Madame la Comtesse, et je ne voulais point vous offensés. »

Il balbutiait. « A mon âge, on radote parfois et on dit de vilaines sottises. ».

 

« Je te pardonne » et Sardonica lui toucha l'épaule. « Je sais que tu me sers bien et je ne serais point une ingrate ».

 

Il m'était point question pour elle de s'aliéner ce séide qui lui était dévoué corps et âme, et prêt à tout pour lui complaire. Elle lui laissait toute possibilité d'espérer ce qu'il voudrait.

 

Nous passâmes dans une autre salle, « les miracles n'étant point terminés ».

 

Je me mis à réfléchir à  ce que Sardonica venait de narrer au sujet de ses amours humaines à savoir le fait qu’aussitôt après avoir consommé elle tuait ses amants d’un jour. Cela aussi se racontait d’ailleurs au château, à mots couverts. Il se disait  aussi que parfois, elle-même, au cours d'une revue militaire ou d'un combat de lutteurs, choisissait un très bel homme et le faisait amener au Palais après qu'il eut été apprêté. On ne le revoyait jamais. Ses relations soupçonnaient bien un peu la cause de sa disparition, mais se taisaient par crainte. Et on oubliait le malheureux.

 

Sardonica dut lire an mes sombres pensées car, avec un air moqueur, elle me pinça assez rudement l'oreille, en m'y chuchotant quelque chose d'une voix musicale. Son attouchement raffiné me fit frémir par tout le corps et de bien-être et de terreur.

 

Soudain l'un des esclaves, à uelques pas de nous, sans doute troublé par la venue de Sardonica se laissa tomber sur les pieds une lourde pierre...Il fit une incroyable grimace de douleur, mais aucun son ne sortit de sa bouche , quoiqu'on se rendait bien compte qu'un formidable cri aurait voulu jaillir de ses entrailles. Un officier des gardes noirs de Sardonica répondit à ma muette interrogation :

 

« Pour qu'il ne révèle point de secrets, comme aux autres, on lui a coupé la langue. »  Cela ne me choqua qu'à demi. Je m'habituais de plus en plus à vivre dans cette horreur.

 

« En route pour les volières des hommes oiseaux » dit un savant d'une voix de Stentor.

« Les hommes-oiseaux , qu'est-ce cela encore ? „ pensais-je.

 

Nous remontâmes dans le chariot et partîmes au travers des couloirs souterrains, éclairés de place en place par des flambeaux qui jetaient des clartés inquiétantes et dansantes.

 

Je compris vite de quoi il s'agissait.

 

(A suivre)

 

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Published by Michel Dubat - femme panthère, Enfer, Fantastique, Fantasy, Dark, homme-oiseaux

 

Sardonica frappa à la petite porte adossée à la paroi en se servant d'un lourd marteau représentant une tête de panthère. Un trou noir s'ouvrit dans l'oeil de l'animal et quelqu'un regarda au travers. " Qni va là ? " cria une voix.

 

- « Ta maîtresse, la Comtesse Sardonica " répliqua le chef des gardes.

 

Et la porte s'ouvrit lourdement comme si on allait entrer dans la gueule des enfers. Aussitôt une bouffée d'âcres puanteurs vous envahissait la gorge. Ça et là, réverbérées par des métaux luisants et des verres bizarres, d'étranges lueurs sourdraient. Une crainte étrange vous gagnait, la crainte des choses dont on prescient l'existence mais que l'on ne désire pas connaître.

 

Une secrète jubilation semblait animer le visage de la Comtesse qui me parut soudain les traits découpés par la lueur d'un fanal. Et la lumière fit jouer les éclats de ses yeux comme ceux d'une pierre translucide.

 

Elle posa sa main sur la mienne et m'enfonça légèrement ses ongles dans ma chair, elle me chuchota à l’oreille, tandis que je sentais son souffle sur moi : « Tu as peur, hein,? »

 

En effet j'étais glacé et je me mis à frissonner. C'est presque la pression de sa main et le poids de son corps qui m'obligèrent à entrer. Seul, je crois que j'aurais fui.

 

Les savants, leur chef à leur tête, vêtus de noir et la tête couverte d'un curieux petit chapeau noir se précipitèrent à notre rencontre, empressés et vils.

 

Ils firent mille courbettes à Sardonica. Ils baisèrent même le rebord de sa jupe.

 

Elle leur répondit aimablement, mais avec une certaine hauteur cependant. Elle leur déclara qu'elle attachait un grand poids à leur aide pour le triomphe de sa cause et l'extension de son Empire.

 

Le chef des savants, qui se nommait « Primus », m'avait pris affectueusement le bras. Il me parlait à l'oreille en me soufflant son haleine fétide dans le nez. I1 m'expliquait les beautés de la Science et les jouissances que l'on tire de ses découvertes. Il louait que Sardonica eut consacré des sommes importantes dans le passé pour leurs travaux. Il ajouta qu'elle avait été payée au centuple, sans me préciser pourquoi. A son air entendu, je devinai qu'il y avait là quelque mystère.

 

Nous suivions des dédales de salles, remplies d'instruments bizarres, et de feux qui rougeoyaient. Il semblait exister une hiérarchie dans les personnes que nous rencontrions. D'abord les savants, avec leurs chapeaux pointus et leur air sournois, ensuite leurs aides à la tenue plus commune de gros drap gris, et enfin à demi couverts de haillons, surveillée du coin de l'oeil, ce qui semblait être des esclaves. Ils traînaient un lourd boulet attaché à une chaîne qui enserrait leur cheville. Ils avaient l'air résigné et misérable tout à la fois.

 

" Qui sont-ils, Comtesse ? " demandais-je.

- « Ce sont des captifs que nous ramenons de nos expéditions en terres lointaines et que nous réduisons en esclavage. » me répondit-elle d'un ton banal. « Nous en avons ici plusieurs centaines ; ils servent à tous les travaux. D'autres sont utilisés dans les mines de sel et du " minerai rayonnant ».

 

Toutes sortes d'animaux servaient aux expériences. D'immondes rats aux yeux brillants. «  Ils sont extrêmement intelligents » me fit remarquer mon guide, «  et douer d’une énorme faculté d’adaptation. Ils survivront  à l’homme et deviendront les maîtres de la planète » ajouta-t-il sérieusement. Oiseaux de toutes couleurs et de toutes formes ; ours lourdauds. Et singes d'une espèce particulière.

 

- « C'est l'animal le plus proche de l'homme, c'est pourquoi nous l'utilisons beaucoup. Ce qui s'applique à lui s'applique à nous la plupart du temps. »

 

Effectivement j'observai sur des rochers grisâtres une famille de gros singes. Dans la façon dont le père tenait son enfant je reconnus une attitude profondément humaine. C'était saisissant !

 

" Nous n'avons encore pas vu le plus étrange et le plus secret " mie dit Sardonica.

 

Nous descendîmes par un escalier dans les profondeurs. J'appris alors que sous la Cité des Savants existait une véritable ville souterraine avec des kilomètres de galeries qui lui servaient de rues. Dans ces rues circulaient des chariots poussés par des hordes d'esclaves surveillés par des gardes aux aguets. Nous empruntâmes l'un de ces véhicules.

 

" Nous visiterons la caverne de l'Or d'abord " me susurra le chef des savants, comme si il avait été une jeune fille et moi son promis.

 

Le tunnel déboucha sur une très vaste grotte où l'on conduisait par des galeries des charrettes chargées d'un métal très lourd.

« - Qu'apportent-ils ? »  Demandais-je.

 - « Du plomb ! » me répliqua tout heureux Primus

 – « Du plomb ? Pourquoi, Ici Dieu ? »

- « Oh cette impatience et cette pétulance de la jeunesse ! » constata Sardonica en riant, et se tournant vers nous : « tu as le temps d'apprendre, tu me saurais tout engranger à la fois! » ajouta-t-elle.

 

« Je vais vous expliquer » poursuivit Primus.

« Enfin vous allez comprendre vous-même. »

 

Et il me conduisit au pied d'une gigantesque machine. A l'extrémité de celle-ci an introduisait des plaques de plomb. Elles étaient aussitôt happées par une effrayante succion. Les dents invisibles du monstre les broyaient. Puis cet aliment passait au travers d'un dédale compliqué de tuyaux, traversait des feux violents, débouchait dans de vastes cuvettes, se mélangeait intimement à des terres de diverses couleurs. I1 était maintenant en fusion et continuait son interminable chemin le long duquel il était soumis à toutes sortes d'actions avant d'aboutir à une énorme bulle transparente. Il y bouillonnait avec des tourbillons infernaux. De cette bulle surgissait un serpent ondulé, trempant dans une eau qui courait, de la gueule duquel coulait un mince filet de métal continu de métal en fusion dans un récipient.

 

SARDONICA ou la femme panthère (k 11 - 1 )

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Je rencontrais Sonia aussi souvent que je le pouvais; ce qui n'était pas très aisé. Car pour ce faire, il fallait, m’échapper à mes nombreuses tâches auprès de Sardonica. De plus celle-ci semblait faire preuve à mon égard d'une sorte de jalousie captatrice et dévorante. Et elle semblait multiplier les prétextes pour me garder auprès d'elle.

 

Sonia m’avait ait fait découvrir son repaire secret, sorte de petite grotte dont l'entrée était complètement dissimilée par un épais rideau d'arbrisseaux. Ceux-ci filtraient au plus chaud de l'été les rayons du soleil.

 

J'étais le premier être qu'elle avait amené en cet endroit où elle venait méditer sur sa condition. " Car " me dit-elle " jusqu'au jour où je te connus, je n'aimais tant que d'être seule. Au fond je n’éprouvais de confiance pour personne. "

 

Il fallut le croisement de nos chemins imprévu et attendu tout à la fois pour qu'elle changea sur ce point, et qu'elle crut que la vie n'était pas entièrement mauvaise. Moi aussi je me mettais à  apprécier l'espèce humaine et l'existence.

 

Nous nous tenions la main de longs moments, nous regardant amoureusement sans nous lasser. Je revois encore, comme si c'était hier, le fin ovale de son visage, sa peau sans en oublier le moindre détail, et le délié de ses mains et les quelques défauts qu'elle put avoir. Ici un grain de beauté, là une rayure de la peau, là encore une petite cicatrice qui lui restait d'une blessure de l’enfance. Je la contemple encore telle qu'elle était naguère dans sa jeunesse aimable et sérieuse tout à la fois.

 

Car Sonia, quoiqu'elle souriait fréquemment était plutôt grave. Je ne l'entendis rire que deux ou trois fois au cours du temps que nous passâmes ensemble. Même alors son beau rire clair était un peu retenu. Car elle n'aimait point trop se laisser aller à un certain relâchement. L'expérience de sa jeune mais déjà éprouvée vie lui avait appris que l'existence était chose sérieuse et qu'elle faisait chèrement payer les rares bons moments qu'elle nous donnait.

 

J'appris tout d'elle et du poids des choses. Elle était comme une sorte d'instrument qui rayonnait une délicate musique qui m'enchantait. Même ses silences pour moi étaient remplis d'harmonie et de signification.

 

Parfois, sans trop y croire, nous disions que nous fuirions ensemble et irions vivre dans un petit village rempli de clarté et de beauté simple, et que nous ne nous quitterions plus jusqu'à la mort. Bien sûr cela mous semblait bien difficile. Mais qu'importe, ces instants où nous évoquions notre vie ultérieure étaient doux et bons à nos cœurs !

 

Nous passions des heures ainsi, soit à écouter la voix intérieure de l'autre par une mystérieuse troisième oreille, sans rien dire, soit à parler.

 

Le chant et le frémissement des oiseaux qui devaient ignorer notre présence étaient les seuls bruits extérieurs à notre univers personnel.

 

Un matin je fus invité à visiter la maison des Savants. J’étais initié progressivement aux  secrets du service du Malin, qu'au fur et à mesure que j'avançais dans la confiance de la Comtesse. Je m'étais- muni de gros registres noir où j'aurais à consigner tout ce que le verrais.

 

La Maison des Savants était peut-être la partie la plus secrète du Château-Cité. Il fallait être porteur d'un insigne spécial et être accompagné du chef de la garde particulière pour pouvoir y pénétrer.

 

Sardonica était magnifiquement sanglée dans un uniforme de peau de panthère qui soulignait ses formes souples et fermes tout à la fois. Elle s'avançait à pas balancé, une chaîne d'or et de pierreries scintillante autour du cou.

 

Ne me lasserais-je jamais de la voir et son apparition me surprendrait-elle toujours autant ?

 

Elle posa sa main à griffes sur mon épaule, m'écorchant légèrement au passage. Je frissonnai à ce contact. Elle plongea son regard fascinant dans le mien.

 

« Tu es entré maintenant dans le petit groupe des officiers du Grand Prince Noir, ceux qui connaissent ses desseins et participent à son Grand Oeuvre. Si tu continue dans la voie qui t'est ouverte tu deviendra immensément riche et tu domineras le Monde à mes côtés. Cela ne te serait-il pas agréable d'être toujours auprès de moi pour me servir et pour m'adorer ?

 

Elle me jeta un regard de chatte d'une perversité à me faire fondre sur place. Puis elle me caressa le visage en me faisant un peu mal. " Je saurai te récompenser aussi d'une autre manière, et tu verras que ce n'est pas mince !  "

 

Faire acte d'amour avec la Comtesse Sardonica était bien la chose que je désirais le plus au monde. Mais c'était bien aussi la chose que je craignais le plus, car la Comtesse m'effrayait en un certain sens. De plus jamais je n'avais fait acte d'amour jusqu'à ce jour, même pas avec Sonia lorsque doucement elle me laissait dénouer son corsage, voir et toucher ses seins ronds tandis qu'elle rougissait doucement, sans rien dire, sous les arbres.

 

Nous restions de longs instants silencieux et songeurs, mais je n'osais lui poser la question qui brûlait mes lèvres. Nous attendions, un peu tendus, sachant bien qu'un jour cela arriverait tout naturellement sans que l'on puisse rien. .y faire, et nous ne pensions pas que ce serait mal.

 

(A suivre)

 

SARDONICA ou la femme panthère (k 10)

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Quelques jours après cette scène, je me rendis au casernement où s'entraînaient les nouvelles recrues. En dehors, bien sur, des officiers instructeurs, un très petit nombre seulement de personnes étaient autorisées à y pénétrer. Un mur immense dont la population ne devait pas s'approcher encerclait l'ensemble des installations Il était surmonté de fers acérés et tranchants de formes biscornues.

 

Nous pénétrâmes du l'intérieur du camp. Une vaste cour payée de dures pierres noires, était entourée par des bâtiments austères comme des constructions religieuses. Au centre de cette cour, sur un énorme piédestal, une gigantesque panthère en métal extrêmement brillant attirait irrésistiblement l'oeil.

 

A mon immense surprise je ne pus qu'admettre que cet animal était tout entier en Or. Et il brillait de mille feux â la clarté du soleil. Les yeux, eux, étaient constitués  de deux diamants, plus gros que jamais homme n'en vit, réverbérant en un éclat terrible de leurs facettes la lumière du jour. Cette vision vous terrorisait sur place.

 

Le chef de l'école, entouré par, ses sbires comme par un cercle d'insectes malveillants, s'avança au devant de nous. Ils étaient tout de noir vêtus, la mine austère et les traits de leurs visages sans expression étaient d'une froideur de glacée. S'agissait-il encore d'êtres humains ou de machines impeccables qui allaient implacablement vers ce pourquoi elles étaient construites ?

 

Au commandement des officiers, on fit entrer les recrues par quatre portes aux quatre coins de la cour. Ils se déversèrent comme quatre flots de lave noire irrésistiblement pour se mettre en croix autour de la statue d'Or.

 

Sardonica et notre groupe s'avancèrent au milieu de l'allée centrale. Nous nous trouvâmes bientôt au pied de la panthère. Je me pus encore une fois m'empêcher de noter la ressemblance frappante entre la gracieuse puissance de cet animal et celle de la Comtesse infernale et la même férocité dans le regard.

 

" Viva Sardonica !" crièrent les soldats en se prosternant devant elle. Son visage reflétait une intense satisfaction de constater la puissance qu'elle exerçait sur les hommes. " Nos vies lui appartiennent 1 Elle seule sait ce qui est bien ! « Viva Sardonica ! »

 

On sentait venir jusqu'à nous le rayonnement troublant de ces jeunes mâles, mélange d'ardeur virile et de sensualité. Sur un geste impérieux de la Comtesse, ils se relevèrent. Le sourire de Sardonica ne m'avait jamais apparu si sauvage, si énigmatique, à quoi songeait-elle ? Quel Destin préparait-elle à ces jeunes âmes ? Elle seule le savait, et disposait d'eux à leur insu.

 

Nous allâmes nous installer dans une sorte de tribune apportée à la hâte pour la parade. On avait amené aux officiers leurs chevaux. Ils se mirent chacun à la tête d'une escouade d'hommes regroupés derrière la bannière noire qu'ils brandissaient. Et aux sons des tambours et des trompettes commença le sinistre ballet. Ces ballerines de la mort se croisaient, s'enlaçaient avec une coordination remarquable, comme si elles n'étaient que des anneaux d'un même serpent géant.

 

Elles se déployaient comme si elles éclataient, puis se regroupaient et venaient former des sortes de roses noires qui se mettaient à tourner sur elles-mêmes comme prises de folie. Puis deux par deux, comme des couples d'horribles ménages, elles se grimaçaient l'une en face de l'autre et entrecroisaient leurs armes avec Férocité. Puis elles se remettaient avec les autres pour danser à nouveau au son d'une terrible musique qui vous remplissait du désir d'en découdre, même malgré vous, en vous distillant une sorte de poison subtil dans le sang.

 

Puis un coup de cymbales arrêta les danses guerrières et chacun reprit sa place en bon ordre.

 

Ensuite nous visitâmes les locaux de l'école. Tout était fait en vue du culte de Sardonica. Partout des écussons et des armes représentant la panthère stylisée ouvrant sa gueule béante et étirant ses griffes. Partout aussi des devises rappelaient aux soldats leur devoir et exaltaient l'esprit de sacrifice.

 

Après quoi, on nous conduisit au-delà des bâtiments.

 

Des stades, vastes comme ceux de l'Antiquité étaient destinés à perfectionner les coups, à la course et aux différents sauts et lancers.

 

 

Plus loin on pouvait voir la reproduction assez réaliste d'un vrai champ de bataille parsemé d'obstacles divers : murs, fossés, rivières...Ça et là sur ce terrain, des figurines disséminées représentaient les différents types d'adversaires avec clairement indiqués les points où il fallait les frapper pour être sur de tuer à tous coups.

 

Nous assistâmes à différents exercices simulés de guerre. D'abord un seul combattant chevauchant un destrier lancé au galop essayait de viser au bon endroit la cible qui alors se mettait à tourner sur e11e-méme, comme si elle était devenue folle. Puis deux par deux, différemment armée, un peu comme les gladiateurs dont nous parlent les conteurs latins, des hommes se défièrent. Enfin il y eut de petits groupes opposés les uns aux autres.

 

« De jeunes loups, de jeunes loups » me murmura Sardonica, l'oeil intéressé. C'était bien en effet de jeunes loups qui combattaient avec acharnement et pugnacité. On dut les arrêter avant qu'ils ne s'entretuent pour de bon, tant ils s'étaient pris au jeu.

 

« C'est un peu dommâge ! » ajouta Sardonica, « mais nous en aurons bien besoin d'ici peu... ».

 

(A suivre)

 

 

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Le lendemain matin, alors que j'étais encore tout abasourdi par les révélations de Sonia, Sardonica m'apparut dans une particulière exaltation. Elle me frôla les cheveux et les épaules doucement avec ses mains tout en me regardant d'un air érotique.

 

« Tu me plais !: » " dit-elle tandis due le rougissais crûment comme une jeune fille.

 

« Un teint clair, des cheveux comme de la soie, des dents fines, un corps souple et délié. Il faudra qu'un soir nous ayons quelques explications... » J'étais stupéfait. Quoi pareille personne s'intéresse à moi et me parle si directement ! J'avais oublié que c'était Satan, ange de la perversion qui s'adressait moi. C'était vrai que toutes les préventions que je pouvais avoir contre elle disparaissaient en sa présence.

 

« Car je t'apprendrai à dire une autre messe que celle que les pères du séminaire t'ont enseignée, qui vaut matines et vêpres et qui fait chanter une autre chanson » ajouta-t-elle.

 

 

J'étais très ému et embarrassé. Je ne pus que lui répondre en bredouillant, que nous avions une lourde tache, par exemple que les émissaires avaient apporté un abondant courrier qu'il fallait dépouiller et auquel il fallait répondre de toute urgence.

 

A ma profonde surprise, son expression changea tout aussitôt, comme si quelque force interne s'emparait d'elle. « Oui nous ne devons pas oublier ce que nous avons à faire sur cette terre et quel est notre destin. Nous devons nous employer à déjouer Les plans de nos adversaires ; les ennemis du Grand Prince des Ténèbres, et les défaire. Tu fais bien moine de me rappeler à mon rôle alors que je me comporte comme une sotte femelle en chaleur dont le désir frénétique d'amour obscurcit le jugement. »

 

 

Et parcourant la pièce de long en large, martelant le sol, tantôt elle écoutait la lecture des pièces que je faisais, tantôt elle me dictait avec un débit haché ses réponses et ses ordres.

 

Ma plume courait sur le parchemin avec facilité comme si ma main, n'était que sa main auquel son esprit imposait le mouvement. Et le pouvais ainsi écrire des heures sans aucune fatigue et sans la moindre erreur. Plus même il m'arrivait parfois d'avoir comme une transmission de sa pensée et d'écrire directement des mots qu'elle ne prononçait pas. Jamais je ne la vis, si par accident elle relisait la lettre, modifier de quelque façons que ce fut cette partie du texte.

 

Par instants j'avais l'impression qu'elle prenait possession de mon esprit à mon insu et que je ne devenais que son bras et que bientôt je ne pourrais échapper à son emprise totale. Elle serait en moi et je serais elle. Prêt à tout. Je serais devenu la bête immonde, la créature de Satan, le Prince Infernal.

 

 

L'esprit froid et méthodique de Sardonica avait complètement repris le dessus sur sa sauvage animalité et c'est avec un style glacé et une analyse impeccable de logique et de cynisme qu'elle rédigea pour le Prince d'Orféo une lettre l'invitant à lui, restituer les terres de la Baronnie de Stabilian.

 

Des chartristes besogneux, se basant sur de vieux grimoires Précieusement conservée, avaient tenté de prouver par des chemins obscurs et tortueux que cet héritage était sien.

 

Certes elle eut pu dire : « Je veux prendre... » plutôt que de se lancer dans cette argumentation foireuse. Mais elle tenait à donner cependant cette apparence de légalité pour permettre aux seigneurs voisins du Prinde d'Orféo de rester passifs en feignant de croire qu'elle était dans son bon droit. Le Droit n'est souvent que l'apparence de la justice.

 

« - Et si le Prince ne vous donnait pas la terre ? » 

« - Eh bien, il aurait la guerre. Une guerre totale et sans quartiers, petit clerc ! Une guerre dont il ne se relèvera pas et qui ne laissera que cendres et cadavres. Je le jure, foi de Sardonica »

 

Et elle cracha vilainement au sol en tapant du pied.

 

Elle était vraiment horrible à voir. Sa réalité intérieure ressortait alors sur ses traits qui se crispaient et devenaient hideux comme les gargouilles des cathédrales. On voyait qu'il s'agissait d'une très vieille créature pleine d'une expérience mauvaise, sans la moindre once de sensibilité humaine.

 

«  Il faut cependant faire traîner les choses en longueur, car nous ne sommes pas entièrement prête. Nous devons accélérer le recrutement et l'entraînement de nos jeunes soldats, forcer l'allure de nos ateliers qui travaillent le fer et le cuir. Nous allons faire savoir au Prince que quoique nous soyons dans notre bon droit nous nous rangeons à certaines de ses vues et que nous désirons lui faire d'ici quelque temps une aimable visite de courtoisie pour son anniversaire et discuter avec lui de ces choses. Il préparera ses orchestres et ses bals. Nous amènerons les nôtres et nous verrons bien qui possède les meilleurs danseurs ! .... »

 

Ecrit, clerc, écrit ! Nous serions très honorés  si vous vouliez bien consentir à ce que ... Je le vois baver de désir d'ici.... »

 

Je ne pouvais m'empêcher d'admirer, Dieu me pardonne, ce génie au service d'une abominable cause. De plus en plus je sentais qu'i1 viendrait le temps où il ne serait plus possible de changer de voie. Je le savais et je l'acceptais. Tout plutôt que de quitter cet être délicieux et abominable auprès duquel je goûtais des délectations morbides -!

 

J'avais tant envie de fondre à elle, de me frotter à sa peau aux senteurs sauvages et excitantes tout à la fois, pour éprouver l'amour absolu et diabolique, ainsi que l'on pressentit les alchimistes, les poètes et les fous.

 

 

 

(A suivre)

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…./…

 

Tandis que le jour régulièrement progressait sur la terre, chassant les terreurs et les mystères de la nuit nous marchâmes, moi lui tenant la main, le long des hauts remparts, heureux mais graves.

 

Nous parlâmes de nous, de notre rencontre en ce lieu,

 

Je lui dit tout de mes rapports avec Sardonica et de mon rôle auprès d'elle... Mais je ne lui avouai point que j'en étais amoureux. Encore qu'elle devait le deviner avec son bon sens, et que dans la description que je faisais de la Comtesse cela devait paraître évident.

 

Je racontais même la scène de l'autre soir entre Sardonica et ]es panthères et ce que je trouvais d'étrange à ce comportement. Sonia ouvrit des yeux ronds et entrouvrit la bouche de surprise.

 

" Sardonica n’est pas une vraie femme. Elle est, en fait née du croisement entre une femme, sa mère, et une panthère mâle, son père. Elle a donc hérité certaines ressemblances par son père de la panthère et de la femme par sa mère. Physiquement elle possède les formes de la femme tout en ayant l'attitude de la panthère. Cependant sa queue est une vraie queue, et ses mains presque des griffes.

 

«  Aussi, ne vous étonnez pas qu'elle fait l’acte d'amour avec des panthères. Elle le fait aussi parfois avec des hommes. Peut-être le savez-vous ? » ajouta-t-elle avec un petit air effronté.

 

Tout devenait clair. Mais, au fond, ne pressentais-je pas quelque chose de cette nature depuis longtemps et me refusais-je pas de voir la réalité en face, parce que cela m'arrangeait ?

 

«Tu connaissais rien de cela. ? » questionna Sonia incrédule.

" Ici personne as l'ignore, pas même les paysans. "

- N'est-ce pas une légende que son « père » était une panthère ?

- Non ! Il parcourait la contrée à cheval. Seule sa tète d'énorme chat dépassait de son armure. Avec ses hommes il ravageait le pays. Il dévorait les petits enfants tout crus. C'était sa nourriture favorite, ce qui terrorisait les familles qui avaient de jeunes rejetons.

 

... Il mangeait parfois des adultes, mais c'était beaucoup plus rare, seulement lorsque l'hiver était rude et qu'il ne trouvait plus de gibier. Les plus anciens habitants du bourg se rappellent de cela.

- Quel âge a donc Sardonica ?

- Au minimum cent ans. Car ces témoins rapporte que dans leur enfance, du vivant de son léopard de « père », Sardonica était déjà une jeune fille dont l'apparence physique était sensiblement la même qu'aujourd'hui.

 

- Cent ans d'âge ?

- Oui, on prétend qu'elle détiendrait un élixir d'éternelle jeunesse. On affirme même qu'elle ne saurait mourir.

- Et sa mère ?

- Sa mère était une femme d'une admirable beauté, plus belle qu’aucune aucune femme n’ayant jamais existé, à ce qu'on disait, blonde d'Or de cheveu et pâle de peau. Elle possédait un corps d'une admirable construction. Elle semblait peu faite pour cette terre, et n'y vécut guère d'ailleurs.

 

- Que narre-t-on encore au sujet de la famille de Sardonica ?

- On raconte que son grand-père avait fait un pacte avec le Diable par lequel il avait promis de donner sa fille en mariage à l'être que le Démon choisirait quelqu'il fut. Le rusé Satan n'avait pas précisé que ce devrait être un homme. Il lui envoya une panthère.

 

Peut-être était-ce lui-même qui était venu sur terre sous cette forme ?

 

Le père, prisonnier par le texte qu'il avait signé, ne pouvait plus refuser. Son enfant était si douce et soumise qu'elle accepta le marché. Et les noces de la bête féroce et de la plus belle fille du monde eurent lieu. Le père mourut rapidement de chagrin. ­L'épousée mourut elle aussi en donnant le jour â Sardonica. Celle-ci dès qu'elle fut née se mit à courir dans la pièce telle un jeune animal. Elle passa les premiers mois de sa vie comme un bébé panthère.

 

Je vous ai raconté tout ce que j'ai appris sur ELLE. Pour moi Sardonica est la fille que Satan a faite à une femme pour soumettre et terroriser le monde !

 

Je me mis à fondre en larmes comme un enfant, sous les yeux désolés de Sonia qui s'enfuit. J'avais trahi mon Dieu en menant une vie de turpitude indigne de mon état. J'étais tombé amoureux fou de la Réincarnation du Démon et étais devenu un exécuteur de ses basses besognes, et je participais à ses jeux immondes avec des bêtes.

 

Je me demandais même si , depuis le séminaire, Sardonica ne me tenait pas sous son emprise à. mon insu. Je me rappelai en effet qu'elle m'avait dit le jour de mon arrivée :

 

« je vous connais bien ... »

 

Sans doute qu'elle m 'avait choisi pour ses noirs desseins, car elle savait que mon âme était plus vile que celle des autres et que J'étais prêt à tout pour fuir la vie religieuse pour laquelle 1e n'avais aucune vocation et que je trouvais ennuyeuse comme la mort.

 

 

(A suivre)

 

 

 

 

 

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Je rencontrai Sonia, par hasard, au détour d'un couloir. Elle portait un lourd panier jaune d'osier, rempli de linge, qui faisait pencher sa taille. Elle était âgée d'environ dix-sept ans. Brune, bien faite, elle avait l'ait modeste, franc et honnête. Mon regard croisa le sien. J'eus l'impression qu'elle ressentait comme un léger attouchement qui la fit tressaillir légèrement tandis que sa peau rosissait doucement. Moi-même un secret émoi me troublait. Comme si dans ce monde nous nous reconnaissions et existaient dès l'abord, entre nous, de secrètes sympathies, de mystérieuses correspondances.

 

Puis cette première réaction passée, comme si elle l’avait prise par surprise, elle parut légèrement effrayée de découvrir qui j'étaies réellement. Elle détourna les yeux brusquement et passa son chemin.

 

Je retournai sur mes pas, la suivit tandis que je voyais bien qu'elle était émue et qu'elle respirait avec difficulté. J'eus l'audace qui me parut folle de poser ma main sur la chair frémissante de son bras nu. Elle enleva doucement ma main.

 

« Que me voulez-vous ? » me dit-elle, mi-satisfaite, mi-fâchée de ce que j'aie osé l'interpeller de pareille façon. Je ne savais trop que répondre. " Qui êtes-vous ? " lui demandais-je.

 

Elle se trouvait alors, tandis que son visage entouré par ses cheveux courts, soigneusement coiffés était tout près du mien, dans une encoignure du couloir. Elle me raconta simplement les événements saillants de sa vie. A la suite de la perte de ses parents, elle avait du quitter le village de son enfance. Elle se rappelait encore,avec quelque nostalgie, les rares maisons près de la rivière claire où elle allait parfois se baigner. Elle était venue au château pour gagner de quoi vivre. Elle y lavait et repassait le linge des grandes Dames. Elle ajouta avec une pointe de fierté qu'elle savait aussi coudre et même tisser.

 

Ses propos me semblaient être, après l'artifice de mon éducation religieuse, qui m'avait pourtant parue la quintessence de ce que l'esprit humain peut atteindre, et l'artifice de ma fonction ici au Palais comme l'expression de la sagesse simple et tranquille.

 

Et sa voix que je ne me lassais jamais d'entendre, était comme un bain d'eau fraîche qui me lavait jusqu'aux tréfonds de l'âne.

 

« Laissez-moi m'en aller » me dit-elle soudain. « Je dois porter mon linge tout de suite. Vous allez me faire gronder. « 

 

Et le la laissai aller, lui promettant de la revoir. Elle me quitta toujours un peu impressionnée par mon personnage et mon rôle auprès de Sardonica, avec une gracieuse révérence et un joli sourire.

 

 

Aujourd'hui encore, bien que vieux moine désabusé, aux os gelés, j'attende seulement que la mort vienne me prendre un soir par surprise, ce tableau est fixé dans ma mémoire avec les couleurs fraîches d'alors. Et il est destiné à n'y plus bouger.

 

A quelque temps de là, guettant Sonia au détour du corridor où Je l'avais vue pour la première fois, je finis par la rencontrer de nouveau. Elle parut heureuse de me revoir et me regarda timidement mais résolument. Je lui déclarai, prenant mon courage à deux mains, que je me trouverais à la nuit tombée près de la tour St Clément et que je l'attendrais toute la nuit si il le fallait.

 

 

«  Vous ne devez pas parler comme cela. Ce n'est pas possible ! Vous êtes trop riche et trop puissant. Et que dira votre maîtresse ? »

 

En effet je n'y avais pas songé, mais que penserait Sardonica, si elle apprenait que je cherchais à rencontrer, plus même que l'étais amoureux de cette jeune lingère ?

 

Et Sonia lâcha d'un seul coup ce qui semblait l'oppresser depuis longtemps. " Je n’irai pas. J'ai peur de vous ! tout le monde a peur de vous ici ! : Vous êtes l'homme de la Comtesse!

 

0 cette imprécation que j'avais déjà entendue.

 

Elle parût stupéfaite et contristée de ce qu'elle avait osé proférer et elle s'effondra en sanglots. Le spectacle m'était pénible et le craignais que l'on ne nous surprit.  « Je ne sais trop ce que vous voulez faire de moi «  ajouta-t-elle.

 

« Je comprends vos craintes et ce que vous pensez de moi... Je tacherai de vous expliquer. Je n'ai aucune mauvaise intention à votre égard », répondis-je réellement très peiné. Et je la laissai en sanglots, ne sachant trop que faire pour la consoler; quoique je brûlais d'envie de lui passer mon bras autour du cou et de sécher ses pleurs avec mon mouchoir de dentelles.

 

Effectivement, le soir venu, je me rendis à la toue St Clément et me dissimulai dans un recoin, du mur d'enceinte. Nous étions au Printemps et la soirée était douce. Tout dormait, cependant l'air était rempli de mille bruissements. Jamais l'activité du monde ne cessait...

 

Je me mis à réfléchir pendant les longues heures que je passai seul à une foule de choses au sujet de ma vie, de la Comtesse, de Sonia et de moi-même : destins étrangement mêlés par la grâce d'évènements curieux en un écheveau inextricable et dans lequel je me débattais...

 

 

La Cité fortifiée semblait inquiétante et noire, là devant moi, repliée sur elle-même comme un gladiateur, prêt à fondre sauvagement sur son adversaire. Car il était évident, qu’elle était construite toute entière pour la guerre et la conquête, et que de là partiraient des hordes pour tenter de ravager les pays au moment où Sardonica l'estimerait utile. Ici se tramaient de bizarres choses que je ne comprenais pas toutes, mais que je pressentais et qui ne présageaient rien de bon.

 

 

 

En face de moi, perché à une maîtresse branche d'un gros arbre, un hibou ouvrait ses grands yeux d'Or à la nuit. Des vols lourd de chauve-souris passaient.... Elles semblaient se diriger dans les profondeurs de l'obscurité mieux que nous même dans les clartés du jour. Eux aussi était des créatures des ténèbres et vivaient dans la face cachée du monde.

 

 

" Dormez braves gens, dormez ! " disaient d'heure en heure la patrouille du guet dans la Cité qui se reposait. Les gens dormaient­-ils tranquillement ou leur sommeil était-il troublé de cauchemars ? Se doutaient-ils qu'à cette heure Sardonica arpentait souplement en rond le sol d'une pièce du château, tandis que sa queue de panthère frôlait le sol, préparant de sombres projets et ricanant sauvagement ?

 

Une lueur retentit à l'horizon comme un coup de trompette. La lumière commença sa conquête fastueuse de l'espace. Sonia ne viendrait-elle pas ? Tout n’était qu'illusion. Et c'est seul que le me débattais dans cette vie que le Destin m'avait imposé par la voix de ce vieil évêque radoteur, que je revoyais encore â son bureau, serviteur zélé des puissants de cette terre; et peut-être des forces du Mal.

 

Mais je reconnaissais sa silhouette entre mille formes et le bruit de ses pas entre mille bruits. C'était elle, Sonia ! Elle était enfin venue. En effet bientôt elle fut à deux pas de moi, mais elle ne pouvait me voir. Il était amusant de la contempler dépitée et repentie fouiller la nuit. Je sortis, à sa profonde surprise de ma cachette tel un  diable de sa boîte.

 

" Vous m'attendez encore " me dit-elle, apeurée. " Vous m'avez attendue toute la nuit. Vous ne vous êtes pas trop ennuyé au moins. Je ne voulais pas venir, mais ce fut plus fort que moi. Je voulais savoir si vous étiez encore ici... Il n'est plus possible de fuir cette rencontre que je voulais éviter. »

 

Elle me laissa prendre sa main avec une certaine résignation et le vis que des larmes perlaient de ses yeux. « Toi, tu n'as pas l'amour joyeux » lui dis-je. « Tu ne m’aimes donc pas un peu ? »

 

- Si., mais j'en suis toute remuée." avoua-t-elle d'une petite voix craintive.

 

…/…

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Ma nouvelle vie me plaisait fort. J'allais et venait dans la Cité, vêtu de riches vêtements. Je déambulais par les rues bruissantes de vie, avec curiosité, visitant les échoppes des marchands, recélant des tapis venus des pays lointains et des épices rares, les boutiques des artisans où l'on voyait leur belle ouvrage, les feux du four illuminant l'atelier.

 

Partout où je passais, les gens s'écartaient peureusement et j'entendais murmurer « C'est l'homme de la Comtesse ! » et un frémissement parcourait la foule. Même le forgeron qui partant du fer brut, dans son antre, tel un démon, en jouant avec le feu, en tire une belle épée pour occire les ennemis, semblait me craindre...

 

Le coiffeur du Palais arrangeait chaque jour mes longs cheveux bouclés que je laissais pendre sur mes épates. Moi, habitué à l'austérité du couvent, je prenais goût à l'élégance et à. la toilette, et à toutes les frivolités que m'avaient déconseillées mes éducateurs.

 

Je me mis à jouer aux cartes et à lorgner les belles. Car l'amour que j'éprouvais pour Sardonica - impossible, pensais-je - ne m'empêchait pas de regarder les autres filles, pas plus que la vue d'un bon repas qu'on ne peut avoir ne saurait supprimer l'appétit. Et le soir,dans les tripots du château , je jouais grosses sommes avec des officiers et des notables. En effet j'avais l'argent en abondance, Sardonica me donnant des bourses peines d'or, â profusion, sous tous les prétextes.

 

J'avais même à. moi un beau cheval, noir comme celui de la Comtesse et qui caracolait presque aussi bien que le sien, avec ses armes frappées sur son équipement, comme elles l'étaient toujours sur mon vêtement : unepanthère stylisée tirant une langue fourchue et écartant ses immenses griffes.

 

Ce m'était pas là la vie d'un prêtre, et ce pourquoi mes bons maîtres m'avaient préparé. Plus les jours passaient, plus j'avançais dans l'intimité de la Comtesse. Bientôt même, je ne pouvais plus me passer de sa présence, et elle non plus ne semblait plus pouvoir se passer de moi. Si je restais absent un certain laps de temps, elle me faisait mander, et son oeil se posait aussitôt sur ma jeunesse avec un regard attendri et rassuré, presque heureux.

 

Plus j'avançais dans son intimité, plus je fis la connaissance réelle de Sardonica, et je découvris son étrange personnalité et ses activités.

 

Après quelque temps, elle me reçut dans ses appartements,à toute heure du jour et de la nuit, où elle me dictait son interminable correspondance. Il me surprit qu'elle dictât son courrier la nuit; mais je compris que la notion de vie diurne et de vie nocturne n'avait pas la même signification pour elle que pour les autres humains. Elle semblait, en effet, préférer s'activer la nuit et dormir le jour, comme certains rapaces ou félins, créatures de l'ombre. Je remarquai mime qu'elle se déplaçait avec unegrande aisance dans l'obscurité, son oeil vert semblant s’ouvrir plus encore...

 

Elle correspondait avec tous les seigneurs des contrées environnantes, et, avec ses agents et ses espions qu'elle entretenait jusqu’en, de lointains pays. Aussitôt écrites, elle faisait porter ses lettres par des messagers.

 

Elle poursuivait d'immenses but de subversion, opérant par tous les moyens : le lucre, la dénonciation, l'empoisonnement, le crime, la corruption, les filles vénales....

 

 

 

Elle ignorait bellement ce que l'on peut appeler le sens moral. Ce qu'elle voulait c'était le pouvoir, et ce pouvoir pas seulement par goût de puissance, mais aussi pour pervertir les gens et les soumettre à ses fins sataniques, à ses buts immondes et pervers. Et je le savais, et je le tolérais, plus même j'y participais.

 

Mon seul bonheur était d'être près d'elle, d'assouvir ses volontés et de sentir son rayonnement puissant. Je tressaillais d'aise dès qu'elle me touchait ou les cheveux ou le bras. Ses rares compliments étaient pour moi de nobles cadeaux qui me ravissaient l'âme. Et j'étais prêt à me damner pour elle, sans coup férir, pour profiter de sa présence une minute de plus.

 

Je dus m'habituer à tout pour lui complaire et connaître ses manières les plus déroutantes. En effet, dans ses appartements particuliers, dans une tour du château elle vivait avec ses panthères. Celles-ci allaient et venaient en toute liberté, ondoyantes et souples, se vautrant sur les tapis, ouvrant les gueules, tirant les griffes et faisant luire leurs dents.

 

Sardonica eut l'obligation d'expliquer avec patience à ses animaux qui j'étais, et me faire sentit longuement par eux de leurs mufles sensibles, pour qu'ils ne me prissent point pour un ennemi de leur maîtresse et ne me dévorassent point. Et ils s'habituèrent à moi, me léchant les mains et me frôlant de leurs corps aux senteurs fortes avec un certain plaisir.

 

J'étais adopté dans ce cercle étroit et je savais ce que personne ne savait. Mais je n'ignorais point aussi que si je ne restais pas silencieux, mes bavardages seraient sévèrement punis. Et un frisson glacé parfois me parcourait l'échine de penser que l’on pourrait me jeter aux panthères qu'il suffirait d'affamer deux ou trois jours, pour les mettre en appétit, comme le disait leur maîtresse, mi-plaisante mi-réfléchie, en précisant, que ma chair fraîche leur plairait sûrement beaucoup.

 

Souvent le soir elle jouait avec ses panthères. Avec des gestes fous et sauvages, elle improvisait des sortes de danses érotiques. Elle se mouvait avec la grâce d'un jeune animal, sa jupe laissant découvrir le haut de ses cuisses et son col s'entrouvrant pour laisser voir sa ronde et fière poitrine.

 

J'étais en adoration, tandis que les lueurs tremblantes des chandelles éclairaient ce spectacle sensuel et beau tout à la fois.

 

Il n'était pas bon dans ces moments de tenter de s'approcher d'elle, car les panthères faisaient preuve de jalousie et vous menaçaient en grognant et en levant la patte....

 

 

Ces soirées m'enchantaient et me terrorisaient tout à la fois.

 

« Cela te surprend » me dit-elle un soir en me voyant écarquiller  des yeux ronds. Elle était allée plus loin que d'habitude et elle entourait de ses bras nus le cou d'un des félins, lui donnait des baisers, et se laissait lécher par lui le visage. « Eux seuls peuvent m'exciter. Les hommes que j'ai essayés ne m'ont apporté que peu de plaisir de la chair. Ils sont trop fades et veules. Tandis qu’eux... » Et je l'entendis ronronner et miauler de plaisir, alors que sa queue que je croyais pièce de décoration à son vêtement s'était mise à bouger d'un façon saccadée.

 

Je me sauvai dans ma chambre, ne voulant pas voir la scène finale où il n’est pas douteux qu'elle copulerait avec ses panthères. Faire acte d'amour avec les animaux est très grave péché que tous les Pères de l’église ont vivement condamné. D’ailleurs ses pratiques particulières étaient bien connues au château, mais on n'en parlait qu'à voix basse par crainte de sa terrible vengeance.

 

Je crois bien que je me mis à pleurer. " Quelle femme m'étais-je mis à aimer ? ». Mais à y bien réfléchir cette créature singulière était-elle une femme ? Et vers quel abîme inconnu de moi mon âme irait-elle basculer et se perdre ?

 

(A suivre)

 

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Je me rappellerai jusqu'à mon dernier souffle, devrais-je vivre plus de cent ans ma première entrevue avec la Comtesse Sardonica.

 

Elle me reçut dans la vaste salle de réception du château, un immense feu brûlait dans la cheminée derrière elle.

 

Flamboyante apparition !

 

Entièrement vêtue de peaux de panthères, seul le visage apparaissait, fin et volontaire, d'une incroyable beauté, avec des yeux verts extraordinairement perçants. Je n'ai de ma vie vu de regard si singulier, si fascinant.

 

Vous ne pouviez le fixer en face et en même temps il vous séduisait tant que vous cherchiez à le rencontrer. Vous étiez comme le nageur attiré par un irrésistible courant qu'il 'veut fuir, car il sait que ce sera sa perdition, mais ne saurait le faire.

 

Ses mains fines et fortes étaient surmontées d’immenses ongles comme des griffes, plus pour étrangler que pour caresser et ses dents fines et pointues comme celles d'un carnassier apparaissaient lorsqu'elle parlait ou lorsqu'elle souriait d'un étrange sourire.

 

J'était terrorisé et subjugué tout à la fois. Je sus que pareille créature pourrait tout obtenir de moi. Sa voix semblait venir de ses tréfonds, riche de résonance subtiles et vas pénétrait de charmes indicibles, comme ceux d'une musique magique.

 

Main le plus curieux était sa démarche, énergique et décontractée tout à la fois comme celle d'un félin. Quand elle marchait on eut dit qu'elle dansait, ondoyant de tout son corps avec une incroyable souplesse. Sur le derrière pendait négligemment une queue de panthère.

 

Jamais je ne contemplai pareille splendeur : la quintessence de la beauté de la femme et de celle de la panthère réunies en un seul être en une alliance superbe. Tandis qu'elle allait et venait dans la pièce, sans s'arrêter, mon regard ne pouvait se détacher d’elle.

 

"Vous serez mon homme de confiance et mon écrivain. " me dit-elle soudain en me fixant comme si elle lisait dans mon âme à livre ouvert. Vous me suivrez dans les conseils et à la guerre. Vous aurez connaissance de toutes les découvertes des savants de mon château; ce qui peut intéresser un esprit curieux des sciences tel que vous. "

 

J'étais en effet un esprit curieux des sciences.

 

« Bien sûr vous rédigerez des comptes-rendus de ces divers évènements et écrirez mes lettres. Certes vous ne devrez pas ménager votre peine, mais d'est une vie passionnante que je vous propose. De plus je ferai de vous quelqu'un de puissant et de respecté. Mais ne trahissez pas les secrèts qui vous seront confiés !

 

- Sinon " parvins-je à. murmurer.

 

- Sinon " Et élevant ses mains splendides et les recourbant en un cercle, elle resserra ce piège puissant.

 

Je compris que ce serait la mort instantanée et je ne doutai pas un seul instant qu'il ne se fût pas agi la de menace en l’air.

 

Je lui demandai pourquoi elle m'avait préféré, moi, humble séminariste, pour cet emploi.

 

« Parce que je vous connais bien » me répondit-elle « et que je sais ce qui es en vous » 

 

Avant de me retirer je lui demandai aussi si j'aurais à dire la messe, qui est la première chose à laquelle un prêtre est préparé,

 

« Oui, vous direz certaines messes. Nous verrons cela plus tard. C'est assez pour aujourd’hui ! »

 

Et je la quittai, tandis qu'elle me fit un étrange sourire, pleins de lourds sous-entendus que je ne sus interpréter, et que je ne compris que plus tard.

 

C'est tout abasourdi par les choses que j'avais vues, que je regagnais ma chambre, sans pouvoir analyser si la vie aventureuse que je mènerais dorénavant serait ou non bénéfique pour moi.

 

Mais il ne me vint pas un seul instant l'idée de demander mon rappel à l'évêque, tant j'étais déjà sous le charme envoûtant qui ne devait plus me quitter par la suite, tant que je fus en sa présence.

 

Le lendemain à l'aube, le serviteur qui m'avait été attribué, une sorte de gnome muet et laid, en livrée ridicule, vint me secouer en poussant des sons bizarres, en guise de paroles  qu'il appuyait de mimiques expressives. Je compris que je devais me lever pour aller à la chasse.

 

Chacun de mes réveils durant mon séjour au château vit la répétition, de la même scène. En effet la Comtesse courrait les bois chaque jour, aux premières heures, pour en traquer les animaux, sauf lorsqu'elle guerroyait. Alors c'était d'une autre chasse dont il s'agissait.

 

 Mais la Comtesse ne pouvait se passer de ce jeu cruel. Elle y prenait un plaisir bestial. Et elle désirait que je l’accompagnasse.

 

Dès le matin dans la cour du château, au milieu des invités, des piqueurs, et des dogues vociférants, elle respirait le contentement, allant et venant sur son cheval noir qui piaffait d'impatience. Son teint était coloré et ses yeux brillaient encore plus que d'ordinaire, avec un éclat insoutenable, et elle ouvrait de temps en temps sa bouche à la mâchoire féroce. Je me réjouissais de sa présence et de son extraordinaire vitalité.

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Published by Michel Dubat - Fantastique, Dark, femme panthère, Horreur

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